{"id":6827,"date":"2025-10-05T15:58:53","date_gmt":"2025-10-05T13:58:53","guid":{"rendered":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/?p=6827"},"modified":"2025-10-09T12:32:09","modified_gmt":"2025-10-09T10:32:09","slug":"mais-pourquoi-les-etudiants-deurope-centrale-lisent-des-romans-belges","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/mais-pourquoi-les-etudiants-deurope-centrale-lisent-des-romans-belges\/","title":{"rendered":"Voyage dans les biblioth\u00e8ques belgophiles de l&rsquo;Europe centrale"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 Varsovie, \u00e0 Vienne, \u00e0 Prague, Maurice Maeterlinck, Am\u00e9lie Nothomb et Jean-Philippe Toussaint c\u00f4toient Franz Kafka, Olga Tokarczuk, Stefan Zweig. Les grands noms des lettres francophones de Belgique b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une diplomatie culturelle implant\u00e9e depuis longtemps dans les universit\u00e9s d\u2019Europe centrale, annihil\u00e9e par de r\u00e9centes d\u00e9cisions politiques de la F\u00e9d\u00e9ration Wallonie-Bruxelles. Particuli\u00e8rement en Pologne, voisine de l\u2019Ukraine en guerre, o\u00f9 les \u00e9tudiants appr\u00e9cient les romanciers belges et leur imaginaire des marges, ouvrant \u00e0 une Europe du brassage, mouvante, kal\u00e9idoscopique. Pour \u00ab&#8239;Wilfried&#8239;\u00bb, l\u2019\u00e9crivain Philippe Marczewski a sorti son dictionnaire polonais-fran\u00e7ais et pris un train vers ses racines orientales. Voici les carnets d\u2019un voyage qui, d\u00e9ambulant \u00e0 travers la \u00ab&#8239;Mitteleuropa&#8239;\u00bb et les si\u00e8cles de sa grande histoire, engage la puissance de la litt\u00e9rature comme miroir de notre place dans le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand on regarde une carte de Cracovie, la ville semble pos\u00e9e dans un repli de la Vistule comme dans une poche. Au fond de cette poche, entre la rivi\u00e8re et la longue avenue J\u00f3zefa Dietla, se trouve Kazimierz, qui fut le quartier juif de la cit\u00e9 avant que l\u2019occupant nazi ne le vide de ses habitants pour les enfermer sur l\u2019autre rive, dans le ghetto de Podg\u00f3rze, et de l\u00e0 les envoyer \u00e0 la mort \u00e0 Be\u0142\u017cec, \u00e0 Plaszow et \u00e0 Auschwitz. Apr\u00e8s de longues ann\u00e9es d\u2019absence, peu \u00e0 peu, une population de familles orthodoxes s\u2019y r\u00e9installe, faisant vivre \u00e0 nouveau les anciennes synagogues. Autrefois noyau culturel du Yiddishland, le quartier, \u00e9videmment, n\u2019est plus le m\u00eame. Depuis l\u2019entr\u00e9e de la Pologne dans l\u2019Union europ\u00e9enne, il s\u2019est rapidement gentrifi\u00e9. On y trouve d\u00e9sormais des boutiques alternatives, des friperies vintage, des disquaires, des \u00e9choppes de street food, de nombreux bars et restaurants. Des \u00e9tudiants du monde entier viennent y faire la f\u00eate dans une ambiance multiculturelle. Kazimierz est un quartier jeune, tourn\u00e9 vers l\u2019avenir malgr\u00e9 son histoire douloureuse. J\u2019aime y d\u00e9ambuler comme \u00e0 travers les si\u00e8cles, entre le Mus\u00e9e juif de Galicie et le Mus\u00e9e ethnographique. En marchant dans ses rues, on devine l\u2019importance de ce que fut la Mitteleuropa, pas seulement sa grande histoire politique, mais sa mythologie artistique, sa diversit\u00e9 culturelle, ses violences, aussi. Je me demande toujours comment notre imaginaire occidental a pu se d\u00e9sint\u00e9resser \u00e0 ce point d\u2019un si vaste territoire et comment, pendant tant d\u2019ann\u00e9es, m\u00eame apr\u00e8s 1989, nous avons sans cesse regard\u00e9 ailleurs et m\u00e9connu, sinon oubli\u00e9 Budapest, Prague, Varsovie, Rijeka ou Dresde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le quartier de Kazimierz, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la place Wolnica, se trouve le si\u00e8ge de la