{"id":5637,"date":"2024-03-05T15:02:53","date_gmt":"2024-03-05T14:02:53","guid":{"rendered":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/?p=5637"},"modified":"2024-04-18T09:46:38","modified_gmt":"2024-04-18T07:46:38","slug":"des-millions-darbres-a-planter-le-maratronc-wallon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/des-millions-darbres-a-planter-le-maratronc-wallon\/","title":{"rendered":"Des millions d&rsquo;arbres \u00e0 planter, le maratronc wallon"},"content":{"rendered":"<p>Trois milliards d\u2019arbres en plus&nbsp;: c\u2019est la promesse de l\u2019Union europ\u00e9enne d\u2019ici 2030. Pour le climat. Pour la biodiversit\u00e9. Pour survivre. Son planteur principal, le champion de l\u2019arbre&#8239;? La Belgique. Et surtout la Wallonie, via Yes We Plant, programme sem\u00e9 en d\u00e9but de l\u00e9gislature. Les printemps passent, la r\u00e9silience pousse, se r\u00e9jouit-on, ce qui n\u2019est pas faux. Ce n\u2019est pas non plus tout \u00e0 fait vrai.<\/p>\n<p>Les m\u00e9dias sont arriv\u00e9s d\u2019abord. Puis cinq voitures, d\u2019o\u00f9 sortaient par grappes des politiques. \u00ab&#8239;<em>What the hell<\/em>&#8239;\u00bb, se rappelle avoir pens\u00e9 Karlien Verhaeghe, tandis que des inconnus se serraient poliment la main dans son jardin, \u00e0 Hoeilaart. Il \u00e9tait pr\u00e8s de dix heures. Ce beau monde a ensuite travers\u00e9 la route, \u00e0 pied, cam\u00e9ras et tout le tintouin dans la boue, pour arriver jusqu\u2019\u00e0 une modeste for\u00eat, replant\u00e9e quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t. \u00ab&#8239;<em>Pour le cancer, non&#8239;?<\/em>&#8239;\u00bb demande Karlien \u00e0 Grzegorz Gajowniczek, son compagnon. Un petit ch\u00eane y attendait Frans Timmermans, alors vice-pr\u00e9sident de la Commission europ\u00e9enne et pilote du Pacte vert. La ministre flamande de l\u2019Environnement, Zuhal Demir (N-VA), aura un cerisier.<br \/>\nDemi-tour, <em>splosh splosh<\/em>, route, jardin, et l\u00e0, \u00e7a devient s\u00e9rieux. \u00ab&#8239;<em>On sentait que les arbres \u00e9taient un sujet br\u00fblant<\/em>&#8239;\u00bb, se souvient Grzegorz. Il aide Zuhal Demir avec son cerisier, on met un bouleau par ici, un h\u00eatre l\u00e0-bas, <em>smile<\/em>, <em>clic<\/em>, <em>selfie<\/em>. Vers treize heures, tout le monde \u00e9tait parti. Il reste trois cents arbres de l\u2019event \u00e0 planter. Le couple en rigole encore&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>On voulait juste quelques arbres gratuits pour le jardin.<\/em>&#8239;\u00bb C\u2019\u00e9tait en d\u00e9cembre 2021.<\/p>\n<p>D\u2019ici 2030, le Green Deal pr\u00e9voit de planter non pas des centaines, mais des milliards d\u2019arbres. Une arm\u00e9e v\u00e9g\u00e9tale, face au monde qui vient, au monde qui br\u00fble. Le carbone&#8239;? L\u2019arbre l\u2019absorbe. La crise de la biodiversit\u00e9&#8239;? L\u2019arbre l\u2019endigue. <em>The\u00a03 Billion Trees Pledge<\/em>, \u00ab&#8239;la Promesse des trois milliards d\u2019arbres&#8239;\u00bb, c\u2019est son nom, veut l\u2019Europe en bottes, \u00e9lus et patrons, petits et grands, main \u00e0 la pelle, semez une graine, plantez un espoir. Un compteur en ligne chiffre l\u2019effort collectif, pas vraiment en temps r\u00e9el. Et en haut, tout en haut du classement, il y a la Belgique.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5659\" aria-describedby=\"caption-attachment-5659\" style=\"width: 1024px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5659 size-large\" src=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/gvanmalleghem004-1024x683.png\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"683\" srcset=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/gvanmalleghem004-1024x683.png 1024w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/gvanmalleghem004-300x200.png 300w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/gvanmalleghem004-768x512.png 768w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/gvanmalleghem004-1536x1024.png 1536w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/gvanmalleghem004-2048x1366.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5659\" class=\"wp-caption-text\">Grzegorz Gajowniczek<\/figcaption><\/figure>\n<p>Un, deux, trois, quatre, cinq millions d\u2019arbres. La majorit\u00e9 est en Wallonie, estampill\u00e9e <em>Yes We Plant<\/em>. Mais si, rappelez-vous&nbsp;: en 2019, le gouvernement wallon d\u00e9clarait vouloir planter des arbres, et surtout des haies, la nouvelle causant \u00e0 la fois incr\u00e9dulit\u00e9 et enthousiasme, nul ne sachant vrai-ment si la mesure \u00e9tait verte ou verdie. Cinq ans plus tard, il y a plus d\u2019arbres plant\u00e9s en Wallonie que dans la France enti\u00e8re, nous dit le <em>pledge<\/em> europ\u00e9en. Plus qu\u2019en Tch\u00e9quie, aussi. Et plus qu\u2019en Espagne.