{"id":7141,"date":"2026-03-06T14:11:29","date_gmt":"2026-03-06T13:11:29","guid":{"rendered":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/?p=7141"},"modified":"2026-03-06T14:11:29","modified_gmt":"2026-03-06T13:11:29","slug":"maddly-bamy-le-dernier-amour-de-jacques-brel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/maddly-bamy-le-dernier-amour-de-jacques-brel\/","title":{"rendered":"Maddly Bamy, le dernier amour de Jacques Brel"},"content":{"rendered":"<h5><b>\u00ab<\/b><b>\u2009<\/b><b>Avec Jacques, <\/b><b>on vit les choses ensemble, <\/b><b>je suis lui et il est moi<\/b><b>\u2009<\/b><b>\u00bb<\/b><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Ils s\u2019\u00e9taient connus en 1971 sur le tournage de \u00ab<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019aventure c\u2019est l\u2019aventure<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u00bb de Claude Lelouch. Elle avait 28 ans, il en avait 42. Elle, une danseuse et actrice qui tourne avec Cloclo, Ventura, Delon, les plus grands de l\u2019\u00e9poque. Lui, une vedette fatigu\u00e9e, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e que le public m\u00e9connaisse la qu\u00eate d\u2019amour infinie de ses chansons. Trois ans plus tard, ils embarquent sur un yacht de dix-huit m\u00e8tres pour ce qui devait \u00eatre un grand tour du monde \u00e0 la voile. Maddly Bamy a re\u00e7u \u00ab<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">Wilfried<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u00bb dans sa petite maison du Morbihan et raconte ce qui fut leur dernier voyage, de longs mois dans la langueur aust\u00e8re des Marquises, o\u00f9 l\u2019on comprend pourquoi, comme dit la chanson, \u00ab<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">g\u00e9mir n\u2019est pas de mise<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u00bb.<\/span><\/p>\n<p>C<span style=\"font-weight: 400;\">\u2019est \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de Vannes, dans la commune d\u2019Arradon desservie par les corbeaux, dans une petite maison toute blanche aux volets verts, derri\u00e8re un mur d\u2019enceinte avec un jardin privatif que vit d\u00e9sormais Maddly Bamy, la derni\u00e8re compagne de Jacques Brel. Loin des curieux, des faux-semblants, du th\u00e9\u00e2tre ordinaire des relations sans fond. Au bas d\u2019une rue en pente qui s\u2019en va vers la mer, le golfe du Morbihan qui ce jour-l\u00e0 \u2014&nbsp;c\u2019est en octobre \u2014&nbsp;brasse sous un ciel bas, dans ses eaux grises et laiteuses, une m\u00e9lancolie d\u2019arri\u00e8re-saison. Partout une forte odeur de vase, d\u2019algues et d\u2019embruns. Maddly, qui est aujourd\u2019hui \u00e2g\u00e9e de 82 ans mais en d\u00e9montre trente de moins, y coule des jours heureux. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009C\u2019est simple, je ne crois pas que quelqu\u2019un sur cette terre puisse aller mieux que moi\u2009\u00bb,<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> nous lance-t-elle au milieu de son salon.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">La pi\u00e8ce est lumineuse, meubl\u00e9e avec go\u00fbt. Les murs charg\u00e9s de photos la racontent\u2009: ici en connivence avec Lino Ventura sur le tournage de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Boulevard du Rhum <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">de Robert Enrico, l\u00e0 en danseuse \u00e0 paillettes avec Jean-Pierre Cassel, ou dans un jerk endiabl\u00e9 avec Claude Fran\u00e7ois, qui lui d\u00e9l\u00e9guera la chor\u00e9graphie des Claudettes. Sur d\u2019autres photos, plus nombreuses, aux c\u00f4t\u00e9s de Jacques Brel. Le Grand Jacques. L\u2019homme de sa vie. Un monstre sacr\u00e9 de la chanson fran\u00e7aise, bruxellois de naissance, mort le 9 octobre 1978 \u00e0 49 ans, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Bobigny en r\u00e9gion parisienne d\u2019un cancer des poumons. Mort pour l\u2019\u00e9tat civil, pas pour Maddly qui croit aux communications \u00ab<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009par incorporation\u2009\u00bb<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> et continue selon son \u00e9diteur Christian Pirot, de vivre \u00ab\u2009un amour au-del\u00e0 des limites du temps\u2009\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">C\u2019est comme si Brel \u00e9tait toujours pr\u00e9sent. Chaque jour, elle dialogue avec lui, sur le fil d\u2019une voix int\u00e9rieure. Se sent-elle ventriloqu\u00e9e\u2009? Vit-elle sous sa dict\u00e9e\u2009? Elle h\u00e9site, sourit. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Avec Jacques, on vit les choses ensemble, il me r\u00e9veille, me parle, me donne des conseils, disons que je suis lui et qu\u2019il est moi\u2009\u00bb,<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> r\u00e9sume-t-elle en pr\u00e9parant le caf\u00e9. Au centre du salon, une lumi\u00e8re automnale marbre en majest\u00e9 les flans du piano, le Pleyel en bois clair que Brel lui avait offert. C\u2019\u00e9tait en 1974. Il voulait qu\u2019\u00e0 son tour, elle puisse jouer d\u2019un instrument et se lance dans la chanson, sur les traces de son fr\u00e8re \u00c9rick, doublure vocale, clandestine, de Johnny Halliday. C\u2019\u00e9tait peu de jours avant qu\u2019ils ne larguent les amarres vers les Marquises.