{"id":613,"date":"2021-11-12T13:32:41","date_gmt":"2021-11-12T12:32:41","guid":{"rendered":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/news\/raoul-servais-lhomme-aux-mille-desseins\/"},"modified":"2023-10-25T17:44:30","modified_gmt":"2023-10-25T15:44:30","slug":"raoul-servais-lhomme-aux-mille-desseins","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/raoul-servais-lhomme-aux-mille-desseins\/","title":{"rendered":"Raoul Servais, l\u2019homme aux mille desseins"},"content":{"rendered":"<p>Dessinateur, \u00e9crivain, cin\u00e9aste et capitaine au long cours de l\u2019imaginaire&nbsp;: \u00e0 93 ans, Raoul Servais est un des secrets les plus jalousement gard\u00e9s du septi\u00e8me art belge. Tandis que l\u2019artiste se voit d\u00e9cerner les honneurs d\u2019une r\u00e9trospective au mus\u00e9e Belvue \u00e0 Bruxelles, <em>Wilfried<\/em> a remont\u00e9 le courant jusqu\u2019\u00e0 Middelkerke pour aller d\u00e9busquer l\u2019homme dans sa campagne solitaire. Mais est-on jamais seul quand on a des mondes plein la t\u00eate&#8239;?<\/p>\n<p>C\u2019est une maison blanche comme une voile, flottant sur un champ de ma\u00efs en herbe. On l\u2019aborde en s\u2019\u00e9loignant un peu de Middelkerke, par une route aux allures de piste. Une maison comme un bateau en rade. Pas \u00e9tonnant&nbsp;: \u00e0 l\u2019origine, quand la mer mangeait les polders, il y avait ici une \u00eele. Middelkerke, c\u2019\u00e9tait \u00ab&#8239;l\u2019\u00e9glise du milieu&#8239;\u00bb, entre Westende, le <em>finis terrae<\/em> de l\u2019ouest, et Ostende, le confin de l\u2019est. C\u2019est ici que s\u2019est retir\u00e9 depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es l\u2019oiseau marin le plus rare de la C\u00f4te belge. Raoul Servais a les yeux bleus, une t\u00eate sculpt\u00e9e par l\u2019iode qui se d\u00e9coupe dans le contre-jour cru de d\u00e9but mai, et il porte le col roul\u00e9 mieux que n\u2019importe quel capitaine Haddock. \u00ab&#8239;<em>Je suis Ostendais de naissance. C\u2019est d\u2019ailleurs ma langue maternelle, l\u2019ostendais. Ma seconde langue, c\u2019est le fran\u00e7ais. Et ma troisi\u00e8me langue, le n\u00e9erlandais.<\/em>&#8239;\u00bb Sa boutade le fait rire tandis qu\u2019il nous entra\u00eene \u00e0 sa suite, \u00e0 petits pas. La cuisine, aux carreaux de terre cuite et aux murs blanchis, est rest\u00e9e dans son jus fermier et boit la lumi\u00e8re du dehors, c\u00f4t\u00e9 route. On la traverse et soudain, voil\u00e0 qu\u2019on est aveugle, englouti par l\u2019obscurit\u00e9 soyeuse propre aux vieilles maisons de campagne. Le long des murs, un vague mobilier dont on devine les contours, une chemin\u00e9e peut-\u00eatre. Au centre, une longue table brute, tach\u00e9e d\u2019encre et de caf\u00e9. Et face \u00e0 elle, une immense baie vitr\u00e9e donnant sur un jardin clos, tr\u00e8s vert.<\/p>\n<p>S\u2019asseoir l\u00e0, c\u2019est comme regarder une nature morte depuis les coulisses, adoss\u00e9 au velours noir du fond. \u00ab&#8239;<em>C\u2019\u00e9tait ma maison de vacances, ici. Je me suis install\u00e9 d\u00e9finitivement il y a dix ans. Apr\u00e8s la mort de ma femme, j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 quitter Ostende.<\/em>&#8239;\u00bb Au bout de la jet\u00e9e de ses 93 ans, les souvenirs sont parfois flous, de son propre aveu, mais l\u2019esprit de sa ville natale est toujours aussi vif. Il y na\u00eet un 1er mai 1928, \u00e0 Ostende, donc. L\u00e9on Spilliaert est rentr\u00e9 de Bruxelles et peint des marines \u00e0 l\u2019encre depuis son atelier avec vue sur la jet\u00e9e. James Ensor est d\u00e9sormais baron, il peint de moins en moins, croise parfois le petit Raoul accroch\u00e9 aux jupes de sa m\u00e8re, anglophile, \u00e0 qui le grand peintre fait volontiers la conversation. \u00ab<em> Ostende, pour flamande qu\u2019elle est, a toujours \u00e9t\u00e9 une ville universelle. On y parlait toutes les langues, les Anglais y venaient en masse pour passer l\u2019\u00e9t\u00e9&#8239;; cette agitation cosmopolite attirait les artistes, les faisait na\u00eetre. C\u2019est une ville o\u00f9 il est plus facile de se frotter \u00e0 l\u2019imaginaire.