<br \/>\nO\u00f9 sont-ils, ces cinq millions d\u2019arbres&#8239;? Quelques milliers sont \u00e0 Ostende, entre le cr\u00e9matorium et l\u2019A10. \u00c0 Anh\u00e9e, la haie \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00e9cole, \u00e7a en est aussi. Il y a ceux du parc Tour &amp; Taxis, des jeunes, qui s\u2019allongent vers le ciel et les grues. Vous pouvez en voir en bord de route, en bord de champ, chez Safran \u00e0 Herstal et Technobel \u00e0 Ciney, et bient\u00f4t, on en trouvera m\u00eame avec des alpagas.<\/p>\n<p>Pour le moment, on tr\u00e9pigne dans les hautes herbes, au fond d\u2019un terrain priv\u00e9. Qu\u2019est-ce qu\u2019on sue. Il est 9&nbsp;h\u00a020, c\u2019est juillet, c\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 Falisolle. Les propri\u00e9taires veulent planter de grandes lignes de haies d\u2019ici le printemps&nbsp;: ils font de l\u2019\u00e9levage, des alpagas donc, la for\u00eat est juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9, il faut marquer la limite entre les deux. Des plantes mellif\u00e8res, de pr\u00e9f\u00e9rence&#8239;; ils ont aussi des abeilles. Le coin est \u00e0 l\u2019ombre, tout semble sec&nbsp;: \u00e7a s\u2019annonce compliqu\u00e9.<\/p>\n<p>Lucas Gossiaux, bioing\u00e9nieur, sort un test pH, y verse un peu de terre, obtient une bolognaise rouge vif. \u00ab&#8239;<em>Sol fortement acide.<\/em>&#8239;\u00bb Il s\u2019en doutait, vu ce qui pousse. Il attrape un dossier, tourne des feuilles jusqu\u2019\u00e0 la page avec une grille dessus. Chaque esp\u00e8ce d\u2019arbres (on dit \u00ab&#8239;chaque essence&#8239;\u00bb dans le milieu) a ses pr\u00e9f\u00e9rences, et ses limites&nbsp;: plus ou moins de soleil, d\u2019humidit\u00e9, d\u2019acidit\u00e9. Apr\u00e8s examen du terrain, la grille aide \u00e0 identifier les esp\u00e8ces les plus adapt\u00e9es (les essences, rah). \u00ab&#8239;<em>Un peu comme une recette de cuisine<\/em>&#8239;\u00bb, r\u00e9sume Lucas Gossiaux.<br \/>\nEn demi-lune autour de lui, cinq coll\u00e8gues secouent la t\u00eate. Tous sont mandat\u00e9s par la R\u00e9gion wallonne, des sp\u00e9cialistes des plantations pour aider les amateurs enthousiastes que nous sommes \u00e0 \u00eatre, avant tout, des planteurs efficaces. Un thuya ici&#8239;? Pr\u00e9f\u00e9rez l\u2019aub\u00e9pine, Madame. Des \u00e9rables sycomores&#8239;? Toxiques pour vos chevaux, Monsieur. Le nom de ces conseillers&#8239;? Les conseil\u2019haies. La semaine suivante, l\u2019un d\u2019eux quadrillera Marche-en-Famenne \u00e0 v\u00e9lo. \u00ab&#8239;<em>J\u2019ai pas le permis<\/em>&#8239;\u00bb, il s\u2019excuse, se reprend aussit\u00f4t&nbsp;: c\u2019est aussi pour voir si on peut vivre sans. Une autre, espi\u00e8gle&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Donc maintenant, on doit d\u00e9terminer si le terrain est \u201csec\u201d ou \u201cplut\u00f4t sec\u201d, c\u2019est \u00e7a&#8239;?<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Au d\u00e9but, les conseil\u2019haies traitaient deux, trois requ\u00eates par jour. Mais depuis cet \u00e9t\u00e9, les demandes \u00ab&#8239;<em>pleuvent pleuvent pleuvent<\/em>&#8239;\u00bb, dit Val\u00e9rie Charles, conseill\u00e8re aupr\u00e8s des\u00a0citoyens. M\u00eame si certains veulent surtout planter pour ne plus voir leur voisin, elle trouve qu\u2019en g\u00e9n\u00e9ral, les gens \u00ab&#8239;<em>le font pour la biodiversit\u00e9<\/em>&#8239;\u00bb. On l\u2019appelle avec un projet pr\u00e9cis en t\u00eate, ou pas du tout. Alors, elle d\u00e9roule le mode d\u2019emploi pour une plantation nature-friendly&nbsp;: pas d\u2019essences exotiques, ne pas tailler entre avril et juillet, un minimum de trois essences diff\u00e9rentes pour les haies\u2026 Un monsieur s\u2019en est \u00e9mu au bout du fil&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Trois&#8239;? Mais c\u2019est moche.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nQuelques appels ont aussi d\u00e9marr\u00e9 sur des pleurs (une haie coup\u00e9e par erreur) et des reproches (les pesticides du voisin sur une autre). Le guichet citoyen se transforme parfois en bureau des plaintes, mais qu\u2019importe, la mayonnaise prend, l\u2019info tourne dans les quartiers&nbsp;: la Wallonie donne des sous pour planter.<br \/>\nLe programme <em>Yes We Plant<\/em> s\u2019amorce en 2019, en d\u00e9but de l\u00e9gislature. Les plantations \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 encourag\u00e9es avant, certes, mais avec un succ\u00e8s relatif. \u00ab&#8239;<em>Les l\u00e9gislatures pr\u00e9c\u00e9dentes, on avait plant\u00e9 110&nbsp;km de haies en trois ans<\/em>&#8239;\u00bb, avance William Ortmans, attach\u00e9 qualifi\u00e9 au SPW et l\u2019un des coordinateurs de Yes We Plant. Cette fois, la ministre wallonne de l\u2019Environnement, C\u00e9line Tellier (Ecolo), compte bien passer \u00e0 la vitesse sup\u00e9rieure. Objectif&nbsp;: \u00ab&#8239;4 000&nbsp;km de haies et\/ou un million d\u2019arbres&#8239;\u00bb d\u2019ici 2024 (objectif aujourd\u2019hui \u00ab&#8239;large-ment atteint&#8239;\u00bb, se r\u00e9jouit le cabinet). Les plants sont soit distribu\u00e9s gratuitement, soit subventionn\u00e9s. Les montants passent de trois \u00e0 cinq euros pour un m\u00e8tre de haie, de quatre \u00e0 six par arbre. Enveloppe pr\u00e9vue&nbsp;: dix\u00a0millions.