<\/span><\/p>\n<p><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Tenez, ce piano&#8230; En 2005, Jacques \u00e9tait mort depuis longtemps, il m\u2019a dit, assieds-toi, l\u00e8ve le couvercle, mets les mains sur le clavier, prends les textes de mes chansons. Et maintenant chante-les\u2009!\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Elle mime les gestes, fredonne\u2009: <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague, et les vagues\u2026 \u00c7a venait tout seul, sa voix, ses intentions sortaient de ma bouche, j\u2019ai tout enregistr\u00e9 sur un magn\u00e9tophone. Ma m\u00e8re, \u00e7a l\u2019a souffl\u00e9e, elle n\u2019en revenait pas.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Plus tard, en 2009, elle \u00e9crit <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La force d\u2019aimer<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> et l\u2019illustre au piano, de mani\u00e8re instinctive, en public, \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Vichy sous le titre <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Dans le c\u0153ur de Jacques Brel<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Les gens applaudissaient. C\u2019est trop d\u2019amour, m\u2019a dit une journaliste.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009C\u2019est comme cette maison, <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">ench\u00e9rit-elle<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">, je ne l\u2019ai pas choisie, c\u2019est Jacques qui l\u2019a trouv\u00e9e. Il m\u2019avait dit, c\u2019est \u00e0 Arradon que tu vivras, la maison viendra \u00e0 toi.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Difficile d\u2019\u00e9voquer Brel sans parler de Maddly, une femme forte, ind\u00e9pendante aupr\u00e8s de laquelle le chanteur a v\u00e9cu les sept derni\u00e8res ann\u00e9es de son existence.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Elle a vingt-huit ans quand elle le rencontre. Il en a quarante-deux. Grav\u00e9e dans le vinyle des disques Barclay, sa notori\u00e9t\u00e9 d\u00e9passe de loin les fronti\u00e8res de l\u2019Europe. Avec ses chansons culte, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Mathilde<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Amsterdam<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Le plat pays<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> ou l\u2019iconique <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Ne me quitte pas<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> qui a travers\u00e9, \u00e9mu le monde entier, avec plus de mille adaptations \u00e0 la cl\u00e9, Brel est aussi connu \u00e0 Bruxelles ou Paris qu\u2019\u00e0 New York o\u00f9 il a embras\u00e9 le Carnegie Hall. Qui ne l\u2019a pas vu sur sc\u00e8ne, en costume sombre, chemise blanche, cravate rel\u00e2ch\u00e9e, avec sa t\u00eate de cheval ruisselante de sueur, ses longs bras tentaculaires tournoyant dans l\u2019air, dans une pantomime toute br\u00e9lienne, ne l\u2019a pas vraiment connu ou n\u2019a qu\u2019une id\u00e9e floue, incompl\u00e8te de l\u2019artiste et de sa puissance de feu.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Artiste engag\u00e9, po\u00e8te \u00e0 l\u2019\u00e9gal de L\u00e9o Ferr\u00e9, Charles Trenet, Georges Brassens, parfois tax\u00e9 de misogynie (\u00ab\u2009un malentendu\u2009\u00bb, se d\u00e9fendait-il), Brel chante ses obsessions, la bourgeoisie, les cur\u00e9s, les femmes infid\u00e8les, les pesanteurs sociales et ce conformisme empourpr\u00e9 de catholicisme dont il s\u2019est d\u00e9livr\u00e9 en quittant Bruxelles et la cartonnerie familiale pour tenter sa chance \u00e0 Paris. Il s\u2019y installe en 1953, \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Picardie, gare du Nord. Vit un temps pr\u00e8s de Montreuil dans une esp\u00e8ce de wagon. Concordance des dates, cette m\u00eame ann\u00e9e, Maddly, neuf ans, n\u00e9e aux Antilles, d\u00e9barque de Pointe-\u00e0-Pitre en m\u00e9tropole, \u00e0 Rueil avec sa m\u00e8re, ses quatre fr\u00e8res et s\u0153urs, le p\u00e8re reste en Guadeloupe.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Pour Brel, rien ne sera facile. Pendant plus de trois ans, il multiplie les auditions (\u00ab\u2009avec une gueule comme la v\u00f4tre, lui ass\u00e8ne-t-on chaque fois, vous n\u2019arriverez \u00e0 rien\u2009\u00bb), court les cachets \u2014&nbsp;plus de trois cents soir\u00e9es ou matin\u00e9es par an \u2014&nbsp;sur des sc\u00e8nes, des tr\u00e9teaux mis\u00e9rables, dans tous les recoins de la France ou les autres chanteurs ne veulent pas aller. Jusqu\u2019\u00e0 1956, date sa premi\u00e8re cons\u00e9cration \u00e0 l\u2019Olympia. Le pied sur une chaise, guitare en mains comme Brassens, il chante <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Quand on n\u2019a que l\u2019amour<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">On n\u2019oublie rien<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Il ne quittera plus le haut de l\u2019affiche. Le Grand Brel na\u00eet ce soir-l\u00e0 sur la sc\u00e8ne mythique du boulevard des Capucines o\u00f9 dix ans plus tard, le 6 octobre 1966, au fa\u00eete de sa gloire, de sa renomm\u00e9e, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009par peur de se r\u00e9p\u00e9ter, de perdre son authenticit\u00e9\u2009\u00bb<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, il fera ses adieux \u00e0 la chanson, sur un dernier r\u00e9cital inoubliable. En peignoir, un masque de sueur sur le visage, il reviendra saluer sept fois les deux mille spectateurs qui hurlent \u00ab\u2009Ne nous quitte pas\u2009\u00bb. Sa d\u00e9cision est prise. Irr\u00e9vocable. Il en a bel et bien fini avec sa vie de nomade, les tours de chant \u00e9prouvants, les soir\u00e9es enfum\u00e9es dans les cabarets, les rallyes nocturnes en voiture, les h\u00f4tels de province, la solitude du coureur de fond.