{"id":5876,"date":"2024-04-18T09:25:37","date_gmt":"2024-04-18T07:25:37","guid":{"rendered":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/?p=5876"},"modified":"2025-01-20T19:57:36","modified_gmt":"2025-01-20T18:57:36","slug":"les-editions-de-lavenir-sous-nethys","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/les-editions-de-lavenir-sous-nethys\/","title":{"rendered":"Les \u00e9ditions de l&rsquo;avenir sous Nethys (\u00e9pisode I)"},"content":{"rendered":"<p>Le 23 octobre 2018, l\u2019actionnaire Nethys annonce un copieux d\u00e9graissage dans les effectifs des \u00c9ditions de l&rsquo;Avenir. La d\u00e9flagration prend peu \u00e0 peu la forme d\u2019un combat sans merci qui mouillera la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 tous les \u00e9tages, des patrons aux employ\u00e9s, des lecteurs aux ministres r\u00e9gionaux. Beaucoup sont sortis en lambeaux de ce conflit hors norme. Plus de cinq ans apr\u00e8s, et avant que l\u2019oubli n\u2019efface tout, ils racontent pour \u00ab&#8239;Wilfried&#8239;\u00bb les dessous d\u2019une saga politico-m\u00e9diatique d\u2019une \u00e9norme complexit\u00e9.<\/p>\n<p>Ce r\u00e9cit est n\u00e9 par hasard dans une brasserie namuroise. Une journaliste de <em>Wilfried<\/em> vide une bi\u00e8re et, r\u00e9flexe, laisse tra\u00eener l\u2019oreille dans une conversation voisine. \u00c0 la premi\u00e8re \u00e9coute, ce sont des potes qui s\u2019\u00e9changent des potins. \u00c0 la seconde, il est \u00e9vident qu\u2019ils sont li\u00e9s de pr\u00e8s ou de loin aux \u00c9ditions de l\u2019Avenir (EdA). Tels d\u2019anciens combattants, ils rembobinent le fil de la r\u00e9sistance men\u00e9e par les travailleurs de l\u2019entreprise contre l\u2019ancien actionnaire, Nethys. D\u2019une pirouette habile, Wilfried s\u2019invite dans la conversation. Libert\u00e9 de ton, libert\u00e9 de boire, les confr\u00e8res livrent d\u2019une mani\u00e8re in\u00e9dite les coulisses du conflit social qui a secou\u00e9 le journal au tournant de l\u2019ann\u00e9e\u00a02019.<br \/>\nQuand <em>Wilfried<\/em> s\u2019\u00e9clipse, \u00e7a tambourine. Cinq ann\u00e9es se sont \u00e9coul\u00e9es depuis ce plan de restructuration ultram\u00e9diatis\u00e9. Mais qui conna\u00eet les histoires entendues ce soir-l\u00e0&#8239;? Qui sait \u00e0 quel point la m\u00e9fiance envers l\u2019actionnaire a torpill\u00e9 la vie interne de l\u2019entreprise&#8239;? Qui sait ce que sont devenus les diff\u00e9rents protagonistes, les recal\u00e9s et les recas\u00e9s&#8239;? Gr\u00e2ce aux t\u00e9moignages d\u2019une trentaine de travailleurs, repr\u00e9sentants syndicaux, patrons et mandataires politiques, <em>Wilfried<\/em> a tent\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 ces questions dans un r\u00e9cit en deux volets. Mis bout \u00e0 bout, les souvenirs mettent en \u00e9vidence les enjeux \u00e9conomiques, d\u00e9mocratiques, sociaux et humains que recouvre la saga. \u00ab&#8239;<em>Quand un conflit social se d\u00e9roule dans une entreprise de presse, une prudence suppl\u00e9mentaire est de mise, anticipe le d\u00e9put\u00e9 wallon \u00e9cologiste St\u00e9phane Haz\u00e9e, qui a suivi de pr\u00e8s le dossier. La d\u00e9mocratie a besoin que les journalistes fassent leur m\u00e9tier sans que la censure ou l\u2019autocensure s\u2019installe. \u00c0 aucun moment.<\/em>&#8239;\u00bb Un autre d\u00e9put\u00e9, le lib\u00e9ral Olivier Maroy, ancien journaliste \u00e0 la RTBF, se souvient&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>La libert\u00e9 de la presse a \u00e9t\u00e9 foutrement pi\u00e9tin\u00e9e dans cette affaire. Risquer de perdre son emploi, c\u2019est \u00e0 chaque fois violent. Mais aux \u00c9ditions de l\u2019Avenir, les m\u00e9thodes utilis\u00e9es par les dirigeants ont \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement dures.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nParfois, le temps a embrum\u00e9 les m\u00e9moires. Parfois, il a permis de tourner la page. Certains ont donc poliment d\u00e9clin\u00e9 la sollicitation de <em>Wilfried<\/em>. Avant de raccrocher, un membre de la direction des \u00c9ditions de l\u2019Avenir d\u00e9cide tout de m\u00eame de glisser&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>C\u2019est bien plus qu\u2019un conflit social qui s\u2019est jou\u00e9 dans cette entreprise, c\u2019est un combat de valeurs.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<h6>I. Aux abonn\u00e9s absents<\/h6>\n<p>Le mercredi 9 ao\u00fbt 2017, Thierry Dupi\u00e8reux s\u2019extirpe discr\u00e8tement de l\u2019\u00e9glise Saint-Symphorien de Jambes, sans avoir eu le temps d\u2019adresser un dernier au revoir \u00e0 son coll\u00e8gue C\u00e9dric Flament, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 45 ans. Le r\u00e9dacteur en chef des \u00c9ditions de l\u2019Avenir est convoqu\u00e9 rue Louvrex, \u00e0 Li\u00e8ge. \u00ab&#8239;Louvrex&#8239;\u00bb, c\u2019est le si\u00e8ge central de Nethys, l\u2019actionnaire du journal. Dix \u00e9tages de vitres et de b\u00e9ton qui tombent en ruine, pile en face du Jardin botanique. Quand il traverse le parking, il a d\u00e9j\u00e0 gob\u00e9 une dose pr\u00e9ventive de Gaviscon. Comme toujours \u00e0 Louvrex, il sait qu\u2019il va poireau-ter plusieurs heures, mais il ne se sait pas qui sera de la f\u00eate.<br \/>\nThierry Dupi\u00e8reux est \u00e0 ce poste depuis 2009. C\u2019est un homme discret et accessible. Il est d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 ses missions et \u00e0 son \u00e9quipe. Un gars pas tr\u00e8s grand mais solide. Jeans, pull, \u00e9charpe et godasses en cuir brun&nbsp;: pratique et sans chichi. Musicien \u00e0 ses heures.<br \/>\nEn attendant, \u00e0 Louvrex, il remonte le courant. Le navire a commenc\u00e9 \u00e0 chavirer en 2013, lorsque l\u2019intercommunale Tecteo rach\u00e8te EdA pour pr\u00e8s de 26 millions d\u2019euros. \u00ab&#8239;Les \u00c9ditions de l\u2019Avenir sont une soci\u00e9t\u00e9 saine et rentable. Nous sommes convaincus que leur capital multim\u00e9dia d\u2019information de grande proximit\u00e9 \u2014&nbsp;mis en \u0153uvre par une \u00e9quipe qui a prouv\u00e9 toute sa comp\u00e9tence \u2014&nbsp;sera un beau compl\u00e9ment \u00e0 notre portefeuille de services&#8239;\u00bb, d\u00e9clarait alors St\u00e9phane Moreau, patron de Tecteo, bourgmestre d\u2019Ans et businessman ambitieux. Voil\u00e0 donc l\u2019id\u00e9e&nbsp;: offrir du contenu local aux abonn\u00e9s de Voo, l\u2019op\u00e9rateur t\u00e9l\u00e9com du groupe. Est-ce bien le r\u00f4le d\u2019une intercommunale de racheter un journal&#8239;? Le prix aussi \u00e9tonne, mais la soudainet\u00e9 de la nouvelle laisse peu de place aux atermoiements. Et en fin de compte, pourquoi pas&#8239;? L\u2019actionnaire est wallon, il a des moyens financiers et Voo pourrait aider \u00e0 la diffusion num\u00e9rique. Voyons voir.