{"id":6204,"date":"2025-01-20T15:52:09","date_gmt":"2025-01-20T14:52:09","guid":{"rendered":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/?p=6204"},"modified":"2025-01-20T15:57:39","modified_gmt":"2025-01-20T14:57:39","slug":"les-editions-de-lavenir-sous-nethys-episode-ii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/les-editions-de-lavenir-sous-nethys-episode-ii\/","title":{"rendered":"Les \u00e9ditions de l&rsquo;Avenir sous Nethys (\u00e9pisode II)"},"content":{"rendered":"<p><i>Le 23\u00a0octobre 2018, l\u2019actionnaire Nethys annonce un copieux d\u00e9graissage dans les effectifs des \u00c9ditions de l\u2019Avenir. La d\u00e9flagration prend peu \u00e0 peu la forme d\u2019un combat sans merci qui mouillera la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 tous les \u00e9tages, des patrons aux employ\u00e9s, des lecteurs aux ministres r\u00e9gionaux. Beaucoup en sont sortis en lambeaux. Plus de cinq ans apr\u00e8s, et avant que l\u2019oubli n\u2019efface tout, ils racontent pour \u00ab\u2009Wilfried\u2009\u00bb les dessous d\u2019une saga politico-m\u00e9diatique d\u2019une \u00e9norme complexit\u00e9. Voici le deuxi\u00e8me volet de notre enqu\u00eate.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/i><\/p>\n<p><b>VI. Un week-end pas comme les autres<\/b><\/p>\n<p>Samedi\u00a016\u00a0f\u00e9vrier 2019, aux alentours de midi. Emmanuel Wilputte, pr\u00e9sident de la SDR des \u00c9ditions de l\u2019Avenir, ponctue une randonn\u00e9e entre amis dans un restaurant italien pr\u00e8s de la cath\u00e9drale Saint-Aubain, \u00e0 Namur. La veille, il a suivi \u00e0 distance la sortie de l\u2019\u00e9dition coup de poing. <i>Alea jacta est<\/i>, ils d\u00e9brieferont lundi. Au moment o\u00f9 le plateau de mousses arrive, son t\u00e9l\u00e9phone fr\u00e9mit sur la table. Un SMS laconique d\u2019un num\u00e9ro inconnu&nbsp;: \u00ab\u2009Pourriez-vous m\u2019appeler d\u00e8s que possible\u2009? St\u00e9phane Moreau.\u2009\u00bb Un canular\u2009? Aucun coll\u00e8gue n\u2019oserait. Dix minutes suspendues, puis il s\u2019ex\u00e9cute et compose le num\u00e9ro inconnu. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du fil, c\u2019est bien la voix du patron de Nethys, placide, qui lui parvient.<\/p>\n<p><i>\u00ab&#8239;J\u2019ai lu le journal de ce week-end. Il faut qu\u2019on parle.<\/i><\/p>\n<p><i>\u2014&nbsp;Volontiers. Quand\u2009?<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/i><\/p>\n<p><i>\u2014&nbsp;Aujourd\u2019hui.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/i><\/p>\n<p><i>\u2014&nbsp;Ah\u2026 bon, d\u2019accord. O\u00f9\u2009?<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/i><\/p>\n<p><i>\u2014&nbsp;Au si\u00e8ge de Nethys, \u00e0 Li\u00e8ge. Vous pourriez y \u00eatre pour quelle heure\u2009?<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/i><\/p>\n<p><i>\u2014&nbsp;Ma voiture est gar\u00e9e \u00e0 une demi-heure \u00e0 pied. Pas avant 16&nbsp;h.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/i><\/p>\n<p><i>\u2014&nbsp;Entendu. Rendez-vous \u00e0 16&nbsp;h, rue Louvrex<\/i>.\u00a0<i>\u00bb<\/i><\/p>\n<p>C\u2019est donc bien lui le <i>big boss<\/i>. L\u2019actionnaire du journal se fait si discret que certains ont fini par en douter. Pourquoi se manifester aujourd\u2019hui\u2009? \u00c7a fait des ann\u00e9es que des membres de la direction lui r\u00e9clament le cap \u00e0 donner \u00e0 l\u2019entreprise. Que tous les m\u00e9dias n\u00e9gocient une entrevue avec l\u2019homme au c\u0153ur du dernier scandale wallon. Que la classe politique attend sa r\u00e9action apr\u00e8s la commission d\u2019enqu\u00eate Publifin. Que les travailleurs de <i>L\u2019Avenir<\/i> secouent son entourage pour le forcer \u00e0 revendre le journal. Rien n\u2019a jamais sembl\u00e9 atteindre St\u00e9phane Moreau. Mais peu importe ce qui se joue dans la t\u00eate du chef. Emmanuel Wilputte est attendu \u00e0 Li\u00e8ge. Persuad\u00e9 qu\u2019il va se faire incendier, peut-\u00eatre licencier, il n\u2019envisage pas une seconde d\u2019y aller seul.<\/p>\n<p>C\u2019est le <i>Wembley<\/i>, un caf\u00e9 populaire coinc\u00e9 entre la rue Fabry et la rue Louvrex, qui fait office de poste de commandement. Il est 15&nbsp;h\u00a030, des habitu\u00e9s battent la carte \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du pr\u00e9sident de la SDR et de ses renforts&nbsp;: Martine Simonis, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019AJP, et Didier Malempr\u00e9, journaliste sportif et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 AJP interne aux \u00c9ditions de l\u2019Avenir. <i>\u00ab\u2009Respect de la convention des journalistes, pas de licenciements secs et, s\u2019il crie, on l\u00e8ve le camp\u2009\u00bb<\/i>, s\u2019accordent les trois \u00e9missaires avant de passer la grille de l\u2019immeuble o\u00f9 St\u00e9phane Moreau les attend.