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Pour Maddly, il se d\u00e9sesp\u00e9rait de n\u2019\u00eatre pas compris par son public.<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\"> \u00ab\u2009Il ne supportait plus que les gens ne re\u00e7oivent pas son message, ce \u201ccherchons \u00e0 nous aimer\u201d qu\u2019il y avait derri\u00e8re ses textes. Il en voulait pour preuve qu\u2019aucun journaliste ne l\u2019a jamais interrog\u00e9 l\u00e0-dessus, c\u2019est \u00e7a qui lui a fait quitter la sc\u00e8ne.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Ainsi de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Ne me quitte pas<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, un classique \u00e9crit en 1959 qui parle des hommes plaqu\u00e9s, d\u00e9laiss\u00e9s, pliant sous le chagrin. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009L\u00e0 encore, c\u2019\u00e9tait du second degr\u00e9, il disait aux hommes\u2009: voil\u00e0 ce qu\u2019on ne doit pas faire devant une femme qui vous quitte, se lamenter, se mettre plus bas que terre, lui promettre de devenir l\u2019ombre de son ombre, l\u2019ombre de son chien.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">\u00c9tait-ce donc parodique\u2009? <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Bien s\u00fbr, il leur disait\u2009: ne vous ridiculisez pas, restez dignes, moi je ne pleurnicherais pas pour une chose pareille, il y mettait toute sa conviction.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Elle marque un temps.<\/span><\/p>\n<p><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Le plus dr\u00f4le c\u2019est que cette chanson, les gens la mettaient le jour de leur mariage.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Brel, lui, est mari\u00e9 depuis 1953 \u00e0 Th\u00e9r\u00e8se Michielsen, dite \u00ab\u2009Miche\u2009\u00bb, ils ont trois filles. La vie d\u2019artiste, les tourn\u00e9es avec son meilleur ami, Georges Pasquier dit Jojo, secr\u00e9taire, chauffeur, factotum, et G\u00e9rard Jouannest, le compositeur, les ont peu \u00e0 peu \u00e9loign\u00e9s. Il a des aventures mais il tient \u00e0 Miche, le pilier de sa vie, n\u2019en divorcera jamais. Quoi qu\u2019il arrive, elle sera toujours \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, aimante, attentive, compr\u00e9hensive. Ils ont, dit-on, leurs accords. Puis en novembre 1971, il rencontre Maddly \u00e0 Antigua, dans les Cara\u00efbes, sur le tournage de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019aventure c\u2019est l\u2019aventure<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> de Claude Lelouch. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Une rencontre d\u00e9finitive pour l\u2019un comme pour l\u2019autre\u2009\u00bb,<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> raconte-t-elle. Mannequin, danseuse, com\u00e9dienne, elle a \u00e9t\u00e9 cast\u00e9e avec quatre autres jeunes femmes pour donner la r\u00e9plique \u00e0 Lino Ventura, Charles Denner, Jacques Brel, Aldo Maccione, Charles G\u00e9rard. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Sur place, Lelouch me demande avec qui je veux \u00eatre associ\u00e9e, je r\u00e9ponds Ventura, avec qui j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9 dans <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Boulevard du Rhum.\u2009<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Mais Ventura, pudique, d\u00e9cline, ayant promis \u00e0 sa femme qu\u2019il n\u2019aurait jamais deux fois la m\u00eame partenaire. Lelouch \u00e9crit le nom des jeunes femmes sur des papiers, les m\u00eale dans une coupelle, on va donc tirer au sort. Brel est le premier \u00e0 piocher\u2009: \u00ab\u2009Maddly Bamy\u2009\u00bb. Le soir, il l\u2019invite \u00e0 d\u00eener. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009La premi\u00e8re chose qu\u2019il a faite, c\u2019est de me raconter ses femmes, ses probl\u00e8mes conjugaux, puis il m\u2019a dit tant pis et tout a bascul\u00e9.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Maddly n\u2019est pas novice. Elle a d\u00e9j\u00e0 tenu de petits r\u00f4les, donn\u00e9 la r\u00e9plique \u00e0 Eddie Constantine, d\u00e9but\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La case de l\u2019oncle Tom<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> de Jean-Christophe Averty, cherch\u00e9 sa voix au th\u00e9\u00e2tre ou elle appara\u00eet dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Le soulier de satin<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> mont\u00e9 par le couple Jean-Louis Barrault\/Madeleine Renaud, aupr\u00e8s desquels elle avait <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009pris confiance\u2009\u00bb.