<br \/>\nEn juin 2014, Tecteo devient Publifin, d\u00e9clin\u00e9e en Finanpart (direction financi\u00e8re) et Nethys (direction op\u00e9rationnelle). Le big boss reste St\u00e9phane Moreau. Son bras droit, Pol Heyse, membre du comit\u00e9 de direction de Nethys, devient le nouveau pr\u00e9sident du conseil d\u2019administration des \u00c9ditions de l\u2019Avenir. Quentin Gemoets assure l\u2019interface entre les travailleurs et l\u2019actionnaire. Administrateur d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 depuis 2009, il incarne la stabilit\u00e9 et le cap aux yeux du personnel.<br \/>\nDurant les premi\u00e8res ann\u00e9es qui suivent la noce, certains parlent de paix royale, d\u2019autres d\u2019inertie fatale. Il y a bien quelques projets imagin\u00e9s par les nouveaux actionnaires et leurs consultants mais \u00ab&#8239;<em>totalement d\u00e9connect\u00e9s<\/em>&#8239;\u00bb, selon Thierry Dupi\u00e8reux. \u00ab&#8239;<em>Ils nous prennent pour des imb\u00e9ciles et se comportent en seuls d\u00e9tenteurs de la connaissance.<\/em>&#8239;\u00bb Avec Quentin Gemoets, ils courent apr\u00e8s les administrateurs des \u00c9ditions de l\u2019Avenir qui doivent se positionner sur des questions cruciales&nbsp;: renouvellement du contrat d\u2019imprimerie, \u00e9miette-ment des abonnements, vieillissement du lectorat, \u00e9rosion des recettes publicitaires et possibles synergies avec Voo pour d\u00e9velopper le num\u00e9rique. Interrog\u00e9 par <em>Wilfried<\/em>, Pol Heyse r\u00e9agit vigoureusement&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Certains dans la r\u00e9daction ont prot\u00e9g\u00e9 leur petit business. C\u2019\u00e9tait impossible d\u2019avoir une r\u00e9flexion de groupe.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nAux d\u00e9saccords de fond, s\u2019ajoute un choc des cultures entre les travailleurs de la firme namuroise et St\u00e9phane Moreau, qui a grandi dans une cit\u00e9 ouvri\u00e8re avant de s\u2019imposer comme le Mazarin du PS li\u00e9geois, mi-politique, mi-businessman. Le malentendu enfle d\u2019autant plus que Moreau reste insaisissable. \u00ab&#8239;<em>La seule fois o\u00f9 on l\u2019a vu, c\u2019\u00e9tait \u00e0 une f\u00eate du personnel. Il a d\u00e9barqu\u00e9 devant le casino de Dinant tel un prince, dans une Mercedes classe S blanche. Il y avait m\u00eame de petites lumi\u00e8res mauves \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur<\/em>&#8239;\u00bb, d\u00e9crit le journaliste Fran\u00e7ois-Xavier Giot. Son confr\u00e8re Dominique Vellande se souvient de l\u2019avoir accost\u00e9. \u00ab&#8239;<em>Il regardait tout le monde d\u2019un air goguenard mais j\u2019ai \u00e9t\u00e9 au contact parce que \u00e7a faisait des mois que j\u2019essayais de le voir. Il m\u2019a r\u00e9pondu, avec son accent li\u00e9geois, qu\u2019il n\u2019avait pas l\u2019habitude de commenter des d\u00e9cisions qu\u2019il n\u2019avait pas encore prises. C\u2019est tout.<\/em>&#8239;\u00bb Le r\u00e9dacteur en chef des \u00c9ditions de l\u2019Avenir, Thierry Dupi\u00e8reux, tient \u00e0 pr\u00e9ciser&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Je n\u2019ai jamais eu de pression directe de la part de Moreau. Ce n\u2019est pas lui qui m\u2019interpelle vigoureusement quand on relaie l\u2019affaire Ethias<sup>1<\/sup> dans le journal. Tu ne sais jamais si les messages viennent vraiment de lui, ou si c\u2019est une d\u00e9formation de ses propos, ou si c\u2019est la personne face \u00e0 toi qui parle \u00e0 sa place.<\/em>&#8239;\u00bb Des blocages apparaissent \u00e9galement dans les synergies avec Voo. Les ambitions sont en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 sens unique&nbsp;: il faut mettre en avant les services de l\u2019op\u00e9rateur et annoncer les nouveaut\u00e9s. Mais \u00ab&#8239;<em>Nethys s\u2019aper\u00e7oit vite que la r\u00e9daction est ind\u00e9pendante et que L\u2019Avenir ne sera pas un toutes-bo\u00eetes pour Voo<\/em>&#8239;\u00bb, commente Dupi\u00e8reux.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5877\" aria-describedby=\"caption-attachment-5877\" style=\"width: 800px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5877 size-full\" src=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/avenir4.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"555\" srcset=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/avenir4.jpg 800w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/avenir4-300x208.jpg 300w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/avenir4-768x533.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5877\" class=\"wp-caption-text\">Droits r\u00e9serv\u00e9s \/ EdA<\/figcaption><\/figure>\n<p>En mai 2016, Nethys exfiltre Quentin Gemoets chez Resa, principal gestionnaire du r\u00e9seau d\u2019\u00e9nergie li\u00e9geois. Reconnaissance \u00e9ternelle pour les sept derniers bilans positifs. \u00c9ric Schonbrodt, recrut\u00e9 chez le concurrent Rossel, prend sa place comme administrateur d\u00e9l\u00e9gu\u00e9. Sans Quentin Gemoets, le personnel est dans le brouillard, il a l\u2019impression de perdre le cap. \u00c0 la fin de l\u2019ann\u00e9e, les finances passent au rouge, comme on s\u2019y attendait&#8239;; le scandale Publifin \u00e9clate, on s\u2019y attendait moins. Dans un climat de m\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019actionnaire, la r\u00e9daction s\u2019empare de l\u2019affaire comme n\u2019importe quel m\u00e9dia. Tant pis si elle manque parfois de recul, il faut montrer aux abonn\u00e9s et aux autres m\u00e9dias qu\u2019elle n\u2019est pas \u00e0 la botte des \u00ab&#8239;bandits&#8239;\u00bb de Nethys, une expression qui revient en boucle chez les t\u00e9moins.<br \/>\nLe scandale enf le, au point de devenir ces semaines-l\u00e0 le principal sujet qui rythme le d\u00e9bat politique. Le parlement wallon n\u2019a d\u2019autre choix, en f\u00e9vrier 2017, que d\u2019instaurer une commission d\u2019enqu\u00eate parlementaire sur l\u2019affaire Publifin. Ce qui accro\u00eet encore la pression sur St\u00e9phane Moreau et son entourage. Parall\u00e8lement, \u00c9ric Schonbrodt tambourine en vain \u00e0 la porte du conseil d\u2019administration. Pol Heyse restitue le contexte d\u2019alors&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Les administrateurs de Publifin sont terrifi\u00e9s par la commission d\u2019enqu\u00eate qui questionne la gouvernance de l\u2019intercommunale. On a pour instruction de ne plus toucher \u00e0 rien \u00e0 EdA.