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nSi vous demandez \u00e0 Raoul Servais quel est son m\u00e9tier, il vous r\u00e9pondra qu\u2019il est dessinateur. C\u2019est un peu court, jeune homme. Car on aurait pu dire de lui bien des choses, en somme. Qu\u2019il est cin\u00e9aste. Qu\u2019il est \u00e9crivain. Qu\u2019il est professeur. Qu\u2019il est inventeur. Qu\u2019il n\u2019a pas vol\u00e9 son surnom de magicien. Tr\u00e8s jeune, il dessine, beaucoup, tout le temps, partout. Servais p\u00e8re est f\u00e9ru de cette nouveaut\u00e9 \u00e9patante qu\u2019on nomme cin\u00e9matographe. Il projette \u00e0 son fils de petits films de F\u00e9lix le Chat dont il a fait l\u2019acquisition. L\u2019enfant est fascin\u00e9. \u00ab&#8239;<em>J\u2019\u00e9tais stup\u00e9fait par la fa\u00e7on dont ce chat bougeait. J\u2019ai voulu reproduire \u00e7a avec mes propres dessins.<\/em>&#8239;\u00bb De bricolages en techniques de fortune, Raoul Servais se trouve un style, une patte. Au sortir des Beaux-Arts de Gand, en 1950, il se lance dans le cin\u00e9ma d\u2019animation. \u00ab<em> Naturellement, personne autour de moi ne poss\u00e9dait ce savoir. Alors j\u2019ai d\u00fb tout d\u00e9couvrir moi-m\u00eame, en t\u00e2tonnant, en cherchant. J\u2019ai commis beaucoup d\u2019erreurs, perdu pas mal de temps, mais \u00e7a a donn\u00e9 de belles choses, aussi.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nSon premier court-m\u00e9trage, <em>Havenlichten<\/em>, en fait partie. L\u2019histoire d\u2019un r\u00e9verb\u00e8re d\u00e9fectueux mis au rebut qui devient un h\u00e9ros local en s\u2019improvisant phare pour sauver un navire de la temp\u00eate. Une parabole simple et furieusement po\u00e9tique qui fait des \u00e9mules&nbsp;: en 1963, il fonde une section animation \u00e0 l\u2019acad\u00e9mie royale des Beaux-Arts de Gand. \u00ab&#8239;<em>Les jeunes venaient me voir, ils voulaient apprendre, ils avaient des histoires \u00e0 raconter. Une telle \u00e9cole n\u2019existait pas. Alors on l\u2019a invent\u00e9e.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Au contact des \u00e9tudiants, Raoul Servais d\u00e9veloppe ses propres techniques, recherche, interroge. Si \u00e0 ses d\u00e9buts, il cr\u00e9e surtout des animations jeune public, il se risque progressivement vers un discours plus adulte, plus complexe. Ainsi, <em>Chromophobia<\/em> raconte un monde o\u00f9 la dictature du gris jugule les couleurs, jusqu\u2019\u00e0 provoquer une r\u00e9volution arc-en-ciel. Bien lui en prend&nbsp;: son langage graphique universel, \u00e9conome de paroles, parle aux petits comme aux grands et ravit le jury du festival du film de Venise de 1966, qui lui d\u00e9cerne le Lion d\u2019argent. S\u2019en suivront pr\u00e8s de soixante prix internationaux, dont une Palme d\u2019or du court m\u00e9trage \u00e0 Cannes en 1979, pour le terrifiant Harpya, un film m\u00e9langeant animation et prises de vue r\u00e9elles o\u00f9 une harpie digne d\u2019un conte d\u2019Edgar Poe finit par d\u00e9vorer l\u2019homme qui l\u2019avait recueillie. C\u2019est tout le g\u00e9nie de Raoul Servais&nbsp;: sans s\u00e9rail ni ma\u00eetre, il pioche \u00e0 l\u2019envi et superpose le dessin au r\u00e9el, le fantastique au commun, l\u2019\u00e9trange au connu. Un style polymorphe et inclassable