<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> Son parcours est jalonn\u00e9 de rencontres, avec les cin\u00e9astes Jacques Rivette, \u00c9douard Molinaro, Jacques Deray qui l\u2019engage dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Piscine<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> \u00e0 la demande d\u2019Alain Delon. Autant de relais qui la poussent toujours ailleurs, toujours plus loin. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009J\u2019avais juste un handicap, j\u2019\u00e9tais noire\u2009\u00bb,<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> dit-elle, amus\u00e9e, quand lui revient une audition rat\u00e9e avec Sidney Poitier. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Il n\u2019avait pas pu m\u2019engager, s\u2019en \u00e9tait excus\u00e9, pour lui, j\u2019\u00e9tais trop blanche\u2009!\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dans les petites notes biographiques qu\u2019elle m\u2019a remises, en gage de curriculum vitae, elle ne fait aucune mention du m\u00e9nage \u00e0 trois qu\u2019elle a form\u00e9 avec Alain Delon et Mireille Darc dans les remugles de l\u2019apr\u00e8s-Mai 68. Un homme, deux femmes, un quotidien, des voyages en commun <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009mais chacun ses appartements\u2009\u00bb,<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> pr\u00e9cise-t-elle. Avec pour seule trace un film <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Madly<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> avec un seul <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">d<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, roman-photo \u00e0 l\u2019eau de rose, voulu, \u00e9crit, sc\u00e9naris\u00e9 par Mireille Darc (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009c\u2019est elle qui en avait eu l\u2019id\u00e9e\u2009\u00bb)<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> jou\u00e9 par le couple Darc-Delon et produit par Delon. Bizarrement, c\u2019est une actrice am\u00e9ricaine Jane Davenport qui prend sa place au g\u00e9n\u00e9rique. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Mireille ne voulait pas que je joue mon propre r\u00f4le, elle voulait avoir Alain pour elle. Moi, d\u2019une certaine fa\u00e7on, j\u2019\u00e9tais la rivale, celle qui est en dehors, qui est en face\u2026\u2009\u00bb,<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> rel\u00e8ve-t-elle, tout en retenue, sans trop s\u2019\u00e9tendre, pr\u00e9f\u00e9rant renvoyer le film \u00e0 sa propre anecdote.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">\u00c0 l\u2019\u00e9poque, Brel, devenu acteur, encha\u00eene les films. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Les risques du m\u00e9tier<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, un drame social d\u2019Andr\u00e9 Cayatte, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La bande \u00e0 Bonnot<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Les assassins de l\u2019ordre<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> de Marcel Carn\u00e9, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019emmerdeur <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">d\u2019\u00c9douard Molinaro, une com\u00e9die burlesque avec Ventura pour partenaire. Il r\u00e9alisera deux films, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Franz<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> avec sa copine Barbara sur les plages d\u2019Ostende et, en 1973, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Le Far West <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Cannes, un bide commercial retentissant dont il se remettra difficilement. Il passe deux jours \u00e0 Deauville reclus avec Maddly \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Normandie. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Il \u00e9tait us\u00e9, ab\u00eem\u00e9, \u00e9motionnellement tr\u00e8s fragile. Il y en avait toujours pour critiquer son dernier disque, dire du mal de ses films, j\u2019avais beau lui r\u00e9p\u00e9ter qu\u2019il ne fallait rien attendre des gens, il n\u2019arrivait pas \u00e0 s\u2019en moquer.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Plane d\u00e9j\u00e0 en lui une forte envie de libert\u00e9, de v\u00e9rit\u00e9. Surtout avec les femmes. Selon Claude Lelouch, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Brel en avait peur\u2009\u00bb.<\/span><\/i> <i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Peur d\u2019\u00eatre chaque fois soumis \u00e0 un examen de passage.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Maddly reprend\u2009: <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Il recherchait l\u2019amour, un id\u00e9al, mais \u00e7a ne fonctionnait pas, le chanteur que les gens acclamaient \u00e9tait un homme malheureux. Avec les femmes qu\u2019il avait crois\u00e9es, \u00e7a manquait d\u2019ouverture, de clart\u00e9, elles ne voyaient en lui que sa c\u00e9l\u00e9brit\u00e9.