{"id":7420,"date":"2026-06-23T08:00:14","date_gmt":"2026-06-23T06:00:14","guid":{"rendered":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/?p=7420"},"modified":"2026-06-18T14:53:09","modified_gmt":"2026-06-18T12:53:09","slug":"les-morts-de-grace-berleur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/les-morts-de-grace-berleur\/","title":{"rendered":"Les morts de Gr\u00e2ce-Berleur"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-weight: 400;\">Un dimanche d\u2019\u00e9t\u00e9 1950, dans la banlieue de Li\u00e8ge, les gendarmes <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">tuent. En ex\u00e9cution d\u2019un ordre re\u00e7u<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">: disperser plusieurs centaines <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">de personnes rassembl\u00e9es sur une place. Que faisaient-elles <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">de si dangereux<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">? Rien, si ce n\u2019est \u00e9couter un d\u00e9put\u00e9 socialiste <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">qui parle au balcon d\u2019un caf\u00e9. Mais les temps sont orageux, la question royale met le pays sur les nerfs. \u00c0 Gr\u00e2ce-Berleur, les coups de feu de <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">la mar\u00e9chauss\u00e9e font quatre morts. Pourquoi avoir tir\u00e9 \u00e0 balles r\u00e9elles<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">? Qui est responsable<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">? Au nom de quelle cause Houbrechts, Vervaeren, Cerepana et Thomas sont-ils tomb\u00e9s<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">? Quel sens donner au drame<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">? Aujourd\u2019hui encore, ces questions restent sujet de discorde. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Retour sur les lieux.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Pourquoi ont-ils tu\u00e9 Houbrechts, Vervaeren, Cerepana et Thomas\u2009? Septante-cinq \u00e9t\u00e9s ont pass\u00e9, mais la question n\u2019a toujours pas trouv\u00e9 de r\u00e9ponse admise de tous. Les antagonismes et les soup\u00e7ons n\u2019ont pas disparu, ils se sont simplement \u00e9tiol\u00e9s avec le temps. Il y eut un proc\u00e8s. Son verdict fut pour beaucoup comme une ar\u00eate en travers de la gorge, jamais aval\u00e9e. Des interpr\u00e9tations inconciliables perdurent. Sur les faits eux-m\u00eames, des versions contradictoires coexistent. Qui sait\u2009? Certains, peut-\u00eatre, esp\u00e9raient que l\u2019affaire s\u2019efface d\u2019elle-m\u00eame des m\u00e9moires. Cesser d\u2019entretenir les anciennes blessures.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">La place du P\u00e9rou est en travaux et les pelleteuses font un boucan d\u2019enfer. C\u2019est ici, le 30 juillet 1950, \u00e0 l\u2019acm\u00e9 de la question royale, que les gendarmes ont ouvert le feu sur le public d\u2019un meeting. Les tirs firent quatre morts. Le lendemain, L\u00e9opold\u00a0III annon\u00e7a son abdication. Balles tragiques, tournant historique. La fusillade eut son \u00e9picentre devant <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Boule rouge<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Le caf\u00e9, une institution, a ferm\u00e9 en 2023. Il a \u00e9t\u00e9 repris, a rouvert apr\u00e8s de longs travaux, presque m\u00e9connaissable. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Avant, on voyait encore des impacts de balles autour de la porte d\u2019entr\u00e9e, et aussi sur le balcon\u2009\u00bb,<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> assure Doria Tebaldi, la petite soixantaine, en sandales, fine, loquace. Son p\u00e8re, Giuliano, \u00e9tait mineur, plus exactement boutefeu\u2009: la dynamite \u00e9tait son ordinaire. Il arriva en Belgique \u00e0 16 ans, fuyant le fascisme au pays natal. Giuliano se trouvait au meeting le 30 juillet 1950. Il \u00e9tait l\u00e0 aussi lors des fun\u00e9railles, trois jours plus tard. D\u2019ailleurs, il appara\u00eet sur la photo de la foule, accroch\u00e9e en hauteur sur un mur de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Boule rouge<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Doria se saisit de la longue tige de fer qui permet de fermer les volets, s\u2019en sert comme d\u2019une latte et montre sur l\u2019image en noir et blanc le visage de son p\u00e8re, perdu dans la multitude. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Vous voyez, le petit moustachu, l\u00e0 en haut \u00e0 gauche\u2009? On l\u2019appelait Ferrara car il venait de Ferrare. Mais dans la mine, on le connaissait sous le nom de Moustache, parce qu\u2019il avait une grosse moustache.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">La fille de Doria a 25 ans, elle est serveuse \u00e0 <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Boule rouge<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Marie-Am\u00e9lie Van Bergen est rieuse, elle porte de larges lunettes, une courte jupe mauve \u00e0 froufrous. Sur son t\u00e9l\u00e9phone, elle fait d\u00e9filer les photos du caf\u00e9 tel qu\u2019il apparaissait vers 2020, avant les travaux de r\u00e9novation. Et tel qu\u2019il devait \u00eatre en 1950. L\u2019int\u00e9rieur avait travers\u00e9 les d\u00e9cennies, immuable. Les m\u00eames tables. Les m\u00eames chaises. Les m\u00eames tomettes bleu et orange sur la fa\u00e7ade, qui encadraient la porte d\u2019entr\u00e9e. Les m\u00eames carrelages au sol, dans des tons sable, ocre et gris. Les m\u00eames fentes en bois le long du mur, pour les cagnottes, \u00e0 l\u2019aplomb du billard, dans l\u2019arri\u00e8re-salle. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009On rentrait ici, c\u2019\u00e9tait exactement le m\u00eame caf\u00e9 que celui o\u00f9 mon p\u00e8re venait apr\u00e8s la mine boire son verre et jouer sa petite carte le vendredi. Rien n\u2019avait chang\u00e9\u2009\u00bb,<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> relate Doria. Elle a travaill\u00e9 dans le nettoyage industriel, a fait des m\u00e9nages chez des particuliers. Elle a son id\u00e9e sur l\u2019affaire du 30 juillet 1950. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Pour moi, c\u2019est de l\u2019assassinat pur et dur.\u2009\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Pr\u00e8s du comptoir, un panneau explicatif r\u00e9sume en dix lignes les \u00e9v\u00e9nements. Le flipper a entre-temps remplac\u00e9 le billard. Autour du bar, \u00e7a parle de soutien-gorge push-up et de la nouvelle \u00e9mission <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Cougar Island<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">On tente de se repr\u00e9senter la place du P\u00e9rou au moment des faits. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Il n\u2019y avait pas de parking\u2009\u00bb,<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> atteste Marie-Am\u00e9lie. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Avant, la piscine \u00e9tait beaucoup plus grande\u2009\u00bb,<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> ajoute Doria. Le bassin de natation, construit avant-guerre, fut le premier de la banlieue li\u00e9geoise. Les photos anciennes montrent des tilleuls, un terrain de football et m\u00eame les vestiges d\u2019un v\u00e9lodrome. Le cirque s\u2019arr\u00eatait parfois sur la place. Apr\u00e8s 1950, quatre dalles ont \u00e9t\u00e9 scell\u00e9es sur le trottoir. Chacune porte le nom d\u2019un mort, \u00e0 l\u2019endroit exact o\u00f9 les hommes sont tomb\u00e9s. Devant la terrasse de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La\u00a0Boule rouge<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, on ne peut manquer les pierres aux noms de Vervaeren et de Thomas. On cherche quelques instants celle grav\u00e9e au nom de Houbrechts, avant de la retrouver cach\u00e9e sous le pied circulaire d\u2019un cendrier ext\u00e9rieur. On pr\u00e9vient que notre photographe, Jelle, passera le surlendemain. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009On va quand m\u00eame frotter un petit coup alors\u2009\u00bb,<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> assure Marie-Am\u00e9lie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Frotter un petit coup, pour raviver les couleurs du souvenir.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Ces matins-l\u00e0 sont d\u2019abord ceux d\u2019un \u00e9tonnant silence. Un grand calme a saisi le pays de Li\u00e8ge. C\u2019est la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale. Les aci\u00e9ries de la vall\u00e9e se sont tues. Les laminoirs ne hurlent plus. Les trams 56 et 53 qui relient Gr\u00e2ce-Berleur \u00e0 Li\u00e8ge et \u00e0 Jemeppe sont \u00e0 l\u2019arr\u00eat. Les bus restent au d\u00e9p\u00f4t. Les mollettes du charbonnage du Bonnier s\u2019immobilisent. Plus aucun wagonnet ne gravit le terril de Bonne Fortune. Les avions de l\u2019a\u00e9rodrome de Bierset ne d\u00e9collent plus.