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Engonc\u00e9 dans un \u00e9l\u00e9gant costume, le patron s\u2019est \u00e9clips\u00e9 d\u2019un mariage pour les recevoir. Il ouvre un exemplaire de l\u2019\u00e9dition sp\u00e9ciale et incrimine plusieurs passages qu\u2019il estime totalement faux. Spontan\u00e9ment, l\u2019un des trois repr\u00e9sentants des journalistes lui indique qu\u2019il peut adresser un droit de r\u00e9ponse. Personne ne rigole. <i>\u00ab\u2009Assez vite, comme dans un film, il nous a demand\u00e9 combien nous voulions, <\/i>raconte Martine Simonis. <i>Je ne sais pas ce qu\u2019il s\u2019est imagin\u00e9, mais on s\u2019est content\u00e9 de lui rappeler la convention en vigueur pour les journalistes qu\u2019il devait respecter.\u2009\u00bb <\/i>Quelques secondes pour griffonner un calcul et le ma\u00eetre des lieux m\u00e9duse ses interlocuteurs en tapant presque juste sur le montant \u00e0 d\u00e9gager pour respecter ladite convention. \u00c7a ne tra\u00eene pas. Il convoque dans son bureau le directeur g\u00e9n\u00e9ral des \u00c9ditions de l\u2019Avenir, Yves Berlize, et t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 l\u2019administrateur d\u00e9l\u00e9gu\u00e9, Jos Donvil. <i>\u00ab\u2009Il y a une convention \u00e0 respecter. Vous n\u00e9gocierez demain.\u2009\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Le lendemain, un dimanche donc, avenue Ariane \u00e0 Bruxelles. M\u00eame affluence dans les b\u00e2timents standardis\u00e9s de Voo, une autre filiale du groupe Nethys, qu\u2019au <i>Wembley<\/i> la veille. Martine Simonis, qui conna\u00eet bien cet ancien si\u00e8ge du groupe de t\u00e9l\u00e9vision RTL, d\u00e9barque charg\u00e9e de biscuits et de mandarines, le viatique pour la joute qui s\u2019annonce. Avec Emmanuel Wilputte et les deux d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de l\u2019AJP, Didier Malempr\u00e9 et Albert Jallet, ils se retrouvent face \u00e0 la direction et leur conseil.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>\u00c7a se joue \u00e0 l\u2019usure. Suspensions de s\u00e9ance, conciliabules et reprises s\u2019encha\u00eenent toute la journ\u00e9e. Pas le temps de d\u00eener. <i>\u00ab\u2009Heureusement que j\u2019avais pris des mandarines, les autres \u00e9taient venus les poches vides\u2009\u00bb<\/i>, ironise aujourd\u2019hui Martine Simonis. Un accord est trouv\u00e9 avant le cr\u00e9puscule. La d\u00e9l\u00e9gation quitte le b\u00e2timent en ayant obtenu le respect de toutes les conventions en vigueur dans l\u2019entreprise et la limitation \u00e0 quatre du nombre de licenciements secs. Secs\u2009? Oui, mais seulement si les d\u00e9parts spontan\u00e9s venaient encore \u00e0 manquer au sein de la r\u00e9daction. La direction pr\u00e9cise que, le cas \u00e9ch\u00e9ant, ces licenciements reposeront uniquement sur des crit\u00e8res \u00ab\u2009organisationnels et\/ou des comp\u00e9tences en lien avec le plan de red\u00e9ploiement\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Martine Simonis quitte Bruxelles avec confiance. <i>\u00ab\u2009Je dirais m\u00eame que j\u2019\u00e9tais contente. J\u2019\u00e9tais pourtant en train de commettre une erreur, peut-\u00eatre la seule dans ce dossier&nbsp;: celle d\u2019avoir fait confiance \u00e0 des gens pareils.\u2009\u00bb<\/i><\/p>\n<p><b>VII. Car\u00eame aux \u00c9ditions de l\u2019Avenir<\/b><\/p>\n<p>Lundi\u00a04\u00a0mars 2019. C\u00e9dric Rosenbaum, 43\u00a0ans, community manager, le seul \u00e0 ce poste aux \u00c9ditions de l\u2019Avenir. Il profite du cong\u00e9 de Carnaval pour passer quelques jours dans le Jura en famille. Il se gare sur le parking d\u2019un centre commercial. Le t\u00e9l\u00e9phone sonne. Il d\u00e9croche en main libre. Philippe Lawson le convoque pour mettre un terme \u00e0 son contrat. Devant sa famille atterr\u00e9e, il r\u00e9pond&nbsp;: <i>\u00ab\u2009Je suis d\u00e9sol\u00e9, Philippe, mais ce ne sera mat\u00e9riellement pas possible. Je suis en vacances et tu es cens\u00e9 le savoir.\u2009\u00bb <\/i>Vir\u00e9 par t\u00e9l\u00e9phone apr\u00e8s dix-huit\u00a0ans de boutique, sans reproche, sans pouvoir dire au revoir aux coll\u00e8gues.