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Enfant, expliquait-il, personne ne lui avait jamais dit que le Far West et l\u2019amour n\u2019\u00e9taient que des farces. Une vaste supercherie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Pour le trouver, paraphrase Maddly, il faut le chercher, puiser dans son r\u00e9pertoire.<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\"> \u00ab\u2009Car c\u2019\u00e9tait vraiment \u00e7a, il esp\u00e9rait toujours trouver en l\u2019autre quelque chose de doux, beau et tendre \u00e0 la fois\u2026\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Elle ajoute\u2009: <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009Moi, je ne l\u2019avais jamais vu sur sc\u00e8ne ni connu comme chanteur, \u00e7a lui plaisait, le rassurait\u2026 Quand on s\u2019est connus, il m\u2019a dit, c\u2019est la premi\u00e8re fois que je n\u2019ai pas honte avec une femme.\u2009\u00bb<\/span><\/i><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">D\u00e8s 1964, dans le petit jet que son impresario Charley Marouani loue entre deux galas, Brel prend go\u00fbt \u00e0 l\u2019aviation, passe et obtient en juin 1965 son brevet de pilote priv\u00e9. Il ach\u00e8te un Gardan GY-80, un Wassner, plus tard en 1976, un bimoteur, le Beechcraft D-50 Twin Bonanza baptis\u00e9 <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Jojo<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> en souvenir de Pasquier, son ami disparu. Il apprend aussi \u00e0 naviguer, obtient son brevet de \u00ab\u2009capitaine au grand cabotage\u2009\u00bb. Sur un chantier d\u2019Anvers, il s\u2019offre un ketch de dix-huit m\u00e8tres, quarante-deux tonnes, baptis\u00e9 l\u2019<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Askoy II<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, du nom d\u2019une petite \u00eele norv\u00e9gienne.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">En 1974, il est pr\u00eat, appareill\u00e9 pour l\u2019\u00e9vasion, pour un nouveau d\u00e9part.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Il va prendre le large et tout effacer, sa vie d\u2019avant \u00e0 lui, sa vie \u00e0 elle, quitter un monde qu\u2019il vomit, ne supporte plus, selon cette clause qu\u2019il a lui-m\u00eame \u00e9dict\u00e9e\u2009: \u00ab\u2009L\u2019homme qui n\u2019assume pas ses r\u00eaves se condamne \u00e0 \u00eatre malheureux.\u2009\u00bb Le 24 juillet 1974, apr\u00e8s des mois de pr\u00e9paration, il embarque au port d\u2019Anvers avec France, sa fille, et Maddly pour un tour du monde pr\u00e9vu pour durer trois ans.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Quel \u00e9tait le sens profond de ce voyage<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Ce n\u2019\u00e9tait pas une fuite, plut\u00f4t des retrouvailles, il voulait aller vers ce qu\u2019il cherchait, la libert\u00e9. Jacques aimait le risque, l\u2019aventure, depuis qu\u2019il avait d\u00e9couvert Vasco de Gama, il voulait partir en mer. \u00ab\u2009Allons voir\u2009\u00bb, c\u2019\u00e9tait sa formule, \u00e7a voulait dire, bougeons, remuons-nous, dans la vie il faut savoir quitter Vilvorde, allons voir comment vivent les autres. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">(Elle s\u2019en amuse.) <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Bien s\u00fbr, il ne fallait pas se faire d\u2019illusion, les gens sont partout les m\u00eames.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">En fait, il mettait de la vie dans la vie\u2026<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Il pensait \u00e0 tous ceux qui ne font rien de leur vie, par manque d\u2019\u00e9lan, par fain\u00e9antise, \u00e7a le chagrinait, il \u00e9tait altruiste, cherchait \u00e0 les aider, il aurait voulu que la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 soit de ce monde, combien de fois il a donn\u00e9, pr\u00eat\u00e9 de l\u2019argent, de grosses sommes qu\u2019il ne revoyait pas.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Il vous avait pr\u00e9venue que sa fille serait du voyage<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Il m\u2019avait dit\u2009: j\u2019esp\u00e8re que \u00e7a ne te g\u00eane pas que je prenne France avec moi, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il a ajout\u00e9\u2009: tu lui apprendras \u00e0 \u00eatre une femme.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">C\u2019est une formule un peu machiste\u2026<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Oh, c\u2019\u00e9tait son c\u00f4t\u00e9 pygmalion\u2026 Comme il aimait la femme en moi, ce que je repr\u00e9sentais, il pensait que je pourrais aider France \u00e0 se construire.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Miche, sa femme, \u00e9tait-elle au courant<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Je ne l\u2019ai connue qu\u2019apr\u00e8s, avant que Jacques se fasse op\u00e9rer \u00e0 Bruxelles. Il m\u2019a dit\u2009: on va aller dire \u00e0 Miche que j\u2019ai le cancer. On est all\u00e9s d\u00eener chez elle et \u00e7a s\u2019est bien pass\u00e9, jusqu\u2019au moment o\u00f9 elle s\u2019est rendu compte qu\u2019on \u00e9tait vraiment unis.