qui sera couronn\u00e9 en 1997 par le Grand Prix d\u2019animation du festival d\u2019Annecy pour Papillons de nuit, son hommage (\u00e9)mouvant \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Paul Delvaux. \u00ab&#8239;<em>C\u2019est important, les prix, la reconnaissance. Pas pour ce que \u00e7a rapporte, mais parce que \u00e7a vous encourage. Je n\u2019ai jamais pens\u00e9 \u00e0 l\u2019aspect financier des choses. Si un film rapportait de l\u2019argent, tant mieux, mais moi ce qui m\u2019int\u00e9ressait, c\u2019\u00e9tait d\u2019avoir de quoi financer le suivant. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9tait un m\u00e9tier ingrat, peu connu, lent. Je t\u00e2tonnais, j\u2019\u00e9tais souvent seul, il fallait mendier des capitaux \u00e0 droite et \u00e0 gauche. J\u2019aurais pu faire des s\u00e9ries anim\u00e9es, accepter des commandes. Mais faire plusieurs fois la m\u00eame chose, \u00e7a ne m\u2019int\u00e9resse pas&nbsp;: je serais all\u00e9 de mal en pis.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"aligncenter wp-image-4936 size-large\" src=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/dessin-servais-1024x768.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/dessin-servais-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/dessin-servais-300x225.jpg 300w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/dessin-servais-768x576.jpg 768w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/dessin-servais-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/dessin-servais.jpg 1900w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/p>\n<p>Si le \u00ab&#8239;trait Servais&#8239;\u00bb \u00e9volue constamment, deux constantes subsistent chez lui&nbsp;: une ex\u00e9cration de toute forme de violence, et l\u2019emploi d\u2019une grammaire po\u00e9tique qui oscille toujours entre le merveilleux et l\u2019\u00e9trange. Mais ne le traitez pas de surr\u00e9aliste&nbsp;: il vous raconterait alors sa dispute avec Magritte, avec un sourire en coin. \u00ab&#8239;<em>On a eu des probl\u00e8mes. J\u2019ai bri\u00e8vement travaill\u00e9 sur sa fresque, au casino de Knokke. Je trouvais ses choix de couleurs hideux. Il l\u2019a tr\u00e8s mal pris. C\u2019\u00e9tait un monsieur bourgeois, il n\u2019aimait pas qu\u2019on le contredise. Mais nous avons fini par faire la paix, des ann\u00e9es plus tard.<\/em>&#8239;\u00bb Sous l\u2019anecdote, le fond de la pens\u00e9e&nbsp;: l\u00e0 o\u00f9 le surr\u00e9alisme tracte un courant de pens\u00e9e beaucoup plus vaste que l\u2019art qui le repr\u00e9sente, Raoul Servais pr\u00e9f\u00e8re s\u2019identifier au r\u00e9alisme magique. \u00ab&#8239;<em>Mon \u0153uvre n\u2019a pas de vocation politique, m\u00eame si on peut dire qu\u2019elle est engag\u00e9e, certainement de gauche. La guerre, je l\u2019ai connue, je l\u2019ai subie. \u00c0 l\u2019\u00e2ge de douze ans, deux balles de mitrailleuse m\u2019ont effleur\u00e9 le cr\u00e2ne, j\u2019ai failli mourir. Sans aller jusqu\u2019\u00e0 dire que cela m\u2019a traumatis\u00e9, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 durablement marqu\u00e9.<\/em>&#8239;\u00bb Les dictatures, les soldats, les tanks, les armes, les conflits aussi absurdes et interminables que des escaliers d\u2019Escher&nbsp;: autant de motifs r\u00e9p\u00e9titifs dans la trame des dessins de Raoul Servais. \u00ab<em> Beaucoup d\u2019artistes dessinent ou peignent des sujets qu\u2019ils n\u2019aiment pourtant pas. Ils sont attir\u00e9s par l\u2019horreur&nbsp;: c\u2019est peut-\u00eatre mon cas.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Pourtant, m\u00eame quand Raoul traite la guerre et ses atrocit\u00e9s, ce n\u2019est pas sinistre. Toujours, une part de po\u00e9sie inconsciente se glisse dans son crayon. Il interrompt soudain sa r\u00e9flexion&nbsp;: \u00ab&#8239;Vous voulez voir mes dessins&#8239;?