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">G\u00e9rard Ninane, instituteur \u00e0 Gr\u00e2ce-Berleur, laissera plus tard un t\u00e9moignage de ces journ\u00e9es in\u00e9dites. \u00ab\u2009Les magasins d\u2019alimentation sont ferm\u00e9s, n\u2019ouvrent que de 9 \u00e0 11 heures afin de permettre le ravitaillement de la population. <\/span><span style=\"font-weight: 400;\"><br \/>\n<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">Le reste de la journ\u00e9e, les \u00e9piceries, les boulangeries, les boucheries, les merceries baissent leurs volets. Il est fait appel au sens civique des commer\u00e7ants afin qu\u2019ils vendent leurs marchandises au prix le plus bas. Les salons de coiffure ne fonctionnent qu\u2019aux heures d\u00e9termin\u00e9es. Salles de spectacles, caf\u00e9s, restaurants, tout est clos. La Poste ferme, le courrier ne se distribue plus, point de facteur en chemin. Seuls, quelques marchands de journaux offrent <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Wallonie<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> ou <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Le Monde du Travail<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, que chacun s\u2019arrache et lit avidement. Les services communaux ayant d\u00e9bray\u00e9, les poubelles restent abandonn\u00e9es, pleines \u00e0 d\u00e9border, en lisi\u00e8re des trottoirs.\u2009\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Des piquets de gr\u00e8ve sont en permanence aux portes des charbonnages et des ateliers. On voit les ouvriers converser sur les trottoirs. Jouer aux cartes, prendre l\u2019air. Le soleil d\u2019\u00e9t\u00e9 ajoute \u00e0 l\u2019impression de douceur. Sept jours d\u2019affil\u00e9e, les temp\u00e9ratures enregistr\u00e9es \u00e0 la station de Bierset d\u00e9passent les 20 degr\u00e9s \u00e0 l\u2019ombre. Les enfants rentrent des colonies scolaires. Alain Van der Biest a grandi avenue Joseph Wauters, \u00e0 Gr\u00e2ce-Berleur. Bien des ann\u00e9es apr\u00e8s, devenu bourgmestre et d\u00e9put\u00e9 socialiste, il laissera dans son livre <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Un Sioux socialiste<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> quelques pages m\u00e9morables sur cet \u00e9t\u00e9 pareil \u00e0 nul autre. On y lit que pour les poulbots de la banlieue rouge, \u00ab\u2009juillet 1950, ce fut d\u2019abord bucolique. Le quartier avait un aspect pastoral, virgilien, sur quoi tranchait l\u2019incompr\u00e9hensible, l\u2019extravagante animation des hommes pourtant oisifs, libres, mais f\u00e9briles\u2009\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">La circulation sur le territoire communal est coup\u00e9e. Des hommes entravent les carrefours avec des barricades. Pour franchir le check-point, ils exigent un laissez-passer. Y ont droit les m\u00e9decins, les sages-femmes, les assistantes sociales, les malades, les hospitalis\u00e9s, les services alimentaires. \u00ab\u2009Aucun des plantons rouges ne se prenaient pour L\u00e9nine, mais qui osaient dire qu\u2019ils ne se prenaient pas au jeu\u2009?\u2009\u00bb interroge Alain Van der Biest, sarcastique, dans son bouquin autobiographique. Les stations d\u2019essence, de toute fa\u00e7on, ne d\u00e9livrent plus de carburant. Le long des routes, on voit des voitures en panne s\u00e8che, ou bien les pneus crev\u00e9s, car des gr\u00e9vistes \u00e0 l\u2019\u00e2me de saboteurs ont sem\u00e9 des clous.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Un jour, le gamin cherche \u00e0 comprendre. Interroge sa grand-m\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Il est vraiment comme on dit, le roi\u2009?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">\u2014&nbsp;Pire.\u2009\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Soudain, tous les jours ressemblaient \u00e0 des dimanches. Mais ce dimanche-l\u00e0, le 30 juillet, en \u00e9tait vraiment un. En fin d\u2019apr\u00e8s-midi, bravant l\u2019interdiction de se rassembler \u00e0 plus de cinq personnes, d\u2019application dans tout l\u2019arrondissement de Li\u00e8ge, des habitants convergent vers la place du P\u00e9rou. Autour de cinq cents personnes sont pr\u00e9sentes, des hommes de tous \u00e2ges, mais aussi des femmes et des enfants. Le d\u00e9put\u00e9 socialiste Simon Paque grimpe sur un tas de sable. Ouvrier mineur comme son p\u00e8re, il a commenc\u00e9 \u00e0 travailler \u00e0 13 ans. Pendant la guerre d\u2019Espagne, il a franchi les Pyr\u00e9n\u00e9es pour porter secours aux r\u00e9publicains. Il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9sistant pendant la guerre. Mais cette apr\u00e8s-midi-l\u00e0, la foule est trop nombreuse. On n\u2019entend pas l\u2019orateur. Simon Paque se dirige vers <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Boule rouge<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, \u00e0 la devanture surmont\u00e9e d\u2019une plaque \u00e9maill\u00e9e pour l\u2019extra-pils Piedb\u0153uf, brass\u00e9e \u00e0 Jupille. Il monte \u00e0 l\u2019\u00e9tage, appara\u00eet au balcon.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Peu avant 17\u2009h\u200930, un appel anonyme parvient \u00e0 la gendarmerie\u2009: \u00ab\u2009Une manifestation, place du P\u00e9rou\u2026\u2009\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Pourquoi font-ils gr\u00e8ve, ces hommes et ces femmes du pays de Li\u00e8ge\u2009? L\u00e9opold\u00a0III concentre leur hostilit\u00e9. Avant m\u00eame que l\u2019on sache tout de son comportement durant la guerre, le peuple des faubourgs a conclu d\u2019instinct \u00e0 l\u2019indignit\u00e9 du monarque. Les Alli\u00e9s n\u2019avaient pas encore d\u00e9barqu\u00e9 sur le sable de Normandie qu\u2019ici-m\u00eame, \u00e0 Gr\u00e2ce et au Berleur, dans les cit\u00e9s d\u2019Hollogne-aux-Pierres et les thiers de Crotteux, on <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">savait<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> qu\u2019il ne pourrait plus jamais y avoir, qu\u2019il n\u2019y aurait pas de Belgique admissible avec ce Saxe-Cobourg-l\u00e0 sur le tr\u00f4ne.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Ainsi d\u00e9bute la question royale, par un refus. Celui de perdre une deuxi\u00e8me fois la guerre. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009La motivation de la R\u00e9sistance en 40-45, c\u2019\u00e9tait la lutte contre le fascisme, et plus fondamentalement pour des valeurs, pour la d\u00e9mocratie, pour la libert\u00e9\u2009\u00bb,<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> rappelle aujourd\u2019hui l\u2019historien Paul Delforge, directeur de l\u2019Institut Jules Destr\u00e9e, \u00e0 Namur. Or le roi a agi \u00e0 rebours de tout cela. C\u2019est du moins ce que pensent une large frange des Belges. Le clivage fondateur, la pomme de discorde\u2009: mai 1940. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que la rupture \u00e9tait apparue flagrante entre L\u00e9opold\u00a0III et son gouvernement, dirig\u00e9 par le Premier ministre Hubert Pierlot (catholique) et le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res Paul-Henri Spaak (socialiste). Devant l\u2019in\u00e9luctable avanc\u00e9e des arm\u00e9es nazies, les ministres avaient press\u00e9 le roi de continuer \u00e0 lutter \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s depuis l\u2019\u00e9tranger, \u00e0 Limoges d\u2019abord, \u00e0 Londres ensuite. L\u00e9opold\u00a0III avait refus\u00e9 de les suivre, \u00e9tait rest\u00e9 \u00e0 Bruxelles. Spaak consid\u00e9ra qu\u2019il avait poursuivi l\u00e0 une politique personnelle, en violation de la Constitution. Mais les pr\u00e9mices de la question royale sont peut-\u00eatre ant\u00e9rieures encore, analyse Paul Delforge. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009La question royale, d\u2019une certaine mani\u00e8re, commence d\u00e8s 1936, quand la Belgique s\u2019\u00e9loigne de la France et de la Grande-Bretagne sous pr\u00e9texte de neutralit\u00e9, comme si elle allait pouvoir se d\u00e9fendre toute seule. Et le protagoniste de ce revirement est L\u00e9opold\u00a0III.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Apr\u00e8s-guerre, les griefs adress\u00e9s au roi seront multiples. On lui reproche d\u2019avoir accept\u00e9 de jouer un r\u00f4le sous l\u2019occupant. On questionne sa rencontre avec Hitler, le 19 novembre 1940 \u00e0 Berchtesgaden, dans la r\u00e9sidence du chef nazi. L\u00e9opold\u00a0III avait alors plaid\u00e9 le r\u00e9tablissement de l\u2019ind\u00e9pendance pour son pays, mais la d\u00e9marche appara\u00eet \u00e0 tout le moins ambigu\u00eb en pleine guerre, alors que la Belgique est aux c\u00f4t\u00e9s des Alli\u00e9s. On ne comprend pas non plus son mariage avec Liliane Baels, en 1941, six ans apr\u00e8s la mort de la reine Astrid, alors que la Belgique vit sous le joug allemand et que le roi lui-m\u00eame avait annonc\u00e9 qu\u2019il partagerait le sort des prisonniers de guerre. Le point le plus critique est peut-\u00eatre sa note connue sous le nom de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Testament politique<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Hubert Pierlot et Paul-Henri Spaak sont estomaqu\u00e9s quand ils en d\u00e9couvrent la teneur en septembre 1944. L\u00e9opold\u00a0III y remet en cause les engagements belges vis-\u00e0-vis des Alli\u00e9s. Envers et contre tout, il maintient avoir eu raison d\u2019\u00eatre rest\u00e9 en Belgique apr\u00e8s la capitulation du 28 mai 1940.