<br \/>\nIl y a eu quelques couacs en route, c\u2019est s\u00fbr&nbsp;: les p\u00e9pini\u00e9ristes, par exemple, ont fait les gros yeux devant les annonces du gouvernement. \u00ab&#8239;<em>Ils ont pr\u00e9vu les programmes, mais pas les graines<\/em>&#8239;\u00bb, se souvient l\u2019un d\u2019eux. Les arbres \u00e9taient <em>out of stock<\/em>. Depuis, des contrats ont \u00e9t\u00e9 sign\u00e9s, les p\u00e9pini\u00e8res livrent chaque automne des centaines de milliers de plants. William Ortmans&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>C\u2019est vraiment un changement de paradigme.<\/em>&#8239;\u00bb Le but&#8239;? \u00ab&#8239;<em>La biodiversit\u00e9, \u00e9videmment.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019Europe finit par avoir vent des ambitieuses plantations wallonnes. La repr\u00e9sentation de la Commission europ\u00e9enne en Belgique prend contact avec la R\u00e9gion&nbsp;: ils trouvent \u00e7a formidable, \u00e7a leur dirait de participer \u00e0 leur campagne \u00e0 eux&#8239;? <em>Three Billion Trees<\/em> et <em>Yes We Plant<\/em> officialisent leur union le 8\u00a0d\u00e9cembre 2022, \u00e0 Marche-les-Dames. Une c\u00e9r\u00e9monie sobre, une attestation en papier cartonn\u00e9 (\u00ab&#8239;2 653 884\u00a0arbres&#8239;\u00bb), et quelques sueurs pour William Ortmans en amont.<br \/>\nC\u2019est qu\u2019il a fallu un peu triturer les donn\u00e9es. L\u2019UE et la R\u00e9gion ne comptent pas les arbres de la m\u00eame fa\u00e7on. Le SPW a par exemple d\u00fb convertir ses kilom\u00e8tres de haies en arbres, l\u2019unit\u00e9 du pledge. Soustraire toutes les promesses, aussi&nbsp;: le compteur europ\u00e9en veut des arbres en terre, le wallon accepte ceux qui ne le sont pas encore. En juin 2023, les \u00ab&#8239;promesses fermes&#8239;\u00bb repr\u00e9sentaient 23&nbsp;% du million d\u2019arbres au compteur. Et 55&nbsp;% des haies.<\/p>\n<p>\u00ab&#8239;<em>Nous pouvons d\u00e9j\u00e0 annoncer que le programme Yes We Plant est un succ\u00e8s<\/em>&#8239;\u00bb, d\u00e9clarait la ministre Tellier \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode.<br \/>\n\u00ab&#8239;<em>Moi, \u00e7a m\u2019\u00e9nerve profond\u00e9ment.<\/em>&#8239;\u00bb Gr\u00e9gory Mahy n\u2019est pas l\u00e0 pour se faire des amis. Il fait de la recherche en \u00e9cologie, il forme des ing\u00e9nieurs \u00e0 Gembloux Agro-Bio Tech, et il est survolt\u00e9. Pour lui, le <em>pledge<\/em>, tout \u00e7a, \u00ab&#8239;<em>c\u2019est de la blague<\/em>&#8239;\u00bb. Planter des arbres, ce n\u2019est pas mauvais, ce n\u2019est pas ce qu\u2019il dit, hein, \u00ab&#8239;<em>on a besoin d\u2019arbres<\/em>&#8239;\u00bb. Les haies en milieu agricole par exemple, c\u2019est \u00ab&#8239;<em>essentiel<\/em>&#8239;\u00bb. <em>Yes We Plant<\/em> s\u2019y att\u00e8le, d\u2019ailleurs&nbsp;: la moiti\u00e9 des plants gratuits sont partis chez les agriculteurs la saison pass\u00e9e. Non, ce qui irrite Gr\u00e9gory Mahy, c\u2019est l\u2019indicateur. L\u2019objectif comptable. Dix arbres par-ci, trois cents par-l\u00e0, pour atteindre un chiffre \u00ab&#8239;<em>qui ne repr\u00e9sente rien<\/em>&#8239;\u00bb, \u00ab&#8239;<em>m\u00eame pas une demi-for\u00eat<\/em>&#8239;\u00bb. Et qui \u00ab&#8239;<em>cache tout le reste<\/em>&#8239;\u00bb.<br \/>\n\u00ab&#8239;<em>On a dit 4 000&nbsp;km. Quatre mille. Donc on va peut-\u00eatre en avoir deux mille dans les jardins. O\u00f9 c\u2019est bien aussi. Mais ces haies vont soutenir, en milieu urbain, une faune assez banale, g\u00e9n\u00e9raliste\u2026 On n\u2019a pas cibl\u00e9. On n\u2019a pas mis les moyens pour avoir des ensembles bocagers structurants, qui\u00a0font vraiment la diff\u00e9rence<\/em>, regrette Gr\u00e9gory Mahy. <em>Le gros enjeu, \u00e0 l\u2019heure actuelle, c\u2019est de construire des \u00e9cosyst\u00e8mes r\u00e9silients, r\u00e9sistants \u00e0 tous les changements climatiques. C\u2019est \u00e7a, la priorit\u00e9. Et on ne met pas les priorit\u00e9s.<\/em>&#8239;\u00bb Avec le risque que des plants terminent \u00ab&#8239;<em>l\u00e0 o\u00f9 c\u2019est facile<\/em>&#8239;\u00bb, comme sur \u00ab&#8239;<em>des friches industrielles, ou des zones de pelouses, qui sont d\u00e9j\u00e0 des milieux de tr\u00e8s grand int\u00e9r\u00eat biologique<\/em>&#8239;\u00bb.