maison d\u2019\u00e9dition ind\u00e9pendante Lokator, qui est aussi une librairie. En ce d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e 2025, on peut voir dans la vitrine une \u00e9dition int\u00e9grale des \u0153uvres de Georges Perec, une biographie du grand Tadeusz Borowski qui d\u00e9crivit l\u2019exp\u00e9rience concentrationnaire dans <i>Le monde de pierre<\/i>, et l\u2019ensemble des romans de Franz Kafka illustr\u00e9s de gravures sur bois. Au milieu de ces \u0153uvres majeures, il y a l\u2019\u00e9dition polonaise, tout juste parue, d\u2019un roman de l\u2019autrice belge contemporaine Veronika Mabardi. Sur le mur, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, on devine une affiche pour une pi\u00e8ce de Michel de Ghelderode. On entre, on parcourt les rayons, et on tombe sur la po\u00e9sie de Serge Delaive, et des romans de Jacqueline Harpman. On se frotte les yeux&nbsp;: ce n\u2019est pas anodin. Apercevoir un peu de notre litt\u00e9rature au beau milieu de cette Europe centrale si \u00e9loign\u00e9e de nos regards interroge forc\u00e9ment sur l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019elle y suscite. C\u2019est flatteur, en quelque sorte. Et \u00e0 premi\u00e8re vue, incompr\u00e9hensible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a souvent l\u2019impression que notre litt\u00e9rature, hormis quelques t\u00eates de gondole, circule assez peu en dehors des pays francophones. La litt\u00e9rature belge de langue fran\u00e7aise\u2026 encore faudrait-il savoir ce que c\u2019est. Quand on a le nez dessus, c\u2019est plut\u00f4t flou. On ne sait pas bien par quel bout la prendre. Ce n\u2019est pas comme les grands ensembles imp\u00e9riaux, la litt\u00e9rature fran\u00e7aise ou la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine, qui imposent d\u2019eux-m\u00eames une image granitique. Au contraire, on lui reconna\u00eet peu de caract\u00e9ristiques propres, \u00e0 notre litt\u00e9rature, sinon d\u2019\u00eatre \u00e9crite en fran\u00e7ais par des Belges, ce qui n\u2019est quand m\u00eame pas \u00e9difiant. On rechigne \u00e0 l\u2019inf\u00e9oder \u00e0 une identit\u00e9 sous-nationale dont l\u2019existence n\u2019est m\u00eame pas certaine. D\u2019ailleurs, je connais pas mal d\u2019auteurs ou d\u2019autrices qui seraient bien en peine de cerner ce qui, dans leur travail, permettrait de d\u00e9finir cette myst\u00e9rieuse cat\u00e9gorie. Qu\u2019on puisse, ailleurs, la consid\u00e9rer en tant que telle, et non pas comme une simple partie de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise, a de quoi surprendre. \u00c0 vrai dire, c\u2019est m\u00eame un petit miracle. Mais s\u2019il y a bien quelque chose que l\u2019on sait, dans les rues de Kazimierz, c\u2019est que les miracles n\u2019existent pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut dire que cette pr\u00e9sence litt\u00e9raire doit peu au surnaturel et beaucoup au travail acharn\u00e9 d\u2019une poign\u00e9e de convaincus. Car dans ce que nous appelons aujourd\u2019hui la F\u00e9d\u00e9ration Wallonie-Bruxelles (FWB), il y a eu, pendant pr\u00e8s de quarante ans, une volont\u00e9 institutionnelle de faire conna\u00eetre notre litt\u00e9rature \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, de l\u2019enseigner et de nouer des liens avec des personnes pouvant s\u2019en faire le relais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est difficile \u00e0 imaginer, tant d\u2019ambition politique pour la culture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et pourtant&#8239;! \u00c0 partir de 1985, un r\u00e9seau d\u2019enseignants a diffus\u00e9 notre litt\u00e9rature. De jeunes romanistes fra\u00eechement dipl\u00f4m\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s, sous le nom de Lecteurs, enseigner les lettres belges de langue fran\u00e7aise dans de nombreuses universit\u00e9s \u00e0 