<\/em>&#8239;\u00bb Dans l\u2019impasse, Schonbrodt pr\u00e9pare un plan de restructuration. Un plan qui sera jug\u00e9 \u00ab&#8239;<em>peu p\u00e9renne et socialement inacceptable<\/em>&#8239;\u00bb par Nethys. \u00ab<em> Au niveau des chiffres, \u00e7a ne tenait pas la route, explique Pol Heyse. Le plan a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9 en bloc par les administrateurs. Il fallait r\u00e9orienter du personnel vers le digital et d\u00e9forcer le papier, mais ce message ne passait pas.<\/em>&#8239;\u00bb Tout le monde s\u2019accorde sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un changement radical, mais rien ne vient. \u00ab&#8239;<em>Alors \u00e7a stagne, \u00e7a pourrit. Et toi, de l\u2019int\u00e9rieur, tu pourris aussi. Tout \u00e7a en secret parce que tu ne peux pas en parler<\/em>&#8239;\u00bb, soupire Thierry Dupi\u00e8reux.<br \/>\nPeu convaincu par les expertises internes, Pol Heyse sort de son attach\u00e9-case un \u00ab&#8239;appel externe \u00e0 projet \u00e9ditorial&#8239;\u00bb. Une d\u00e9marche per\u00e7ue en interne comme une motion de m\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard du r\u00e9dacteur en chef. En <em>off<\/em>, un ancien patron confirme \u00e0 <em>Wilfried<\/em> que l\u2019objectif \u00e9tait de \u00ab&#8239;<em>se d\u00e9barrasser de Dupi\u00e8reux parce qu\u2019il ne tenait pas sa r\u00e9daction<\/em>&#8239;\u00bb. Un successeur potentiel a d\u2019ailleurs d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 approch\u00e9.<br \/>\nEn dernier recours, \u00c9ric Schonbrodt adresse une lettre ouverte aux administrateurs de Nethys et des \u00c9ditions de l\u2019Avenir. Comme une bouteille \u00e0 la mer. \u00ab&#8239;Les possibilit\u00e9s de synergies naturelles entre diff\u00e9rentes entit\u00e9s du groupe se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es pauvres [\u2026] Nous attendons depuis l\u2019\u00e9t\u00e9 un feu vert concernant un plan social devenu malheureusement in\u00e9vitable&#8239;\u00bb, \u00e9crit-il sur un ton clinique. Dans le m\u00eame courrier, il d\u00e9nonce \u00ab&#8239;un manque de connaissance du monde des m\u00e9dias&#8239;\u00bb chez les dirigeants li\u00e9geois de Nethys. Il observe aussi que le personnel a le sentiment d\u2019un \u00ab&#8239;manque de respect de l\u2019actionnaire par rapport aux \u00e9quipes&#8239;\u00bb. Schonbrodt conclut&nbsp;: \u00ab&#8239;Les quatre ann\u00e9es de vie commune avec Nethys ressemblent, \u00e0 plusieurs \u00e9gards, \u00e0 celles qui, g\u00e9n\u00e9ralement, pr\u00e9c\u00e8dent un divorce.&#8239;\u00bb<br \/>\nCet ultime appel reste lettre morte. Jusqu\u2019\u00e0 une r\u00e9union au sommet organis\u00e9e \u00e0 Louvrex en janvier 2018. Laquelle ne se passe pas bien du tout. Le 26\u00a0f\u00e9vrier, avec un certain soulagement, \u00c9ric Schonbrodt fait ses cartons.<br \/>\nQuant au r\u00e9dac-chef Thierry Dupi\u00e8reux, apr\u00e8s quatre ann\u00e9es d\u2019extr\u00eame tension sous l\u2019\u00e8re Nethys, il se crashe. \u00ab&#8239;<em>Un soir, je me retrouve en train de pleurer devant la porte de mon bureau. L\u00e0, je me dis, c\u2019est plus possible. J\u2019allais chez ma kin\u00e9 un peu plus tard et elle constate que mon corps ne r\u00e9pond quasi plus. Elle me convainc d\u2019arr\u00eater. En juin, je prends conscience que je n\u2019aurai jamais la force de revenir.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h6>II. Les grands rem\u00e8des<\/h6>\n<p>Jos Donvil, administrateur d\u00e9l\u00e9gu\u00e9, et Yves Berlize, directeur g\u00e9n\u00e9ral, sont les nouveaux patrons des \u00c9ditions de l\u2019Avenir. Deux \u00e9paisses cartes de visite. Donvil est un ancien dirigeant de l\u2019op\u00e9rateur mobile Base, patron de Voo et responsable du p\u00f4le t\u00e9l\u00e9com de Nethys. Il lui est demand\u00e9 de concr\u00e9ti-ser les convergences annonc\u00e9es de longue date entre Voo et les contenus de L\u2019<em>Avenir<\/em>. Berlize arrive tout droit de Sanoma, groupe de presse finlandais sp\u00e9cialis\u00e9 dans la presse dite \u00ab&#8239;f\u00e9minine&#8239;\u00bb, o\u00f9 il vient de boucler un important plan de restructuration. Un matin d\u2019automne, le 23 octobre 2018, ils prennent part \u00e0 un conseil d\u2019entreprise extraordinaire au si\u00e8ge de L\u2019Avenir, \u00e0 Bouge, sur les hauteurs de Namur. La rumeur qui court depuis des mois se confirme&nbsp;: des t\u00eates vont tomber, reste \u00e0 savoir combien.<br \/>\nL\u2019apr\u00e8s-midi entam\u00e9e, une centaine de mines soucieuses rallie le quatri\u00e8me \u00e9tage o\u00f9 se pr\u00e9pare une assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du personnel. Il y a des quinquas bien incapables d\u2019imaginer une r\u00e9orientation apr\u00e8s des d\u00e9cennies de service sous le m\u00eame fanion. Des couples qui craignent le doubl\u00e9. Des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s syndicaux pr\u00e9occup\u00e9s, mais pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 plonger les mains dans la gadoue sociale. Et quelques travailleurs plus chevronn\u00e9s, moins inquiets pour leur carri\u00e8re presque achev\u00e9e que pour l\u2019avenir de la gazette et de leurs jeunes coll\u00e8gues. \u00ab&#8239;<em>Bonjour \u00e0 toutes et \u00e0 tous.<\/em>&#8239;\u00bb Plus personne ne moufte.<\/p>\n<p>La direction pr\u00e9voit de se s\u00e9parer de 60 \u00e9quivalents temps plein (70 personnes) sur 249. Le d\u00e9but d\u2019une proc\u00e9dure Renault<sup>2<\/sup> a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9 aux repr\u00e9sentants du personnel et, du m\u00eame coup, un changement de format du journal, une nouvelle imprimerie, une r\u00e9organisation des services et une num\u00e9risation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e. \u00ab&#8239;<em>On est plein de questions et super inquiets \u00e0 ce moment-l\u00e0. R\u00e9duire de 25&nbsp;% le personnel d\u2019une bo\u00eete, c\u2019est \u00e9norme<\/em>&#8239;\u00bb, s\u2019\u00e9meut Martial Dumont, ancien journaliste de L\u2019Avenir. L\u2019administrateur d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 Jos Donvil dit avoir conscience du calvaire humain d\u00e9clench\u00e9 ce jour-l\u00e0, mais explique que ce \u00ab&#8239;plan de red\u00e9ploiement&#8239;\u00bb \u00e9tait in\u00e9vitable pour enrayer le recul du chiffre d\u2019affaires du groupe. Devant le conseil d\u2019entreprise, il a pr\u00e9cis\u00e9 que trois facteurs impor-tants affectent la rentabilit\u00e9&nbsp;: la baisse des ventes du quotidien, la baisse des recettes publicitaires et la concurrence des op\u00e9rateurs du web. \u00ab&#8239;J<em>e comprends l\u2019\u00e9motion des travailleurs. Ils \u00e9taient les meilleurs, il y avait une super ambiance, la confiance \u00e9tait l\u00e0. Mais les chiffres montraient qu\u2019il fallait r\u00e9agir rapidement. On s\u2019amusait, on roulait vite, mais on allait droit dans le mur<\/em>, illustre le patron. <em>La m\u00eame d\u00e9cision aurait \u00e9t\u00e9 prise sous n\u2019importe quel autre actionnaire. Sans ce plan, ils auraient pleur\u00e9 d\u2019autant plus fort un peu plus tard.