<\/p>\n<p>Dominique Vellande, 56\u00a0ans, responsable des suppl\u00e9ments \u00ab\u2009Enqu\u00eate\u2009\u00bb. Il est persuad\u00e9 qu\u2019il n\u2019y a pas de liste noire. En contrat \u00e0 4\/5, il consacre son lundi \u00e0 ses parents qui ne sont pas en grande forme. Le t\u00e9l\u00e9phone sonne. Il d\u00e9croche. Le temps d\u2019un trou noir, il se retrouve dans le bureau de Lawson avec Berlize. Vir\u00e9 apr\u00e8s trente-deux ans, sans pouvoir se retourner, ni vider son bureau.<\/p>\n<p>Yves Raisi\u00e8re, 55\u00a0ans, chef du service des Informations nationales, a d\u00e9j\u00e0 fait ses cartons apr\u00e8s le coup de l\u2019\u00e9dition sp\u00e9ciale. Il sait que ses jours dans la bo\u00eete sont compt\u00e9s. Le t\u00e9l\u00e9phone sonne. Il d\u00e9croche. C\u2019est Dominique Vellande&nbsp;: <i>\u00ab\u2009Yves, il se passe quelque chose, je suis convoqu\u00e9 chez Lawson.\u2009\u00bb<\/i> Il raccroche. Le t\u00e9l\u00e9phone sonne de nouveau. Il d\u00e9croche. Il traverse le couloir qui d\u00e9boule sur le bureau vitr\u00e9 o\u00f9 Lawson et Berlize l\u2019attendent. Vir\u00e9 apr\u00e8s vingt-et-un ans, sans poser de question, sans regret.<\/p>\n<p>Au m\u00eame moment, Sylvie Colin, responsable marketing produit, d\u00e9boule dans le couloir. <i>\u00ab\u2009Lorsque je suis sortie pour aller boire un caf\u00e9, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e par l\u2019ambiance glauque, comme dans un film d\u2019horreur. Tout le monde avait une t\u00eate de d\u00e9terr\u00e9<\/i>, se rappelle-t-elle avec une pointe d\u2019\u00e9motion.<i> Une fois que j\u2019ai compris ce qu\u2019il se passait, je ne savais m\u00eame plus r\u00e9fl\u00e9chir. Mais o\u00f9 va-t-on\u2009? Ils skettent trois gars parce qu\u2019ils ont fait leur job\u2009!\u2009\u00bb <\/i>Emmanuel Wilputte se souvient aussi de l\u2019ambiance sinistre du moment&nbsp;:<i> \u00ab\u2009C\u2019\u00e9tait l\u2019apocalypse. Les gens \u00e9taient cass\u00e9s, outr\u00e9s, scandalis\u00e9s.\u2009\u00bb<\/i><\/p>\n<p>En r\u00e9action, le personnel vote une gr\u00e8ve pour r\u00e9clamer la r\u00e9int\u00e9gration des licenci\u00e9s, l\u2019\u00e9cartement du directeur des r\u00e9dactions et la sortie du groupe Nethys. Profitant de la pr\u00e9sence d\u2019un informaticien externe, la direction contre-attaque en coupant les acc\u00e8s vers le web, les r\u00e9seaux sociaux, l\u2019application, le <i>print<\/i> et m\u00eame les imprimantes. Philippe Lawson dit \u00e0 <i>Wilfried<\/i> avoir \u00e9t\u00e9 mis devant le fait accompli&nbsp;: <i>\u00ab\u2009C\u2019\u00e9tait la d\u00e9cision du directeur g\u00e9n\u00e9ral, Yves Berlize. En tant que journaliste, je trouvais que c\u2019\u00e9tait une maladresse, mais j\u2019\u00e9tais arriv\u00e9 \u00e0 un stade o\u00f9 ils pouvaient faire ce qu\u2019ils voulaient, je m\u2019en foutais.\u2009\u00bb<\/i> Pol Heyse, pr\u00e9sident du conseil d\u2019administration des \u00c9ditions de l\u2019Avenir, n\u2019est pas de cet avis&nbsp;: <i>\u00ab\u2009On n\u2019utilise pas l\u2019outil de travail pour d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats, c\u2019est inconvenant, c\u2019est quasi du vol, c\u2019est m\u00eame du recel. Il fallait stopper ce mouvement de violation des r\u00e8gles.\u2009\u00bb<\/i> La man\u0153uvre sera d\u00e9nonc\u00e9e comme un <i>lock-out<\/i> jusqu\u2019au Conseil de l\u2019Europe.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Comment en est-on arriv\u00e9 l\u00e0 apr\u00e8s le \u00ab\u2009tope l\u00e0\u2009\u00bb du dimanche de f\u00e9vrier dans les bureaux de Voo \u00e0 Bruxelles\u2009? Selon le personnel et l\u2019AJP, la direction a refus\u00e9 certains d\u00e9parts volontaires pour des raisons de calendrier. Pol Heyse se souvient&nbsp;: <i>\u00ab\u2009De m\u00e9moire, on s\u2019\u00e9tait accord\u00e9 sur 45\u00a0\u00e9quivalents temps plein et au d\u00e9compte il fallait trois licenciements secs pour y arriver. Demandez \u00e0 Berlize et \u00e0 Lawson sur quels crit\u00e8res ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9s. Ce n\u2019\u00e9tait pas mon r\u00f4le.\u2009\u00bb <\/i>Dans les couloirs, on raconte que la direction a cibl\u00e9 trois profils diff\u00e9rents pour envoyer un signal \u00e0 l\u2019ensemble du personnel. \u00c0 <i>Wilfried<\/i>, Philippe Lawson assure que les licenciements n\u2019\u00e9taient pas cibl\u00e9s. Pourquoi se priver de C\u00e9dric Rosenbaum\u2009? <i>\u00ab\u2009Pour faire des \u00e9conomies avec un seul community manager pour <\/i>L\u2019Avenir<i> et Voo. Et puis, C\u00e9dric s\u2019occupait de ses r\u00e9seaux sociaux personnels plus que de ceux de <\/i>L\u2019Avenir<i>, son travail n\u2019\u00e9tait pas suffisant.