travers l\u2019Europe et ailleurs, jusqu\u2019en Chine et au Br\u00e9sil. \u00c9videmment, l\u2019accueil n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 partout le m\u00eame, mais le travail des Lecteurs a ouvert des portes, cr\u00e9\u00e9 des collaborations et permis \u00e0 cette litt\u00e9rature de rencontrer bien plus de public que si elle \u00e9tait rest\u00e9e sur son pr\u00e9 carr\u00e9 linguistique, \u00e0 attendre et esp\u00e9rer que l\u2019on s\u2019int\u00e9resse \u00e0 elle. En Europe centrale et de l\u2019Est, elle a rencontr\u00e9 un int\u00e9r\u00eat surprenant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a quelques ann\u00e9es, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 par St\u00e9phane Carlier \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Budapest o\u00f9 il \u00e9tait agent de liaison acad\u00e9mique et culturelle (ALAC \u2014&nbsp;le nom depuis 2018 et l\u2019ultime incarnation des Lecteurs). Je m\u2019imaginais me pr\u00e9lasser dans l\u2019eau chaude des thermes Art nouveau du l\u00e9gendaire h\u00f4tel Gell\u00e9rt. (La litt\u00e9rature paie mal, on prend ce qu\u2019on peut\u2026) Ce fut plut\u00f4t une salle de cours, studieuse et aust\u00e8re. Les \u00e9tudiantes de son cours de litt\u00e9rature avaient r\u00e9alis\u00e9 une traduction en hongrois d\u2019un long extrait de mon premier livre, l\u2019ont lu dans les deux langues, puis en ont d\u00e9battu. \u00c7a m\u2019a remu\u00e9. Leurs observations, leurs interrogations, n\u2019avaient pas la m\u00eame tonalit\u00e9 que nos conversations habituelles. Comment dire&#8239;? Leur lecture \u00e9tait \u00e0 la fois plus intime et plus politique. Plus curieuse, aussi. Pour St\u00e9phane Carlier, cela s\u2019expliquait par une grande soif de la jeunesse de Budapest de comprendre et participer \u00e0 un sentiment europ\u00e9en que leurs a\u00een\u00e9s et le pouvoir de Viktor Orb\u00e1n d\u00e9nigrent sans cesse. \u00ab&#8239;En ce sens, la litt\u00e9rature belge les s\u00e9duit parce qu\u2019elle ne leur parle pas d\u2019un point de vue surplombant, comme peut le faire la litt\u00e9rature fran\u00e7aise, qu\u2019ils voient parfois comme hautaine, avait-il ajout\u00e9. Ce n\u2019est pas une r\u00e8gle absolue, \u00e9videmment, mais la Belgique rev\u00eat aussi ce caract\u00e8re multiculturel et ouvert qui les intrigue.&#8239;\u00bb Des sentiments semblables d\u2019admiration et de d\u00e9sir m\u2019ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s par des artistes invit\u00e9s \u00e0 Prague, \u00e0 Riga, \u00e0 Sofia, \u00e0 Zagreb, \u00e0 Bucarest ou \u00e0 Varsovie. C\u2019est \u00e9tonnant, pour qui conna\u00eet nos turpitudes. Comme si, observ\u00e9e \u00e0 travers le filtre de sa litt\u00e9rature, la Belgique se parait de qualit\u00e9s que nous ne soup\u00e7onnons pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne suis pas afflig\u00e9 de chauvinisme. L\u2019image de la Belgique \u00e0 l\u2019\u00e9tranger m\u2019a toujours indiff\u00e9r\u00e9. Du reste, les crit\u00e8res de classement de la litt\u00e9rature m\u2019ennuient profond\u00e9ment, surtout si les particularismes r\u00e9gionaux entrent en jeu. Les assignations,\u00a0qu\u2019elles soient patriotiques ou artistiques, c\u2019est vraiment la fin de tout. Je r\u00eave d\u2019une sorte d\u2019anarcho-europ\u00e9anisme&nbsp;: toutes portes et fen\u00eatres ouvertes, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et sur l\u2019ext\u00e9rieur. Une Europe du brassage, mouvante et kal\u00e9idoscopique, qui sait ce qu\u2019elle doit aux quatre points cardinaux. Autant dire que, \u00e0 ce moment de l\u2019Histoire, je fais partie des d\u00e9\u00e7us. Cependant, si ce n\u2019est pas gagn\u00e9 politiquement, il nous reste la puissance de l\u2019imaginaire. Car c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit. L\u2019imaginaire europ\u00e9en est une