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Dans les derniers mois de la guerre, les autorit\u00e9s nazies ont impos\u00e9 le transfert de L\u00e9opold\u00a0III vers l\u2019Allemagne. En son absence, le 20 septembre 1944, le parlement belge a \u00e9lu le prince Charles comme r\u00e9gent du royaume. Ce dernier accepte la mission de transition, pour <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009sauver le brol\u2009\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">comme il le dit lui-m\u00eame. Le 10 mai 1945, juste apr\u00e8s la chute du r\u00e9gime hitl\u00e9rien, une premi\u00e8re rencontre a lieu \u00e0 Sankt Wolfgang, en Autriche, entre L\u00e9opold\u00a0III et le nouveau Premier ministre, Achille Van Acker, venu avec quatre de ses ministres \u2014&nbsp;un socialiste, un lib\u00e9ral, un catholique et un communiste. La rencontre se passe tr\u00e8s mal. \u00ab\u2009L\u00e9opold\u00a0III ne s\u2019attendait certainement pas \u00e0 n\u2019entendre que des reproches ou l\u2019\u00e9num\u00e9ration de conditions \u00e0 remplir avant d\u2019envisager son retour, \u00e0 savoir se d\u00e9clarer fid\u00e8le \u00e0 la Constitution, confirmer que la Belgique se consid\u00e8re comme une des nations alli\u00e9es et revoir fondamentalement la composition de son entourage\u2009\u00bb, \u00e9criront les historiens Vincent Dujardin et Mark Van den Wijngaert. De nombreux dirigeants politiques belges, y compris catholiques, sont d\u00e8s ce moment convaincus que l\u2019abdication du roi est la seule solution. Mais en juin 1945, L\u00e9opold\u00a0III insiste pour rentrer en Belgique. Van Acker et Spaak refusent. Le parlement d\u00e9clare le roi dans l\u2019impossibilit\u00e9 de r\u00e9gner. La tension grandit entre le roi et ceux qu\u2019il appelle <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009les politiciens\u2009\u00bb.<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> Dans l\u2019intervalle, L\u00e9opold\u00a0III s\u2019est install\u00e9 avec sa famille en Suisse, au bord du lac L\u00e9man. Les ann\u00e9es qui suivent, il revient sans cesse avec l\u2019id\u00e9e d\u2019une sorte de r\u00e9f\u00e9rendum pour valider son retour sur le tr\u00f4ne\u2009: il cherche \u00e0 s\u2019appuyer sur le soutien de la population pour mettre \u00e9chec et mat les partis qui ren\u00e2clent.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Une consultation populaire finit par \u00eatre fix\u00e9e au 12 mars 1950. La campagne est enrag\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re minute. Dans le camp antil\u00e9opoldiste, des affiches sont imprim\u00e9es par dizaines de milliers. La plupart sont simplement frapp\u00e9es d\u2019un \u00ab\u2009non\u2009\u00bb. D\u2019autres proclament \u00ab\u2009oui = dictature\u2009\u00bb, \u00ab\u2009Stop Baels\u2009\u00bb ou bien \u00ab\u2009Abdication\u2009\u00bb. On placarde aussi des photomontages o\u00f9 L\u00e9opold\u00a0III appara\u00eet aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Hitler ou des cartes du nord de l\u2019Europe qui montrent l\u2019emplacement de tous les camps de concentration nazis.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019\u00e9crivain Conrad Detrez, qui a grandi \u00e0 Roclenge-sur-Geer, au nord de Li\u00e8ge, d\u00e9crira dans son roman <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Les Plumes du coq<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> cette campagne sur le mode de la farce et du grotesque. En 1950, il est \u00e9l\u00e8ve au petit s\u00e9minaire de Saint-Trond. Et comme d\u2019autres enfants des institutions catholiques, il est enr\u00f4l\u00e9 pour coller des affiches en faveur du \u00ab\u2009oui\u2009\u00bb au retour de L\u00e9opold\u00a0III. \u00ab\u2009Chacun porte son carton rempli de feuillets imprim\u00e9s respectivement d\u2019un O, d\u2019un U, d\u2019un I, le chef de groupe \u2014&nbsp;pour le mien, c\u2019est Victor \u2014&nbsp;s\u2019\u00e9tant vu confier, en plus de la liasse des premi\u00e8res lettres, la brosse et le pot de colle.\u2009\u00bb Direction\u2009: Li\u00e8ge. Objectif\u2009? \u00ab\u2009La conversion de la cit\u00e9 la plus antiroyaliste du pays, la ma\u00e7onne, la rouge, l\u2019\u00e9gorgeuse de princes et d\u2019\u00e9v\u00eaques, la dissidente\u2009: Li\u00e8ge \u00e0 nouveau poss\u00e9d\u00e9e par les d\u00e9mons du paganisme et de la r\u00e9publique, Li\u00e8ge et sa turbulente banlieue, sa ceinture d\u2019anarchistes et de libidineux.\u2009\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Le r\u00e9sultat de la consultation populaire n\u2019aplanit pas les choses, bien au contraire. <\/span><span style=\"font-weight: 400;\"><br \/>\n<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">Le \u00ab\u2009oui\u2009\u00bb l\u2019emporte \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale, certes, mais avec une courte majorit\u00e9 de 58\u2009%. Et surtout, il r\u00e9v\u00e8le une profonde fracture entre les R\u00e9gions\u2009: 72\u2009% en Flandre, mais seulement 48\u2009% \u00e0 Bruxelles et 42\u2009% en Wallonie. Le gouvernement de Gaston Eyskens tombe dans la foul\u00e9e. Tant les lib\u00e9raux que les socialistes refusent d\u2019entrer dans une nouvelle coalition qui couvrirait le retour politique du roi. Des \u00e9lections ont lieu le 4 juin 1950. Elles donnent au Parti social-chr\u00e9tien (PSC) une majorit\u00e9 absolue. Le nouveau gouvernement, uniquement compos\u00e9 de ministres sociaux-chr\u00e9tiens, vote la fin de l\u2019impossibilit\u00e9 de r\u00e9gner du roi. La voie est d\u00e9gag\u00e9e pour L\u00e9opold\u00a0III. \u00c0 bord d\u2019un Dakota, il atterrit \u00e0 l\u2019a\u00e9rodrome d\u2019Evere le samedi 22 juillet, peu apr\u00e8s 7 heures du matin. C\u2019est la premi\u00e8re fois depuis juin 1944 qu\u2019il pose un pied sur le sol belge.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Aussit\u00f4t, le pays explose. Les mineurs li\u00e9geois sont \u00e0 la pointe de la contestation. Le jour m\u00eame du retour du roi, ils sont environ 4\u2009000 \u00e0 cesser le travail dans les si\u00e8ges de l\u2019Esp\u00e9rance, des Kessales, du Gosson, de Milmort, de la Petite Bacnure \u00e0 Herstal\u2026 Le lundi 24, ce sont 4\u2009000 mineurs suppl\u00e9mentaires qui rejoignent la gr\u00e8ve en r\u00e9gion li\u00e9geoise. Les charbonnages du Bonnier et de Montegn\u00e9e sont \u00e0 l\u2019arr\u00eat.<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\"> \u00ab\u2009L\u00e9opold\u00a0III incarne ce qu\u2019ils ex\u00e8crent, c\u2019est-\u00e0-dire pour eux le fascisme. Donc ils sont d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 ne pas se laisser faire\u2009\u00bb,<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> synth\u00e9tise Paul Delforge. Rue Saint-Gilles \u00e0 Li\u00e8ge, L\u00e9opold\u00a0III est pendu en effigie aux fils du trolleybus. De vieux \u00e9l\u00e9ments ressurgissent et sont exploit\u00e9s par la presse de gauche. Comme le s\u00e9jour du roi en Moravie germanophone en octobre 1941, avec Lilian Baels. Il avait alors pass\u00e9 quelques jours chez un certain comte K\u00fchn, membre du parti nazi et <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Hauptsturmf\u00fcrher<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> dans les SA<\/span><sup><span style=\"font-weight: 400;\">1<\/span><\/sup><span style=\"font-weight: 400;\">.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Le leader syndical Andr\u00e9 Renard a donn\u00e9 la consigne de mobilisation g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 ses bataillons. On dit qu\u2019il contr\u00f4le 100\u2009000 m\u00e9tallos, des troupes de choc. Dans le journal <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Wallonie<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> du 27 juillet 1950, il d\u00e9livre un discours muscl\u00e9 conforme \u00e0 la strat\u00e9gie de la tension adopt\u00e9e par la FGTB. La gr\u00e8ve sera totale, illimit\u00e9e, promet-il. \u00ab\u2009Aucun soin ne sera pris de l\u2019outillage ou des \u00e9quipements des usines. Nous laisserons noyer les charbonnages et se produire des \u00e9boulements. Dans les savonneries, toutes les cuves de glyc\u00e9rine sont abandonn\u00e9es. Les hauts fourneaux n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 bouch\u00e9s. Nous irons jusqu\u2019au bout et ne reculerons devant rien. L\u00e9opold\u00a0III a voulu la bataille. Le voil\u00e0 servi\u2009!\u2009\u00bb La gr\u00e8ve s\u2019\u00e9tend. Dans le Hainaut, deux tiers des charbonnages sont bloqu\u00e9s. Le port d\u2019Anvers suit le mouvement. La paralysie gagne plus de la moiti\u00e9 des usines textiles gantoises. \u00c0 la tribune de la Chambre, m\u00eame le mod\u00e9r\u00e9 Spaak brandit la m\u00e9taphore r\u00e9volutionnaire pour convaincre L\u00e9opold\u00a0III d\u2019abdiquer\u2009: <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Je suis avec Danton contre Louis\u00a0XVI.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019insurrection couve. L\u2019arm\u00e9e est appel\u00e9e en renfort. Elle occupe tous les ponts de Li\u00e8ge, parfois avec des blind\u00e9s. Sur les grandes voies axiales, la gendarmerie soumet les automobilistes \u00e0 des contr\u00f4les d\u2019identit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Une fourgonnette appara\u00eet au coin de la rue des Alli\u00e9s. Elle s\u2019immobilise aux abords de la place du P\u00e9rou. En sortent dix gendarmes, command\u00e9s par un mar\u00e9chal des logis-chef. Ils se d\u00e9ploient perpendiculairement \u00e0 la chauss\u00e9e, leurs armes \u00e0 la main. Simon Paque vient d\u2019achever son discours au balcon de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Boule rouge<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Il se porte \u00e0 la rencontre du chef des gendarmes. \u00ab\u2009Le d\u00e9put\u00e9, saisi par le bras, est emmen\u00e9 vers la camionnette\u2009\u00bb, relatera l\u2019historien Thierry Goossens dans sa reconstitution d\u00e9taill\u00e9e des faits, presque minute par minute, publi\u00e9e en 1990 au d\u00e9part d\u2019une centaine de t\u00e9moignages patiemment recueillis.