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Et les r\u00f4les sur le bateau. Qui faisait quoi<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Jacques \u00e9tait le capitaine, le skipper, moi sa compagne, attentive \u00e0 entrer dans son jeu, \u00e0 faire ce qu\u2019il me demande sans discuter, sinon \u00e7a n\u2019aurait pas fonctionn\u00e9. Vous n\u2019imagineriez pas le nombre de divorces qui ont lieu sur un bateau\u2026<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Vous aviez d\u00e9j\u00e0 navigu\u00e9<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Avec France, il avait pris la pr\u00e9caution de nous faire lire tout le manuel, pour nous familiariser avec les mots, les objets, le liston, la drisse, le hauban, le safran. Et j\u2019avais appris les man\u0153uvres, \u00e0 me servir d\u2019un compas, \u00e0 faire le point, \u00e0 l\u2019\u00e9poque il n\u2019y avait pas d\u2019appareils \u00e9lectroniques.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Et pour le reste<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">? Le quotidien<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Il faisait la cuisine et comme il n\u2019aimait pas toucher la farine, je m\u2019occupais de la boulange.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Il pensait encore \u00e0 la chanson<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">? Parlait de son m\u00e9tier<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Non, parfois il fredonnait des trucs\u2026 <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">(Elle se souvient, fredonne.) <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2009La ville s\u2019endormait et j\u2019en oublie le nom. Sur le fleuve en amont un coin de ciel br\u00fblait\u2026\u2009\u00bb Je lui disais, c\u2019est joli \u00e7a, \u00ab\u2009eh bien note\u2009\u00bb. Apr\u00e8s il a d\u00e9velopp\u00e9. S\u2019il a fait le disque bleu aux Marquises <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">(son treizi\u00e8me et dernier album studio, sorti en 1977),<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> c\u2019est pour que je voie comment il travaillait. \u00c0 la fin du disque, sur la chanson <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Le lion<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, il me fait dire \u00ab\u2009Jacques, Jacques\u2009\u00bb pour qu\u2019on soit tous les deux, il aurait voulu qu\u2019on garde les droits de ce dernier disque pour nous, il l\u2019avait d\u00e9pos\u00e9 en tant que Jacques Brel, un homme d\u2019affaires s\u2019en occupait mais on a manqu\u00e9 de temps.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">En Martinique, France quitte le bateau. Pour quelle raison<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Avant cela, elle \u00e9tait retourn\u00e9e en Belgique soutenir son m\u00e9moire d\u2019assistance sociale, \u00e7a nous avait d\u00e9j\u00e0 sembl\u00e9 \u00e9trange. Par rapport \u00e0 ce qu\u2019on vivait, ce m\u00e9moire, ce n\u2019\u00e9tait pas important, Jacques lui disait de rester, mais elle y tenait. \u00c0 son retour, \u00e0 Las Palmas dans les Canaries, ce n\u2019\u00e9tait plus la m\u00eame, elle \u00e9tait mutique, oui, enferm\u00e9e en elle-m\u00eame, presque hostile. Avait-elle subi l\u2019influence de sa m\u00e8re\u2009? Avait-elle le sentiment d\u2019\u00eatre l\u2019intruse, d\u2019\u00eatre de trop\u2009? Ils se sont parl\u00e9 avec Jacques. Puis elle a pris un sac marin, a fourr\u00e9 ses affaires dedans et elle est partie.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Comment avait-il pris la chose<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Sur le livre de bord de l\u2019<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Askoy II<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, ce jour-l\u00e0, il a \u00e9crit\u2009: \u00ab\u2009Le capitaine n\u2019a plus d\u2019enfant.\u2009\u00bb<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Il savait d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il avait le cancer<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">\u00c0 Horta, aux A\u00e7ores, on apprend par courrier que son ami Jojo est mort. Jacques se doit d\u2019aller \u00e0 Paris, aux fun\u00e9railles. Et j\u2019ai un r\u00eave, pr\u00e9monitoire, comme \u00e7a m\u2019est souvent arriv\u00e9, je me dis\u2009: Jacques est malade, il va mourir. Quand il revient, il est compl\u00e8tement cass\u00e9, se tient les cotes sur le c\u00f4t\u00e9 gauche, la position qu\u2019il avait dans mon r\u00eave et ma foi me pr\u00e9vient\u2009: il a encore un petit peu de temps, mais il va mourir.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Quand a-t-il compris qu\u2019il \u00e9tait condamn\u00e9<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">De lui-m\u00eame, en consultant le dictionnaire m\u00e9dical qu\u2019on avait \u00e0 bord, il m\u2019a dit\u2009: \u00ab\u2009Eh bien c\u2019est le cancer.\u2009\u00bb On est partis en Suisse o\u00f9 ils lui ont confirm\u00e9 le diagnostic puis on est rentr\u00e9s \u00e0 Bruxelles parce que c\u2019\u00e9tait mieux pour les prises en charge et il s\u2019est fait op\u00e9rer.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">On a attribu\u00e9 son cancer du poumon \u00e0 son rythme de vie, aux exc\u00e8s d\u2019alcool et de tabac<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Non, ce qui l\u2019a tu\u00e9, c\u2019est tout ce qui n\u2019allait pas dans ses relations, sa vie compliqu\u00e9e, c\u2019est \u00e7a qui l\u2019a rong\u00e9.