merveille en devenir, incompl\u00e8te, \u00e0 peine esquiss\u00e9e. Et notre champ de vision belge est particuli\u00e8rement \u00e9triqu\u00e9. Comme s\u2019il nous \u00e9tait impossible de rassembler dans un m\u00eame corps, entre autres, la Mitteleuropa et la M\u00e9diterran\u00e9e. Nous sommes assez insensibles au vent de l\u2019est. Alors, sans en tirer la moindre fiert\u00e9 nationale, l\u2019id\u00e9e que la litt\u00e9rature que nous produisons puisse participer \u00e0 nourrir un imaginaire europ\u00e9en sur les terres de Franz Kafka, L\u00e1szl\u00f3 Krasznahorkai ou Olga Tokarczuk, \u00e7a donne furieusement envie d\u2019aller y voir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est en Pologne que la litt\u00e9rature belge de langue fran\u00e7aise a re\u00e7u le plus d\u2019attention. Elle y est enseign\u00e9e depuis 1977, bien avant la cr\u00e9ation du r\u00e9seau des Lecteurs. Des rapports intellectuels et amicaux entre enseignants et diplomates avaient \u00e9t\u00e9 le socle de collaborations formelles. Plus tard, au plus fort du r\u00e9seau, six postes ont \u00e9t\u00e9 pourvus par Wallonie-Bruxelles International (WBI) \u00e0 travers la Pologne, auxquels s\u2019ajoutait une d\u00e9l\u00e9gation g\u00e9n\u00e9rale de la FWB \u00e0 Varsovie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Przemys\u0142aw Szczur est enseignant \u00e0 l\u2019universit\u00e9 p\u00e9dagogique de Cracovie. Il fut un \u00e9tudiant form\u00e9 par cette premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration de professeurs. Nous nous sommes donn\u00e9 rendez-vous dans un caf\u00e9 de la vieille ville, \u00e0 deux pas du Rynek G\u0142\u00f3wny, l\u2019immense place m\u00e9di\u00e9vale engorg\u00e9e de touristes, de cal\u00e8ches et de pigeons, sans qu\u2019aucune de ces nuisances alt\u00e8re sa beaut\u00e9. Chaque fois que je rencontre Przemek, il boit du th\u00e9 dont le parfum me rappelle invariablement l\u2019odeur des r\u00e9unions familiales de mon enfance, o\u00f9 nous \u00e9tions serr\u00e9s dans les petits appartements d\u2019une ville de Sil\u00e9sie pour manger des g\u00e2teaux au fromage ou au pavot. Przemek enseigne la litt\u00e9rature belge \u2014&nbsp;un cours obligatoire d\u2019un semestre pour les \u00e9tudiants en lettres. Il parle un fran\u00e7ais parfait. Selon lui, le go\u00fbt qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 pour notre litt\u00e9rature s\u2019explique par sa nature presque d\u00e9viante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&#8239;D\u2019abord, c\u2019est une litt\u00e9rature qui a investi les marges, dit-il. Elle se pr\u00e9sente comme moins s\u00fbre d\u2019elle, moins \u201cnoble\u201d que la litt\u00e9rature fran\u00e7aise. Le fantastique, le policier, le myst\u00e8re angoissant, qui sont tr\u00e8s pr\u00e9sents dans la litt\u00e9rature belge francophone, font \u00e9cho au temp\u00e9rament polonais. C\u2019est \u00e0 la fois familier et diff\u00e9rent. Il y a comme chez nous une tendance marqu\u00e9e \u00e0 la subversion et \u00e0 l\u2019absurde. Et l\u2019usage de l\u2019onirisme et de l\u2019\u00e9trange. Des auteurs comme Maeterlinck, Rodenbach ou Ghelderode sont tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9s, par exemple.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Przemek prend une gorg\u00e9e de th\u00e9. J\u2019ai command\u00e9 un verre de kompot. En fermant les yeux, je suis en 1986. J\u2019essaie de rassembler ce que je sais sur Maeterlinck&nbsp;: presque plus rien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il sourit. \u00ab&#8239;Je sais, vous ne les lisez plus. Mais je pourrais aussi parler de la litt\u00e9rature produite par des autrices et auteurs contemporains issus des migrations&nbsp;: c\u2019est tr\u00e8s belge aussi.&#8239;\u00bb Ailleurs, dans d\u2019autres villes, on me parlera de la science-fiction, on fera des liens entre le polonais Stanis\u0142aw Lem, l\u2019auteur du classique <i>Solaris<\/i>, et le Belge J.