&#8239;\u00bb Une question d\u2019enfant, \u00e9mouvante dans la bouche d\u2019un cador. Naturellement, on le veut. Raoul s\u2019\u00e9loigne dans la p\u00e9nombre et revient les bras charg\u00e9s. Le papier Canson crisse sous les longs doigts et les images d\u00e9filent. Dans ses derniers carnets, en vrac, il y a du r\u00eave et du cauchemar&nbsp;: de jeunes h\u00e9ros d\u00e9ri-vant au fil de l\u2019eau dans une cath\u00e9drale souter-raine, un parapluie en guise de barque, d\u2019ab-surdes soldats dans d\u2019abracadabrantes machines martiales, des fleurs inou\u00efes, un prisonnier aux dents ac\u00e9r\u00e9es, d\u00e9vorant avidement ses cha\u00eenes, sous un cartouche clamant Bella matribus detes-tata, cette guerre que les m\u00e8res d\u00e9testent. \u00ab&#8239;Je dessine presque tous les jours. L\u2019id\u00e9e vient la nuit, dans l\u2019entre-deux du demi-sommeil, j\u2019ai des id\u00e9es qui me viennent en t\u00eate. Parfois je les oublie, alors je les note \u00e0 la h\u00e2te, pour pouvoir m\u2019en souvenir, et les coucher sur le papier.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Car oui, Raoul Servais travaille encore, et tous les jours. Est-ce qu\u2019il compte dessiner le cauchemar du coronavirus&#8239;? Pas \u00e0 ce jour. Le regard bleu se fait lointain, il scrute un instant l\u2019horizon par-del\u00e0 le jardin, au bout de la route. \u00ab&#8239;<em>Je vis aujourd\u2019hui un peu trop \u00e0 l\u2019\u00e9cart, pour avoir une opinion sur le monde ext\u00e9rieur. Chez beaucoup de personnes, la solitude est un drame, pour moi pas du tout. Je ne l\u2019ai pas recherch\u00e9e pour autant, j\u2019ai perdu mon \u00e9pouse il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 d\u2019accepter ma solitude, mais elle ne me p\u00e8se pas. Il est m\u00eame possible qu\u2019elle m\u2019aide dans mon travail.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Mais la solitude a ses limites. Pour s\u2019adapter aux technologies actuelles d\u2019animation, ses derni\u00e8res r\u00e9alisations ont vu le jour en collabo-ration avec de jeunes artistes. C\u2019est sans regret qu\u2019il a abandonn\u00e9 la Servaisgraphie, sa tech-nique d\u2019animation brevet\u00e9e qu\u2019il a pourtant mis une vie \u00e0 inventer&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Ce fut une invention aussi r\u00e9volutionnaire qu\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Je l\u2019ai utilis\u00e9e une seule fois, en 1995, pour Papillons de nuit. Et juste apr\u00e8s, le progr\u00e8s technologique et la num\u00e9risation ont franchi un cap qui ouvrait des horizons infiniment plus larges. Alors j\u2019ai laiss\u00e9 tomber. Le progr\u00e8s c\u2019est aussi une question de timing, et moi je suis arriv\u00e9 trop tard avec ma Servaisgraphie. C\u2019est comme \u00e7a, il faut avancer.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Son seul v\u00e9ritable regret, c\u2019est peut-\u00eatre <em>Taxandria<\/em>, son unique long-m\u00e9trage, aujourd\u2019hui devenu culte. Adapt\u00e9 de son bref roman L\u2019\u00e9ternel pr\u00e9sent, dystopie orwellienne d\u2019une dictature conservatrice o\u00f9 pass\u00e9 et futur ont \u00e9t\u00e9 abolis pour vivre dans l\u2019instant pr\u00e9sent, le projet du film a p\u00e2ti des multiples joint-ventures financi\u00e8res derri\u00e8re la production du film. Raoul Servais souhaitait incruster de vrais acteurs dans des d\u00e9cors dessin\u00e9s par son ami Fran\u00e7ois Schuiten, et anim\u00e9s par ses soins. Faute de moyens, il faudra r\u00e9\u00e9crire une bonne partie du film. \u00ab&#8239;<em>Ce