<br \/>\n\u00ab&#8239;<em>Le probl\u00e8me, ce n\u2019est pas de mettre un million d\u2019arbres<\/em>, tranche le scientifique. <em>Le probl\u00e8me, c\u2019est de g\u00e9rer nos \u00e9cosyst\u00e8mes correctement.<\/em>&#8239;\u00bb Il soupire presque&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Le pire, dans ces histoires de plantations, c\u2019est qu\u2019elles m\u00e8nent \u00e0 l\u2019id\u00e9e que l\u2019arbre est la solution ultime. Que planter des arbres partout, c\u2019est toujours bon. C\u2019est faux<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<figure id=\"attachment_5638\" aria-describedby=\"caption-attachment-5638\" style=\"width: 1024px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5638 size-large\" src=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/arbrevanmalleghem023-1024x683.png\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"683\" srcset=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/arbrevanmalleghem023-1024x683.png 1024w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/arbrevanmalleghem023-300x200.png 300w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/arbrevanmalleghem023-768x512.png 768w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/arbrevanmalleghem023-1536x1024.png 1536w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/arbrevanmalleghem023-2048x1366.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5638\" class=\"wp-caption-text\">Pierre Hermans, CEO de Sylva Nova<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Yes We Plant<\/em>&#8239;? Pierre Hermans voit ce que c\u2019est, oui. Il n\u2019y participe pas. D\u00e9j\u00e0, il travaille en for\u00eat, or <em>Yes We Plant<\/em> concerne d\u2019autres espaces, les \u00ab&#8239;milieux ouverts&#8239;\u00bb, bref, pas lui. Et puis, il lui faut des surfaces. \u00ab&#8239;<em>Sinon on se retrouve \u00e0 faire du paysagisme. Mais c\u2019est pas notre boulot.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nLui est expert forestier, CEO de Sylva Nova, \u00ab&#8239;<em>deux millions d\u2019arbres chaque ann\u00e9e<\/em>&#8239;\u00bb en Europe. Pourtant, il n\u2019appara\u00eet pas au compteur de Three Billion Trees. Depuis la belle vall\u00e9e de la Julienne, entre Li\u00e8ge et Maastricht, Pierre Hermans travaille dans l\u2019ombre.<\/p>\n<p>Sylva Nova est en fait le bras technique de gros noms, Fondation Jane Goodall, ONU, et surtout Reforest\u2019Action&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Hors France, 80&nbsp;% de leurs projets europ\u00e9ens, c\u2019est nous qui les faisons.<\/em>&#8239;\u00bb L\u2019entreprise fran\u00e7aise trouve les budgets, Sylva Nova les convertit en for\u00eats, rep\u00e8re les terrains, g\u00e8re les sous-traitants, surveille les plants pendant cinq ans. D\u2019o\u00f9 vient l\u2019argent&#8239;? Banques. Grands groupes. Luxe, \u00e9nergie, automobile. Au pledge europ\u00e9en, Reforest\u2019Action enregistre 536 000\u00a0arbres.<br \/>\nIl sait ce qui se murmure dans son dos. \u00ab&#8239;<em>Pierre Hermans est all\u00e9 se vendre<\/em>&#8239;\u00bb. C\u2019est un \u00ab&#8239;<em>opportuniste<\/em>&#8239;\u00bb, \u00ab&#8239;<em>caution de l\u2019industrie<\/em>&#8239;\u00bb. \u00c7a le fait sourire. \u00ab&#8239;<em>Ils ont une activit\u00e9 qui est l\u00e9gale. Ils vendent des produits, que m\u00eame les gens qui les critiquent utilisent. Moi, je suis pas censeur. Tant que la com autour est correcte, qu\u2019il n\u2019y a techniquement pas d\u2019exag\u00e9ration, leurs motivations profondes, je m\u2019en moque. Mon \u00e9cosyst\u00e8me, il est restaur\u00e9.<\/em>&#8239;\u00bb Dans la vall\u00e9e, class\u00e9e Natura 2000, Engie \u00ab&#8239;<em>a mis des billes<\/em>&#8239;\u00bb. D\u2019Ieteren, distributeur de Volkswagen et Porsche, aussi.<\/p>\n<p>Le m\u00e9tier a chang\u00e9. Dans les ann\u00e9es 1990, Sylva Nova conseillait uniquement les propri\u00e9taires de for\u00eats priv\u00e9es dans le but de produire du bois, le plus joli tronc possible pour les plus jolies planches possibles, que faire d\u2019autre avec une for\u00eat&#8239;? On ne parlait ni de biodiversit\u00e9, ni de changement climatique, observe Pierre Hermans. On est pass\u00e9 d\u2019un \u00ab&#8239;<em>petit monde de forestiers qui vivaient entre eux<\/em>&#8239;\u00bb \u00e0 une for\u00eat qui \u00ab&#8239;<em>int\u00e9resse tout le monde, parce que tout le monde se rend compte qu\u2019il y a un enjeu<\/em>&#8239;\u00bb.<br \/>\nPour autant, l\u2019obsession de la compensation, une for\u00eat juste pour le carbone, il s\u2019en m\u00e9fie. Sa sp\u00e9cialit\u00e9 \u00e0 lui, c\u2019est planter apr\u00e8s les incendies, les temp\u00eates, les maladies. \u00ab&#8239;<em>On valorise au maximum ce qui est encore sur place, il explique. C\u2019est tr\u00e8s rare qu\u2019on parte d\u2019un terrain nu. Mais c\u2019est tr\u00e8s rare qu\u2019on puisse uniquement travailler avec la nature.