-H. Rosny a\u00een\u00e9. On c\u00e9l\u00e9brera l\u2019\u00e9tranget\u00e9 drolatique de Jacques Sternberg, et le r\u00e9alisme magique tr\u00e8s particulier d\u2019une partie de l\u2019\u0153uvre de Jacqueline Harpman. On me parlera de l\u2019ironie \u2014&nbsp;une seconde nature en Pologne \u2014&nbsp;de Jean-Philippe Toussaint ou de Thomas Gunzig. On rel\u00e8vera les origines polonaises de ces deux-l\u00e0, et celles d\u2019Eug\u00e8ne Savitzkaya, Nathalie Skowronek, Philippe Blasband, ou Annick Walachniewicz.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est fascinant d&rsquo;entendre que la litt\u00e9rature belge francophone r\u00e9sonne si fortement en Pologne, et votre texte met magnifiquement en lumi\u00e8re les raisons de cet \u00e9cho.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici la retranscription en texte continu, sans modifier les phrases&nbsp;:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme si des fils invisibles tiraient, \u00e0 travers le continent, sur les m\u00eames muscles. Comme si notre litt\u00e9rature \u00e9tait, au moins en partie, mitteleurop\u00e9enne. \u00c0 \u00e9couter Przemek, il s\u2019est produit quelque chose de l\u2019ordre d\u2019une rencontre inattendue \u2014&nbsp;semblable \u00e0 celle de quelqu\u2019un qui partage avec nous une certaine mani\u00e8re de poser les yeux sur le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Admettons, c\u2019est une belle histoire. Mais c\u2019est un discours de sp\u00e9cialiste. Et les \u00e9tudiants, ils en pensent quoi&#8239;? Ceux du cours de litt\u00e9rature fran\u00e7aise de l\u2019autre universit\u00e9 de Cracovie, la tr\u00e8s prestigieuse Jagellonne \u2014&nbsp;pour situer, c\u2019est un peu leur KULeuven ou leur Sorbonne \u2014, n\u2019h\u00e9sitent pas longtemps. \u00ab&#8239;Maeterlinck, il est g\u00e9nial&#8239;!&#8239;\u00bb Allons bon. Et les vivants&#8239;? \u00ab&#8239;Les auteurs et les autrices belges sont concentr\u00e9s sur les sensations et les \u00e9motions. C\u2019est sinc\u00e8re, sans exag\u00e9ration ni exhibitionnisme. Ce rapport \u00e0 l\u2019intimit\u00e9 comme valeur singuli\u00e8re, c\u2019est tr\u00e8s similaire \u00e0 l\u2019\u00e9criture polonaise<span class=\"math-inline\"><span class=\"katex\"><span class=\"katex-html\" aria-hidden=\"true\"><span class=\"base\"><span class=\"mord\">.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span>&#8239;\u00bb Elle doit avoir 20 ans, l\u2019\u00e9tudiante qui dit cela. Son fran\u00e7ais est \u00e0 peine h\u00e9sitant. Elle a commenc\u00e9 de l\u2019apprendre il y a seulement deux ans. \u00ab&#8239;Et vous alors, vous ne parlez pas polonais, malgr\u00e9 votre nom&#8239;?&#8239;\u00bb Non. Je suis comme beaucoup d\u2019Europ\u00e9ens de l\u2019Ouest&nbsp;: paresseusement install\u00e9 dans la suffisance de l\u2019anglais et des langues latines. Un gars fait la moue au premier rang. \u00ab&#8239;Pourtant, ce qui me pla\u00eet dans la litt\u00e9rature belge francophone, c\u2019est qu\u2019on sent qu\u2019elle est le produit d\u2019une recherche d\u2019identit\u00e9, et nourrie du besoin de trouver sa place et de sortir de l\u2019ombre d\u2019un grand pays dominateur, de se d\u00e9marquer.&#8239;\u00bb Ils m\u2019\u00e9nervent, \u00e0 parler si bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sinon, \u00e0 part Maeterlinck, vous connaissez quoi de la Belgique&#8239;? \u2014&nbsp;Ang\u00e8le&#8239;!