<\/em>&#8239;\u00bb Sur le moment, les travailleurs bouillonnent surtout, entre col\u00e8re et frustration. Quand bien m\u00eame les arguments \u00e9conomiques seraient recevables, ce plan ne leur para\u00eet pas juste. Est-ce \u00e0 eux de payer la l\u00e9thargie du conseil d\u2019administration&#8239;? Cette restructuration est-elle bien l\u2019unique solution&#8239;? Certains osent m\u00eame l\u2019hypoth\u00e8se&nbsp;: serait-ce un cynique coup de pied de St\u00e9phane Moreau<sup>3<\/sup> pour mettre la r\u00e9daction de son journal au pas, apr\u00e8s sa couverture assidue de l\u2019affaire Publifin&#8239;?<br \/>\nLa nuit arrivera bien assez t\u00f4t pour remuer ces interrogations. Les travailleurs rangent leur trouille dans un coin de leur bide et discutent de la riposte ad\u00e9quate. Une gr\u00e8ve imm\u00e9diate, des palettes et des banderoles&#8239;? Pas la culture de la maison. Pas question surtout de p\u00e9naliser les abonn\u00e9s de <em>L\u2019Avenir<\/em>, parmi les plus fid\u00e8les de la presse francophone. Sur une id\u00e9e du journaliste sportif Jean Derycke, qui d\u00e9c\u00e9dera inopin\u00e9ment deux mois plus tard, il est d\u00e9cid\u00e9 d\u2019amputer les trois \u00e9ditions \u00e0 venir d\u2019un quart de leur contenu. Des aplats blancs symboliseront le personnel menac\u00e9. Une premi\u00e8re action qui fera du journal un objet de r\u00e9sistance. Tout en continuant d\u2019informer, en donnant donc la parole aux dirigeants des \u00c9ditions de l\u2019Avenir, la r\u00e9daction publie des comptes-rendus des n\u00e9gociations, des courriers de soutien des lecteurs ou encore des caricatures command\u00e9es aux dessinateurs de presse solidaires. Des affiches c\u00e9l\u00e8bres d\u00e9tour-n\u00e9es s\u2019infiltrent \u00e9galement dans les pages et sur les murs des bureaux namurois. Quand le service de nettoyage est contraint de retirer celle des Beatles sans McCartney, d\u2019autres employ\u00e9s s\u2019empressent de placarder un tr\u00e8fle \u00e0 trois feuilles, les trois mousquetaires sans d\u2019Artagnan ou la c\u00e9l\u00e8bre main jaune \u00ab&#8239;Touche pas \u00e0 mon journal&#8239;!&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Entre les conseils d\u2019entreprise extraordinaires, ce sont ces assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales qui donnent le tempo. \u00ab&#8239;<em>Ces jours-l\u00e0, les assembl\u00e9es ne prenaient jamais vraiment fin. On ne parlait plus que de la restructuration<\/em>&#8239;\u00bb, se souvient Sylvie Colin, alors responsable marketing produit. Du propre aveu des journalistes, ils y ont parfois pris beaucoup de place, surtout lorsqu\u2019ils estimaient que l\u2019identit\u00e9 \u00e9ditoriale du journal \u00e9tait menac\u00e9e par les d\u00e9ci-sions de l\u2019actionnaire Nethys. \u00ab&#8239;<em>G\u00e9n\u00e9ralement, on \u00e9tait assez raccord avec ceux qui s\u2019exprimaient et si on ne l\u2019\u00e9tait pas, on pouvait le dire<\/em>&#8239;\u00bb, nuance Sylvie Colin. \u00c0 L\u2019Avenir, comme dans d\u2019autres entre-prises de presse, la r\u00e9daction ne vit pas au m\u00eame rythme que les services non \u00e9ditoriaux (compta-bilit\u00e9, abonnements, marketing\u2026). Il est parfois compliqu\u00e9 d\u2019\u00e9tablir de v\u00e9ritables liens avec des journalistes aux horaires impr\u00e9visibles, qui vont et viennent au rythme de l\u2019information. Mais selon Sylvie Colin, cette fois, tous les services sont rest\u00e9s soud\u00e9s&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>La disposition des bureaux mettait in\u00e9vitablement une distance. On sentait qu\u2019il y avait une autre dynamique \u00e0 la r\u00e9dac. Si j\u2019avais pu taper mon bureau \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celui d\u2019un journaliste, j\u2019aurais \u00e9t\u00e9 contente<\/em>.&#8239;\u00bb Dans l&rsquo;adversit\u00e9 pointe une complicit\u00e9. \u00ab&#8239;<em>Un dimanche soir, une coll\u00e8gue m\u2019a envoy\u00e9 un SMS pour me passer le mot d\u2019ordre qui circulait. Le lundi, on \u00e9tait tous en noir pour faire une haie d\u2019honneur \u00e0 la direction qui d\u00e9barquait pour un conseil d\u2019entreprise.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nLa col\u00e8re de ces r\u00e9unions va se focaliser sur Philippe Lawson, le nouveau directeur des r\u00e9dac-tions. Choisi pour pallier l\u2019absence de r\u00e9dacteur en chef, cet ancien journaliste de <em>La Libre<\/em> et de <em>L\u2019\u00c9cho<\/em> \u2014&nbsp;toujours chiquement sap\u00e9, toujours rigolard \u2014&nbsp;ne convainc gu\u00e8re depuis son arriv\u00e9e en juillet 2018. Surtout, originaire de Li\u00e8ge, il est soup\u00e7onn\u00e9 par les travailleurs d\u2019\u00eatre un proche des administrateurs de Nethys, ceux-l\u00e0 m\u00eames qu\u2019ils accusent d\u2019avoir sabord\u00e9 l\u2019entreprise.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h6>III. \u00c0 la recherche du temps perdu<\/h6>\n<p>Autoroute E411, direction Namur\/Luxembourg. Sortie Bouge. Clignotant \u00e0 droite, ralentir, se garer. Recadrage des lunettes. Main rapide dans les cheveux. Ajustement de la voix, tonalit\u00e9 grave. Respirer un grand coup. C\u2019est parti pour une nouvelle journ\u00e9e de bras de fer aux c\u00f4t\u00e9s des travailleurs de <em>L\u2019Avenir<\/em>. \u00ab&#8239;<em>Je les aime bien. Je les trouve courageux, intelligents. Les gens se respectent ici, ils se disent bonjour. Il y a une chaleur humaine qu\u2019on ne retrouve pas dans les autres r\u00e9dactions<\/em>&#8239;\u00bb. Martine Simonis, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Association des journalistes professionnels (AJP) depuis 1998, entre d\u2019un pas d\u00e9cid\u00e9 aux \u00c9ditions de l\u2019Avenir.