\u2009\u00bb <\/i>Yves Raisi\u00e8re\u2009? <i>\u00ab\u2009Avec mon parcours et mes r\u00e9seaux, j\u2019allais prendre la main sur le service national. Sa fonction disparaissait. Et vu son comportement, je n\u2019avais pas envie de garder quelqu\u2019un qui me mettait des b\u00e2tons dans les roues.\u2009\u00bb <\/i>Et Dominique Vellande\u2009? <i>\u00ab\u2009Je ne voyais pas sa valeur ajout\u00e9e ni o\u00f9 l\u2019int\u00e9grer dans le projet qu\u2019on voulait mettre en place.\u2009\u00bb <\/i>Sans ambages, il d\u00e9veloppe&nbsp;:<i> \u00ab\u2009Si des gens n\u2019ont pas le profil ou ne soutiennent pas votre projet, soit vous les occupez avec autre chose, soit vous vous s\u00e9parez \u00e0 l\u2019amiable.\u2009\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Apr\u00e8s les interventions de l\u2019AJP, de la SDR et des syndicats,<i> <\/i>la direction propose de r\u00e9int\u00e9grer C\u00e9dric Rosenbaum chez Voo, et Yves Raisi\u00e8re et Dominique Vellande dans les \u00e9ditions locales o\u00f9 ils avaient commenc\u00e9. Retour \u00e0 la case d\u00e9part pour ces deux journalistes au long cours. Tous trois refusent l\u2019offre. En leur m\u00e9moire, les coll\u00e8gues renomment les salles de r\u00e9union. Ils se rassemblent encore aujourd\u2019hui dans la salle Rosenbaum, la salle Raisi\u00e8re et la salle Vellande.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><b>VIII. Les r\u00e9seaux d\u2019influence<\/b><\/p>\n<p>Pour un \u00e9lu wallon, le dossier des \u00c9ditions de l\u2019Avenir est<i> <\/i>casse-gueule. \u00c9minemment politique&nbsp;: l\u2019actionnaire mis en cause est une intercommunale. D\u00e9mocratique&nbsp;: la p\u00e9rennit\u00e9 \u00e9conomique d\u2019un quotidien est essentielle \u00e0 la libert\u00e9 des journalistes, donc de la presse. Inflammable&nbsp;: l\u2019annonce du plan de restructuration est une grenade politico-m\u00e9diatique dont la d\u00e9flagration secouera jusqu\u2019aux diff\u00e9rents parlements. Une grenade que, d\u00e8s le 13\u00a0mars 2018, le d\u00e9put\u00e9 \u00e9cologiste St\u00e9phane Haz\u00e9e avait essay\u00e9 de d\u00e9samorcer. En commission de l\u2019\u00e9conomie et de l\u2019emploi du parlement wallon, il avait r\u00e9clam\u00e9 des auditions sur l\u2019avenir \u00e9conomique du secteur de la presse et plus singuli\u00e8rement sur la situation inqui\u00e9tante aux \u00c9ditions de l\u2019Avenir. Il \u00e9tait reparti bredouille. <i>\u00ab\u2009Il y avait manifestement, dans le chef des majorit\u00e9s de la R\u00e9gion et de la F\u00e9d\u00e9ration, une volont\u00e9 de r\u00e9gler le dossier autrement, ou un embarras, ou une impuissance\u2009\u00bb, <\/i>rumine encore aujourd\u2019hui l\u2019\u00e9cologiste.<\/p>\n<p>En octobre 2018, les intentions de restructuration expos\u00e9es dans la presse, les \u00e9lus se positionnent un \u00e0 un sur le dossier. Avec plus ou moins de panache, en fonction de leur famille politique, de leur arrondissement, de leurs convictions, de leurs tickets en terre li\u00e9geoise. Globalement, ils soutiennent les travailleurs. Un discours \u00e9lectoralement plus tenable en plein scandale Publifin. Fin novembre 2018, d\u2019une m\u00eame voix, le parlement wallon demande au gouvernement Borsus (MR\/CDH) \u00ab\u2009de mettre en \u0153uvre la sortie des \u00c9ditions de l\u2019Avenir de Publifin\/Nethys\u2009\u00bb<i>. <\/i>Un moment de d\u00e9mocratie puissant, mais techniquement non contraignant. Dans les faits, la direction des EdA campe sur ses positions&nbsp;: le journal n\u2019est pas \u00e0 vendre, son red\u00e9ploiement est en cours.<\/p>\n<p>En parall\u00e8le de la proc\u00e9dure Renault s\u2019ouvre alors un front politique. Un goulet o\u00f9 directeurs, syndicalistes et journalistes se croisent et s\u2019\u00e9vitent. Tous tentent de rallier \u00e0 leur cause un maximum de mandataires, au cas o\u00f9 ils trouveraient une parade pour peser sur les n\u00e9gociations sociales. Plusieurs options sont avanc\u00e9es, mais rien ne se d\u00e9cide. Les journalistes, craignant le vaste r\u00e9seau et la puissance financi\u00e8re de leur actionnaire, investissent beaucoup d\u2019\u00e9nergie dans ce lobbying politique. Ils maraudent sous la verri\u00e8re du parlement wallon pour intercepter des d\u00e9put\u00e9s, t\u00e9l\u00e9phonent en sous-marin \u00e0 des membres des conseils d\u2019administration du groupe Nethys, s\u2019incrustent au Salon des mandataires \u00e0 Marche-en-Famenne, manifestent \u00e0 la Foire de Libramont et d\u00e9jeunent aux aurores avec les ministres les plus influents de Wallonie. <i>\u00ab\u2009On voulait atteindre St\u00e9phane Moreau et Pol Heyse. Leur montrer que des leviers s\u2019activaient autour d\u2019eux, <\/i>d\u00e9briefe un journaliste. <i>Certains sont m\u00eame all\u00e9s discuter avec Jean-Claude Marcourt. On le savait proche de Moreau, donc on n\u2019attendait rien de lui. Mais si le ministre des M\u00e9dias se coltine trois emmerdeurs durant toute une soir\u00e9e, il est probable qu\u2019il t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 notre patron pour lui transmettre un compte-rendu et demander de faire attention. C\u2019\u00e9tait \u00e7a l\u2019objectif.