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Karolina Czerska, leur professeure, est aussi traductrice. C\u2019est elle qui a traduit le livre de Veronika Mabardi qui \u00e9tait en vitrine chez Lokator. Elle qui a convaincu l\u2019\u00e9diteur que Veronika avait sa place aux c\u00f4t\u00e9s de Georges Perec, de Roland Topor ou de Fernando Pessoa \u2014&nbsp;une certaine id\u00e9e de l\u2019Europe. Elle a organis\u00e9 une rencontre entre ses \u00e9tudiants et l\u2019autrice belge. \u00ab&#8239;On a beaucoup parl\u00e9 de \u00e7a avec elle&nbsp;: la litt\u00e9rature pour se d\u00e9finir face au monde, pour se singulariser. Il me semble que c\u2019est caract\u00e9ristique de votre litt\u00e9rature contemporaine, surtout chez les autrices. \u00c7a questionne beaucoup nos \u00e9tudiantes. Le contexte politique, en Pologne, fait que les jeunes de cet \u00e2ge, qui ont grandi sous un gouvernement nationaliste et conservateur, s\u2019interrogent \u00e9norm\u00e9ment sur ce qu\u2019ils sont ou ce qu\u2019ils veulent \u00eatre, et leur place en Europe<span class=\"math-inline\"><span class=\"katex\"><span class=\"katex-html\" aria-hidden=\"true\"><span class=\"base\"><span class=\"mord\">.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span>&#8239;\u00bb On en vient toujours \u00e0 cette question d\u2019un imaginaire europ\u00e9en, d\u00e9cid\u00e9ment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, je dois dire qu\u2019il me semble d\u00e9licat de rassembler des dizaines ou des centaines d\u2019auteurs et d\u2019autrices, de diff\u00e9rentes \u00e9poques, dans un ensemble qui serait travers\u00e9 par des lignes de force agissant \u00e0 leur insu. Je ne crois pas que les domaines litt\u00e9raires soient comme l\u2019huile et l\u2019eau, qui finiront toujours par se s\u00e9parer en deux phases. Bien des variables interviennent dans l\u2019\u00e9criture qui transcendent, heureusement, toutes les appartenances. Mais en r\u00e9alit\u00e9, ce n\u2019est pas ce qui importe. La fa\u00e7on dont on comprend une \u0153uvre, ce qui retient notre attention, les liens qui se tissent entre elle et nous, tout cela en dit plus long sur nous que sur le livre lui-m\u00eame. La litt\u00e9rature pour se d\u00e9finir face au monde&#8239;? Oui, mais qui se d\u00e9finit dans un livre, sinon les lecteurs&#8239;?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les voyages en train ne co\u00fbtent vraiment pas cher, en Pologne. Autres qualit\u00e9s&nbsp;: presque pas de relief et des ciels immenses, et de longues distances qui donnent le temps de r\u00e9fl\u00e9chir. En chemin pour Pozna\u0144, la grande ville dans l\u2019ouest du pays, j\u2019ai repens\u00e9 \u00e0 ce qui m\u2019a \u00e9t\u00e9 r\u00e9p\u00e9t\u00e9 maintes et maintes fois&nbsp;: quelles que soient ses qualit\u00e9s, si un int\u00e9r\u00eat a pu se d\u00e9velopper pour la litt\u00e9rature belge, c\u2019est gr\u00e2ce au travail des Lecteurs\u00a0et aux collaborations institutionnalis\u00e9es avec la Belgique. Entre autres, des envois de livres, la possibilit\u00e9 de faire venir des auteurs et autrices, et des s\u00e9jours d\u2019\u00e9tude des chercheurs et enseignants polonais en Belgique. Or, en 2018, le r\u00e9seau des Lecteurs a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit, tous pays confondus, \u00e0 onze postes d\u2019ALAC, dont un seul en Pologne, \u00e0 Cracovie. Puis, en 2021, apr\u00e8s une visite \u00e0 l\u2019Exposition universelle de Duba\u00ef qui lui a paru une meilleure fa\u00e7on de promouvoir la culture, Pierre-Yves Jeholet, alors ministre-pr\u00e9sident de la FWB, prend la d\u00e9cision de dissoudre ce qui reste du r\u00e9seau. La fin des ALAC est act\u00e9e en avril 2023 par le gouvernement PS-MR. La plupart perdent s\u00e8chement leur poste et les cours qu\u2019ils assuraient cessent d\u2019\u00eatre donn\u00e9s dans les universit\u00e9s d\u2019accueil. En Hongrie, en Tch\u00e9quie et ailleurs, la litt\u00e9rature belge dispara\u00eet purement et simplement. En Pologne, elle reste pr\u00e9sente \u00e0 Cracovie, \u00e0 Varsovie, \u00e0 Lublin et \u00e0 Pozna\u0144. Il ne faut pas \u00eatre bien finaud pour comprendre que les liens patiemment tiss\u00e9s ont quelque chose du chef-d\u2019\u0153uvre en p\u00e9ril.