<br \/>\nMartine n\u2019est pas bien grande mais elle regarde tout le monde bien droit dans les yeux, sans ciller. Juriste, sp\u00e9cialis\u00e9e en droit social, elle sait que \u00e7a ne va pas se passer les doigts dans le nez. Outre le traumatisme et les tensions inh\u00e9rentes \u00e0 toute restructuration, les n\u00e9gociations devront tenir compte de la diversit\u00e9 des d\u00e9l\u00e9gations professionnelles et des enjeux propres \u00e0 un journal. Et le temps est compt\u00e9. \u00c0 partir du 1er janvier 2019, l\u2019\u00e2ge d\u2019accessibilit\u00e9 au r\u00e9gime de ch\u00f4mage avec compl\u00e9ment d\u2019entreprise (RCC) passe de 56 \u00e0 59 ans. Le RCC permet aux travailleurs licenci\u00e9s de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019allocations de ch\u00f4mage et d\u2019un compl\u00e9ment \u00e0 charge de l\u2019employeur jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de la pension. Autant dire que c\u2019est un argument de poids pour stimuler les d\u00e9parts volontaires. Top chrono pour une proc\u00e9dure Renault acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e&nbsp;: 69 jours et autant de nuits pour informer et consulter (phase 1)&#8239;; n\u00e9gocier et accoucher d\u2019un accord (phase 2).<br \/>\nD\u2019un c\u00f4t\u00e9, les patrons&#8239;; de l\u2019autre, les travailleurs et leurs repr\u00e9sentants. Classique. Ce qui l\u2019est moins, c\u2019est qu\u2019en plus d\u2019une repr\u00e9sentation syndicale, les journalistes b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une double, voire d\u2019une triple protection avec la soci\u00e9t\u00e9 des r\u00e9dacteurs (la SDR) et l\u2019Association des journalistes professionnels (l\u2019AJP). Outre les conditions et le nombre des d\u00e9parts n\u00e9goci\u00e9s par les syndicats, la SDR et l\u2019AJP exigent \u00ab&#8239;de r\u00e9elles garanties pour l\u2019ind\u00e9pendance de la r\u00e9daction, la sortie de l\u2019actionnariat toxique et le remplacement du directeur des r\u00e9dactions, Philippe Lawson, par un r\u00e9dacteur en chef l\u00e9gitime.&#8239;\u00bb<br \/>\nConseils d\u2019entreprise, r\u00e9unions d\u2019information, n\u00e9gociations et assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales se succ\u00e8dent. On n\u00e9gocie jour et nuit. On pleure, on s\u2019engueule, on quitte la table, on revient. Au sixi\u00e8me conseil d\u2019entreprise, la direction propose un plan de red\u00e9-ploiement dont les approximations font d\u00e9border le vase. Les d\u00e9l\u00e9gations claquent la porte. Le person-nel r\u00e9uni en assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale vacille entre col\u00e8re et d\u00e9sespoir. Tout le monde est \u00e0 bout, physique-ment et nerveusement. Trois semaines que \u00e7a dure.<br \/>\nN\u2019y tenant plus, l\u2019AJP et la SDR se fendent d\u2019une lettre \u00e0 la ministre wallonne des Pouvoirs locaux, Val\u00e9rie De Bue (MR), pour qu\u2019elle fasse annuler la d\u00e9cision de plan social. Les syndicats en prennent ombrage. \u00ab&#8239;<em>L\u2019AJP n\u2019est pas une organisation syndicale reconnue, c\u2019est une organisation corporatiste<\/em>, commente aujourd\u2019hui une source syndicale. <em>Le front commun existait. Il aurait pu continuer \u00e0 exister si chacun s\u2019en \u00e9tait tenu \u00e0 son r\u00f4le<\/em>.&#8239;\u00bb<br \/>\nLes syndicats d\u00e9cident de temporiser et de pour-suivre le dialogue avec la direction dans le cadre de la loi Renault. Les relations se tendent. Au sein m\u00eame du front syndical, des fissures apparaissent entre les rouges du Setca (contre la sortie de Nethys) et les verts de la CNE (pas forc\u00e9ment contre). Et certains d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s issus de la r\u00e9daction s\u2019agacent de voir que leur ligne n\u2019est pas forc\u00e9ment partag\u00e9e. \u00ab&#8239;<em>On avait le sentiment que les permanents syndicaux\u00a0<\/em>\u00e9<em>taient pr\u00eats \u00e0 accepter un peu trop vite un plan et uniquement sur des conditions de d\u00e9part<\/em>&#8239;\u00bb, pr\u00e9cise Bruno Malter, chef d\u2019\u00e9dition et repr\u00e9sentant CNE. En assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, les permanents sont parfois hu\u00e9s, d\u00e9savou\u00e9s, moqu\u00e9s. Il est m\u00eame arriv\u00e9 qu\u2019un d\u2019entre eux se fasse alpaguer dans un restaurant, hors cadre professionnel. \u00ab&#8239;<em>Avec le recul, je pense que personne ne sera jamais assez arm\u00e9 pour se battre contre des gens pareils<\/em>, m\u00e9dite Sylvie Colin. J<em>e n\u2019en veux pas aux permanents syndicaux. Je n\u2019aurais vraiment pas voulu \u00eatre \u00e0 leur place, mais vraiment pas.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nNous sommes le 19 novembre, le journal f\u00eate ses cent ans. Bon anniversaire, mais la deadline approche. Plus que 42 jours et autant de nuits pour conclure un accord. Sous l\u2019\u0153il attentif de l\u2019AJP, direction et syndicats se remettent \u00e0 table. Ils y passent des nuits et des nuits, jusqu\u2019\u00e0 un matin de d\u00e9cembre o\u00f9 le b\u00e9b\u00e9 pointe le bout de son nez. Les parents se r\u00e9jouissent. La belle-m\u00e8re reste sur ses gardes. Un pr\u00e9accord r\u00e9duit les soixante licenciements annonc\u00e9s \u00e0 quarante-cinq, que devraient couvrir les d\u00e9parts volontaires en excluant de facto tout d\u00e9part contraint. D\u2019autres victoires s\u2019ajoutent, comme une belle prime de d\u00e9part et le gel du volume d\u2019emploi pour deux ans.<br \/>\nCe serait un bon accord, mais \u00e7a coince encore en assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale. Un repr\u00e9sentant Setca sorti de nulle part, St\u00e9phane Piron, annonce l\u2019air de rien que, la veille, il est intervenu au conseil d\u2019administration de Nethys. Un Li\u00e9geois rouge \u00e0 Louvrex avant un vote en AG, \u00ab&#8239;<em>\u00e7a jette un froid<\/em>&#8239;\u00bb, commente Martine Simonis. St\u00e9phane Piron d\u00e9taille aujourd\u2019hui \u00e0 <em>Wilfried<\/em> le motif de son intervention&nbsp;: la revente des \u00c9ditions de l\u2019Avenir \u00e9tait selon lui \u00e0 l\u2019ordre du jour et il voulait convaincre les administrateurs de Nethys de patienter, les rassurer quant \u00e0 l\u2019issue des n\u00e9gociations. Selon Martine, \u00ab&#8239;<em>c\u2019\u00e9tait assez tendu parce qu\u2019il restait beaucoup d\u2019ombre sur les d\u00e9lais pour les RCC et les d\u00e9parts volontaires, sur la r\u00e9organisation des services, le projet r\u00e9dactionnel et le directeur des r\u00e9dactions, mais pour finir les gens ont vot\u00e9 le plan de restructuration.