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Une foule indign\u00e9e se presse autour des gendarmes. Le bourgmestre de Gr\u00e2ce-Berleur, Arthur Samson, coiffeur de profession, se fraye un chemin \u00e0 travers la cohue. Il est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 son tour. Le chef des gendarmes extrait un cylindre en bak\u00e9lite sombre de son \u00e9quipement \u2014&nbsp;une grenade lacrymog\u00e8ne. Il la jette au-devant. Elle n\u2019explose pas. Le geste s\u00e8me le chaos. Les cris fusent\u2009: <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Des grenades\u2009!\u2009\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">C\u2019est la panique g\u00e9n\u00e9rale. Quelques hommes se saisissent de briques sur un chantier, elles servent de projectiles. Tenant leurs armes \u00e0 l\u2019envers, les gendarmes distribuent les coups de crosse pour se d\u00e9gager de la foule hostile.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Albert Houbrechts, un mineur de 36 ans, s\u2019approche du chef des gendarmes. S\u2019ensuit une empoignade entre les deux hommes sur le trottoir, devant <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Boule rouge<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> et <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Le Daring<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, le caf\u00e9 voisin. \u00ab\u2009Houbrechts tente d\u2019arracher la mitraillette\u2009; le gendarme, emp\u00eatr\u00e9 dans la sangle, veut l\u2019armer. Par derri\u00e8re, un manifestant lui rabat le casque sur les yeux, fait tomber les lunettes\u2009\u00bb, rapporte le r\u00e9cit de Thierry Goossens. Des manifestants se rapprochent. Un autre gendarme intervient, distribue les coups de crosse. Des coups de feu \u00e9clatent. Albert Houbrechts prend une balle dans le ventre, une autre dans la m\u00e2choire, qui atteint le cerveau.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Le <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">tak tak tak<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> des mitraillettes envahit la place. Joseph Thomas, 22 ans, tombe \u00e0 terre. \u00c0 quelques m\u00e8tres \u00e0 peine, Henri Vervaeren, chauffeur de camion, 26 ans, s\u2019affaisse le long du mur, au pied de la vitrine de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Boule rouge<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. D\u2019autres sont bless\u00e9s, comme le machiniste Fernand Golinval, qui re\u00e7oit une balle dans l\u2019\u00e9paule gauche. Le bourgmestre Arthur Samson est touch\u00e9 \u00e0 la jambe par un \u00e9clat. Avec leurs mitraillettes Sten, les gendarmes visent vers le sol ou en l\u2019air pour disperser les derniers manifestants. Ils braquent leurs armes vers les curieux qui observent la sc\u00e8ne depuis leurs fen\u00eatres. Tirent une rafale d\u2019intimidation pour faire reculer ceux qui font mine de s\u2019approcher. Menacent les badauds. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Je vais te tuer comme un chien\u2009\u00bb,<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> lance un gendarme. Vingt minutes s\u2019\u00e9coulent entre le d\u00e9but de la fusillade et les derni\u00e8re d\u00e9tonations.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Inform\u00e9e qu\u2019un incident s\u00e9rieux est en cours, la d\u00e9put\u00e9e de Seraing Alexandrine Borguet se met en route avec le s\u00e9nateur li\u00e9geois L\u00e9on-Eli Troclet. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009N\u2019avancez plus\u2009! Les gendarmes sont devenus fous\u2009!\u2009\u00bb<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> leur crient des habitants \u00e0 mesure que l\u2019auto se rapproche du centre de Gr\u00e2ce. La d\u00e9put\u00e9e aper\u00e7oit des personnes bless\u00e9es \u00e0 la t\u00eate par des coups de crosse. Elle rapportera bient\u00f4t sa stup\u00e9faction devant le triste spectacle qui s\u2019\u00e9tale alors sous ses yeux\u2009: la place d\u00e9serte, les rues d\u00e9sertes, un silence de plomb, des gendarmes partout \u2014&nbsp;de nombreux renforts sont arriv\u00e9s pour \u00e9pauler le premier peloton d\u00e9p\u00each\u00e9 sur place. Devant <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Boule rouge<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, deux cadavres baignent dans leur sang. Un autre homme, Pierre Cerepana, 44 ans, a \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 pr\u00e8s de la piscine et tra\u00een\u00e9 vers un garage, puis conduit dans sa maison. Il y meurt peu apr\u00e8s. Joseph Thomas, touch\u00e9 au poumon, suffoque dans un autre garage. Il r\u00e9clame de l\u2019air. Les gendarmes refusent qu\u2019on ouvre le volet. Alexandrine Borguet a l\u2019attention attir\u00e9e par les nombreuses douilles qui jonchent le sol. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Cinquante \u00e0 soixante coups de feu ont d\u00fb \u00eatre tir\u00e9s\u2009\u00bb,<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> t\u00e9moignera-t-elle \u00e0 la tribune du parlement. Quelques minutes plus tard, arrive Michel, le fr\u00e8re d\u2019Albert Houbrechts. La m\u00e2choire serr\u00e9e, il murmure une poign\u00e9e de mots. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Est-ce pour \u00e7a que notre fr\u00e8re a re\u00e7u les plus grandes d\u00e9corations de la R\u00e9sistance et que je suis all\u00e9 derri\u00e8re les barbel\u00e9s en Allemagne\u2009?\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Maurice Demolin va aujourd\u2019hui sur ses 84 ans. Il vit \u00e0 deux pas de la place du P\u00e9rou. Ancien \u00e9chevin socialiste de Gr\u00e2ce-Hollogne<\/span><sup><span style=\"font-weight: 400;\">2<\/span><\/sup><span style=\"font-weight: 400;\">, il revoit l\u2019\u00e9motion vive qui s\u2019\u00e9tait empar\u00e9e de Loncin, la commune voisine o\u00f9 il habitait \u00e0 l\u2019\u00e9poque, \u00e0 deux kilom\u00e8tres de la place du P\u00e9rou. Toute sa rue s\u2019\u00e9tait subitement remplie de cris\u2009: <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Il y a des tu\u00e9s \u00e0 Gr\u00e2ce-Berleur\u2009! Les gendarmes ont tir\u00e9 dans la foule\u2009!\u2009\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Puis la clameur avait continu\u00e9 de courir, courir, folle, insens\u00e9e, \u00e0 travers les faubourgs de Li\u00e8ge, elle avait gagn\u00e9 Stokay, Fl\u00e9malle-Haute, Fl\u00e9malle-Grande, les Cahottes, les bords de Meuse, du c\u00f4t\u00e9 de Jemeppe, elle avait franchi le fleuve, fil\u00e9 vers Seraing, Ougr\u00e9e, elle avait long\u00e9 le chemin de fer jusqu\u2019\u00e0 Tilleur, elle \u00e9tait remont\u00e9e vers Saint-Nicolas, elle s\u2019\u00e9tait diffus\u00e9e de proche en proche vers Montegn\u00e9e, Ans, Glain, Alleur, aux marches du plateau de Hesbaye, elle avait atteint le nord de la ville, envahi Herstal et m\u00eame Oupeye, l\u00e0 o\u00f9 le fleuve s\u2019\u00e9vase vers la Hollande. Partout, on enrageait contre les gendarmes tueurs. Les noms de Vervaeren, Houbrechts et Thomas n\u2019\u00e9taient pas encore connus. Mais d\u00e9j\u00e0, les hommes juraient de venger les morts, les femmes promettaient d\u2019en d\u00e9coudre avec le roi honni. Les enfants se taisaient, conscients que quelque chose de tr\u00e8s grave venait de se produire. C\u2019\u00e9tait d\u00e9cid\u00e9\u2009: on marcherait sur Bruxelles\u2009! D\u2019anciens r\u00e9sistants d\u00e9terraient d\u00e9j\u00e0 les armes enfouies \u00e0 la Lib\u00e9ration. On ciblait des objectifs\u2009: le palais de Laeken, la rue de la Loi.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Fixons un instant les lieux, l\u2019\u00e9poque. Gr\u00e2ce-Berleur se trouve \u00e0 la jointure de deux mondes\u2009: le domaine des houill\u00e8res et le royaume des betteraves. \u00c0 l\u2019exacte ligne de rencontre entre les faubourgs industriels de Li\u00e8ge et les campagnes de Hesbaye. Les aci\u00e9ries de Cockerill sont plus bas dans la vall\u00e9e. En 1950, la r\u00e9gion li\u00e9geoise compte encore autour de 30\u2009000 mineurs de fond et de surface. Ils travaillent dans des galeries irr\u00e9guli\u00e8res, jusqu\u2019\u00e0 six cents m\u00e8tres sous la terre. Les veines sont \u00e9troites, parfois quelques dizaines de centim\u00e8tres \u00e0 peine, jamais plus d\u2019un m\u00e8tre de large. Il n\u2019est pas rare que les mineurs op\u00e8rent presque couch\u00e9s ou \u00e0 genoux. Ce sont ces hommes-l\u00e0 qui portent la fronde contre L\u00e9opold\u00a0III. Des gens qui, de l\u2019automne au printemps, ne voient jamais la lumi\u00e8re du jour. Descendent trop t\u00f4t, remontent trop tard. Ils se passent le m\u00e9tier de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Le p\u00e8re initie le gamin \u00e0 la mine, qui lui-m\u00eame transmettra sa lampe \u00e0 son fils, et ainsi de suite. Le charbonnage du Bonnier, \u00e0 Gr\u00e2ce-Berleur, est l\u2019un des si\u00e8ges les plus importants du pays de Li\u00e8ge.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Au soir de la fusillade, Paul-Henri Spaak, atterr\u00e9, met en garde le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, le social-chr\u00e9tien Albert de Vleeschauwer\u2009: <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009S\u2019il n\u2019y a pas de solution d\u00e9finitive dans les trente-six heures, nous balayerons votre roi, sa famille, avec toute sa boutique et son bataclan.