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Joanna Teklik enseigne \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Adam Mickiewicz, l\u00e0 o\u00f9 tout a commenc\u00e9, en 1977. C\u2019est la biblioth\u00e8que universitaire de Pozna\u0144 qui poss\u00e8de la plus importante collection de litt\u00e9rature belge. (En effet, bien des \u00e9tag\u00e8res sont n\u00f4tres. Du patrimonial, du commercial, de la po\u00e9sie. Des essais. Et les r\u00e9serves regorgent de cartons qui restent \u00e0 \u00e9quiper. En m\u00e8tres courants, nous dominons la litt\u00e9rature fran\u00e7aise. La litt\u00e9rature suisse n\u2019occupe qu\u2019une demi-planche. J\u2019ai dit que je n\u2019\u00e9tais pas chauvin, mais gris\u00e9 par un tel spectacle, il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour que j\u2019affirme que nos vins surpassent le bourgogne et que le signal de Botrange a plus d\u2019allure que le Cervin). Pour Joanna, la fin du soutien institutionnel belge complique l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la litt\u00e9rature contemporaine. Financi\u00e8rement, c\u2019est tr\u00e8s difficile de faire voyager des auteurs, et impossible pour des enseignants ou des chercheurs de venir en Belgique. \u00ab&#8239;Quand il y avait un Lecteur en poste, il y avait un relais direct avec la production contemporaine. On re\u00e7oit encore des livres et on essaie tant bien que mal d\u2019organiser des rencontres, mais c\u2019est compliqu\u00e9. Or c\u2019est vraiment ce qui int\u00e9resse les \u00e9tudiants&nbsp;: le contemporain. Ce \u00e0 quoi ils peuvent s\u2019identifier ou se comparer. Les Lecteurs montaient des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre avec les \u00e9tudiants, travaillaient des lectures orales, il y avait un rapport plus charnel \u00e0 la langue. Tout \u00e7a, c\u2019est perdu<span class=\"math-inline\"><span class=\"katex\"><span class=\"katex-html\" aria-hidden=\"true\"><span class=\"base\"><span class=\"mord\">.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00eame d\u00e9solation s\u2019exprime \u00e0 Varsovie. L\u00e0-bas, Judyta Zbierska-Mo\u015bcicka ne re\u00e7oit plus de livres, comme d\u2019ailleurs ses coll\u00e8gues de Cracovie ou de Lublin. Et la d\u00e9l\u00e9gation de la FWB a ferm\u00e9 ses portes en 2020, laissant derri\u00e8re elle un sentiment d\u2019abandon et une profonde amertume. \u00ab&#8239;Bien s\u00fbr, rien ne nous emp\u00eache de continuer \u00e0 travailler sur la litt\u00e9rature belge et de l\u2019enseigner. M\u00eame faibles, nous avons nos propres moyens pour financer nos recherches. Mais tout de m\u00eame, c\u2019\u00e9tait tr\u00e8s diff\u00e9rent quand on se sentait soutenus par le pays dont on enseignait la litt\u00e9rature. \u00c7a donnait du sens. Autrefois, gr\u00e2ce aux Lecteurs et \u00e0 la d\u00e9l\u00e9gation, nous pouvions d\u00e9ployer des projets qui montraient aux \u00e9tudiants qu\u2019ils ne travaillaient pas seulement une mati\u00e8re th\u00e9orique. La litt\u00e9rature et le th\u00e9\u00e2tre rendaient concr\u00e8tes les relations culturelles entre nos pays, et l\u2019appartenance commune \u00e0 l\u2019Europe. La litt\u00e9rature n\u2019est pas seulement le texte. Pour les \u00e9tudiants, c\u2019est une perte immense<span class=\"math-inline\"><span class=\"katex\"><span class=\"katex-html\" aria-hidden=\"true\"><span class=\"base\"><span class=\"mord\">.