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nL\u2019heure n\u2019est donc plus \u00e0 la sortie de Nethys, l\u2019heure est \u00e0 une bonne Chimay-th\u00e9rapie, aux Champs-\u00c9lys\u00e9es, brasserie en bord de Meuse \u00e9lev\u00e9e au rang de QG du personnel. La d\u00e9co et le mobilier rouge sont surann\u00e9s mais le service et la carte sont accueillants. Et surtout, ils s\u2019y sentent libres de se l\u00e2cher, de parler, de refaire le monde. \u00ab&#8239;<em>Martine, tu nous rejoins&#8239;?<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<figure id=\"attachment_5885\" aria-describedby=\"caption-attachment-5885\" style=\"width: 2296px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5885 size-full\" src=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/lavenir.png\" alt=\"\" width=\"2296\" height=\"1150\" srcset=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/lavenir.png 2296w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/lavenir-300x150.png 300w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/lavenir-1024x513.png 1024w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/lavenir-768x385.png 768w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/lavenir-1536x769.png 1536w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/lavenir-2048x1026.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 2296px) 100vw, 2296px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5885\" class=\"wp-caption-text\">Droits r\u00e9serv\u00e9s EdA<\/figcaption><\/figure>\n<h6>IV. Salut patron<\/h6>\n<p>Tous les jours, au troisi\u00e8me \u00e9tage, l\u2019ascenseur s\u2019ouvre sur la m\u00eame affiche montrant un panneau routier qui annonce la sortie du village de Laussonne. Barr\u00e9 en rouge. Et puis Philippe Lawson doit traverser le plateau de la r\u00e9daction. Plusieurs journalistes lui ont demand\u00e9 de ne plus les saluer. Les deux du fond l\u2019ont un jour ouvertement trait\u00e9 d\u2019imposteur. Et une bonne partie pense que St\u00e9phane Moreau est le parrain de son fils, que c\u2019est pour \u00e7a qu\u2019il est l\u00e0. Philippe Lawson assure pourtant que le parrain de son fils, c\u2019est Pierre Kroll, le dessinateur. Il passe la porte de son bureau vitr\u00e9 et la laisse comme toujours entrouverte. Le pr\u00e9accord pass\u00e9 entre les syndicats et le management mi-d\u00e9cembre ne cl\u00f4t pas le conflit. Le directeur des r\u00e9dactions sait que les tensions vont maintenant se cristalliser sur l\u2019organisation des services, et donc sur sa personne.<br \/>\nPhilippe Lawson est un journaliste volontaire et enjou\u00e9. Un self-made-man arriv\u00e9 du Togo en 1993, sans papiers, avant d\u2019\u00eatre naturalis\u00e9 belge quelques ann\u00e9es plus tard. Un professionnel qui a fait ses preuves en multipliant depuis pr\u00e8s de vingt ans des papiers sur l\u2019\u00e9conomie, la politique wallonne et f\u00e9d\u00e9rale. En chassant assid\u00fbment les scoops aussi. \u00ab&#8239;<em>Faire l\u2019actualit\u00e9 plut\u00f4t que de la subir<\/em>&#8239;\u00bb, c\u2019est son credo, et une des raisons de son engagement aux \u00c9ditions de l\u2019Avenir. \u00ab&#8239;<em>La mission \u00e9tait d\u2019enrayer la chute des ventes du journal papier, d\u2019augmenter les abonn\u00e9s num\u00e9riques et d\u2019\u00e9toffer les r\u00e9seaux d\u2019informateurs de la r\u00e9daction. Le d\u00e9fi m\u2019a enchant\u00e9<\/em>&#8239;\u00bb, se rappelle celui qui, malgr\u00e9 son enthousiasme, va rapidement refroidir sa troupe de journalistes. Au point de devenir <em>persona non grata<\/em> dans sa propre r\u00e9daction.<\/p>\n<p>Le dimanche 1er juillet 2018, il entre officiellement en fonction comme \u00ab&#8239;directeur des r\u00e9dactions&#8239;\u00bb. Dans cette d\u00e9nomination se loge une premi\u00e8re friction. Philippe Lawson n\u2019est pas nomm\u00e9 r\u00e9dacteur en chef, comme Thierry Dupi\u00e8reux avant lui. Son titre hybride ne le situe pas clairement. Sera-t-il avant tout le premier des r\u00e9dacteurs ou le dernier des directeurs, selon une formule entendue&#8239;? \u00ab&#8239;<em>Il c\u00f4toyait les m\u00eames sph\u00e8res li\u00e9geoises que l\u2019actionnaire. Une proximit\u00e9 qui posait d\u00e9j\u00e0 de gros doutes sur le choix de sa personne<\/em>&#8239;\u00bb, se souvient le chef d\u2019\u00e9dition Bruno Malter. Pour les travailleurs, cette nouvelle fonction n\u2019est qu\u2019une pirouette pour \u00e9viter la charte d\u2019ind\u00e9pendance r\u00e9dactionnelle qui impose de consulter la SDR avant l\u2019engagement d\u2019un r\u00e9dacteur en chef. Soit. Une man\u0153uvre controvers\u00e9e \u00e0 laquelle Philippe Lawson ne peut peut-\u00eatre rien. Le b\u00e9n\u00e9fice du doute lui est accord\u00e9.<br \/>\nBardaf, d\u00e8s le lendemain. Dans le journal du lundi, le directeur des r\u00e9dactions consacre son premier \u00e9ditorial au bourgmestre PS de Seraing, Alain Mathot, \u00ab&#8239;clou\u00e9 au pilori par le tribunal correctionnel de Li\u00e8ge qui l\u2019accuse d\u2019avoir touch\u00e9 un pot-de-vin de 700 000 euros dans un dossier de corruption touchant l\u2019intercommunale Intradel&#8239;\u00bb. De nombreux journalistes tombent du lit en d\u00e9cou-vrant la copie du patron qu\u2019ils s\u2019appr\u00eatent \u00e0 rencontrer. \u00ab&#8239;<em>C\u2019\u00e9tait un \u00e9dito sur la s\u00e9paration des pouvoirs, mais on m\u2019a reproch\u00e9, venant de Li\u00e8ge, de d\u00e9fendre Alain Mathot. C\u2019\u00e9tait un proc\u00e8s d\u2019intention. Je n\u2019\u00e9tais pas aux \u00c9ditions de l\u2019Avenir en tant que Li\u00e9geois et je ne d\u00e9fendais les int\u00e9r\u00eats de personne<\/em>&#8239;\u00bb, d\u00e9dit Philippe Lawson. Pour les journalistes, il n\u2019est plus que la marionnette de l\u2019actionnaire. \u00ab&#8239;<em>Le mec \u00e9tait grill\u00e9<\/em>, soupire Martial Dumont, ancien journaliste de L\u2019Avenir. <em>On a compris qu\u2019il allait d\u00e9fendre \u00e0 tous crins le Parti socialiste li\u00e9geois. Il \u00e9tait impos\u00e9 par St\u00e9phane Moreau qui voulait avoir la mainmise sur un m\u00e9dia, un peu comme Berlusconi en Italie<\/em>.