\u2009\u00bb<\/i><\/p>\n<p>L\u2019annonce du licenciement collectif entra\u00eene finalement la tenue de plusieurs auditions parlementaires. Le 26\u00a0mars 2019, \u00e0 la sortie de la troisi\u00e8me s\u00e9ance intitul\u00e9e \u00ab\u2009Les \u00c9ditions de l\u2019Avenir et la libert\u00e9 de la presse\u2009\u00bb, le d\u00e9put\u00e9 lib\u00e9ral Olivier Maroy se montre plus inquiet que convaincu. Il tire des conclusions sans d\u00e9tour&nbsp;: <i>\u00ab\u2009La libert\u00e9 de la presse a \u00e9t\u00e9 bafou\u00e9e. Je crois que la direction se grandirait en reconnaissant que sa r\u00e9action apr\u00e8s le d\u00e9part en gr\u00e8ve des journalistes \u00e9tait disproportionn\u00e9e.\u2009\u00bb<\/i> Des r\u00e9probations politiques qui g\u00eanent \u00e0 peine la direction. Elle maintient sa ligne&nbsp;: le journal n\u2019est pas \u00e0 vendre, son red\u00e9ploiement est en cours. De toute mani\u00e8re, le rapport de forces ne semble pas se jouer dans les assembl\u00e9es parlementaires, mais quelque part entre la rue Louvrex, les r\u00e9unions syndicales et les claviers surchauff\u00e9s de la r\u00e9daction namuroise.<\/p>\n<p><b>IX. Le chaos<\/b><\/p>\n<p>Pascale Serret travaille aux \u00c9ditions de l\u2019Avenir depuis 2004. C\u2019est une force tranquille et une journaliste reconnue. Ses coll\u00e8gues l\u2019ont choisie comme \u00ab\u2009personne de confiance\u2009\u00bb de l\u2019entreprise pour ses qualit\u00e9s d\u2019\u00e9coute, sa bienveillance et son humilit\u00e9. Un r\u00f4le qui la place en premi\u00e8re ligne face aux stress, burn-out, harc\u00e8lements, troubles psychosociaux\u2026 Tenue au secret professionnel, elle \u00e9coute et informe ses coll\u00e8gues en difficult\u00e9. <i>\u00ab\u2009Depuis l\u2019annonce du plan de restructuration, des coll\u00e8gues s\u2019engueulent, les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s syndicaux sont transparents de fatigue, \u00e7a pleure partout\u2009\u00bb<\/i>, expire-t-elle.<i> <\/i>Au printemps\u00a02019, avec les r\u00e9cents licenciements et quelques d\u00e9parts volontaires pr\u00e9cipit\u00e9s, le boulot s\u2019accumule sur le bureau de ceux qui restent. \u00c9motionnellement et physiquement, \u00e7a d\u00e9borde. Il pleut des certificats m\u00e9dicaux.<\/p>\n<p>Un an plus t\u00f4t, face aux pr\u00e9mices d\u2019une fatigue g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, un groupe \u00ab\u2009Objectif bien-\u00eatre\u2009\u00bb avait \u00e9t\u00e9 mis en place pour pr\u00e9venir les risques psychosociaux, comprendre la hausse des maladies de longue dur\u00e9e, aider les managers \u00e0 g\u00e9rer la situation et accompagner les retours au travail. Mais en septembre 2018, ce groupe a jet\u00e9 l\u2019\u00e9ponge, certains estimant que leur engagement \u00e9tait vain en raison de l\u2019attitude du directeur des r\u00e9dactions, Philippe Lawson. <i>\u00ab\u2009C\u2019\u00e9tait le n\u0153ud de tous les probl\u00e8mes \u00e0 ce moment-l\u00e0. Son comportement cristallisait toutes les tensions<\/i>, se rappelle Pascale Serret. <i>Tant qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0, ce comit\u00e9 perdait de son sens. C\u2019\u00e9tait comme mettre une grosse couche de maquillage sur un truc pourri, \u00e7a ne servait \u00e0 rien.\u2009\u00bb<\/i> En juin 2019, un rapport de la m\u00e9decine du travail confirme que le personnel est en d\u00e9tresse et qu\u2019il convient de r\u00e9soudre en priorit\u00e9 les tensions entre la r\u00e9daction et son directeur.<\/p>\n<p>Le contexte est aussi tr\u00e8s agressif \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la direction, confie Pol Heyse, mais \u00e7a ne le touche pas plus que \u00e7a. <i>\u00ab\u2009On avait l\u2019impression que les aigris nous reprochaient leur incapacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer un groupe de presse<\/i>, se souvient le bras droit de St\u00e9phane Moreau.