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le train s&rsquo;arr\u00eate enfin \u00e0 Lublin. Il fait moins cinq degr\u00e9s. C&rsquo;est tr\u00e8s loin \u00e0 l&rsquo;est, Lublin, \u00e0 une heure \u00e0 peine de la Bi\u00e9lorussie et de l\u2019Ukraine. On s\u2019approche d\u2019un autre monde. Peut-\u00eatre pour cela, la pr\u00e9sence en ces lieux d\u2019une poche de litt\u00e9rature belge semble encore plus incongrue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Renata Bizek-Tatara m\u2019a donn\u00e9 rendez-vous au pied de la statue de Marie Curie, n\u00e9e Sk\u0142odowska, qui a donn\u00e9 son nom \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Marie Curie n\u2019a jamais eu la nationalit\u00e9 polonaise. Elle est n\u00e9e \u00e0 Varsovie sous occupation russe, puis elle est devenue fran\u00e7aise. Mes grands-parents aussi sont n\u00e9s russes, \u00e0 Sosnowiec, puis sont devenus polonais en 1918, quand la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique a \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9e par J\u00f3zef Pi\u0142sudski. Ensuite ils sont partis. Ici, il y a toujours l\u2019inqui\u00e9tude sourde que reviennent les soldats russes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Renata enseigne notre litt\u00e9rature avec un int\u00e9r\u00eat particulier pour le colonialisme et le postcolonialisme belge. Nous aussi, nous avons occup\u00e9 une terre qui n\u2019\u00e9tait pas la n\u00f4tre. Encore un regard que nous ne portons pas, ou tr\u00e8s peu, sur un pan entier de notre production. C\u2019est vertigineux de nous d\u00e9couvrir si aveugles \u00e0 nous-m\u00eames, si inconscients de ce qui nous d\u00e9finit face au monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour dire la v\u00e9rit\u00e9, nous n\u2019avons pas parl\u00e9 tr\u00e8s longtemps de litt\u00e9rature belge, avec Renata. Peut-\u00eatre en avais-je assez de nous regarder le nombril. Un imaginaire se tisse de multiples fils. La trame en est complexe. Ainsi avons-nous plut\u00f4t parl\u00e9 d\u2019Isaac Bashevis Singer et de son roman <i>Le magicien de Lublin<\/i>. Singer, la grande voix du monde yiddish perdu, a v\u00e9cu chez son grand-p\u00e8re pr\u00e8s de Lublin. Aucune plaque, aucune statue ne le rappelle. Il a pourtant re\u00e7u le prix Nobel de litt\u00e9rature en 1978. Notre Maurice Maeterlinck, lui, l\u2019a re\u00e7u en 1911, bien avant qu\u2019il ne pr\u00e9face les discours du dictateur fasciste portugais Salazar\u2026 Ensuite, Renata m\u2019a emmen\u00e9 devant la vaste portion de terre herbeuse qui fut le quartier juif de Podzamcze, dont il ne reste rien. C\u2019est un parc d\u00e9sormais. Un homme y prom\u00e8ne son chien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me suis demand\u00e9 o\u00f9 se trouvait le fant\u00f4me de la maison d\u2019Anna Langfus, n\u00e9e Anna-Regina Szternfinkiel, \u00e0 Lublin en 1920. Apr\u00e8s son mariage, \u00e0 18 ans, elle s\u2019est install\u00e9e \u00e0 Verviers pour \u00e9tudier l\u2019ing\u00e9nierie textile. Puis elle est rentr\u00e9e \u00e0 Lublin, et a \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9e dans le ghetto de Podzamcze, puis \u00e0 Varsovie. Apr\u00e8s la guerre, seule survivante des siens, elle a encore un peu v\u00e9cu \u00e0 Lublin puis s\u2019est install\u00e9e \u00e0 Paris. Elle y a publi\u00e9 plusieurs romans chez Gallimard, parmi lesquels un chef-d\u2019\u0153uvre bouleversant, <i>Les bagages de sable<\/i>. Je crois qu\u2019elle est inconnue, en Pologne. J\u2019ignore si, quand elle vivait en France, elle a rencontr\u00e9 Georges Perec. Le p\u00e8re de Georges, Icek Judko Perec, \u00e9tait de Lubart\u00f3w, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres au nord de Lublin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Georges Perec est \u00e9dit\u00e9 en polonais par Lokator, comme Veronika Mabardi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Donnant sur la vaste place Litevski, tourn\u00e9es vers l\u2019ouest, des lettres se d\u00e9tachent sur le ciel bleu&nbsp;: Europa Hotel.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 Varsovie, \u00e0 Vienne, \u00e0 Prague, Maurice Maeterlinck, Am\u00e9lie Nothomb et Jean-Philippe Toussaint c\u00f4toient Franz Kafka, Olga Tokarczuk, Stefan Zweig. 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