&#8239;\u00bb<br \/>\nUn deuxi\u00e8me accrochage majeur suit rapidement. Fin ao\u00fbt, les journalistes remballent le projet r\u00e9dactionnel de Philippe Lawson, jug\u00e9 \u00ab&#8239;indigent&#8239;\u00bb. Quelle compl\u00e9mentarit\u00e9 entre les projets web et papier&#8239;? Quelles relations entre les diff\u00e9rentes r\u00e9dactions&#8239;? Avec quels moyens et quels objectifs&#8239;? \u00ab&#8239;<em>Trop vague, ont-ils dit. Mais je venais d\u2019arriver. Mon id\u00e9e \u00e9tait de pr\u00e9senter ma vision des choses, sans rien imposer. C\u2019\u00e9tait une pi\u00e8ce \u00e0 casser ensemble pour ensuite am\u00e9liorer le journal<\/em>&#8239;\u00bb, se rappelle Lawson. Le 26 octobre, trois jours apr\u00e8s l\u2019annonce du plan de restructuration, cette premi\u00e8re m\u00e9fiance est confirm\u00e9e en assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale. Il lui est en outre reproch\u00e9 \u00ab&#8239;un plan de red\u00e9ploiement incomplet&#8239;\u00bb, de \u00ab&#8239;jouer au r\u00e9dacteur en chef sans l\u2019\u00eatre&#8239;\u00bb et d\u2019effectuer \u00ab&#8239;des pressions quotidiennes sur les journalistes&#8239;\u00bb. D\u00e8s lors, le personnel d\u00e9cide de ne plus consid\u00e9rer Philippe Lawson comme interlocuteur pertinent dans le cadre de son travail quotidien et des n\u00e9gociations.<\/p>\n<p>\u00c0 la r\u00e9daction de Bouge, le coffee-corner devient le r\u00e9ceptacle des frustrations li\u00e9es au comportement de Philippe Lawson. P\u00eale-m\u00eale, on lui reproche mensonges, manque de tact, vantardise, paresse, coups bas, individualisme\u2026 Le directeur, peut-\u00eatre malgr\u00e9 lui, aiguise les tensions d\u2019une r\u00e9daction qui convulse depuis l\u2019annonce de la restructu-ration. Les travailleurs se crispent d\u00e8s qu\u2019il jaillit de son bureau. \u00ab&#8239;<em>Je pense que le costume \u00e9tait trop grand pour lui. Il \u00e9tait largu\u00e9 et fatigu\u00e9<\/em>&#8239;\u00bb, regrette la journaliste Pascale Serret. Son confr\u00e8re Martial Dumont tance plus s\u00e8chement&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Philippe Lawson est pour moi la quintessence du principe de Peter. \u00c0 la base tout le monde l\u2019aimait bien, mais en arrivant \u00e0 L\u2019Avenir, il a atteint son seuil d\u2019incomp\u00e9tence.<\/em>&#8239;\u00bb Face aux critiques, la r\u00e9silience du directeur des r\u00e9dactions \u00e9tonne toute l\u2019entreprise. \u00ab&#8239;<em>Si j\u2019avais eu la moiti\u00e9 du quart des d\u00e9saveux qu\u2019il a pris sur la tronche, je serais parti en courant. Mais lui, non. Je ne sais pas pourquoi il est rest\u00e9. Il faudrait lui demander. \u00c7a confine \u00e0 la b\u00eatise. Soit c\u2019est un manque d\u2019orgueil, ou du cynisme, ou est-ce pour l\u2019argent&#8239;?<\/em>&#8239;\u00bb se demande Martial Dumont.<br \/>\nPhilippe Lawson calcule \u00e0 voix haute, confirme \u00e0 la grosse louche un salaire brut \u00e0 cinq chiffres. \u00ab<em> L\u2019argent n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un moteur<\/em>, assure-t-il. J<em>\u2019\u00e9tais venu et je suis rest\u00e9 pour faire du journalisme. M\u00eame si c\u2019\u00e9tait difficile, je ne voulais pas abandonner. Ma femme \u00e9tait plus remont\u00e9e que moi. Elle me r\u00e9p\u00e9tait<\/em>&nbsp;: \u201c<em>Mais Philippe, quitte ce truc&#8239;! T\u2019as vu tout ce qu\u2019on t\u2019inflige&#8239;? On ne te salue pas. Attends, c\u2019est pas possible, c\u2019est quoi \u00e7a&#8239;?\u201d Elle m\u2019a toujours dit&nbsp;: \u201cTu es trop gentil&#8239;!\u201d Avec le recul, si j\u2019avais su que \u00e7a se passerait comme \u00e7a, je n\u2019y serais pas all\u00e9. Une telle situation, \u00e7a ab\u00eeme. Pour les journalistes, j\u2019\u00e9tais nomm\u00e9 par Nethys. Toute rationalit\u00e9 \u00e9tait perdue d\u2019avance. Quoi que je propose, m\u00eame si c\u2019\u00e9tait un projet coh\u00e9rent, \u00e7a n\u2019allait pas et \u00e7a n\u2019irait pas. J\u2019avais face \u00e0 moi une meute et j\u2019avais d\u00e9cid\u00e9 de l\u2019affronter.<\/em>&#8239;\u00bb Dans sa bataille, le chef des r\u00e9dactions peut compter sur le soutien du comit\u00e9 de direction et du conseil d\u2019administration des \u00c9ditions de l\u2019Avenir. Pol Heyse, pr\u00e9sident du CA, est le premier \u00e0 nuancer le portrait dress\u00e9 par les travailleurs&nbsp;: \u00ab&#8239;I<em>l est vrai que Jos Donvil lui a souvent reproch\u00e9 un manque de management, des retards notamment, mais Philippe Lawson est vraiment quelqu\u2019un d\u2019intelligent. Une intelligence tr\u00e8s froide qui m\u2019a parfois pris de court, et il en faut beaucoup pour me surprendre.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nPlus tard, le 6 mars 2019, Philippe Lawson accordera un entretien \u00e0 La Libre. \u00ab&#8239;<em>Je suis le premier black \u00e0 \u00eatre patron d\u2019une r\u00e9daction. Je pense que \u00e7a d\u00e9range,<\/em> estime-t-il. <em>J\u2019ai appris il y a quelques jours que dans la r\u00e9daction certains m\u2019appelaient le Togolais. \u00c7a me fait mal. Je suis venu pour un projet et on joue l\u2019homme<\/em>.&#8239;\u00bb Aupr\u00e8s de <em>Wilfried<\/em>, le directeur des r\u00e9dactions se souvient \u00e9galement d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 heurt\u00e9 par une affiche accroch\u00e9e \u00e0 une fen\u00eatre des bureaux. \u00ab&#8239;<em>Sur une photo de Kabila, ils ont not\u00e9 \u201cLui, il a compris, il a d\u00e9missionn\u00e9\u201d. Pardon&#8239;? Kabila&#8239;? Parce qu\u2019il est noir et que je suis noir&#8239;?<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nConstamment sous braises, la r\u00e9daction br\u00fble comme jamais auparavant. \u00ab&#8239;<em>Il sort tout le temps l\u2019exemple de Kabila. Il y avait effectivement des affiches contre lui dans la r\u00e9daction, dont toute une s\u00e9rie qui calquait l\u2019actualit\u00e9. Il y en avait aussi sur Theresa May et d\u2019autres personnalit\u00e9s qui quittaient leurs fonctions<\/em>&#8239;\u00bb, tient \u00e0 pr\u00e9ciser le journaliste Fran\u00e7ois-Xavier Giot. La r\u00e9daction exige des excuses de Philippe Lawson. \u00ab&#8239;<em>Ces propos choquent profond\u00e9ment les journalistes des EdA dont les valeurs qu\u2019ils d\u00e9fendent sont aux antipodes du racisme. Dans un contexte de crise sociale aigu\u00eb, ces accusations non \u00e9tay\u00e9es ne sont pas de nature \u00e0 restaurer la paix sociale<\/em>&#8239;\u00bb, r\u00e9agissent conjointe-ment la SDR et l\u2019AJP.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h6>V. L&rsquo;arme atomique<\/h6>\n<p>Quand la tr\u00eave de No\u00ebl arrive, les syndicalistes respirent. Si un plan de restructuration se signe toujours \u00e0 l\u2019encre acide, celui-ci r\u00e9sonne tout de m\u00eame comme une petite victoire. Ils ont fait le boulot en un temps record. Pour eux, c\u2019est termin\u00e9.