<i> S\u2019ils avaient fait leur job, il n\u2019y aurait pas eu de plan de restructuration, en tout cas pas de cette ampleur. On ne pouvait pas reprocher au directeur g\u00e9n\u00e9ral, Yves Berlize, ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 fait \u00e0 l\u2019\u00e9poque par son pr\u00e9d\u00e9cesseur, Quentin Gemoets.\u2009\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Record de chaleur \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9\u00a02019. \u00c7a chauffe aussi dans les couloirs des \u00c9ditions de l\u2019Avenir. Tout le monde semble avoir perdu les p\u00e9dales. Le 15 et le 16\u00a0juillet, entre deux pr\u00e9avis de gr\u00e8ve, trois mails et un recommand\u00e9 estomaquent les \u00e9quipes&nbsp;: \u00ab\u2009L\u2019AJP, en tant qu\u2019association, ne peut acc\u00e9der aux b\u00e2timents sans y \u00eatre autoris\u00e9e et n\u2019est plus tol\u00e9r\u00e9e dans les assembl\u00e9es du personnel.\u2009\u00bb Martine Simonis, la secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019AJP, est pri\u00e9e de se tenir \u00e0 l\u2019\u00e9cart. Par ailleurs, \u00ab\u2009toute participation \u00e0 une assembl\u00e9e pirate sera consid\u00e9r\u00e9e comme une absence injustifi\u00e9e du poste de travail et ne sera pas r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e\u2009\u00bb. Pour les employ\u00e9s et l\u2019AJP, c\u2019est une d\u00e9claration de guerre.<\/p>\n<p>Le personnel craint la mise sur \u00e9coute des salles de r\u00e9union et soup\u00e7onne Lawson d\u2019enregistrer les conversations. Certains ont parfois le sentiment de travailler pour le mal, pour \u00ab\u2009la mafia\u2009\u00bb et craignent de \u00ab\u2009finir sur le trottoir de Cointe\u2009\u00bb. Les nerfs sont excit\u00e9s par le conflit. Un jour, certains vident des canettes et balancent leurs vidanges sur la vitre du bureau de la directrice des ressources humaines. D\u2019autres pr\u00e9voient de clouter des pneus si des vigiles tentent d\u2019intercepter Martine Simonis et de la superglu pour enfermer les patrons dans leur bureau. \u00ab\u2009<i>M\u00eame les plus pacifiques se prennent de pulsions violentes\u2009\u00bb<\/i>, se rappelle Pascale Serret. Un journaliste a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il irait jusqu\u2019\u00e0 envoyer Lawson jouer \u00e0 Colin-Maillard sur la grand-route. Un autre t\u00e9moigne&nbsp;: <i>\u00ab\u2009On \u00e9tait \u00e0 cran. Lawson \u00e9tait tr\u00e8s, tr\u00e8s \u00e9nervant. Un jour, j\u2019ai tap\u00e9 mon poing sur la table et j\u2019ai lev\u00e9 la voix tr\u00e8s fort&nbsp;: \u201cTu la fermes, je ne veux plus t\u2019entendre.\u201d C\u2019est la seule fois de ma vie o\u00f9 j\u2019ai \u00e9lev\u00e9 la voix dans une r\u00e9union. C\u2019est terrible, je ne suis pas un sanguin, mais j\u2019ai vraiment voulu lui mettre une claque.\u2009\u00bb<\/i><\/p>\n<p>C\u2019est le chaos. Ni le personnel, ni les d\u00e9l\u00e9gations, ni la direction, ni la m\u00e9decine du travail n\u2019entrevoient une quelconque issue. \u00ab\u2009Des piliers de la r\u00e9daction commencent \u00e0 plier\u2009\u00bb, observe le journaliste Fran\u00e7ois-Xavier Giot dans un mail adress\u00e9 \u00e0 la direction le 5\u00a0septembre 2019. \u00ab\u2009Quand ils c\u00e9deront, la production du journal sera d\u00e9finitivement en p\u00e9ril, car c\u2019est d\u00e9j\u00e0 un miracle de sortir un journal quotidiennement\u2009\u00bb, insiste celui qui remplace par d\u00e9faut son chef fra\u00eechement vir\u00e9, Yves Raisi\u00e8re. En effectif r\u00e9duit et quasiment en autogestion, disent-ils, les travailleurs ex\u00e9cutent leurs t\u00e2ches quotidiennes tout en prenant soin les uns des autres. <i>\u00ab\u2009Certaines journ\u00e9es avaient l\u2019air de durer cinquante heures, d\u2019autres au contraire passaient tellement vite.<\/i> <i>Tout le monde \u00e9tait ventre \u00e0 terre\u2009\u00bb, <\/i>se souvient Pascale Serret, qui n\u2019a jamais cess\u00e9 de veiller sur ses pairs. <i>\u00ab\u2009Un jour, je n\u2019ai pas os\u00e9 laisser un mec tout seul \u00e0 la r\u00e9daction. J\u2019avais trop peur qu\u2019il se jette par la fen\u00eatre.