<\/em>&#8239;\u00bb Probl\u00e8me de timing&nbsp;: impossible de dire \u00e0 l\u2019entreprise, \u00ab&#8239;<em>ne vous tracassez pas, dans quarante ans, on va vous donner des r\u00e9sultats<\/em>, blague-t-il. T<em>rois ans, pour de la RSE<\/em> (responsabilit\u00e9 soci\u00e9tale des entreprises),<em> c\u2019est pas mal. Trois ans, on est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s contents.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Personne n\u2019est contre les arbres. Son capital sympathie est \u00e9norme. L\u2019arbre est frais, l\u2019arbre est fun, bien plus qu\u2019une tourbi\u00e8re ou un marais. Pour \u00e9viter le <em>treewashing<\/em>, il est donc \u00ab&#8239;<em>essentiel d\u2019\u00e9tablir des normes claires<\/em>&#8239;\u00bb afin de \u00ab&#8239;<em>planter en plus d\u2019autres actions, et non \u00e0 la place<\/em>&#8239;\u00bb, met en garde la Commission dans un document consacr\u00e9 au <em>pledge<\/em>. Car dans cette course contre la montre climatique, le secteur priv\u00e9 veut et doit \u00eatre impliqu\u00e9, rappelle-t-elle. Pour \u00ab&#8239;mobiliser des fonds&#8239;\u00bb, \u00e9videmment. Mais aussi, des surfaces. C\u2019est que trois milliards d\u2019arbres suppl\u00e9mentaires, \u00e7a prend de la place.<\/p>\n<p>Deux millions d\u2019hectares, environ deux tiers de Belgique. \u00c7a n\u2019inqui\u00e8te pas la Commission. \u00ab&#8239;<em>Certainement faisable<\/em>&#8239;\u00bb, \u00e9crit-elle&nbsp;: en plus de tous les sites naturels \u00e0 restaurer, \u00ab&#8239;<em>4,8 millions d\u2019hectares pourraient devenir disponibles<\/em>&#8239;\u00bb d\u2019ici 2030. Ces nouveaux terrains, ce sont les terres agricoles abandonn\u00e9es.<br \/>\nC\u2019est ce qu\u2019a fait Life Terra \u00e0 Ostende. Qui&#8239;? Life Terra, contributeur du pledge, fondation n\u00e9erlandaise b\u00e9n\u00e9ficiaire de fonds europ\u00e9ens via le programme Life. En 2022, elle afforestait (c\u2019est le terme) un ancien terrain agricole avec l\u2019aide d\u2019employ\u00e9s Ernst &amp; Young, multinationale d\u2019origine britannique. Life Terra a r\u00e9alis\u00e9 deux autres projets en Belgique, en for\u00eat cette fois. Puis plus rien. La fondation \u00ab&#8239;<em>se d\u00e9ploie dans d\u2019autres pays europ\u00e9ens<\/em>&#8239;\u00bb, prioritaires donc, explique Life Terra dans un mail. \u00ab&#8239;<em>Aussi, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la terre peut \u00eatre difficile en Belgique<\/em>&#8239;\u00bb, ajoute-t-elle. Elle a tout de m\u00eame r\u00e9ussi \u00e0 trouver un site \u00e0 Braine-le-Comte, et un autre \u00e0 Bonlez, une parcelle bord\u00e9e de champs, avec une grille \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019o\u00f9 pendouille un petit panneau \u00ab&#8239;<em>\u00c0 vendre, bois de chauffage<\/em>&#8239;\u00bb.<br \/>\n<!--nextpage--><\/p>\n<figure id=\"attachment_5662\" aria-describedby=\"caption-attachment-5662\" style=\"width: 1024px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5662 size-large\" src=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/srbvanmalleghem076-1024x683.png\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"683\" srcset=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/srbvanmalleghem076-1024x683.png 1024w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/srbvanmalleghem076-300x200.png 300w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/srbvanmalleghem076-768x512.png 768w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/srbvanmalleghem076-1536x1024.png 1536w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/srbvanmalleghem076-2048x1366.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5662\" class=\"wp-caption-text\">Pierre-Olivier Bonhomme de la Soci\u00e9t\u00e9 royale foresti\u00e8re de Belgique<\/figcaption><\/figure>\n<p>\u00c7a ressemble \u00e0 n\u2019importe quelle for\u00eat&#8239;; ce n\u2019est pas le cas. Les arbres y sont espac\u00e9s, plus que d\u2019habitude. Il y a de la ronce, du bois mort. Et des c\u00e8dres de l\u2019Atlas, inhabituels sous ces latitudes.<br \/>\nBienvenue dans la for\u00eat mosa\u00efque, la \u00ab&#8239;for\u00eat de demain&#8239;\u00bb. Un concept venu de France et adopt\u00e9 par la Soci\u00e9t\u00e9 royale foresti\u00e8re de Belgique (SRFB), qui a travaill\u00e9 avec Life Terra \u00e0 Bonlez. Le principe&nbsp;: diversifier. Multiplier les techniques et les essences, pour pr\u00e9parer la for\u00eat \u00e0 l\u2019incertain et l\u2019in\u00e9luctable. Dans un coin, exploiter des arbres&#8239;; dans un autre, les laisser vieillir et abriter la faune, par exemple. Une id\u00e9e int\u00e9ressante, estime Marc Dufr\u00eane, \u00e9cologue et chercheur \u00e0 Gembloux Agro-Bio Tech. Mais pas aboutie.