{"id":553,"date":"2021-06-18T10:22:55","date_gmt":"2021-06-18T08:22:55","guid":{"rendered":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/news\/marguerite-yourcenar-feministe-malgre-elle\/"},"modified":"2023-12-08T10:32:45","modified_gmt":"2023-12-08T09:32:45","slug":"sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\/","title":{"rendered":"Sur les terres belges de Marguerite Yourcenar"},"content":{"rendered":"<p>Elle se disait humaniste, pas f\u00e9ministe. Dans ses romans, la plupart des h\u00e9ros sont des hommes. Mais elle a v\u00e9cu en femme affranchie des conventions. Elle a refus\u00e9 les assignations de genre, sans jamais se laisser impressionner par les hommes de pouvoir et d\u2019argent. N\u00e9e \u00e0 Bruxelles en 1903, Marguerite Yourcenar a-t-elle servi la cause des femmes&#8239;? Ou bien entrav\u00e9 un grand mouvement d\u2019\u00e9mancipation&#8239;? \u00ab&#8239;<em>Wilfried<\/em>&#8239;\u00bb est retourn\u00e9 sur les lieux marquants qui rattachent Yourcenar \u00e0 la Belgique. Une excursion, en cinq \u00e9tapes, pour relire sa vie et son \u0153uvre au prisme des d\u00e9bats contemporains sur le genre et le sexe.<\/p>\n<p>Elle est l\u2019\u00e9crivaine pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e des hommes politiques belges. Aucun autre romancier n\u00e9 en Belgique, pas m\u00eame le vorace Simenon, n\u2019a autant qu\u2019elle impr\u00e9gn\u00e9 plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de militants, bourgmestres, ministres et pr\u00e9sidents de parti, par-del\u00e0 les ob\u00e9diences et les clivages. Cela n\u2019en fait pas une compatriote pour autant. Marguerite Yourcenar a vu le jour avenue Louise, \u00e0 Bruxelles, mais elle fut de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 de sa vie, citoyenne des \u00c9tats-Unis ensuite, tout en buvant aux sources d\u2019Italie, de Gr\u00e8ce, de Suisse, de Russie, d\u2019Inde, du Japon et d\u2019ailleurs. \u00ab&#8239;J\u2019ai plusieurs cultures, comme j\u2019ai plusieurs pays. J\u2019appartiens \u00e0 tous&#8239;\u00bb, disait-elle.<\/p>\n<p>Sur le terrain politique aussi, elle appartient \u00e0 tous. Il y a une unanimit\u00e9 Yourcenar difficile \u00e0 percer. Elle pla\u00eet autant \u00e0 gauche qu\u2019\u00e0 droite. Son attrait s\u2019exerce sur les francs-ma\u00e7ons comme sur les chr\u00e9tiens pratiquants et sur les juifs de culture. Le magn\u00e9tisme de son \u0153uvre op\u00e8re \u00e0 Bruxelles, en Flandre et en Wallonie. Son \u00e9rudition frappe la vieille noblesse ardennaise et les fils d\u2019immigr\u00e9s du Borinage. Et surtout, elle marque. Elle reste. Laisse des traces. On n\u2019oublie pas Yourcenar. Quand on l\u2019a lue, c\u2019est pour toujours.<\/p>\n<figure class=\"blockquote-figure\">\n<blockquote>\n<p>Marguerite Yourcenar interroge comme personne la vieillesse, le temps qui passe, la d\u00e9cadence physique. C\u2019est assez exceptionnel.<\/blockquote><figcaption class=\"blockquote-footer\">Louis Michel , ancien pr\u00e9sident du PRL<\/figcaption><\/figure>\n<p>\u00ab&#8239;<em>Je suis un fan<\/em>&#8239;\u00bb, garantit Louis Michel, depuis la cuisine de sa fermette \u00e0 Z\u00e9trud-Lumay, commune de Jodoigne. L\u2019ancien pr\u00e9sident du Parti r\u00e9formateur lib\u00e9ral (PRL), vice-Premier ministre de 1999 \u00e0 2004, relit depuis deux ans tout ce qu\u2019a laiss\u00e9 l\u2019\u00e9crivaine. \u00ab&#8239;<em>En vieillissant, on se pose des questions existentielles. Je pense que c\u2019est li\u00e9 au fait qu\u2019on pense tout le temps \u00e0 la mort\u2026 Marguerite Yourcenar interroge comme personne la vieillesse, le temps qui passe, la d\u00e9cadence physique. C\u2019est assez exceptionnel.<\/em>&#8239;\u00bb Louis\u00a0Michel s\u2019interrompt. On l\u2019entend marmonner. \u00ab&#8239;<em>Je pr\u00e9pare un croque-monsieur pour ma femme. Ce n\u2019est pas facile de faire deux choses en m\u00eame temps.