{"id":6115,"date":"2024-10-03T10:02:26","date_gmt":"2024-10-03T08:02:26","guid":{"rendered":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/?p=6115"},"modified":"2024-12-06T16:40:50","modified_gmt":"2024-12-06T15:40:50","slug":"la-traversee-du-bewe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/la-traversee-du-bewe\/","title":{"rendered":"La travers\u00e9e du B\u00e9w\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Elle est, avec sa jumelle flamande, la province la plus jeune du pays. La plus petite, aussi. Et surtout la plus riche. N\u00e9e voici trente ans, elle pr\u00e9sente depuis sa cr\u00e9ation, parmi toutes les r\u00e9gions d\u2019Europe occidentale, la plus forte croissance \u00e9conomique. Un tel niveau de prosp\u00e9rit\u00e9 ne pouvait se gagner sans une brutale transformation de la morphologie du paysage. Urbanisation boulimique, gonflement dingue des prix de l\u2019immobilier, congestion des voiries, recul constant de la nature&nbsp;: malgr\u00e9 sa qualit\u00e9 de vie \u00ab&#8239;exceptionnelle&#8239;\u00bb, le Brabant wallon menace de n\u2019\u00eatre plus qu\u2019une extension g\u00e9ante de Bruxelles, une base arri\u00e8re peupl\u00e9e de nantis. \u00c0 l\u2019approche des \u00e9lections communales et provinciales, \u00ab&#8239;Wilfried&#8239;\u00bb a travers\u00e9 \u00e0 pied cette province \u00ab&#8239;de bric et de broc&#8239;\u00bb, ce \u00ab&#8239;non-pays&#8239;\u00bb sans identit\u00e9, sans homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 sinon le bleu du MR qui la peinturlure de part en part. Une randonn\u00e9e de 80&nbsp;km pour d\u00e9busquer les contrastes, rencontrer l\u2019habitant, inventorier ce qu\u2019il reste de faune et de flore, ressentir les vibrations du territoire. Dormir parmi les rats. Boire de la chicor\u00e9e avec Louis Michel. Souffrir d\u2019une chiasse foudroyante. Se faire \u00e9conduire au golf de Waterloo. Et, comme une qu\u00eate ent\u00eatante, chercher une r\u00e9ponse \u00e0 cette question bien plus vieille que le \u00ab&#8239;B\u00e9w\u00e9&#8239;\u00bb&nbsp;: quelle soci\u00e9t\u00e9 veut-on, \u00e0 la fin&#8239;?<\/p>\n<p>\u00c7a te rappellera tes <em>hike<\/em> chez les scouts, quand vous borniez comme des animaux migrateurs du lever au coucher du soleil, que vous pieutiez chez l\u2019habitant. \u00c7a te rappellera ta jeunesse, puisque c\u2019est ici que tu as grandi. Que s\u2019est construit ton rapport au monde. Tu ressentiras sans doute, comme souvent lorsque l\u2019on retourne sur les terres de son enfance, un m\u00e9lange de tendresse et de r\u00e9pulsion. Tu marcheras et tu verras, et tu comprendras des choses que tu ne pouvais pas voir, ne pas comprendre avec tes yeux de gamin.<br \/>\nTu traceras ta route. Tu r\u00e9citeras un extrait d\u2019Esp\u00e8ces d\u2019espaces de Georges Perec, ses questions ricocheront dans ta t\u00eate comme des billes de flipper&nbsp;: \u00ab<em> Que peut-on conna\u00eetre du monde&#8239;? De notre naissance \u00e0 notre mort, quelle quantit\u00e9 d\u2019espace notre regard peut-il esp\u00e9rer balayer&#8239;? Combien de centim\u00e8tres carr\u00e9s de la plan\u00e8te Terre nos semelles auront-elles touch\u00e9s&#8239;?<\/em>&#8239;\u00bb Tu suivras ton itin\u00e9raire d\u2019est en ouest, et on te demandera pourquoi tu n\u2019es pas pass\u00e9 par Nivelles, Wavre, Villers-la-Ville, Rebecq\u2026 Tu hausseras les \u00e9paules. Oh, au diable l\u2019exhaustivit\u00e9. Tu voulais simplement tirer la ligne la plus longue possible et embrasser les contrastes, de la ruralit\u00e9 \u00e0 la d\u00e9sindustrialisation, de la vie d\u2019\u00e9tu-diant \u00e0 la vie de rentier. Tu chercheras \u00e0 donner de la chair et des ar\u00eates \u00e0 cette phrase pronon-c\u00e9e par un \u00e9conomiste de la Banque nationale de Belgique, selon qui en Brabant wallon