\u2009\u00bb<\/i><\/p>\n<p><b>X. Une f\u00eate en stoemelings<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/b><\/p>\n<p>Il faut tenir. Pour les coll\u00e8gues, ceux qui partent, ceux qui restent. Pour les abonn\u00e9s qui les soutiennent depuis le d\u00e9but du conflit social, via le courrier des lecteurs, mais aussi en dehors de la r\u00e9daction, lors de reportages ou le week-end dans les rues de Namur. Pour la d\u00e9mocratie et l\u2019ind\u00e9pendance de la presse surtout. Mais qu\u2019est-ce qui aide \u00e0 tenir, malgr\u00e9 tout\u2009? <i>\u00ab\u2009On a abord\u00e9 ce combat jour apr\u00e8s jour. Il y avait une s\u00e9rie incroyable de r\u00e9unions, mais aussi la gazette \u00e0 remplir et un service \u00e0 diriger. Tout s\u2019encha\u00eenait \u00e0 un tel rythme que le disque dur de mon cerveau a tout centr\u00e9 sur la m\u00e9moire imm\u00e9diate\u2009\u00bb<\/i>, constate le chef d\u2019\u00e9dition Bruno Malter en creusant dans ses souvenirs.<\/p>\n<p>Il y a aussi cette id\u00e9e na\u00efvement lanc\u00e9e sur \u00ab\u2009L\u2019Avenir r\u00e9siste\u2009\u00bb, le groupe WhatsApp<i> <\/i>des travailleurs, qui a pris du galon&nbsp;: une coop\u00e9rative de presse pour racheter des parts dans l\u2019entreprise, s\u2019assurer une pr\u00e9sence au conseil d\u2019administration et avoir un mot \u00e0 dire dans les strat\u00e9gies futures. Ce projet est consolid\u00e9 par la perspective \u2014&nbsp;qui ne cesse de gagner en cr\u00e9dibilit\u00e9 \u2014&nbsp;d\u2019une revente des \u00c9ditions par Nethys, la pression politico-m\u00e9diatique \u00e9tant de moins en moins supportable. Cette coop\u00e9rative est un horizon pour les travailleurs qui, bient\u00f4t, pourront proposer aux lecteurs et investisseurs de s\u2019emparer de ce projet collectif.<\/p>\n<p>L\u2019humour et l\u2019entraide entretiennent \u00e9galement la coh\u00e9sion mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve depuis des mois. <i>\u00ab\u2009C\u2019\u00e9tait important de soigner le collectif. La solidarit\u00e9, c\u2019est \u00e7a qui nous donnait du punch\u2009\u00bb<\/i>, pense Yves Raisi\u00e8re. <i>\u00ab\u2009C\u2019est l\u2019amour du journal qui nous portait. On l\u2019avait tous. Quand tu y travailles, tu comprends. Tu d\u00e9couvres les coll\u00e8gues, les lecteurs et l\u2019importance de la presse locale. Tu y es visc\u00e9ralement attach\u00e9, t\u2019es pr\u00eat \u00e0 te d\u00e9foncer pour \u00e7a.\u2009\u00bb <\/i>Son confr\u00e8re Martial Dumont compl\u00e8te&nbsp;: <i>\u00ab\u2009Nous \u00e9tions en col\u00e8re parce que Nethys cassait une belle m\u00e9canique, un beau pan de la presse francophone. Ils ont cass\u00e9 l\u2019outil, ils ont cass\u00e9 les gens. Les \u00c9ditions de l\u2019Avenir, c\u2019\u00e9tait une famille.\u2009\u00bb <\/i>Aupr\u00e8s de <i>Wilfried<\/i>, tous les travailleurs rencontr\u00e9s racontent avec \u00e9motion la f\u00eate du personnel du 29\u00a0mai 2019.<\/p>\n<p>La veille du jeudi de l\u2019Ascension, par petites grappes, des coll\u00e8gues rejoignent le Belv\u00e9d\u00e8re, une discr\u00e8te salle de concert perch\u00e9e sur la citadelle de Namur. <i>\u00ab\u2009Depuis le rachat de l\u2019entreprise, les f\u00eates avaient pris des allures n\u00e9thysiennes. On avait perdu le c\u00f4t\u00e9 familial auquel on tenait tant\u2009\u00bb<\/i>, d\u00e9plore le journaliste Emmanuel Huet. Alors, avec une poign\u00e9e de coll\u00e8gues, ce pr\u00e9sident de comit\u00e9 de f\u00eates de village a pris l\u2019initiative d\u2019organiser une f\u00eate officieuse pour le personnel. <i>\u00ab\u2009Vu notre \u00e9nergie apr\u00e8s des mois de conflit, on ne savait pas si \u00e7a allait fonctionner. Mais les gens sont venus. Le personnel namurois, mais aussi des coll\u00e8gues des \u00e9ditions locales et les conjoints. On n\u2019avait pas de budget, on s\u2019\u00e9tait mis en mode bi\u00e8re et pains-saucisses\u2009\u00bb,<\/i> se rem\u00e9more l\u2019organisateur.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Sur sc\u00e8ne, un groupe mont\u00e9 par quelques travailleurs balance du rock. Quelques riffs encore puis les guitares c\u00e8dent la bande-son aux discours. Entre les personnes vir\u00e9es, celles contraintes de partir par solidarit\u00e9 et celles tomb\u00e9es malades pour de bon, il y a un paquet de gens \u00e0 mettre \u00e0 l\u2019honneur. \u00ab\u2009L\u2019homme de toutes les r\u00e9pliques cultes\u2009\u00bb, \u00ab\u2009le chef qui faisait l\u2019unanimit\u00e9\u2009\u00bb, \u00ab\u2009la petite maman\u2009\u00bb, \u00ab\u2009le gentleman imperturbable\u2009\u00bb, tous sont remerci\u00e9s avec une bouteille de 75\u00a0centilitres de la brasserie Minne. <i>\u00ab\u2009On n\u2019avait vraiment pas de budget, <\/i>rigole Emmanuel Huet. <i>Mais on les avait floqu\u00e9es d\u2019une \u00e9tiquette \u00e0 l\u2019effigie de <\/i>L\u2019Avenir<i>.