<\/em>&#8239;\u00bb L\u2019op\u00e9ration culinaire accomplie, il reprend. \u00ab&#8239;<em>Il y a un truc bizarre avec Yourcenar. C\u2019est une romanci\u00e8re, mais dans le fond, c\u2019est surtout une philosophe. Une impertinente \u00e9l\u00e9gante, une impertinente polie. Ces derni\u00e8res semaines, je relis ses livres les moins connus. Ce sont des lectures exigeantes. Il faut \u00eatre \u00e0 l\u2019aise.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Il y a comme une cha\u00eene de transmission avec Yourcenar. \u00ab&#8239;<em>C\u2019est Jean Gol qui me l\u2019avait fait d\u00e9couvrir<\/em>&#8239;\u00bb, rapporte Louis Michel. N\u00e9 en 1942 \u00e0 Londres, de parents juifs li\u00e9geois d\u2019origine lituanienne qui avaient fui le nazisme, Jean Gol est devenu dans les ann\u00e9es 1980 le leader d\u2019un lib\u00e9ralisme s\u00e9curitaire que l\u2019on qualifierait aujourd\u2019hui de \u00ab&#8239;d\u00e9complex\u00e9&#8239;\u00bb. On ne sait si Gol avait trouv\u00e9 chez Yourcenar le juste apaisement \u00e0 un temp\u00e9rament anxieux, toujours sur le qui-vive, ou s\u2019il a ressenti, au contact de ses romans qui brassent le grand magma de l\u2019histoire, une r\u00e9sonance plus collective. Jean Gol, dont les grands-parents Coussel et Yocheved sont morts \u00e0 Auschwitz, connaissait intimement le portrait que Yourcenar dresse de l\u2019\u00eatre humain, \u00ab&#8239;<em>avec son don redoutable d\u2019aller plus avant dans le bien et dans le mal que le reste des esp\u00e8ces vivantes connues de nous, avec son horrible et sublime facult\u00e9 de choix<\/em>&#8239;\u00bb. Dans les grands titres de l\u2019\u00e9crivaine, l\u2019aventure humaine oscille comme un fil \u00e0 plomb entre exaltations et aberrations, m\u00eame si elle appara\u00eet tendue vers la lumi\u00e8re dans les M\u00e9moires d\u2019Hadrien, vou\u00e9e aux t\u00e9n\u00e8bres dans <em>L\u2019\u0153uvre au noir<\/em>.<\/p>\n<p>En 1993, alors pr\u00e9sident du Parti r\u00e9formateur lib\u00e9ral (PRL), Jean Gol a contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019ouvrage Regards belges sur Yourcenar. Il y disait son admiration pour une \u0153uvre de port\u00e9e universelle, \u00ab&#8239;<em>le portrait qu\u2019elle trace de la nature humaine et de l\u2019homme en soci\u00e9t\u00e9, par-del\u00e0 le temps et l\u2019espace<\/em>&#8239;\u00bb. Aux fun\u00e9railles de Jean Gol, mort de fa\u00e7on inattendue en 1995, Louis Michel a cit\u00e9 Yourcenar dans son discours, comme un juste retour. Et pour que la flamme perdure, que la passion yourcenarienne reste vive entre initi\u00e9s, le Jodoignois a offert \u00e0 son ancien comp\u00e8re G\u00e9rard Deprez, pour sa retraite politique en 2019, les \u0153uvres compl\u00e8tes de Yourcenar dans la Pl\u00e9iade.<\/p>\n<p>\u00ab&#8239;<em>J\u2019ai eu une \u00e9poque de fascination totale pour Marguerite Yourcenar, autour de mes 30 ans<\/em>&#8239;\u00bb, confie G\u00e9rard Deprez, qui fut le pr\u00e9sident embl\u00e9matique du Parti social-chr\u00e9tien (PSC), de 1981 \u00e0 1996, avant de rallier le Mouvement r\u00e9formateur (MR). \u00ab&#8239;<em>J\u2019ai donn\u00e9 \u00e0 mon fils comme deuxi\u00e8me pr\u00e9nom Hadrien, avec un H, tellement j\u2019avais \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9 par la lecture des M\u00e9moires d\u2019Hadrien<\/em>.&#8239;\u00bb Deprez a lui aussi vu passer dans sa vie \u00ab&#8239;l\u2019histoire avec sa grande hache&#8239;\u00bb. Il avait seize mois quand son p\u00e8re et six autres civils ont \u00e9t\u00e9 sauvagement assassin\u00e9s par un commando SS \u00e0 Noville, lors de l\u2019offensive des Ardennes en 1944. Apr\u00e8s la guerre, il a v\u00e9cu dans un baraquement au milieu des d\u00e9combres, avec sa m\u00e8re. Ce qui le fascine chez Yourcenar, outre l\u2019envergure historique&#8239;? \u00ab&#8239;<em>Une superbe langue classique. Elle n\u2019est pas racoleuse, jamais vulgaire. On dirait du latin directement \u00e9crit en fran\u00e7ais.