\u2009\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Dans la nuit du 31 juillet au 1<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">er<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> ao\u00fbt, au bout d\u2019\u00e9puisantes arguties, L\u00e9opold\u00a0III consent enfin \u00e0 se retirer. Jusqu\u2019au bout, il a montr\u00e9 des r\u00e9ticences et tent\u00e9 d\u2019infl\u00e9chir le gouvernement, \u00e9chafaudant diverses \u00e9chappatoires. Mais enfin, il est act\u00e9 que le 11 ao\u00fbt 1950, il d\u00e9l\u00e9guera ses pouvoirs \u00e0 son fils Baudouin, qui pr\u00eatera serment comme prince royal. La c\u00e9r\u00e9monie d\u2019abdication aura lieu un an plus tard.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Imm\u00e9diatement, la gr\u00e8ve cesse. \u00ab\u2009Le roi s\u2019en va\u2009\u00bb, titre l\u2019\u00e9dition sp\u00e9ciale de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Wallonie<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. \u00ab\u2009Le mouvement ouvrier ne desserre son \u00e9treinte que victoire acquise\u2009\u00bb, lit-on en lettres capitales, en une du quotidien. La manchette est surmont\u00e9e d\u2019une question\u2009: \u00ab\u2009Pourquoi a-t-on attendu que le sang soit vers\u00e9\u2009?\u2009\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Des bouquets de fleurs par centaines inondent le trottoir de la rue Jean Jaur\u00e8s. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Boule rouge<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> est transform\u00e9e en chapelle ardente. Les corps d\u2019Albert Houbrechts, Henri Vervaeren et Pierre Cerepana sont transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du caf\u00e9. Devant les cercueils, les photos perp\u00e9tuent un peu de leur humanit\u00e9 vivante. Le mercredi 2 ao\u00fbt, plus de 120\u2009000 personnes affluent \u00e0 Gr\u00e2ce-Berleur pour les fun\u00e9railles. La foule est d\u2019un calme presque surnaturel, comme p\u00e9trifi\u00e9e par la col\u00e8re et l\u2019effarement. C\u2019est depuis le balcon de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Boule rouge<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> \u2014&nbsp;d\u2019o\u00f9 avait parl\u00e9 Simon Paque trois jours plus t\u00f4t \u2014&nbsp;que les dignitaires socialistes prennent la parole. Puis le convoi se met en marche. Des mineurs escortent le corbillard d\u2019Albert Houbrechts, avec leur casque de cuir, leur foulard \u00e0 petits carreaux nou\u00e9 autour du cou. Ils portent leur lampe \u00e0 la ceinture. Les anciens combattants font une haie d\u2019honneur avec leurs drapeaux. Les enfants des \u00e9coles communales ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9quisitionn\u00e9s pour porter les fleurs au cimeti\u00e8re. Sur les rares films d\u2019\u00e9poque, on aper\u00e7oit de jeunes gar\u00e7ons et filles, dans la vingtaine, lever le poing et entourer D\u00e9sir\u00e9e Larondelle, la veuve de Pierre Cerepana, bris\u00e9e par le chagrin.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Li\u00e8ge reprend le travail avec le c\u0153ur brouill\u00e9, o\u00f9 se cognent la satisfaction du combat gagn\u00e9 et la douleur des camarades perdus. Quelques jours plus tard, la presse annonce que la fusillade a fait une quatri\u00e8me victime. Joseph Thomas, transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la clinique de l\u2019Esp\u00e9rance \u00e0 Montegn\u00e9e, a succomb\u00e9 \u00e0 ses blessures.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019\u00e9t\u00e9 continue pourtant. Les enfants de Gr\u00e2ce-Berleur jouent au cerf-volant. Ou ils regardent des <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Laurel &amp; Hardy<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> projet\u00e9s sur un drap blanc. Jusqu\u2019\u00e0 ce nouveau choc. Le d\u00e9put\u00e9 communiste Julien Lahaut, r\u00e9sistant, d\u00e9port\u00e9 \u00e0 Mauthausen pendant la guerre, avait cri\u00e9 \u00ab\u2009vive la r\u00e9publique\u2009!\u2009\u00bb lors de la prestation de serment de Baudouin le 11 ao\u00fbt. Au soir du 18 ao\u00fbt, il est assassin\u00e9 \u00e0 son domicile, \u00e0 Seraing. Le drame est aussi une conclusion. Il parach\u00e8ve en un sens la question royale. Il marque, dans l\u2019effroi, la fin d\u00e9finitive de la s\u00e9quence. La Belgique passe \u00e0 autre chose.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Le proc\u00e8s d\u00e9bute en mars 1955 \u00e0 la cour d\u2019appel de Li\u00e8ge. Il se solde par un non-lieu le 23 juin. Le tribunal admet qu\u2019Albert Houbrechts, Henri Vervaeren et Joseph Thomas ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s par le pistolet du mar\u00e9chal des logis-chef, lequel a tir\u00e9 six ou sept coups de feu. Mais il indique aussi que les gendarmes se sont trouv\u00e9s \u00ab\u2009dans un \u00e9tat de p\u00e9ril grave et imminent qui a n\u00e9cessit\u00e9 [\u2026] ce recours \u00e0 la violence pour assurer, non seulement l\u2019ex\u00e9cution de la mission qui leur \u00e9tait confi\u00e9e, mais encore la protection de leurs personnes\u2009\u00bb. Les trois juges concluent que l\u2019usage des armes \u00e9tait proportionn\u00e9 par rapport \u00e0 la violence de l\u2019agression subie. Aucune charge ne peut \u00eatre retenue contre les inculp\u00e9s. Les familles constitu\u00e9es parties civiles sont d\u00e9bout\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Joseph Thomas fut un p\u00e8re absent, dans le sens le plus intol\u00e9rable du terme. Le rejeton, Jacques, dit Jacky, \u00e9tait tout b\u00e9b\u00e9 lors de la fusillade. Jacky vit toujours dans la commune, non loin de la maison qui fut son premier foyer. Joseph Thomas et son \u00e9pouse Jos\u00e9phine habitaient une impasse. Au-del\u00e0, s\u2019\u00e9talaient les champs, avec le ballet des moissonneuses chaque \u00e9t\u00e9. La place du P\u00e9rou n\u2019\u00e9tait qu\u2019\u00e0 500 m\u00e8tres. Les terrils se dressaient au nord, \u00e0 l\u2019ouest, au sud, \u00e0 l\u2019est. Du paternel, ouvrier aux chaudronneries Smolders, Jacky ne conna\u00eet que des fragments. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Il \u00e9tait d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 syndical, donc c\u2019est qu\u2019il n\u2019avait pas sa langue en poche. On m\u2019a toujours dit qu\u2019il \u00e9tait un peu soupe-au-lait. D\u2019ailleurs, le jour du meeting, quelqu\u2019un lui a reproch\u00e9 de ne pas y \u00eatre. Alors il a pris la mouche et il est parti au P\u00e9rou, avec ses pantoufles au pied\u2026 Il n\u2019en est jamais revenu. Il est mort en pantoufles.\u2009\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019enfance ne fut pas g\u00e2ch\u00e9e, elle ne fut pas ternie. C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a, c\u2019est tout. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Ma m\u00e8re et mes grands-parents m\u2019ont appris les choses petit \u00e0 petit. Ils m\u2019ont expliqu\u00e9 que papa n\u2019\u00e9tait plus l\u00e0. Je n\u2019ai jamais ressenti de manque. Ma m\u00e8re s\u2019est remari\u00e9e quand j\u2019avais 4 ans. Son nouveau mari a \u00e9t\u00e9 mon p\u00e8re. Mes grands-parents n\u2019ont jamais admis que la cour ait retenu la l\u00e9gitime d\u00e9fense des gendarmes. Pour eux, c\u2019\u00e9tait clair et net, les gendarmes auraient d\u00fb \u00eatre condamn\u00e9s. Ils \u00e9taient convaincus que c\u2019\u00e9tait un assassinat.\u2009\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Lui-m\u00eame a essay\u00e9 de comprendre. Devenu adulte, professeur d\u2019\u00e9ducation physique \u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire Georges Simenon de Gr\u00e2ce-Berleur, il a tent\u00e9 de combler les vides. Il s\u2019est plong\u00e9 dans les attendus du jugement, les rapports d\u2019autopsie, les croquis balistiques, les d\u00e9positions du d\u00e9put\u00e9 Simon Paque\u2026 <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009J\u2019ai encore tout le dossier que les parties civiles avaient re\u00e7u \u00e0 l\u2019\u00e9poque du proc\u00e8s. J\u2019ai lu des livres sur la question royale. Je me suis fait une id\u00e9e plus pr\u00e9cise.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Pourquoi sont morts Joseph Thomas, Albert Houbrechts, Henri Vervaeren, Pierre Cerepana\u2009? D\u00e8s les premiers jours apr\u00e8s la fusillade, la question des causes et des responsabilit\u00e9s a fait d\u00e9bat. Certaines voix insinuent que les morts de Gr\u00e2ce-Berleur n\u2019\u00e9taient pas tout \u00e0 fait innocents. Le 5 ao\u00fbt 1950, un g\u00e9n\u00e9ral de gendarmerie salue en ces termes la conduite de ses hommes\u2009: \u00ab\u2009Ils surent, par leur courage, leur \u00e9nergie et leur d\u00e9cision, dans l\u2019usage l\u00e9gitime de leurs armes, disperser plusieurs centaines de perturbateurs qui, apr\u00e8s les avoir assaillis et terrass\u00e9s, tentaient de les d\u00e9sarmer et voulaient se livrer \u00e0 leurs \u00e9gards aux pires extr\u00e9mit\u00e9s.\u2009\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Le 17 ao\u00fbt, Simon Paque prend la parole \u00e0 la tribune de la Chambre\u2009: <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009L\u2019\u00e9motion a saisi une grande partie de la population. Mais on a parl\u00e9 aussi de racaille, de populace. On a sali, dans certains milieux, la m\u00e9moire de ceux qui sont morts\u2026\u2009\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Et alors que toute la presse parle d\u00e9j\u00e0 de r\u00e9conciliation, le 18 ao\u00fbt, L\u00e9on-Eli Troclet met en garde au S\u00e9nat\u2009: <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009La r\u00e9conciliation nationale sera r\u00e9elle si les assassins de Gr\u00e2ce-Berleur sont ch\u00e2ti\u00e9s comme ils le m\u00e9ritent. L\u2019apaisement est une chose, l\u2019oubli en est une autre. Et l\u2019apaisement dans l\u2019oubli serait une duperie pour la classe ouvri\u00e8re.