<br \/>\nLes logiques de production ne sont pas remises en question, regrette-t-il. \u00ab&#8239;Il n\u2019y a pas eu de r\u00e9flexion sur&nbsp;: qu\u2019est-ce qu\u2019on veut retirer r\u00e9ellement de la for\u00eat&#8239;? Et est-ce qu\u2019on y est n\u00e9cessaire&#8239;?&#8239;\u00bb Il \u00e9voque un interventionnisme syst\u00e9matique, impatient, typique de nos \u00e9poques, qui heurte parfois plus qu\u2019il ne sert. Prenez le robinier, espoir forestier jadis, aujourd\u2019hui invasif. Marc Dufr\u00eane sugg\u00e8re un pas de c\u00f4t\u00e9&nbsp;: laisser faire. Un arbre, \u00ab&#8239;\u00e7a pousse tout seul&#8239;\u00bb, \u00ab&#8239;au moins 80 ans&#8239;\u00bb et jusqu\u2019\u00e0 150, 700, 1000. O\u00f9 placer le forestier l\u00e0-dedans, lui qui \u00ab&#8239;\u00e9duque&#8239;\u00bb l\u2019arbre et lui donne une valeur&#8239;? Et la fili\u00e8re bois, 72 000 emplois en Belgique&#8239;? Et le po\u00eale \u00e0 pellets du salon&#8239;?<\/p>\n<p>Pendant qu\u2019on parle, les arbres ont soif. Les arbres meurent. Sur des \u00ab&#8239;hectares et des hectares&#8239;\u00bb, se d\u00e9sole Julie Losseau, charg\u00e9e du projet Trees for Future \u00e0 la SRFB. Devant l\u2019h\u00e9catombe, elle teste la rel\u00e8ve&nbsp;: les fameux c\u00e8dres \u00e0 Bonlez, mais aussi des pins des Landes dans la sablonneuse Campine (qui poussent \u00ab&#8239;tr\u00e8s bien&#8239;\u00bb) et vingt-deux autres essences venues du Sud, d\u2019ailleurs, du sec. Pierre Hermans aussi revoit les designs, panache ses parcelles avec du pin de Corse. Marc Dufr\u00eane \u00e9met \u00e0 nouveau des r\u00e9serves (\u00ab&#8239;<em>Il y a une bonne id\u00e9e, mais ce sera dans 150 ans qu\u2019on saura si ces esp\u00e8ces sont adapt\u00e9es<\/em>&#8239;\u00bb). Gr\u00e9gory Mahy aussi (\u00ab&#8239;<em>Des esp\u00e8ces import\u00e9es d\u2019un climat donn\u00e9 ne se comportent pas de la m\u00eame fa\u00e7on<\/em>&#8239;\u00bb). C\u2019est une impression, ou personne n\u2019est jamais d\u2019accord&#8239;?<\/p>\n<p>On vise toujours tous la m\u00eame chose, non&#8239;? Une Terre habitable&#8239;? Pour rappel, on a quand m\u00eame un puits de carbone \u00e0 construire, cf. le Pacte vert, et il doit avaler 310\u00a0millions de tonnes\u00a0\u00e9q. CO2 en 2030. Three Billion Trees pourrait d\u00e9j\u00e0 en absorber quatre millions. Si la campagne aboutit&nbsp;: \u00e0 ce jour, seule-ment 0,43&nbsp;% de son objectif a \u00e9t\u00e9 plant\u00e9. Il reste six ans. En plus, le cerisier de Zuhal Demir est mort.<br \/>\nNiveau puits de carbone, il y a aussi plus efficace. Devant la restauration, l\u2019afforestation et la reforestation (les trois dans le m\u00eame sac, tout \u00e0 fait), le GIEC liste deux options&nbsp;: la s\u00e9questration carbone dans l\u2019agriculture, et surtout, la \u00ab&#8239;<em>r\u00e9duction de la conversion des \u00e9cosyst\u00e8mes naturels<\/em>&#8239;\u00bb, soit pr\u00e9server en amont. Ou version Gr\u00e9gory Mahy&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Pour r\u00e9gler le probl\u00e8me des haies, on interdit de les couper<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Absorber les \u00e9missions, c\u2019est utile. Mais les r\u00e9duire, c\u2019est indispensable. Urgent. Prioritaire. On coupe le robinet, plut\u00f4t que d\u2019\u00e9ponger derri\u00e8re. On n\u2019y arrivera pas uniquement avec des ch\u00e2taigniers, les copains, et c\u2019est David Ho qui l\u2019explique le mieux. Oc\u00e9anographe \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Hawa\u00ef, il s\u2019amuse \u00e0 convertir les absorptions carbone (qu\u2019on se repr\u00e9sente mal) en unit\u00e9s de temps (qu\u2019on comprend mieux). Capter X tonnes de CO2 de l\u2019atmosph\u00e8re, c\u2019est retrouver les niveaux carbone d\u2019il y a Y minutes, en gros. Au rythme des \u00e9missions actuelles, trois milliards d\u2019arbres permettraient chaque ann\u00e9e de remonter le temps d\u2019environ seize heures et trente-trois minutes&#8239;; un million d\u2019arbres, c\u2019est vingt secondes. Une fois les arbres devenus adultes.<\/p>\n<p>Reprenons. Si d\u00e9j\u00e0 on se lance dans un maratronc, peut-on au moins emporter une boussole&#8239;? Ouf, la Commission a justement publi\u00e9 ses recommandations, en mars dernier. R\u00e8gle num\u00e9ro un&nbsp;: \u00ab&#8239;La perm\u00e9abilit\u00e9 du sol, sa capacit\u00e9 de r\u00e9tention hydrique, doivent \u00eatre prises en compte.&#8239;\u00bb Une plantation mal pens\u00e9e peut assoiffer faune et flore alentour, en gros. Bon \u00e0 savoir. Num\u00e9ro deux&nbsp;: planter sur des mar\u00e9cages, tourbi\u00e8res, roseaux, doit \u00ab&#8239;toujours \u00eatre \u00e9vit\u00e9&#8239;\u00bb. Facile. Trois&nbsp;: mixer conif\u00e8res et feuillus est plus favorable \u00e0 \u00ab&#8239;une large vari\u00e9t\u00e9 d\u2019esp\u00e8ces&#8239;\u00bb, compar\u00e9 \u00e0 du 100&nbsp;% conif\u00e8re, du monos-p\u00e9cifique. \u00ab&#8239;Mais cela va beaucoup d\u00e9pendre des conditions du site.