Chantal Akerman faisait des films, beaucoup, et peu d’entrées la plupart du temps. Célébrée dans les universités les plus prestigieuses, les galeries huppées et par quelques réalisateurs majeurs de par le monde, la cinéaste belge rêvait parfois de succès public. On espère toujours ce qu’on n’a pas. « Le box-office, c’est important. Vous avez envie que les gens viennent voir votre film. C’est tout con. C’est de l’amour pour votre cinéma : ça fait plaisir. Ça donne de la confiance en soi. Vous ne savez pas ce que ça veut dire, le mot “entrée” ? C’est très, très fort », déclarait-elle aux Inrocks en avril 2004.
Il a suffi d’un film, un seul, pour la prédestiner à devenir l’une des réalisatrices les plus innovantes, singulières des cinquante dernières années. En 1965, Chantal Akerman a 15 ans quand elle découvre Pierrot le Fou de Jean-Luc Godard à sa sortie avec une copine. Un séisme. Plus rien ne sera comme avant. La native de Bruxelles quitte l’école en troisième. « Avant, je voyais des Disney et des films de guerre, explique-t-elle au New York Times en avril 1998. Là, le titre me plaisait, le film était interdit aux moins ...