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Les m\u00eames clivages vont perdurer bien apr\u00e8s la fin du proc\u00e8s. Malgr\u00e9 les ann\u00e9es, les m\u00e9moires divis\u00e9es de Gr\u00e2ce-Berleur ne convergent pas. En 1968, le catholique Albert de Vleeschauwer, un grand homme raide et froid, se confie longuement dans l\u2019\u00e9mission <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">T\u00e9l\u00e9-m\u00e9moires<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, sur la RTB. Celui qui \u00e9tait ministre de l\u2019Int\u00e9rieur en 1950 n\u2019en d\u00e9mord pas. Il rappelle que tout attroupement de plus de cinq personnes \u00e9tait alors interdit dans l\u2019arrondissement de Li\u00e8ge. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Ces gens ont voulu manifester quand m\u00eame, malgr\u00e9 l\u2019interdiction. La gendarmerie a dit\u2009: non, vous ne manifesterez pas. Ils ont renvers\u00e9 ce gendarme qui \u00e9tait par terre, ils ont voulu le pi\u00e9tiner. Ce gendarme s\u2019est d\u00e9fendu, c\u2019est tout.\u2009\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">D\u2019une formule, il ass\u00e8ne\u2009: <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Les assassins, ce sont ceux qui ont excit\u00e9 ces gens.\u2009\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019ancien ministre assume avoir employ\u00e9 la m\u00e9thode dure. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Quand on a l\u2019autorit\u00e9 en main, on ne se met pas \u00e0 genoux. Je ne regrette pas le moins du monde.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">En janvier 2011, un ultime t\u00e9moignage surgit dans la presse. L\u2019adjudant en retraite Oscar Millet, \u00e2g\u00e9 de 98 ans, livre dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Libre Belgique<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> sa v\u00e9rit\u00e9 sur un drame qui l\u2019a hant\u00e9 toute sa vie. Jusque-l\u00e0, jamais il n\u2019avait parl\u00e9 dans les m\u00e9dias. Il raconte alors comment, ce dimanche de juillet 1950, en stand-by \u00e0 la brigade de Hollogne, il avait \u00e9t\u00e9 contact\u00e9 par son sup\u00e9rieur hi\u00e9rarchique qui lui signala qu\u2019un meeting \u00e9tait en train de se d\u00e9rouler \u00e0 Gr\u00e2ce-Berleur, en violation de l\u2019interdiction \u00e9dict\u00e9e de tout rassemblement. \u00ab\u2009<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Je suis donc parti vers Gr\u00e2ce-Berleur avec une section, soit dix gendarmes et moi-m\u00eame.<\/span><\/i> <i><span style=\"font-weight: 400;\">Nous avons \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s surpris \u00e0 ce moment-l\u00e0, \u00e0 la fois par le nombre des personnes pr\u00e9sentes sur place mais aussi par la tension un peu \u00e9lectrique qui r\u00e9gnait. Beaucoup \u00e9taient visiblement tr\u00e8s \u00e9nerv\u00e9s et nous avons imm\u00e9diatement \u00e9t\u00e9 encercl\u00e9s.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Oscar Millet assure qu\u2019en lan\u00e7ant une grenade lacrymog\u00e8ne, il cherchait \u00e0 <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009calmer le jeu\u2009\u00bb. \u00ab\u2009Imm\u00e9diatement apr\u00e8s, le d\u00e9put\u00e9 Paque est arriv\u00e9 \u00e0 hauteur de la section et a demand\u00e9 qui \u00e9tait son chef. Je lui ai r\u00e9pondu que c\u2019\u00e9tait moi. Je l\u2019ai invit\u00e9 \u00e0 se mettre un peu \u00e0 l\u2019\u00e9cart mais ce geste a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s mal interpr\u00e9t\u00e9 par son entourage. \u00c0 tel point, h\u00e9las, qu\u2019un des manifestants s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9 sur moi et a empoign\u00e9 ma mitraillette Sten, que je tenais contre ma poitrine avec la courroie autour de la nuque.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Le sous-officier dit s\u2019\u00eatre retrouv\u00e9 bloqu\u00e9 par un mur au bout de la place. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Je ne voyais plus aucune solution \u00e0 ce moment-l\u00e0 et je me suis dit que je devais absolument lancer un avertissement en tirant un coup de pistolet en l\u2019air. J\u2019ai d\u00e9gain\u00e9 mais mon vis-\u00e0-vis a pos\u00e9 sa main sur le pistolet. Toutefois, j\u2019ai pu redresser mon arme \u00e0 la verticale. Je tiens \u00e0 le dire et le redire\u2009: \u00e0 ce moment, je n\u2019avais aucune intention de l\u2019abattre.\u2009\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Il maintient\u2009: \u00ab\u2009<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Je puis vous affirmer qu\u2019on n\u2019a jamais tir\u00e9 dans le dos des manifestants comme certains l\u2019ont pr\u00e9tendu. \u00c0 Gr\u00e2ce-Berleur, nous \u00e9tions vraiment en \u00e9tat de l\u00e9gitime d\u00e9fense.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Avec le recul, le contexte appara\u00eet primordial pour comprendre l\u2019encha\u00eenement fatal. Dans ces derniers jours de la question royale, le pays est \u00e0 cran. Un climat insurrectionnel embrase les bastions ouvriers de Wallonie. En face, les forces de l\u2019ordre sont en \u00e9tat d\u2019alerte maximal. La veille de la fusillade, elles ont bloqu\u00e9 la route \u00e0 plusieurs cort\u00e8ges partis des quatre coins de la banlieue de Li\u00e8ge malgr\u00e9 l\u2019interdiction de manifester. Dans un jeu du chat et de la souris, une petite troupe de militants s\u2019est jou\u00e9 des gendarmes et a malgr\u00e9 tout atteint le centre de Li\u00e8ge. L\u2019historien Thierry Goossens explique de cette fa\u00e7on le geste meurtrier de Gr\u00e2ce-Berleur\u2009: \u00ab\u2009Harass\u00e9s par un service particuli\u00e8rement \u00e9prouvant et ininterrompu depuis plusieurs jours, en proie aux quolibets et aux injures des manifestants, les gendarmes ont progressivement atteint les limites de la r\u00e9sistance physique et nerveuse.\u2009\u00bb L\u2019ordre venu d\u2019en haut d\u2019emp\u00eacher toute manifestation a sans doute eu un effet d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, et accru les risques de contacts violents. Surtout \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les doctrines de maintien de l\u2019ordre privil\u00e9giaient la fin, sans faire trop de cas des moyens.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Une autre controverse existe. Elle a trait \u00e0 la place de Gr\u00e2ce-Berleur dans l\u2019histoire de Belgique, \u00e0 son r\u00f4le dans le d\u00e9nouement de la question royale, au sens m\u00eame du drame. Au lendemain de celui-ci, dans les milieux de la droite catholique, il est commun d\u2019euph\u00e9miser ce qui s\u2019est pass\u00e9. C\u2019est \u00e0 peine si l\u2019on cite les noms des victimes quand on \u00e9voque les \u00ab\u2009quatre morts\u2009\u00bb de ce \u00ab\u2009regrettable \u00e9v\u00e9nement\u2009\u00bb. \u00c9v\u00e9nement dont on minore aussi l\u2019importance historique, ce qui jouera plus tard dans la m\u00e9moire collective d\u00e9faillante autour du 30 juillet 1950. Il n\u2019est pas plaisant de reconna\u00eetre que ce sont des mineurs \u00e0 la peau incrust\u00e9e de charbon, des pouilleux, des esprits \u00e9chauff\u00e9s qui ont fait plier l\u2019intransigeance royale. Rarement on parlera d\u2019ailleurs d\u2019abdication. On dira que le roi s\u2019est effac\u00e9, qu\u2019il a pass\u00e9 le relais \u00e0 son fils, dans une palette lexicale vou\u00e9e \u00e0 adoucir l\u2019humiliation.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">De nos jours encore, la trag\u00e9die est sujette \u00e0 lectures multiples. Comme l\u2019\u00e9pingle l\u2019historien Paul Delforge, la simple fa\u00e7on de d\u00e9signer les victimes conditionne d\u00e9j\u00e0 un certain cadrage. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Est-ce que ce sont d\u2019abord des manifestants anti-L\u00e9opold\u00a0III\u2009? Des socialistes\u2009? Des communistes\u2009? Des ouvriers\u2009? Des Wallons\u2009? Des badauds\u2009? Est-ce que je connais leurs opinions politiques\u2009? Non. Je sais juste qu\u2019ils \u00e9taient l\u00e0. Ils n\u2019ont jamais \u00e9crit de livres ni publi\u00e9 de tracts. Par leur mort, ils ont jou\u00e9, malgr\u00e9 eux, un r\u00f4le dans la destin\u00e9e d\u2019un pays. Mon attitude personnelle n\u2019est pas de r\u00e9cup\u00e9rer les morts pour les mettre en \u00e9tendard. Je d\u00e9plore qu\u2019il ait fallu la mort de quatre jeunes gens pour qu\u2019un roi qui avait d\u00e9j\u00e0 p\u00e9ch\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises prenne conscience que son ent\u00eatement allait conduire son pays dans un embrasement dont personne ne savait \u00e0 quoi il allait conduire.