&#8239;\u00bb Ah&#8239;? \u00ab&#8239;Sur certains sites, les arbres poussent naturellement en for\u00eat monosp\u00e9cifique.&#8239;\u00bb Euh&#8239;?<\/p>\n<p>Brian MacSharry, \u00e0 la rescousse. Il est le responsable du groupe Biodiversit\u00e9 de l\u2019Agence europ\u00e9enne pour l\u2019environnement, l\u2019organe qui g\u00e8re la partie suivi et data de Three Billion Trees. Il r\u00e9sume efficacement l\u2019affaire (\u00ab&#8239;<em>La biodiversit\u00e9, c\u2019est complexe<\/em>&#8239;\u00bb), puis donne un exemple&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Certaines prairies ont beaucoup de fleurs, et sont importantes pour les pollinisateurs. Peut-\u00eatre que ce n\u2019est pas ce qu\u2019il y avait l\u00e0, huit ans plus t\u00f4t, mais c\u2019est tr\u00e8s important pour la biodiversit\u00e9 actuelle. Et on veut planter une for\u00eat&#8239;? Dans certains cas, la r\u00e9ponse est oui. Dans d\u2019autres, c\u2019est non.<\/em>&#8239;\u00bb Pos\u00e9 autrement, les b\u00e9n\u00e9fices et les risques d\u2019une plantation vont \u00ab&#8239;<em>largement d\u00e9pendre de la m\u00e9thode, du contexte du site, de la mise en \u0153uvre et de l\u2019\u00e9chelle<\/em>&#8239;\u00bb, dixit le GIEC.<br \/>\nL\u00e0 est le n\u0153ud. Comment trancher&#8239;? Comment \u00eatre certains que les budgets, les graines, les terres, ne seront pas g\u00e2ch\u00e9s dans des projets au mieux inefficaces, et au pire d\u00e9l\u00e9t\u00e8res&#8239;? Comment l\u2019Europe peut-elle s\u2019assurer qu\u2019ils servent bien les objectifs du Pacte vert&#8239;? R\u00e9ponse de la Commission&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>La responsabilit\u00e9 repose principalement sur l\u2019individu ou l\u2019organisation<\/em>&#8239;\u00bb. Ce sont eux qui plantent, eux qui font remonter l\u2019info jusqu\u2019\u00e0 Bruxelles. Il n\u2019y aura pas de contr\u00f4le sur le terrain. La Commission rassure&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>C\u2019est pourquoi nous comptons sur la d\u00e9claration sur l\u2019honneur.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Brian MacSharry \u00e9voque lui aussi le document (trois pages, annexes comprises) comme garant de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des projets. Il apportera \u00e9galement cette nuance. Si un projet d\u00e9pend en effet du planteur, il d\u00e9pend surtout des priorit\u00e9s environnementales identifi\u00e9es en amont, en local. \u00ab&#8239;<em>C\u2019est l\u00e0 que vous avez d\u2019int\u00e9ressantes conversations sur ce qui est prioritaire<\/em>, sourit MacSharry sous ses lunettes. <em>La science est claire, je pense. Ensuite, \u00e7a devient politique.<\/em>&#8239;\u00bb Et il le r\u00e9p\u00e8tera plusieurs fois&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>There will be conflict<\/em>.&#8239;\u00bb<br \/>\n<!--nextpage--><\/p>\n<figure id=\"attachment_5656\" aria-describedby=\"caption-attachment-5656\" style=\"width: 1024px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5656 size-large\" src=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/nathalievanmalleghem039-1024x683.png\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"683\" srcset=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/nathalievanmalleghem039-1024x683.png 1024w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/nathalievanmalleghem039-300x200.png 300w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/nathalievanmalleghem039-768x512.png 768w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/nathalievanmalleghem039-1536x1024.png 1536w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/nathalievanmalleghem039-2048x1366.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5656\" class=\"wp-caption-text\">Nathalie Preud\u2019homme dans son verger<\/figcaption><\/figure>\n<p>Une par une, du bout des doigts, Nathalie Preud\u2019homme d\u00e9croche les limaces de ses choux. Elle les place dans un seau, traverse le jardin, et les jette l\u00e0, sur le compost. Dans quelques jours, les limaces reviendront. Alors, elle recommencera.<br \/>\nNathalie Preud\u2019homme n\u2019est pas maraich\u00e8re \u00e0 la base. Une formation comme agent de voyage, du secr\u00e9tariat ensuite. L\u2019agriculture, normalement, c\u2019est son p\u00e8re. Lorsqu\u2019elle reprend l\u2019exploitation, en 2021, ses cheveux sont depuis longtemps tiss\u00e9s d\u2019argent.<br \/>\nTr\u00e8s vite, elle \u00ab&#8239;<em>sacrifie<\/em>&#8239;\u00bb un demi-hectare&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Je voulais remettre un peu de biodiversit\u00e9.