les gains de productivit\u00e9 par travailleur sont les plus impor-tants du continent. On t\u2019assommera avec d\u2019autres chiffres, on t\u2019apprendra que depuis 1996, sur les 92 r\u00e9gions d\u2019Europe occidentale, le Brabant wallon est celle qui enregistre la plus forte croissance \u00e9cono-mique&#8239;; que ses exportations repr\u00e9sentent 40&nbsp;% des exportations wallonnes&#8239;; que son taux d\u2019emploi est de 74,6&nbsp;% contre 65,5&nbsp;% en moyenne en Wallonie et son taux de ch\u00f4mage de 5,8&nbsp;% contre 8,2&nbsp;%&#8239;; et ces chiffres, tu les \u00e9prouveras en mettant un pied devant l\u2019autre pendant 80&nbsp;km, malgr\u00e9 la chiasse, malgr\u00e9 les cloches aux panards. Tu chercheras \u00e0 comprendre ce que cela apporte de bien et de mal, ce que cela am\u00e8ne de progr\u00e8s et de prosp\u00e9rit\u00e9, de dommages \u00e0 l\u2019environnement, de gens heureux et de laiss\u00e9s-pour-compte, ce que cela dit de la nature humaine, toujours plus encline \u00e0 l\u2019entre-soi et \u00e0 l\u2019app\u00e2t du gain, et pourtant capable de bravoure, d\u2019\u00e9lans de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9.<br \/>\nTu \u00e9choueras pour une bonne partie. Tu passeras un bon moment.<\/p>\n<h6>I. Far Far East<\/h6>\n<p>C&rsquo;est un dimanche soir de fin avril, mon p\u00e8re me largue sur une petite route trou\u00e9e, humide de la derni\u00e8re averse, le ciel est bleu et sans soleil. Mon p\u00e8re repart seul. Je d\u00e9pose au milieu de la voirie mon sac \u00e0 dos Lafuma, re\u00e7u \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 7 ans et pour lequel je voue un culte f\u00e9tichiste. J\u2019entends des chiens aboyer, un cheval hennir, un tracteur travailler, le pastoralisme dans son expression la plus convenue. J\u2019essaie de prendre la mesure du basculement qui s\u2019op\u00e8re, comment il suffit en un instant d\u2019\u00e9pouser la destin\u00e9e d\u2019un vagabond \u00e0 trente kilom\u00e8tres de chez soi, alors que la minute d\u2019avant j\u2019\u00e9tais dans la voiture bien chaude du daron, on \u00e9coutait Musiq3.<br \/>\nJ\u2019ai rendez-vous un peu plus loin, \u00e0 la sortie du village de Saint-Jean-Geest, chez Jean-Paul Dalcq. Enfin, je crois avoir rendez-vous&nbsp;: lorsque je l\u2019ai joint via sa ligne fixe, le vieux fermier m\u2019a dit sur un ton h\u00e9sitant que oui, si j\u2019y tenais vraiment, je pouvais venir. Qu\u2019il y aurait bien un coin de paille pour passer la nuit. Qu\u2019il aurait fort \u00e0 faire avec l\u2019ensilage de l\u2019herbe, qu\u2019il oublierait peut-\u00eatre ma venue, qu\u2019il faudrait l\u2019excuser. J\u2019approche de l\u2019exploitation. Trois voitures, un tracteur \u00e0 l\u2019arr\u00eat, une grange, un hangar pour les vaches. Un remuement motoris\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re des installations, qui m\u2019invite \u00e0 m\u2019en approcher. Je traverse le hangar tapiss\u00e9 d\u2019une \u00e9paisse boue, et l\u00e0, je me p\u00e8te la gueule. Le flanc aussit\u00f4t couvert d\u2019une chiure fermi\u00e8re. J\u2019observe Jean-Paul, 66 ans, aux commandes de sa machine, qui ne m\u2019a pas vu arriver, qui m\u2019a \u00e9videmment oubli\u00e9, qui fa\u00e7onne avec \u00e9nergie une montagne d\u2019herbe fra\u00eechement coup\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re de ses gros phares&#8239;; je ne sais plus trop quoi faire de mon corps.<\/p>\n<p>Quand il m\u2019aper\u00e7oit enfin, le fermier descend de son tracteur. Il a le front d\u00e9garni, une dentition accident\u00e9e, une expression imm\u00e9diatement sympathique, il me tend une fameuse patte qui en a connu d\u2019autres, des journ\u00e9es de labeur finies apr\u00e8s le soleil. \u00ab&#8239;Ah oui, le journaliste\u2026 \u00c7a m\u2019\u00e9tait sorti de la t\u00eate.