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Pour le vingt-cinqui\u00e8me anniversaire du drame, en 1975, la comm\u00e9moration avait r\u00e9uni des militants de toute la Wallonie. Le quaranti\u00e8me anniversaire, en 1990, s\u2019\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9 devant une assembl\u00e9e plus clairsem\u00e9e, et dans une ambiance plus cliv\u00e9e. Ce printemps-l\u00e0, Jos\u00e9 Happart, agriculteur reconverti chasseur de voix, dans une veine populiste singuli\u00e8re, affirma que les quatre morts de Gr\u00e2ce-Berleur \u00e9taient les premiers martyrs de la cause wallonne. Il annon\u00e7a son intention d\u2019organiser dans la commune un happening avec son organisation Wallonie r\u00e9gion d\u2019Europe. Mis au parfum, Alain Van der Biest s\u2019\u00e9cria lors d\u2019une r\u00e9union entre dirigeants du PS li\u00e9geois\u2009: <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Je ne veux pas que ce fils de rexiste vienne voler nos tu\u00e9s de Gr\u00e2ce-Berleur\u2009!\u2009\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Mais les comportements de plus en plus erratiques d\u2019un Van der Biest devenu ministre, et l\u2019aubaine d\u2019un rapprochement strat\u00e9gique avec Happart, le font changer d\u2019avis. \u00ab\u2009Deux mois plus tard, il le recevait en grande pompe \u00e0 la comm\u00e9moration des tragiques \u00e9v\u00e9nements de 1950, devant le monument d\u00e9di\u00e9 aux victimes, et l\u2019invitait ensuite \u00e0 la r\u00e9union des militants \u00e0 laquelle je refusai d\u2019assister\u2009\u00bb, \u00e9crira Maurice Demolin.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019historien Claude Desama, professeur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Li\u00e8ge et bourgmestre de Verviers, avait \u00e0 l\u2019\u00e9poque contredit vigoureusement Jos\u00e9 Happart. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009J\u2019avais \u00e9t\u00e9 scandalis\u00e9 par ses propos<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, se souvient-il aujourd\u2019hui. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Autant je suis un r\u00e9gionaliste wallon et un f\u00e9d\u00e9raliste dans l\u2019esprit d\u2019Andr\u00e9 Renard, autant je suis aussi historien, et je ne veux pas qu\u2019on travestisse l\u2019histoire. C\u2019est contraire \u00e0 l\u2019histoire d\u2019affirmer que les \u00e9v\u00e9nements de Gr\u00e2ce-Berleur rel\u00e8vent de la cause wallonne, c\u2019\u00e9tait vraiment li\u00e9 \u00e0 l\u2019affaire royale et \u00e0 la volont\u00e9 des socialistes wallons, notamment, mais aussi flamands et bruxellois de s\u2019opposer au retour de L\u00e9opold\u00a0III.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">La mort de Pierre Cerepana est une affaire dans l\u2019affaire. Son identit\u00e9 m\u00eame a un parfum d\u2019\u00e9nigme. Son nom appara\u00eet sous diff\u00e9rentes graphies dans les documents d\u2019\u00e9poque, Czerepania sur le faire-part de d\u00e9c\u00e8s, Cerepana sur sa tombe, Serepana ou Serepania ailleurs. Ses camarades le surnommaient parfois \u00ab\u2009le Polonais\u2009\u00bb, mais il \u00e9tait n\u00e9 dans les fronti\u00e8res de ce qui \u00e9tait alors le royaume de Hongrie, sans doute \u00e0 Nove-Davydkovo, de nos jours en Ukraine. Le bassin minier li\u00e9geois a re\u00e7u beaucoup d\u2019hommes en provenance de cette r\u00e9gion alors tr\u00e8s cosmopolite, o\u00f9 se m\u00ealaient Ukrainiens, Hongrois, Slovaques, Juifs, Allemands et Polonais. Si bien que la langue maternelle de Cerepana \u2014&nbsp;qui \u00e0 la naissance pouvait s\u2019appeler Petro, Piotr ou Peter \u2014&nbsp;est elle aussi un myst\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Contrairement aux trois autres victimes, il n\u2019est pas mort devant <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Boule rouge<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, mais plus loin, pr\u00e8s de la piscine. N\u00e9e en 1954, Annie Van Laer, qui vit \u00e0 trois minutes de la place du P\u00e9rou, ne l\u2019a pas connu mais elle a baign\u00e9 dans son souvenir. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009C\u2019\u00e9tait l\u2019oncle de ma maman<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, raconte-t-elle<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">. Il s\u2019\u00e9tait mari\u00e9 avec l\u2019unique s\u0153ur de ma grand-m\u00e8re, D\u00e9sir\u00e9e Larondelle. Sa femme et lui n\u2019ont pas eu d\u2019enfants. Ils n\u2019ont pas eu le temps\u2026 On a grandi dans cette histoire-l\u00e0. On allait au monument, on allait sur sa tombe.\u2009\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Annie Van Laer restitue les faits tels qu\u2019ils lui sont parvenus\u2009: <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Mon grand-oncle revenait de l\u2019usine. Comme c\u2019\u00e9tait massacre sur la place, il g\u00eanait le passage avec sa bicyclette. Alors il avanc\u00e9 plus loin pour mettre son v\u00e9lo contre le mur de la piscine.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Cerepana est touch\u00e9 par balles alors qu\u2019il se tient \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la foule. Par ses circonstances particuli\u00e8res, sa mort jette une lumi\u00e8re crue sur l\u2019attitude des gendarmes le 30 juillet 1950. \u00ab\u2009Sur le plan des faits [\u2026] s\u2019il est possible physiquement d\u2019interpr\u00e9ter les trois premi\u00e8res morts comme r\u00e9sultant des tirs de d\u00e9fense d\u2019un gendarme agress\u00e9, il n\u2019est pas permis d\u2019appliquer cette th\u00e9orie au d\u00e9c\u00e8s de Cerepana qui est tomb\u00e9 \u00e0 plus de cent m\u00e8tres de l\u00e0\u2009\u00bb, tranche l\u2019historien Thierry Goossens. Autrement dit\u2009: la mort de Cerepana fragilise toute la ligne de d\u00e9fense des forces de l\u2019ordre, celle d\u2019hommes contraints d\u2019ouvrir le feu pour ne pas eux-m\u00eames \u00eatre violent\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Le jour des fun\u00e9railles, le corbillard de Cerepana ouvrait la marche, devant ceux de Houbrechts et de Vervaeren. Le p\u00e8re d\u2019Annie Van Laer avait alors 18 ans. Membre des Jeunes Gardes socialistes, il avait \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9 pour porter des fleurs. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Il avait lui aussi particip\u00e9 au meeting. Il en parlait quand on allait au cimeti\u00e8re\u2009: \u00e7a a \u00e9t\u00e9 une tuerie, c\u2019\u00e9tait le mot qui revenait dans sa bouche. Mais quand il a \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9 pour raconter dans un documentaire, il a dit\u2009: je n\u2019y arriverai jamais.\u2009\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">La terreur ressentie cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0 a laiss\u00e9 en lui une empreinte jamais effac\u00e9e. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Quand mon papa a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en maison de repos, je lui ai demand\u00e9 quelle sortie lui ferait plaisir, s\u2019il voulait aller manger une glace. Il m\u2019a r\u00e9pondu\u2009: non, je voudrais bien aller au monument. Maman \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9c\u00e9d\u00e9e. Il marchait p\u00e9niblement avec une canne. C\u2019\u00e9tait sacr\u00e9 pour lui.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Cette histoire m\u2019a suivie toute ma vie<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, raconte Annie. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Je l\u2019avais apprise \u00e0 mon fils\u2009: depuis tout petit, je l\u2019emmenais aux comm\u00e9morations. Puis, il a continu\u00e9 adulte avec son \u00e9pouse. Il est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 du covid, un des premiers morts. Je ne saurais pas transmettre \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019autre. Mais je n\u2019abandonnerai pas, pour que plus jamais \u00e7a n\u2019arrive. Dans la mesure du possible, chaque 30 juillet, j\u2019y suis. Me taire, jamais\u2009!\u2009\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Quand il a \u00e9t\u00e9 question, vu l\u2019\u00e9coulement du temps, d\u2019espacer les d\u00e9p\u00f4ts rituels de gerbes et de se contenter d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie tous les trois ans, elle a dit sa fa\u00e7on de penser aux \u00e9lus socialistes qui dirigent aujourd\u2019hui la commune. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009D\u00e9j\u00e0 comme \u00e7a, on oublie\u2009! Au Premier mai, ils ont d\u00e9pos\u00e9 une gerbe, vite fait, bien fait et on s\u2019en va. \u00c0 la limite, le repas apr\u00e8s \u00e9tait plus important.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Jean Monz\u00e9e se d\u00e9m\u00e8ne avec la ferveur modeste d\u2019un Don Quichotte des coteaux mosans. En gu\u00e9rillero infatigable. Ses moulins \u00e0 vent, ce sont les failles de la m\u00e9moire, qu\u2019il tente d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de combler. Il voudrait tout retenir, tout transmettre. Sa vocation de p\u00e9dagogue le br\u00fble. Elle se double d\u2019un temp\u00e9rament d\u2019archiviste et d\u2019une curiosit\u00e9 insatiable. Allure sportive, lunettes blanches, coupe en brosse, de faux airs de Bernard Lavilliers ou de Franck Dubosc. Il a \u00e9t\u00e9 instituteur. Le voil\u00e0 retrait\u00e9. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Mais je regrette mon m\u00e9tier.\u2009\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Il a r\u00e9alis\u00e9 un documentaire sur le charbonnage du Bonnier, avec des bouts de ficelle. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Quatre ans de travail.\u2009\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">L\u00e0, il pr\u00e9pare un film sur l\u2019histoire de la place du P\u00e9rou, du Moyen \u00c2ge \u00e0 nos jours, en passant bien s\u00fbr par les \u00e9v\u00e9nements de 1950. Ce nom, d\u2019ailleurs, d\u2019o\u00f9 vient-il\u2009? <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Beaucoup d\u2019hypoth\u00e8ses, mais jamais confirm\u00e9es.