n\u2019est pas un mauvais film&nbsp;: ce n\u2019est juste pas le film que j\u2019avais en t\u00eate. Mais \u00e7a m\u2019a servi de le\u00e7on&nbsp;: je n\u2019avais pas forc\u00e9ment besoin de passer par le long-m\u00e9trage. Gr\u00e2ce au dessin et \u00e0 l\u2019animation, on peut exprimer beaucoup plus de choses en dix minutes qu\u2019on ne pourra jamais le faire avec des prises de vue r\u00e9elles. Mais il y a toujours le doute, on n\u2019est jamais vraiment content \u00e0 100&nbsp;%. Ce n\u2019est pas grave, on essaiera de faire mieux la prochaine fois.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Seize court-m\u00e9trages d\u2019animation, un seul long&nbsp;: l\u2019\u0153uvre enti\u00e8re de Raoul Servais tient sur un double DVD et se regarde en une soir\u00e9e. Une vie de dessins, d\u2019\u00e9criture et d\u2019histoires concentr\u00e9e en une poign\u00e9e de minutes \u00e0 r\u00eaver. Pourtant, dans ce recoin \u00e9troit en \u00e9quilibre instable entre le septi\u00e8me et le neuvi\u00e8me art, l\u2019homme a marqu\u00e9 son si\u00e8cle de sa fulgurance lente, de son avant-gardisme \u00e0 contre-temps. Une aile enti\u00e8re du Mu.zee d\u2019Ostende porte son nom, et le mus\u00e9e Belvue \u00e0 Bruxelles lui consacre actuellement, et jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9but mars, une r\u00e9trospective. Entrer au mus\u00e9e de son vivant&#8239;? \u00c7a le fait rire, Raoul. \u00ab&#8239;<em>C\u2019est plaisant, oui, mais pas tr\u00e8s important. La post\u00e9rit\u00e9, tout \u00e7a, je n\u2019y songe pas. Je songe au dessin que j\u2019ai fait aujourd\u2019hui, \u00e0 celui que je vais faire demain. \u00c0 mon prochain roman par exemple, le deuxi\u00e8me. Il va s\u2019appeler Grisaille. Mais il n\u2019est pas encore termin\u00e9. Je prends mon temps.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>La conversation s\u2019effiloche, il se fait tard&nbsp;: signe que la travers\u00e9e touche \u00e0 sa fin. On salue le bel oiseau marin, on se quitte sur la promesse de se recroiser bient\u00f4t. Ce n\u2019est qu\u2019en regagnant la terre ferme, le c\u0153ur gonfl\u00e9, du vent dans les voiles, qu\u2019on r\u00e9alise avoir peut-\u00eatre touch\u00e9 du doigt le secret de l\u2019\u00e9ternel pr\u00e9sent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dessinateur, \u00e9crivain, cin\u00e9aste et capitaine au long cours de l\u2019imaginaire&nbsp;: \u00e0 93 ans, Raoul Servais est un des secrets les plus jalousement gard\u00e9s du septi\u00e8me art belge. Tandis que l\u2019artiste se voit d\u00e9cerner les honneurs d\u2019une r\u00e9trospective au mus\u00e9e Belvue \u00e0 Bruxelles, Wilfried a remont\u00e9 le courant jusqu\u2019\u00e0 Middelkerke pour aller d\u00e9busquer l\u2019homme dans sa [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":4930,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[32,11],"tags":[461,463,462,460],"auteur":[],"class_list":["post-613","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture-portrait","category-portrait","tag-dessinateur","tag-middlekerke","tag-ostende","tag-raoul-servais"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Raoul Servais, l\u2019homme aux mille desseins - Wilfried<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/raoul-servais-lhomme-aux-mille-desseins\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Raoul Servais, l\u2019homme aux mille desseins - Wilfried\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Dessinateur, \u00e9crivain, cin\u00e9aste et capitaine au long cours de l\u2019imaginaire&nbsp;: \u00e0 93 ans, Raoul Servais est un des secrets les plus jalousement gard\u00e9s du septi\u00e8me art belge. 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