&#8239;\u00bb<br \/>\nIl part dans un rire enfantin et tonitruant, qui r\u00e9sonnera encore souvent au cours de la soir\u00e9e.<\/p>\n<p>Jean-Paul et Ingrid Dalcq ont trois filles. L\u2019a\u00een\u00e9e vient d\u2019avoir son premier enfant. Les deux autres vivent encore \u00e0 la ferme. Anne-Catherine me tient compagnie le temps que son p\u00e8re en ait fini \u00e0 faire monter l\u2019herbe jusqu\u2019au ciel. C\u2019est la deuxi\u00e8me de la famille, elle a 31 ans, elle poss\u00e8de un doctorat en ing\u00e9nierie agrologique obtenu \u00e0 Gembloux, elle se lance en politique<sup>1<\/sup>, et \u00e0 peine rentr\u00e9e d\u2019un congr\u00e8s du MR \u00e0 Bruxelles, elle a enfil\u00e9 ses bottes, son imper et son bandana orange. \u00ab&#8239;<em>J\u2019adore ensiler&#8239;! J\u2019adore&#8239;! \u00c7a m\u2019a beaucoup manqu\u00e9 aujourd\u2019hui, c\u2019\u00e9tait un d\u00e9chirement<\/em>.&#8239;\u00bb On mange debout, dans le froid qui nous engourdit soudain, en compagnie de deux ouvriers flamands, on mange sur le seuil de la ferme une tarte aux cerises car c\u2019est la Saint-Georges, le saint-patron local. Anne-Catherine a si\u00e9g\u00e9 au CEJA (le Conseil europ\u00e9en pour les jeunes agriculteurs) apr\u00e8s avoir tenu la vice-pr\u00e9sidence de la FJA (la F\u00e9d\u00e9ration des jeunes agriculteurs), elle s\u2019est taill\u00e9e une petite r\u00e9putation dans le milieu. Elle assure qu\u2019elle se battra \u00e0 cor et \u00e0 cri pour d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats des siens, au cas o\u00f9 elle serait \u00e9lue d\u00e9put\u00e9e wallonne \u2014&nbsp;loin de se douter que le destin lui tresserait des lauriers de ministre.<\/p>\n<figure class=\"blockquote-figure\">\n<blockquote>\n<p>J\u2019aime mes vaches, je les aime vraiment tr\u00e8s fort\u2026 \u00c7a fait du bien de passer un peu de temps avec elles apr\u00e8s une journ\u00e9e \u00e0 faire de la politique. J\u2019oublie<br \/>\nles biesses commentaires sur les r\u00e9seaux sociaux. Les vaches, elles sont gentilles<\/blockquote><figcaption class=\"blockquote-footer\">Anne-Catherine Dalcq, (pas encore) ministre wallonne de l\u2019Agriculture (MR)<\/figcaption><\/figure>\n<p><span class=\"text-primary\"><span class=\"text-primary\">Jean-Paul nous rejoint. Il paie ses deux ouvriers en cash, cent cinquante euros chacun pour quatorze heures de boulot. Il les met en garde&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>L\u2019argent\u2026 Geld\u2026 Niet perdre hein&#8239;!<\/em>&#8239;\u00bb, avant d\u2019\u00e9clater de rire. Anne-Catherine me pr\u00eate de hautes bottes et un bout de tuyau, elle a besoin d\u2019aide pour isoler deux vaches dans un enclos muni d\u2019une cam\u00e9ra, les b\u00eates risquent de mettre bas au cours de la nuit. Nous voil\u00e0 au milieu du troupeau sous la vo\u00fbte \u00e9toil\u00e9e, les pieds dans la gadoue. L\u2019exploitation des Dalcq compte trois cents laiti\u00e8res. \u00ab&#8239;<em>Le plan, c\u2019\u00e9tait que je reprenne l\u2019affaire, mais j\u2019avais pr\u00e9venu&nbsp;: pas plus de cent quatre-vingts b\u00eates. Sauf que maintenant, il y a la politique\u2026<\/em>&#8239;\u00bb On localise l\u2019une des deux vaches enceintes, on l\u2019approche de l\u2019enclos avec nos bouts de tuyau. L\u2019autre est introuvable. Anne-Catherine me dit de rester \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la premi\u00e8re vache, le temps qu\u2019elle rep\u00e8re la seconde. Elle dispara\u00eet parmi le troupeau. Je me retrouve seul pendant plusieurs minutes dans la nuit noire, des paires de grosses narines visqueuses viennent de partout me renifler, je suis p\u00e9trifi\u00e9, mon bout de tuyau pendu \u00e0 la main. Si on m\u2019avait vu\u2026 \u00ab&#8239;<em>\u00c7a y est, je l\u2019ai&#8239;!