\u2009\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Jean Monz\u00e9e croit avoir perc\u00e9 la cl\u00e9 du myst\u00e8re en d\u00e9nichant aux archives de l\u2019\u00c9tat un acte notari\u00e9 de 1549, \u00e9crit \u00e0 la plume d\u2019oie. Il m\u00e9nage le suspense. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Je vous demanderai d\u2019attendre que mon film sorte.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">C\u2019est lui qui a con\u00e7u et port\u00e9 \u00e0 bout de bras l\u2019exposition que le caf\u00e9 <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Boule rouge<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> a accueillie en juillet 2025, pour les septante-cinq ans de la fusillade. Sur la fa\u00e7ade, la plaque en marbre blanc s\u2019effritait. Jean Monz\u00e9e a contribu\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019une nouvelle soit appos\u00e9e, \u00e0 l\u2019identique. Sous les noms des quatre victimes, elle proclame toujours\u2009: \u00ab\u2009Tomb\u00e9s sous les balles de la gendarmerie pour la libert\u00e9 du peuple wallon.\u2009\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Jean Monz\u00e9e a sa maison dans le quartier du Boutte, en contrebas de la place du P\u00e9rou. On monte \u00e0 l\u2019\u00e9tage, dans son petit bureau sous le toit. Une statuette de Jean-S\u00e9bastien Bach (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009mon idole<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00bb)<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> et un petit synth\u00e9 trahissent sa fibre musicale. Tout est ordonn\u00e9. Son ordinateur renferme une foule de documents amass\u00e9s au sujet du 30 juillet 1950. Il a aussi collect\u00e9 les t\u00e9moignages des derniers t\u00e9moins. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Au d\u00e9but que je m\u2019y int\u00e9ressais, je n\u2019ai pas eu la pr\u00e9sence d\u2019esprit de les enregistrer. Je les \u00e9coutais, c\u2019est tout. Dommage\u2026\u2009\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Par la suite, il a commenc\u00e9 \u00e0 fixer sur vid\u00e9o les paroles des personnes pr\u00e9sentes sur place. Beaucoup sont entre-temps d\u00e9c\u00e9d\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Ce qui l\u2019a pouss\u00e9 dans cette d\u00e9marche, c\u2019est le constat d\u2019un grand vide autour des \u00e9v\u00e9nements du 30 juillet 1950. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Quand je suis devenu instituteur en 1974, on n\u2019en parlait pas. Moi-m\u00eame, alors que j\u2019avais grandi \u00e0 Mons-lez-Li\u00e8ge, \u00e0 m\u00eame pas cinq kilom\u00e8tres de la place du P\u00e9rou, je n\u2019en avais jamais entendu parler. \u00c7a avait sombr\u00e9 dans une forme d\u2019oubli. C\u2019est parce que je me suis int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire locale que des personnes m\u2019en ont parl\u00e9.<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Mais des inconnues demeureront \u00e0 jamais dans le tableau des \u00e9v\u00e9nements\u2009: il n\u2019existe aucune image du meeting, qui garde sa part de myst\u00e8re. Seul l\u2019assemblage des t\u00e9moignages oraux a permis d\u2019en reconstituer \u00e0 peu pr\u00e8s la teneur. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Deux personnes m\u2019ont dit la m\u00eame chose\u2009: un journaliste anglais qui faisait un reportage \u00e9tait pr\u00e9sent place du P\u00e9rou, mais il n\u2019avait plus de films. Il avait demand\u00e9 qu\u2019on lui en apporte, mais il n\u2019en avait pas encore re\u00e7u quand la fusillade a \u00e9clat\u00e9.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Le souvenir du 30 juillet 1950&nbsp;s\u2019est estomp\u00e9. Parce que le temps passe. Mais aussi parce qu\u2019aucun des camps oppos\u00e9s lors de la question royale n\u2019avait int\u00e9r\u00eat \u00e0 raviver la discorde. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Gr\u00e2ce-Berleur am\u00e8ne \u00e0 l\u2019abdication de L\u00e9opold\u00a0III, donc c\u2019est un moment majeur<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, conclut l\u2019historien Paul Delforge<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">. Mais \u00e0 partir du moment o\u00f9 les protagonistes se mettent d\u2019accord pour consid\u00e9rer la question comme r\u00e9gl\u00e9e, on met un couvercle sur la marmite qui, la veille encore, \u00e9tait bouillonnante. Il y avait un pacte pour ne plus faire d\u2019histoires autour de L\u00e9opold\u00a0III. Alors forc\u00e9ment, on ne va pas comm\u00e9morer \u00e0 grands cris Gr\u00e2ce-Berleur. Ce serait rompre la tr\u00eave.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Il n\u2019y a que dans le pourtour de la place du P\u00e9rou que les larmes ne s\u00e8chent pas tout \u00e0 fait. Des t\u00e9moins rapportent que jusqu\u2019\u00e0 l\u2019or\u00e9e des ann\u00e9es 1980, dans les \u00e9coles communales, les jours de fancy-fair, les enfants ne chantaient pas l\u2019hymne national. Pas de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Braban\u00e7onne<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> \u00e0 Gr\u00e2ce-Hollogne. Les bambins entonnaient le <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Chant des Wallons<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Le Bonnier a ferm\u00e9 le 31 janvier 1967. Le dernier wagonnet remont\u00e9 des profondeurs est expos\u00e9 sur un rond-point. L\u2019ancien si\u00e8ge du charbonnage, situ\u00e9 \u00e0 deux cents m\u00e8tres de la place du P\u00e9rou, en direction de Bierset, est d\u00e9sormais divis\u00e9 en appartements.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Qu\u2019importe le temps qui file, le climat changeant, les nouvelles guerres et la contestation qui rena\u00eet en cycles impr\u00e9visibles. Aux abords de la place du P\u00e9rou, quatre pierres marqu\u00e9es de quatre noms r\u00e9sistent \u00e0 toutes les intemp\u00e9ries. Elles disent encore beaucoup, pour qui sait les entendre. Mais elles restent muettes quand on leur pose la question<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">: pourquoi ont-ils tu\u00e9 Houbrechts, Vervaeren, Cerepana et Thomas<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">? <\/span><\/p>\n<p><b>Parmi nos sources<\/b><b>\u2009<\/b><b>:<\/b><\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"font-weight: 400;\">Vincent Dujardin et Mark Van den Wijngaert, <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">La Belgique sans roi, Le Cri, 2010.<\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-weight: 400;\">Christian Mesnil, La Question royale, Vokaer, 1976.<\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-weight: 400;\">Linda Flagothier-Musin, Li\u00e8ge. 1885-1985, coll. \u00ab<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">Histoire <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">des f\u00e9d\u00e9rations<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u00bb, Pr\u00e9sence et action culturelle, 1985.<\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-weight: 400;\">G\u00e9rard Ninanne, Gr\u00e2ce-Berleur<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">: 30 juillet 1950 <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2014&nbsp;30\u00a0juillet 1990<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">: 40 ans apr\u00e8s, IFAWRE, 1990.<\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-weight: 400;\">Thierry Goossens, \u00ab<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">Comment sont morts les morts <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">de Gr\u00e2ce-Berleur<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u00bb, Toudi mensuel, n\u00b01 et n\u00b02, 1997. <\/span><span style=\"font-weight: 400;\"><br \/>\n<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">(Texte d\u2019abord publi\u00e9 dans une brochure \u00e9dit\u00e9e par Wallonie r\u00e9gion d\u2019Europe en 1990. Accessible gratuitement en ligne sur www.larevuetoudi.org, dans une version <\/span><span style=\"font-weight: 400;\"><br \/>\n<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">revue par l\u2019auteur et compl\u00e9t\u00e9e en 2012.)<\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-weight: 400;\">Maurice Demonlin, De tragiques amiti\u00e9s.<\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-weight: 400;\">D\u2019Alain Van der Biest \u00e0 Andr\u00e9 Cools en passant <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">par Guy Mathot, Now Future, 2020.<\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-weight: 400;\">Conrad Detrez, Les Plumes du coq, Calmann-L\u00e9vy, 1975.<\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-weight: 400;\">Alain Van der Biest, Un Sioux socialiste, Paul Legrain, 1975.<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Merci aux archives audiovisuelles de la Sonuma de nous avoir donn\u00e9 acc\u00e8s \u00e0 plusieurs s\u00e9quences initialement diffus\u00e9es sur la RTBF, notamment le film muet des fun\u00e9railles des victimes de la fusillade (1950), l\u2019interview d\u2019Albert de Vleeschauwer dans l\u2019\u00e9mission T\u00e9l\u00e9-m\u00e9moires (1968), le discours de Jos\u00e9 Happart (1990).<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un dimanche d\u2019\u00e9t\u00e9 1950, dans la banlieue de Li\u00e8ge, les gendarmes tuent. 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