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Vous reprenez la mer avec un homme op\u00e9r\u00e9, diminu\u00e9, c\u2019\u00e9tait risqu\u00e9, presque suicidaire\u2026<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Apr\u00e8s son op\u00e9ration, il m\u2019avait demand\u00e9\u2009: \u00ab\u2009Qu\u2019est-ce qu\u2019on fait\u2009?\u2009\u00bb Je lui ai r\u00e9pondu\u2009: \u00ab\u2009Tu te vois rester assis dans ta petite chaise \u00e0 attendre\u2009?\u2009\u00bb Attendre, c\u2019est la mort. Alors on est repartis. On a pass\u00e9 59 jours en mer, c\u2019\u00e9tait risqu\u00e9 mais pas grave, on \u00e9tait tous les deux.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Pareil en vol, vous auriez \u00e9t\u00e9 capable de poser le bimoteur s\u2019il avait eu un malaise<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Oui, bien s\u00fbr, j\u2019avais pris des cours pour \u00e7a, mais c\u2019est vrai, \u00e7a pouvait prendre un tour dramatique, l\u00e0 encore, j\u2019acceptais l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 qu\u2019on s\u2019\u00e9crase, je lui avais dit\u2009: \u00ab\u2009Tu sais, on pourrait mourir ensemble.\u2009\u00bb Il m\u2019avait r\u00e9pondu en riant\u2009: \u00ab\u2009Ce serait mal \u00e9lev\u00e9, faudrait que les gens viennent nous chercher.\u2009\u00bb<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Vous \u00eates toujours rest\u00e9e tr\u00e8s discr\u00e8te sur ce dernier voyage vers les Marquises. Dans votre dernier livre \u00ab<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">De l\u2019amour \u00e0 vivre<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u00bb, \u00e9voquant cette travers\u00e9e vous \u00e9crivez<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">: \u00ab<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">Il fait bleu, presque nuit quand tu pleures dans mes bras.<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u00bb<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Parce que sur le bateau, oui, il pleurait de devoir me quitter, me disait \u00ab\u2009Tu n\u2019as pas de chance\u2009\u00bb, l\u2019id\u00e9e de me laisser seule lui faisait horreur.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Pourquoi les Marquises<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">On n\u2019a pas choisi les Marquises, on a \u00e9t\u00e9 plus ou moins forc\u00e9s de s\u2019y arr\u00eater et on n\u2019avait pas forc\u00e9ment envie de rester l\u00e0. Mais Jacques \u00e9tait tr\u00e8s, tr\u00e8s fatigu\u00e9, le bateau \u00e9tait lourd, tr\u00e8s lourd \u00e0 man\u0153uvrer.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Comment \u00e9tait la vie aux Marquises<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019\u00eele est plus aust\u00e8re qu\u2019aux Antilles, la pierre est noire, du basalte, la v\u00e9g\u00e9tation tr\u00e8s s\u00e8che, grill\u00e9e, et la vie y \u00e9tait rudimentaire, pas de journaux, pas de radio, c\u2019est nous qui l\u2019avons apport\u00e9e. Et on \u00e9tait all\u00e9s acheter un magn\u00e9tophone \u00e0 Tahiti pour pouvoir organiser un spectacle avec les enfants, chez les s\u0153urs de Cluny.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Un spectacle<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Oui, de danse, de modern jazz, ils n\u2019avaient jamais vu \u00e7a, Jacques en avait eu l\u2019id\u00e9e et venait \u00e0 toutes les r\u00e9p\u00e9titions pour arranger la musique. \u00c0 force de l\u2019entendre, il s\u2019en est servi pour \u00e9crire <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Les flamingants<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Aujourd\u2019hui, il y a des magasins, l\u2019avion qui dessert l\u2019\u00eele est plus grand avec cinquante places au lieu de douze. Mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, il n\u2019y avait rien, deux petites \u00e9piceries, celle du maire, une autre tenue par un Chinois, il n\u2019y avait pas de vin, si la go\u00e9lette qui les ravitaillait tous les mois avait du retard, les rayons restaient vides. Il y avait un gars qui vendait des l\u00e9gumes dans la montagne. Quand on s\u2019est install\u00e9s, les gens nous disaient\u2009: vous \u00eates s\u00fbrs\u2009? C\u2019est pour \u00e7a que Jacques voulait un avion, pour qu\u2019on reste ind\u00e9pendants, ma\u00eetres de nos mouvements, on allait faire nos courses \u00e0 Tahiti, \u00e0 1\u2009400&nbsp;km \u00e0 280&nbsp;km\/h \u00e7a n\u2019allait pas vite, il restait six heures aux commandes, avec une escale, pour l\u2019essence.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Est-ce vrai qu\u2019il se servait de l\u2019avion pour transporter le courrier<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Les pilotes du service avaient fait gr\u00e8ve parce qu\u2019un des terrains, celui sur l\u2019\u00eele de Ua Pou, au nord, \u00e9tait dangereux, pour atterrir, ils devaient se soumettre \u00e0 une r\u00e9glementation tr\u00e8s stricte. Nous, on \u00e9tait plus libres, on s\u2019y est pos\u00e9s. Jacques adorait la mythologie, il \u00e9tait fascin\u00e9 par l\u2019a\u00e9ropostale, par Saint-Exup\u00e9ry. Une fois ou deux, pour rendre service, on a donc pris le courrier \u00e0 Ua Pou pour le porter \u00e0 Atuona, sur l\u2019\u00eele de Hiva Oa. On s\u2019\u00e9tait aussi propos\u00e9s pour des \u00e9vacuations sanitaires \u00ab\u2009au cas o\u00f9\u2009\u00bb \u2026<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Il para\u00eet qu\u2019il y avait une salle de cin\u00e9ma.