<\/em>&#8239;\u00bb s\u2019\u00e9crie Anne-Catherine au loin. On finit par installer les deux bestiaux dans l\u2019enclos o\u00f9 ils donneront peut-\u00eatre la vie. \u00ab&#8239;<em>J\u2019aime mes vaches, je les aime vraiment tr\u00e8s fort\u2026 \u00c7a fait du bien de passer un peu de temps avec elles apr\u00e8s une journ\u00e9e \u00e0 faire de la politique. J\u2019oublie les biesses commentaires sur les r\u00e9seaux sociaux. Les vaches, elles sont gentilles<\/em>.&#8239;\u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p>Il est 22 heures, on rentre pour becqueter. Le rez tient en une seule et grande pi\u00e8ce, un ameublement dat\u00e9 d\u2019avant l\u2019\u00e8re Ikea, un grand t\u00e9l\u00e9viseur \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la table \u00e0 manger, le salon couvert d\u2019objets oubli\u00e9s et de fardes \u00e0 trous, le plancher du dessus \u00e0 nu au plafond. Ingrid sert les frites, la salade et les brochettes de b\u0153uf. La table grince et danse au rythme du mouvement des couverts qui d\u00e9piautent la bidoche. On boit du sirop de mandarine dilu\u00e9 dans l\u2019eau. Repu, Jean-Paul s\u2019encalmine dans l\u2019unique fauteuil de la maison. Avec Anne-Catherine, on bavarde encore un peu \u00e0 propos de la crise paysanne, des \u00e9lections qui viennent. Et alors le fermier qui n\u2019avait presque pas mouft\u00e9 du repas, dont le t\u00e9l\u00e9phone indisciplin\u00e9 crache le son de vid\u00e9os jou\u00e9es bri\u00e8vement au passage de ses doigts, qu\u2019on croyait trop fatigu\u00e9 pour encore dire quelque chose \u00e0 cause de l\u2019heure \u00e0 cause de l\u2019\u00e2ge \u00e0 cause de l\u2019ensilage, le fermier s\u2019anime tout \u00e0 coup, \u00e9ructe des v\u00e9rit\u00e9s qui lui viennent des tripes, une rage qu\u2019il tonne au milieu de la campagne, \u00e0 minuit pass\u00e9. \u00ab&#8239;<em>Tous les trois jours, on est photographi\u00e9s par satellite. C\u2019est scandaleux&#8239;! Moi, le week-end, je suis heureux, car je sais que le facteur ne viendra pas. Mais la semaine\u2026 La semaine, j\u2019ai la boule au ventre. Quand je vois une petite voiture blanche approcher, je me dis&nbsp;: \u00e7a y est, on va perdre des primes. Les \u00e9colos, faut pas qu\u2019ils viennent chez moi&#8239;! Faut pas qu\u2019ils viennent chez moi&#8239;!<\/em>&#8239;\u00bb Il a pouss\u00e9 sa col\u00e8re, et aussi vite qu\u2019elle \u00e9tait mont\u00e9e il retombe sur son \u00e9norme rire qui efface tout.<\/p>\n<p>Je cherche dans la grange, au milieu des veaux, \u00e0 la lumi\u00e8re de mon t\u00e9l\u00e9phone, un coin o\u00f9 \u00e9tendre mon couchage l\u00e9ger. Il fait six degr\u00e9s. J\u2019aper\u00e7ois des rats courir sur la paille. C\u2019est un peu trop pour ma nature, je retourne chez les Dalcq. \u00ab&#8239;<em>Ah, mais bien s\u00fbr&#8239;! s\u2019esclaffe Jean-Paul. C\u2019est toi qui tenais \u00e0 dormir sur le plancher des vaches\u2026 Viens, il y a un canap\u00e9 qui t\u2019attend dans le salon<\/em>.&#8239;\u00bb Un chien grimpe, se love pr\u00e8s de moi, il me l\u00e8che les cheveux. Je m\u2019enfouis dans mon couchage.<\/p>\n<p>Le premier matin se signale d\u2019abord par le chien qui fait grincer le parquet \u00e0 l\u2019\u00e9tage, o\u00f9 il a sans doute fini par trouver son content d\u2019affection humaine. D\u2019abord le chien qui glapit, ses griffes sur les planches, puis le radio-r\u00e9veil du couple Dalcq, Jean-Paul que l\u2019on devine s\u2019\u00e9brouer, le dernier \u00e0 \u00eatre mont\u00e9, le premier \u00e0 redescendre le petit escalier scabreux qui ram\u00e8ne au salon. Bient\u00f4t tout le monde est de retour \u00e0 la cuisine. Caf\u00e9, sirop de grenadine, corn-flakes, g\u00e2teau au chocolat, gaufres maison. \u00ab&#8239;<em>On a tellement d\u2019\u0153ufs que le fer \u00e0 galettes reste tout le temps