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#CULTURE

Raoul Servais, l’homme aux mille desseins

Dessinateur, écrivain, cinéaste et capitaine au long cours de l’imaginaire : à 93 ans, Raoul Servais est un des secrets les plus jalousement gardés du septième art belge. Tandis que l’artiste se voit décerner les honneurs d’une rétrospective au musée Belvue à Bruxelles, Wilfried a remonté le courant jusqu’à Middelkerke pour aller débusquer l’homme dans sa campagne solitaire. Mais est-on jamais seul quand on a des mondes plein la tête ?

N° 17 Automne 2021
Portrait
CINDYA IZZARELLI
Photos
JELLE VERMEERSCH
C’est une maison blanche comme une voile, flottant sur un champ de maïs en herbe. On l’aborde en s’éloignant un peu de Middelkerke, par une route aux allures de piste. Une maison comme un bateau en rade. Pas étonnant : à l’origine, quand la mer mangeait les polders, il y avait ici une île. Middelkerke, c’était « l’église du milieu », entre Westende, le finis terrae de l’ouest, et Ostende, le confin de l’est. C’est ici que s’est retiré depuis une dizaine d’années l’oiseau marin le plus rare de la Côte belge. Raoul Servais a les yeux bleus, une tête sculptée par l’iode qui se découpe dans le contre-jour cru de début mai, et il porte le col roulé mieux que n’importe quel capitaine Haddock. « Je suis Ostendais de naissance. C’est d’ailleurs ma langue maternelle, l’ostendais. Ma seconde langue, c’est le français. Et ma troisième langue, le néerlandais. » Sa boutade le fait rire tandis qu’il nous entraîne à sa suite, à petits pas. La cuisine, aux carreaux de terre cuite et aux murs blanchis, est restée dans son jus fermier et boit la lumière du dehors, côté route. On la traverse et soudain, voilà qu’on est aveugle, englouti par l’obscurit...

Automne 2021 N° 17

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