<\/em>&#8239;\u00bb Son fr\u00e8re g\u00e8re les champs, pois, orge, froment&#8239;; elle s\u2019occupera du potager et du verger, en agro\u00e9cologie. Elle y installe des pommiers oubli\u00e9s, un nichoir pour les chouettes. \u00c7a n\u2019a rien co\u00fbt\u00e9&nbsp;: 2 472,77 euros avanc\u00e9s pour les plants, Yes We Plant en a revers\u00e9 3 150. Les haies autour du verger, aussi, sont l\u00e0 gr\u00e2ce aux subsides. De larges rang\u00e9es de n\u00e9fliers, de cassis, de cognassiers, des machins incroyables, tout hirsutes, avec des tapis d\u2019herbes folles aux pieds. Et des fleurs. \u00ab&#8239;<em>Les coquelicots sont revenus<\/em>&#8239;\u00bb, souffle Nathalie Preud\u2019homme.<br \/>\nSon p\u00e8re ne comprend pas toujours ce qu\u2019elle fait. Pour les limaces, il a voulu aider&nbsp;: \u00ab&#8239;Si tu veux, il y a encore de l\u2019insecticide.&#8239;\u00bb \u00ab&#8239;Pas besoin, papa.&#8239;\u00bb Elle, elle le comprend. Au champ pendant cinquante ans, il fait partie de la g\u00e9n\u00e9ration PAC, t\u00e9moin et moteur du d\u00e9ploiement de l\u2019agriculture intensive, \u00ab&#8239;condi-tionn\u00e9e, petit \u00e0 petit&#8239;\u00bb. \u00ab&#8239;Tracteur plus gros, mat\u00e9riel plus gros. Tel produit, vous \u00e9vitez les maladies. On arrive \u00e0 de bons rendements, \u00e0 de belles cultures. Pourquoi il faudrait faire marche arri\u00e8re&#8239;?&#8239;\u00bb<br \/>\n\u00c0 l\u2019\u00e9poque, les primes sur les arbres fruitiers existaient d\u00e9j\u00e0. Pour les arracher. Cinq cents francs belges par souche, environ quarante euros. Aujourd\u2019hui, pour un fruitier plant\u00e9, Nathalie Preud\u2019homme touche vingt-cinq euros.<br \/>\nIl reste une derni\u00e8re plantation \u00e0 visiter. Celle-l\u00e0 est riquiqui, tr\u00e8s serr\u00e9e, et c\u2019est fait expr\u00e8s&nbsp;: c\u2019est une for\u00eat Miyawaki, ces fameuses microplantations urbaines. Autant d\u00e9cri\u00e9e qu\u2019applaudie&nbsp;: na\u00efve, co\u00fbteuse, fanfaronne, accusent les critiques, irrit\u00e9s m\u00eame par son nom. \u00ab&#8239;<em>J\u2019appelle \u00e7a un bosquet&#8239;? C\u2019est un peu plat<\/em>&#8239;\u00bb, soupire Nicolas de Braband\u00e8re, fondateur d\u2019Urban Forests. Il plante de son c\u00f4t\u00e9, ou en duo avec l\u2019entreprise SUGi, 50 000 arbres au compteur europ\u00e9en. Et il est las des pol\u00e9miques. \u00ab&#8239;<em>Je pense que les gens sont capables de faire la diff\u00e9rence entre une for\u00eat, et une for\u00eat Miyawaki.<\/em>&#8239;\u00bb Ce qu\u2019il souhaite, lui, c\u2019est recr\u00e9er \u00ab&#8239;<em>un morceau de for\u00eat primordiale<\/em>&#8239;\u00bb. Des \u00ab&#8239;<em>for\u00eats \u00e0 vivre<\/em>&#8239;\u00bb, participatives, o\u00f9 les humains se r\u00e9concilieraient avec le sauvage. O\u00f9 ils seraient, enfin, dans l\u2019action. \u00ab&#8239;<em>Les chiffres sont n\u00e9cessaires, mais ce n\u2019est pas \u00e7a qui va faire bouger les choses. La preuve, ils sont catastrophiques. Et \u00e7a change quoi&#8239;?<\/em>&#8239;\u00bb Il forme un rond avec ses doigts.<br \/>\nL\u2019une de ces for\u00eats est \u00e0 Malines. Un projet financ\u00e9 par Vittel, entre une maison claire et un parc propret. Un joyeux bazar, un tricot de rameaux et de brindilles, tout paillet\u00e9 d\u2019insectes. J\u2019y ai d\u00e9couvert des arbres que je n\u2019avais jamais vus&#8239;; que je n\u2019avais jamais pris le temps de voir. Le sorbier des oiseleurs, \u00e7a vous parle&#8239;? Des feuilles sombres, pleines de dents. C\u2019est joli. On l\u2019oublierait presque&nbsp;: avant, il y avait un parking ici.<br \/>\nPuis je l\u2019ai aper\u00e7u, lov\u00e9 sous une feuille de tilleul&nbsp;: un petit, tout petit espoir. Lentement, il s\u2019est gliss\u00e9 contre moi, au creux du ventre, au coin des yeux. Une tendresse, \u00e9paisse comme la s\u00e8ve, qui n\u2019\u00e9cl\u00f4t qu\u2019ici, dans la terre et le vent. \u00ab&#8239;<em>\u00c7a fait du bien aux gens<\/em>&#8239;\u00bb, avait dit Nicolas de Braband\u00e8re. \u00ab&#8239;<em>C\u2019est r\u00e9el.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nLes minutes s\u2019\u00e9grenaient en silence&#8239;; soudain, il fallait partir. J\u2019ai attrap\u00e9 mon v\u00e9lo et rejoint la route principale, laissant derri\u00e8re la minijungle qui agrandit le c\u0153ur. J\u2019ai d\u00e9val\u00e9 le bitume, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des voitures, et des voitures, et des voitures. Et tout a disparu.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trois milliards d\u2019arbres en plus&nbsp;: c\u2019est la promesse de l\u2019Union europ\u00e9enne d\u2019ici 2030. Pour le climat. Pour la biodiversit\u00e9. Pour survivre. Son planteur principal, le champion de l\u2019arbre&#8239;? La Belgique. Et surtout la Wallonie, via Yes We Plant, programme sem\u00e9 en d\u00e9but de l\u00e9gislature. 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