sur la table<\/em>&#8239;\u00bb, dit Ingrid. Je ne sais pas si c\u2019est l\u2019air de la campagne, mais je me suis r\u00e9veill\u00e9 avec un ventre en lambeaux, une horrible envie de pisser par derri\u00e8re, ce que j\u2019appellerai ma \u00ab&#8239;tourista braban\u00e7onne&#8239;\u00bb. Je demande \u00e0 pouvoir visiter les toilettes, en faisant mine qu\u2019il n\u2019y a l\u00e0 rien d\u2019urgent, pour garder un semblant de prestance. Je sens que le sujet embarrasse. Anne-Catherine se montre \u00e9vasive, elle me dit qu\u2019elle doit r\u00e9gler un \u00ab&#8239;probl\u00e8me&#8239;\u00bb et que je pourrai me rendre \u00e0 l\u2019\u00e9tage quand ce sera chose faite. \u00c7a dure cinq ou sept minutes, parmi les plus longues de ma vie. Finalement, il s\u2019av\u00e8re que les toilettes sont bouch\u00e9es depuis plusieurs jours, la future ministre wallonne ne parvient pas \u00e0 venir \u00e0 bout de l\u2019avarie. \u00ab&#8239;<em>Mais vas-y, tu peux quand m\u00eame faire ta petite affaire, je nettoierai apr\u00e8s<\/em>&#8239;\u00bb, m\u2019encourage-t-elle avec un sens de l\u2019hospitalit\u00e9 qui d\u00e9passe de loin les standards humains. \u00ab&#8239;<em>C\u2019est gentil, mais \u00e7a peut encore attendre<\/em>&#8239;\u00bb, mens-je.\u00a0En quittant les Dalcq, en les remerciant de tout c\u0153ur pour le couvert et la nuit, je leur annonce que j\u2019ai rendez-vous \u00e0 9\u00a0heures chez Louis Michel, \u00e0 vingt minutes \u00e0 pied.<br \/>\n\u00ab&#8239;<em>Oh, para\u00eet qu\u2019il d\u00e9teste quand les gens ne sont pas ponctuels&#8239;! s\u2019amuse Jean-Paul. M\u00eame \u00e0 son \u00e2ge\u2026<\/em>&#8239;\u00bb Ni une ni deux, je commets une d\u00e9jection pirate dans un talus \u00e0 la sortie de la ferme et je prends la direction de Jodoigne, qu\u2019on surnomme dans le coin \u00ab&#8239;Michelville&#8239;\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-6116 size-full\" src=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/louis-michel.jpg\" alt=\"\" width=\"2079\" height=\"1386\" srcset=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/louis-michel.jpg 2079w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/louis-michel-300x200.jpg 300w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/louis-michel-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/louis-michel-768x512.jpg 768w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/louis-michel-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/louis-michel-2048x1365.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 2079px) 100vw, 2079px\" \/><\/p>\n<p><span class=\"text-primary\">C\u2019est une quatre-fa\u00e7ades anodine en bord de chauss\u00e9e. Je me pr\u00e9sente devant la porte avec mes baskets et le flanc de mon jean macul\u00e9s d\u2019une cro\u00fbte de ferme, la d\u00e9gaine du type pas lav\u00e9, les plis du canap\u00e9 peut-\u00eatre encore imprim\u00e9s sur la face. \u00ab&#8239;<em>Vous n\u2019avez pas l\u2019air d\u2019un journaliste\u2026<\/em>&#8239;\u00bb rel\u00e8ve la femme de Louis Michel quand elle m\u2019ouvre. L\u2019ancien Vice-premier ministre, ancien commissaire europ\u00e9en, ancien bourgmestre de Jodoigne de 1983 \u00e0 2004, 77\u00a0ans, ne tarde pas \u00e0 m\u2019accueillir \u00e0 son tour, flanqu\u00e9 de deux fillettes. \u00ab&#8239;<em>Ce sont les enfants de Charles<\/em>&#8239;\u00bb, m\u2019indique-t-il. \u00ab&#8239;<em>Mon fils<\/em> (alors encore pr\u00e9sident du Conseil europ\u00e9en) <em>a fort \u00e0 faire en ce moment\u2026<\/em>&#8239;\u00bb On s\u2019installe \u00e0 son bureau. Sa femme nous apporte deux brioches napp\u00e9es d\u2019une couche de chocolat. Il boit de la chicor\u00e9e. \u00ab&#8239;<em>Pure, pr\u00e9cise-t-il. Ni th\u00e9ine, ni caf\u00e9ine. J\u2019ai arr\u00eat\u00e9 le caf\u00e9 il y a un mois, apr\u00e8s une vie \u00e0 en boire plusieurs litres par jour. \u00c7a me rappelle mon enfance\u2026 Chez mes grands-parents, on mettait une cuill\u00e8re de chicor\u00e9e Pacha dans un ramponneau, de gros granules bien huileux, et on buvait \u00e7a comme de l\u2019eau<\/em>.