\u2009\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Au micro, les organisateurs saluent le travail des syndicats, de la SDR et de l\u2019AJP au c\u0153ur des n\u00e9gociations depuis octobre 2018. Et puis un \u00e9loge plus g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;: <i>\u00ab\u2009Ce qui nous rassemble ici, c\u2019est bien \u00e9videmment le journal, notre journal, mais aussi et surtout les gens qui le font, qu\u2019on appr\u00e9cie. Cette culture de <\/i>L\u2019Avenir<i> qui s\u2019est tiss\u00e9e en un si\u00e8cle. On d\u00e9barquait boulevard M\u00e9lot hier, route de Hannut aujourd\u2019hui, pour faire son job, mais aussi pour retrouver les coll\u00e8gues, discuter du contenu de la gazette ou de l\u2019anniversaire du gamin.\u2009\u00bb <\/i>Dans l\u2019assembl\u00e9e, certains \u00e9crasent une larme. <i>\u00ab\u2009Les \u00e9v\u00e9nements que nous avons v\u00e9cus ces derniers mois ont mis en \u00e9vidence ce besoin de boire un coup ensemble. La direction pourrait y voir un signe de d\u00e9fiance \u00e0 son \u00e9gard, nous y voyons une volont\u00e9 sinc\u00e8re de r\u00e9affirmer notre identit\u00e9, notre coh\u00e9sion et notre espoir en un avenir meilleur, car <\/i>L\u2019Avenir<i> nous appartient\u2009!\u2009\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Il fait nuit \u00e0 Namur. Quelques employ\u00e9s rigolent autour du barbecue. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, les basses couvrent le brouhaha. Rester ensemble encore un peu, le plus longtemps possible, pour s\u2019en souvenir dans cinq ans.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>\u00c9pilogue<\/b><\/p>\n<ul>\n<li><b>Les \u00c9ditions de l\u2019Avenir<\/b> ont \u00e9t\u00e9 revendues au groupe IPM (<i>La Libre<\/i>, <i>La DH<\/i>, <i>Paris-Match<\/i>) au tournant de l\u2019ann\u00e9e\u00a02021.<\/li>\n<li><b>La coop\u00e9rative \u00ab\u2009Notre Avenir\u2009\u00bb<\/b> a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en octobre 2019. Les 1\u2009500\u00a0coop\u00e9rateurs attendent toujours que, comme convenu, le nouvel actionnaire leur ouvre les portes du conseil d\u2019administration et du capital.<\/li>\n<li><b>St\u00e9phane Moreau<\/b>, <b>Pol Heyse<\/b> et <b>Jos Donvil<\/b> ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9voqu\u00e9s par le conseil d\u2019administration de Nethys en octobre 2019.<\/li>\n<li><b>Yves Berlize <\/b>a quitt\u00e9 EdA d\u2019un \u00ab\u2009commun accord\u2009\u00bb peu apr\u00e8s la signature de l\u2019acte de vente.<\/li>\n<li><b>Philippe Lawson<\/b> a cr\u00e9\u00e9 son propre m\u00e9dia apr\u00e8s une s\u00e9paration \u00e0 l\u2019amiable en ao\u00fbt 2020.<\/li>\n<li><b>Quentin Gemoets<\/b> et <b>\u00c9ric Schonbrodt<\/b> se sont succ\u00e9d\u00e9 chez Resa \u00e0 quatre ans d\u2019intervalle.<\/li>\n<li><b>Les syndicats <\/b>ont \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9s aux \u00e9lections sociales de novembre 2020. Le Setca (FGTB) a perdu tous ses repr\u00e9sentants et la CNE n\u2019en a conserv\u00e9 que trois sur cinq. La CGSLB est entr\u00e9e dans l\u2019entreprise avec trois repr\u00e9sentants, dont <b>Emmanuel Wilputte<\/b>.<\/li>\n<li><b>Martine Simonis<\/b> est toujours secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019AJP.<\/li>\n<li><b>Thierry Dupi\u00e9reux<\/b>, <b>Martial Dumont<\/b> et <b>Yves Raisi\u00e8re<\/b> sont devenus respectivement r\u00e9dacteurs en chef du <i>Ligueur<\/i>, de T\u00e9l\u00e9sambre et de la revue paysanne <i>Tchak<\/i>.<\/li>\n<li><b>C\u00e9dric Rosenbaum<\/b> a rejoint l\u2019\u00e9quipe de Martial Dumont comme community manager en septembre 2021.<\/li>\n<li><b>Bruno Malter<\/b> et <b>Dominique Vellande<\/b> se sont r\u00e9orient\u00e9s dans des formations en cuisine.<\/li>\n<li><b>Albert Jallet, Pascale Serret, Fran\u00e7ois-Xavier Giot, Emmanuel Huet, Sylvie Colin et tous les autres<\/b> ont subi deux nouveaux plans d\u2019\u00e9conomie en 2022 et en 2023. L\u2019histoire du journal continue.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pour relire l&rsquo;\u00e9pisode I, cliquez <a href=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/les-editions-de-lavenir-sous-nethys\/\">ici<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 23\u00a0octobre 2018, l\u2019actionnaire Nethys annonce un copieux d\u00e9graissage dans les effectifs des \u00c9ditions de l\u2019Avenir. La d\u00e9flagration prend peu \u00e0 peu la forme d\u2019un combat sans merci qui mouillera la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 tous les \u00e9tages, des patrons aux employ\u00e9s, des lecteurs aux ministres r\u00e9gionaux. Beaucoup en sont sortis en lambeaux. 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