<br \/>\n\u00ab&#8239;<em>Ce que le personnel ne sait pas en donnant son pr\u00e9accord d\u00e9but d\u00e9cembre, c\u2019est qu\u2019il y aura dans le texte final une clause qui permet des licenciements secs<\/em>&#8239;\u00bb, recadre Martine Simonis. Entre les pages 4 et 5 de l\u2019accord sign\u00e9 par les syndicats et la direction, un point indique que les d\u00e9parts sont suffisants dans tous les d\u00e9partements sauf au sein de la r\u00e9dac-tion, o\u00f9 seules huit personnes sur trente-deux sont candidates. La direction se r\u00e9serve le droit d\u2019envisager des licenciements si les objectifs ne sont pas atteints \u00e0 la date du 14 f\u00e9vrier 2019. \u00ab&#8239;<em>Il avait pourtant toujours \u00e9t\u00e9 question de d\u00e9parts volontaires ou de pr\u00e9pensions, jamais de licenciements. Cette clause qui concerne les journalistes a \u00e9t\u00e9 omise ou ajout\u00e9e apr\u00e8s le vote. On n\u2019en saura jamais rien, mais les travailleurs n\u2019auraient \u00e9videmment jamais vot\u00e9 ces lignes qui les mettent en danger<\/em>&#8239;\u00bb, assure la secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019AJP. Mais pour la direction, un accord sign\u00e9 est un accord sign\u00e9. Le 11 f\u00e9vrier 2019, elle d\u00e9cline l\u2019invitation de l\u2019AJP \u00e0 ren\u00e9gocier les conditions de d\u00e9part des journalistes.<br \/>\nApr\u00e8s cet te d\u00e9couverte, les journalistes condamnent la \u00ab&#8239;complicit\u00e9&#8239;\u00bb des syndicalistes et les syndicalistes m\u00e9prisent le \u00ab&#8239;corporatisme&#8239;\u00bb des journalistes. Parmi ces derniers, ceux qui ont \u00e9crit sur l\u2019affaire Publifin quelques mois plus t\u00f4t s\u2019imaginent d\u00e9j\u00e0 faire la file au Forem. L\u2019ombre d\u2019une liste noire plane sur la r\u00e9daction. Quand des informateurs au sein du comit\u00e9 de direction confirment au personnel l\u2019intention de licencier, les travailleurs les plus diplomates c\u00e8dent le front aux profils plus guerriers. Le personnel d\u00e9cide \u00e0 la quasi-unanimit\u00e9 un arr\u00eat de travail. \u00ab&#8239;<em>On parlait de plus de vingt journalistes licenci\u00e9s s\u00e8chement<\/em>, rappelle Yves Raisi\u00e8re, chef du service national. <em>Toutes les options traditionnelles pour peser sur le rapport de force \u00e9taient \u00e9puis\u00e9es. Il ne nous restait qu\u2019\u00e0 sortir la bombe atomique<\/em>.&#8239;\u00bb<br \/>\nLe vendredi 15 f\u00e9vrier, la bravade est in\u00e9dite. Depuis plusieurs jours, dans les couloirs moroses de la r\u00e9daction, une \u00e9dition sp\u00e9ciale se pr\u00e9pare au nez et \u00e0 la barbe de Philippe Lawson. Dans les derni\u00e8res minutes qui pr\u00e9c\u00e8dent le bouclage, les quatre premi\u00e8res pages du journal du week-end seront remplac\u00e9es en catimini par une longue enqu\u00eate qui raconte \u00ab&#8239;le manque de vision et la strat\u00e9gie de pourrissement de St\u00e9phane Moreau et Pol Heyse, dirigeants de Nethys&#8239;\u00bb. Un article illustr\u00e9 par une caricature du premier, enculott\u00e9 en enfant capricieux. \u00ab&#8239;<em>Il n\u2019y a pas eu de plaisir ou de satisfaction lors de la pr\u00e9paration de ce journal<\/em>, confie Yves Raisi\u00e8re. <em>Cinq ans apr\u00e8s, cet \u00e9pisode me laisse toujours un go\u00fbt tr\u00e8s fort en bouche. On \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 un point de non-retour dans une longue bataille tr\u00e8s engageante. Ce moment, c\u2019est plut\u00f4t un soulagement. On allait enfin pouvoir raconter notre v\u00e9rit\u00e9, qui n\u2019est qu\u2019une partie de la v\u00e9rit\u00e9. C\u2019\u00e9tait le sens de notre combat&nbsp;: garder le contact avec les lecteurs qui ne nous ont jamais laiss\u00e9s tomber.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Le week-end s\u2019impose lentement sur le plateau de la r\u00e9daction. Philippe Lawson et Yves Berlize ont quitt\u00e9 les lieux. Sous les \u00eelots de lumi\u00e8res blanch\u00e2tres qui meurent un \u00e0 un, Didier Malempr\u00e9, journaliste sportif tr\u00e8s impliqu\u00e9 dans les n\u00e9gociations, observe la maquette du journal en train d\u2019\u00eatre modifi\u00e9e. Il faut maintenant que tous les maillons de la cha\u00eene de production restent soud\u00e9s. Les maquettistes, les relecteurs, les imprimeurs, tout le monde doit garder le secret. \u00ab&#8239;<em>Je me souviens de la main d\u2019un r\u00e9dacteur en chef adjoint qui se pose sur mon \u00e9paule. Juste avant de boucler, il m\u2019a demand\u00e9 si on \u00e9tait bel et bien en train de faire un truc pareil<\/em>&#8239;\u00bb, raconte-t-il. \u00ab<em> Ils vont virer des gens. Il nous reste quoi comme solution&#8239;? \u00c9videmment qu\u2019on le fait&#8239;!<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nSamedi matin, persuad\u00e9 d\u2019avoir prest\u00e9 son dernier jour, Yves Raisi\u00e8re, responsable du service qui a couvert le scandale Publifin, se rend \u00e0 la r\u00e9daction. Depuis des mois, des collaborateurs de St\u00e9phane Moreau lui indiquent qu\u2019il est sur la sellette. Loin des regards de ses coll\u00e8gues, il fait ses cartons.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h6>VI. Un week-end pas comme les autres<\/h6>\n<p>Samedi 16 f\u00e9vrier, aux alentours de midi, Emmanuel Wilputte, pr\u00e9sident de la soci\u00e9t\u00e9 des r\u00e9dacteurs des \u00c9ditions de l\u2019Avenir, termine une randonn\u00e9e entre amis dans un restaurant italien pr\u00e8s de la cath\u00e9drale Saint-Aubain, \u00e0 Namur. La veille, il a suivi \u00e0 distance la sortie de l\u2019\u00e9dition coup de poing. <em>Alea jacta est<\/em>, ils en d\u00e9brieferont lundi. Il voit les bi\u00e8res arriver et son portable fr\u00e9mir sur la table. Un SMS laconique d\u2019un num\u00e9ro inconnu&nbsp;: \u00ab&#8239;Pourriez-vous m\u2019appeler d\u00e8s que possible&#8239;? St\u00e9phane Moreau.<\/p>\n<p>Pour lire l&rsquo;\u00e9pisode II, <a href=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/les-editions-de-lavenir-sous-nethys-episode-ii\/\">cliquez ici<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 23 octobre 2018, l\u2019actionnaire Nethys annonce un copieux d\u00e9graissage dans les effectifs des \u00c9ditions de l&rsquo;Avenir. La d\u00e9flagration prend peu \u00e0 peu la forme d\u2019un combat sans merci qui mouillera la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 tous les \u00e9tages, des patrons aux employ\u00e9s, des lecteurs aux ministres r\u00e9gionaux. 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