&#8239;\u00bb<\/span><\/p>\n<p>\u00c0 Jodoigne, il suffit de lancer un drone dans le ciel pour prendre la mesure du mal qui ronge la localit\u00e9 et, je l\u2019apprendrai rapidement, l\u2019ensemble de la province&nbsp;: l\u2019engorgement automobile. On se croirait aux heures de pointe comme \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019une m\u00e9gapole, tant \u00e7a cahote parechoc contre parechoc. En attendant l\u2019am\u00e9nagement d\u2019un contournement, qui ne vient pas. \u00ab&#8239;<em>Nous autres, nous avons une commune tr\u00e8s \u00e9tal\u00e9e, qui comprend dix villages, situe l\u2019ancien ma\u00efeur. Quand j\u2019\u00e9tais bourgmestre, on a voulu d\u00e9velopper des circuits de petits bus \u00e9lectriques affr\u00e9t\u00e9s par la commune pour rallier la gare ferroviaire de Tirlemont. Mais les Flamands n\u2019en ont pas voulu. Ils ont dit que \u00e7a ferait concurrence \u00e0 De Lijn. C\u2019est dommage\u2026 Moi, j\u2019aime le train. \u00c7a me d\u00e9tend. Au lieu de quoi, tout le monde se fourre dans sa voiture<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><span class=\"text-primary\">Il reste un mois avant les \u00e9lections r\u00e9gionales et f\u00e9d\u00e9rales, et le p\u00e8re Michel voit les choses venir. Il pressent la fin du r\u00e8gne des socialistes en Wallonie. \u00ab&#8239;<em>Les socialistes, mais aussi les \u00e9cologistes, ils ont apport\u00e9 une culture de la permissivit\u00e9, du laxisme\u2026 Attention, je ne suis pas un d\u00e9fenseur du grand capital. Je vomis le financiarisme, qui est le contraire du lib\u00e9ralisme. On ne met pas les choses en concurrence, on cherche seulement \u00e0 exploiter. Moi, lib\u00e9ral, j\u2019ai par exemple un tr\u00e8s gros probl\u00e8me avec les banques. Quand vous voyez combien il est difficile aujourd\u2019hui d\u2019acc\u00e9der aux cr\u00e9dits pour faire construire\u2026 Honn\u00eatement, m\u00eame pour un couple qui travaille, si vous n\u2019avez pas l\u2019aide de vos parents, c\u2019est impossible.<\/em>&#8239;\u00bb<\/span><\/p>\n<p>Dans le Brabant wallon, le prix m\u00e9dian d\u2019une maison s\u2019\u00e9levait en 2023 \u00e0 375.000 euros, le montant le plus \u00e9lev\u00e9 de Wallonie (la moyenne r\u00e9gionale \u00e9tant \u00e0 210.000 euros). Plus cher donc que dans les provinces limitrophes, vers lesquelles un nombre croissant de jeunes m\u00e9nages reportent leurs r\u00eaves de nidification. Mais toujours moins cher que dans la couronne sud de Bruxelles, ce qui entra\u00eene un exode de la capitale vers le Brabant wallon. Aujourd\u2019hui, la population braban\u00e7onne d\u00e9passe les 400.000 habitants, soit un taux de croissance de 22,1&nbsp;% depuis 1992 (contre 11,2&nbsp;% dans le reste de la Wallonie). \u00ab&#8239;<em>Cet exode de la capitale vers notre province, les d\u00e9cideurs politiques l\u2019ont-ils int\u00e9gr\u00e9 dans leurs raisonnements&#8239;?<\/em> s\u2019interroge Louis Michel. <em>Quand je vois comme on pousse au stop b\u00e9ton, \u00e0 l\u2019interdiction de nouvelles quatre-fa\u00e7ades, quelque part, \u00e7a m\u2019\u00e9nerve. C\u2019est une atteinte \u00e0 ma libert\u00e9. D\u2019autant que dans le Brabant wallon, on dispose d\u2019un r\u00e9servoir de terrains qui n\u2019est pas mince<\/em>.