<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Oui, chez les cur\u00e9s, mais du 16&nbsp;mm et que des navets, Jacques a propos\u00e9 au maire de construire un mur pour en faire un \u00e9cran et lui a fait acheter un projecteur 35&nbsp;mm, \u00e7a co\u00fbtait une fortune. Nous avons offert les objectifs et un ami \u00e0 Tahiti nous passait des films.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Sur une de vos photos, Jacques porte un smoking rouge.<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Tous les mercredis, on s\u2019invitait les uns les autres. Jacques composait les repas, des recettes de Paul Bocuse, avec des vins fins, du clos-vougeot, du foie gras, pour apporter une autre convivialit\u00e9 que celle qu\u2019on trouvait sur place. Mais fallait \u00eatre habill\u00e9 sur son trente-et-un. C\u2019\u00e9tait la r\u00e8gle. Ce smoking rouge, on l\u2019avait fait faire \u00e0 Hong Kong, un pour lui, un pour Marc Bastard, notre meilleur ami, et Jacques m\u2019avait command\u00e9 une robe toute blanche chez Caron je crois, ma s\u0153ur \u00e9tait all\u00e9e l\u2019essayer pour moi.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">\u00c0 la fin, il a renonc\u00e9 \u00e0 se soigner, il esp\u00e9rait encore s\u2019en sortir<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Non il n\u2019a pas cru \u00e7a, l\u2019op\u00e9ration s\u2019\u00e9tait bien pass\u00e9e, on lui avait retir\u00e9 une grosse tumeur au poumon, il n\u2019avait pas eu besoin de chimio, mais il fallait aller tous les six mois \u00e0 Bruxelles pour des examens de contr\u00f4le. La deuxi\u00e8me fois, il m\u2019a dit, on ne va pas y retourner, et j\u2019\u00e9tais d\u2019accord avec lui.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Et vous avez v\u00e9cu de longs mois aux Marquises avec, en vous, le spectre de la maladie<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Oui, tout le temps, vers la fin, il avait trop de mal \u00e0 respirer, on ne pouvait plus rester l\u00e0. Il m\u2019a dit, on va aller en France, chercher une maison dans le Luberon.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Il avait peur de la mort<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Non pas \u00e7a, mais il n\u2019avait pas envie que \u00e7a se termine mal. Peur de la d\u00e9cr\u00e9pitude, de manquer de respiration. Il m\u2019avait dit\u2009: si \u00e7a tourne mal, tu me d\u00e9branches. On est rentr\u00e9s en France et on est all\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, \u00e0 Bobigny. Je m\u2019y suis install\u00e9 et j\u2019ai veill\u00e9 sur lui jusqu\u2019\u00e0 son dernier souffle.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Il n\u2019a jamais revu sa famille<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Non, jamais. France avait bien essay\u00e9 lors d\u2019un de nos passages \u00e0 Bruxelles, de le remettre dans les mains de leur m\u00e9decin, apr\u00e8s cela il n\u2019a plus voulu les revoir, tout \u00e9tait devenu trop lourd.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">On aurait compris qu\u2019un homme comme lui se fasse incin\u00e9rer.<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Vous avez raison, mais il avait demand\u00e9 d\u2019\u00eatre enterr\u00e9 aux Marquises, pas en France ni en Belgique, par peur que \u00e7a cr\u00e9e trop de barouf autour de sa tombe, comme pour Elvis aux \u00c9tats-Unis, il ne voulait pas de \u00e7a. Miche a sign\u00e9 l\u2019autorisation pour le ramener aux Marquises, il faut \u00eatre clair, elle acceptait que je sois sa derni\u00e8re femme. Apr\u00e8s l\u2019enterrement, je suis rest\u00e9e aux Marquises, deux mois sans manger ni dormir, sans \u00e9prouver une trop grande douleur, je trouvais formidable qu\u2019il ait r\u00e9ussi \u00e0 \u00eatre heureux \u00e0 la fin de sa vie et je sentais qu\u2019il \u00e9tait toujours l\u00e0 en moi.<\/span><\/p>\n<h6><span style=\"font-weight: 400;\">Vous avez fait graver vos deux effigies sur sa tombe, c\u2019est dire que vous avez l\u2019intention de l\u2019y rejoindre<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u2009<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">?<\/span><\/h6>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Si je suis \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s sur cette gravure, c\u2019est une id\u00e9e du sculpteur qui m\u2019a mise l\u00e0 pour que je veille sur lui. Mais je n\u2019irai pas aux Marquises, non, on fera autrement. <\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u2009Avec Jacques, on vit les choses ensemble, je suis lui et il est moi\u2009\u00bb Ils s\u2019\u00e9taient connus en 1971 sur le tournage de \u00ab\u2009L\u2019aventure c\u2019est l\u2019aventure\u2009\u00bb de Claude Lelouch. Elle avait 28 ans, il en avait 42. Elle, une danseuse et actrice qui tourne avec Cloclo, Ventura, Delon, les plus grands de l\u2019\u00e9poque. 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