&#8239;\u00bb Le vieil homme aujourd\u2019hui retir\u00e9 de la vie politique, que l\u2019on aurait bien imagin\u00e9 demeurer fid\u00e8le jusqu\u2019au bout \u00e0 la maison qu\u2019il a b\u00e2tie de ses mains, envisage pourtant avec sa femme une \u00e9tonnante reconversion immobili\u00e8re&nbsp;: la tiny house. \u00ab&#8239;<em>Je suis un fanatique de \u00e7a. On \u00e9tudie avec Mathieu<\/em> (son deuxi\u00e8me fils, secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat \u00e0 la Digitalisation, aussi surnomm\u00e9 \u00ab&#8239;Double M&#8239;\u00bb) <em>l\u2019id\u00e9e d\u2019installer une tiny house dans le fond de son jardin, pour nous, plus tard, au cas o\u00f9 nous ne pourrions plus rester ici. Il habite un terrain de septante ares en pleine campagne, sur le domaine d\u2019une ancienne ferme, dans un petit hameau pr\u00e8s d\u2019ici, au bout d\u2019un chemin de terre. Ce serait un baraquement de soixante m\u00e8tres carr\u00e9s, petit living, salle d\u2019eau, une seule chambre. Quand nous ne serons plus l\u00e0 et que Mathieu aura vieilli, il pourra l\u2019utiliser \u00e0 son tour. L\u2019avantage c\u2019est que vous n\u2019\u00eates pas dans les pieds des enfants, mais vous n\u2019\u00eates jamais loin d\u2019eux. J\u2019y crois beaucoup. \u00c7a \u00e9viterait la prolif\u00e9ration de constructions sauvages. Et puis, comme on dit maintenant, \u00e7a cr\u00e9e du lien humain. \u00c7a rassure, \u00e7a enl\u00e8ve aux gens de l\u2019angoisse. Parce que la soci\u00e9t\u00e9 est devenue anxiog\u00e8ne \u00e0 crever. Les vieux ont peur de tout<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Louis Michel se l\u00e8ve, quitte son bureau d\u2019un pas ralenti. \u00ab<em> Je vais vous ramener quelque chose\u2026<\/em>&#8239;\u00bb Il revient de la cuisine avec un emballage sous cellophane. \u00ab<em> Regardez. Je n\u2019ai encore jamais go\u00fbt\u00e9 \u00e7a. Ce sont des saucisses v\u00e9g\u00e9tariennes.<\/em><br \/>\n<em>\u2014&nbsp;Et qu\u2019est-ce qu\u2019il y a dedans&#8239;?<\/em><br \/>\n<em>\u2014&nbsp;Je ne sais pas.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nOn examine la notice&nbsp;: pleurotes, poivrons, \u00e9chalotes. \u00ab&#8239;<em>Vous voyez, je m\u2019y mets. J\u2019essaie de contribuer comme je peux. J\u2019ai aussi achet\u00e9 une voiture hybride, quarante-neuf mille euros. Je ne suis pas convaincu\u2026 Charles, lui, il a jet\u00e9 son d\u00e9volu sur une Tesla. Cinquante-deux mille euros.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>On ne saura pas en quoi roule l\u2019autre fils Michel. Mais \u00ab&#8239;Double M&#8239;\u00bb, qui fut pr\u00e9sident du coll\u00e8ge provincial du Brabant wallon durant sept ans, a renforc\u00e9 la conviction, chez le p\u00e8re, que cet \u00e9chelon de pouvoir que l\u2019on moque volontiers pour son inutilit\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9e, demeure indispensable. \u00ab&#8239;<em>Si les provinces n\u2019existaient plus, l\u2019immense valeur ajout\u00e9e financi\u00e8re et fiscale du Brabant wallon serait essentiellement redistribu\u00e9e aux autres. On jouit ici d\u2019un niveau de revenus qui est tel\u2026<\/em> (le salaire m\u00e9dian, en 2024, y est de 3.620 euros bruts par mois d\u2019apr\u00e8s des chiffres de SD Worx, le plus \u00e9lev\u00e9 du pays \u00e0 l\u2019exception de Bruxelles). <em>On est une vache \u00e0 lait pour la Wallonie. Moi, je suis pour la solidarit\u00e9. Mais imaginons que le Brabant wallon soit dissous en tant qu\u2019entit\u00e9 politique. Eh bien, je peux vous garantir que ce serait un manque pour les infrastructures, les services, les \u00e9coles\u2026 Si une province en Wallonie a bien du sens, c\u2019est la n\u00f4tre.&#8239;\u00bb<\/em><br \/>\n<em>Louis Michel me raccompagne sur le perron. Au moment des salutations, il me lance, comme il m\u2019aurait souhait\u00e9 bonne route&nbsp;: \u00ab&#8239;Ah, une autre chose dont il faudrait parler, c\u2019est la fusion des communes\u2026 Jodoigne ne devrait-elle pas absorber ses voisins&#8239;?<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas la journ\u00e9e de marche que j\u2019avais imagin\u00e9e. Je tra\u00eene ma carcasse affaiblie par la tourista braban\u00e7onne sur des chemins p\u00e9destres, des sentiers agricoles, des petites routes de village, des Ravel, \u00e0 travers les champs de betteraves et de c\u00e9r\u00e9ales en voie de germination. J\u2019aimerais \u00eatre dans un lit, avec une pharmacie \u00e0 port\u00e9e de main, et des toilettes pour leur confier mes projections intempestives, et ma m\u00e8re pour me dorloter. J\u2019atteins p\u00e9niblement Incourt, \u00e0 mi-chemin entre Jodoigne et Chaumont-Gistoux. Petite place pittoresque avec de la vieille brique, un jardin public o\u00f9 je m\u2019\u00e9tale un instant dans l\u2019espoir de reprendre du poil de la b\u00eate. L\u00e0 se trouve la maison communale, et l\u00e0 travaille L\u00e9on Walry, bourgmestre de l\u2019entit\u00e9 depuis 1976.<br \/>\nIl m\u2019offre un sandwich au thon, que j\u2019entame avec la plus grande pr\u00e9caution. Chemise \u00e0 carreaux, fine monture sur le nez, un \u0153il un peu ralenti, et une grosse montre. Certains disent de L\u00e9on Walry qu\u2019il aurait m\u00e9rit\u00e9, pour son intelligence et sa loyaut\u00e9, d\u2019\u00eatre ministre wallon, mais que le PS l\u2019a cruellement maintenu \u00e0 distance, l\u2019a laiss\u00e9 s\u2019encro\u00fbter dans son patelin. \u00c7a fait donc un demi-si\u00e8cle que l\u2019homme \u00e0 la couronne de cheveux blancs administre Incourt, la vingt-sixi\u00e8me plus petite commune sur les vingt-sept de la province, 5.500 habitants. \u00ab&#8239;<em>Mais on conna\u00eet ici une forte croissance d\u00e9mographique, comme partout en Brabant wallon<\/em>&#8239;\u00bb, pose L\u00e9on Walry en trempant son sandwich au crabe dans une grande tasse de caf\u00e9. \u00ab<em> Le prix des terrains et des maisons explose. Les jeunes ne sont plus en capacit\u00e9 d\u2019acheter ici, ils se rabattent sur Namur ou \u00c9ghez\u00e9e. J\u2019ai lanc\u00e9 un m\u00e9canisme qui marche bien&nbsp;: je leur permets de louer \u00e0 bas prix, ensuite s\u2019ils acqui\u00e8rent le bien occup\u00e9, ils r\u00e9cup\u00e8rent un quart de ce qu\u2019ils ont d\u00e9pens\u00e9 en loyer.<\/em>&#8239;\u00bb Incourt n\u2019\u00e9chappe pas non plus \u00e0 la pression automobile, m\u00eame dans une localit\u00e9 de taille aussi modeste. \u00ab&#8239;La plupart des gens sont li\u00e9s \u00e0 un v\u00e9hicule. La v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est \u00e7a, qu\u2019on le veuille ou non. J\u2019ai tent\u00e9 de cr\u00e9er une liaison de bus entre Incourt et Louvain, mais \u00e7a n\u2019a pas march\u00e9. Les bus \u00e9taient vides. La ligne n\u2019existe plus.&#8239;\u00bb<br \/>\nLe bourgmestre socialiste est candidat \u00e0 sa propre succession aux \u00e9lections d\u2019octobre. Il boit une gorg\u00e9e de son caf\u00e9 maintenant parfum\u00e9 \u00e0 la chair de crabe. \u00ab&#8239;<em>Notre programme \u00e9lectoral, si je puis dire, c\u2019est de pr\u00e9server le tr\u00e9sor qu\u2019est la ruralit\u00e9<\/em>.&#8239;\u00bb Une \u00e9quation presque insoluble traverse toute la province&nbsp;: comment \u00e9viter que le \u00ab&#8239;B\u00e9w\u00e9&#8239;\u00bb ne devienne une ville de 110 kilom\u00e8tres de long et 22 kilom\u00e8tres de large, sans pour autant en faire une forteresse inaccessible aux nouveaux candidats, a fortiori les moins nantis&#8239;?<\/p>\n<p>\u00c0 ma propre surprise, je viens \u00e0 bout de mon sandwich au thon, et je me sens apte \u00e0 reprendre la route. Un autre territoire s\u2019ouvre devant moi, presque un autre pays.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle est, avec sa jumelle flamande, la province la plus jeune du pays. La plus petite, aussi. Et surtout la plus riche. 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