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>S\u2019il ne devait en rester qu\u2019un, ce serait peut-\u00eatre lui. Le plus pieux de tous les yourcenariens. \u00ab&#8239;<em>Je suis arriv\u00e9 \u00e0 Yourcenar tr\u00e8s tard<\/em>, retrace Elio Di Rupo. J<em>e venais de terminer ma th\u00e8se de doctorat quand je suis entr\u00e9 en politique. J\u2019avais pass\u00e9 mon existence jusqu\u2019alors dans les math\u00e9matiques, la physique, la chimie. Ma maman est morte ne sachant ni lire ni \u00e9crire. Papa est mort quand j\u2019avais un an. Chez moi, il y avait z\u00e9ro\u00a0<\/em><em>apport culturel. C\u2019est par le contact d\u2019une amie que je me suis ouvert \u00e0 la musique, au th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 l\u2019op\u00e9ra, \u00e0 la litt\u00e9rature. J\u2019ai d\u00e9couvert Yourcenar. Et \u00e7a a \u00e9t\u00e9 une r\u00e9v\u00e9lation.<\/em>&#8239;\u00bb Les M\u00e9moires d\u2019Hadrien ont boulevers\u00e9 l\u2019actuel ministre-pr\u00e9sident wallon, pr\u00e9sident du Parti socialiste de 1999 \u00e0 2019. Il a relu le roman dans son int\u00e9gralit\u00e9 \u00ab&#8239;six ou sept fois&#8239;\u00bb, l\u2019a achet\u00e9 dans de multiples versions, neuf ou d\u2019occasion, l\u2019a souvent offert. \u00ab&#8239;<em>Quand je suis tr\u00e8s fatigu\u00e9, j\u2019ouvre les M\u00e9moires d\u2019Hadrien, j\u2019en relis dix ou quinze pages, pour me r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer<\/em>.&#8239;\u00bb<br \/>\nLa conversation est une fen\u00eatre inattendue dans un agenda satur\u00e9. Elio Di Rupo est heureux de partager, pendant ce trajet en voiture entre Mons et Namur, son affection pour la Yourcenar un peu rebelle. \u00ab&#8239;<em>On rappelle sans cesse qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re femme \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise. En r\u00e9alit\u00e9, elle y a \u00e9t\u00e9 deux fois, puis elle a trouv\u00e9 que c\u2019\u00e9taient des grands gamins. Elle s\u2019emmerdait. Elle a laiss\u00e9 tomber. C\u2019est une attitude qui me pla\u00eet.<\/em>&#8239;\u00bb Il y a aussi la Yourcenar anticonformiste, sensuelle, qui r\u00e9serve dans ses romans une grande place \u00e0 des personnages homosexuels, ou plus souvent bisexuels, sans que jamais cette inclinaison les r\u00e9sume ou les restreigne. \u00ab&#8239;<em>Peut-\u00eatre aussi que je suis sensible au fait qu\u2019Hadrien vit \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les m\u0153urs ne sont pas celles que nous connaissons. N\u2019oublions qu\u2019\u00e0 ce moment de l\u2019empire, au premier si\u00e8cle apr\u00e8s J\u00e9sus-Christ, il n\u2019y avait pas d\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9, pas d\u2019homosexualit\u00e9, pas cette distinction tranch\u00e9e qui existe dans la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui. Il y avait des codes, bien s\u00fbr, mais la vari\u00e9t\u00e9 des comportements ne posait pas de probl\u00e8me.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Elio Di Rupo \u00e9voque le regard port\u00e9 par Hadrien sur son entourage, ses courtisans, \u00ab&#8239;<em>avec une lucidit\u00e9 formidable qui \u00e0 certains \u00e9gards s\u2019apparente \u00e0 la lucidit\u00e9 que doit avoir un Premier ministre ou un ministre-pr\u00e9sident<\/em>&#8239;\u00bb. Il loue la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 contenue dans l\u2019\u00e9criture de Yourcenar. \u00ab&#8239;<em>Elle fait dire \u00e0 l\u2019empereur, je cite de m\u00e9moire&nbsp;: j\u2019aurais voulu une soci\u00e9t\u00e9 harmonieuse, que les hommes s\u2019entraident, qu\u2019ils valorisent tous les savoirs, que les personnes ne soient pas ab\u00eem\u00e9es par un travail trop p\u00e9nible.<\/em>&#8239;\u00bb Mais l\u2019uni-cit\u00e9 de Yourcenar, pense le dirigeant socialiste, est \u00ab&#8239;une intelligence int\u00e9rioris\u00e9e&#8239;\u00bb. \u00ab&#8239;<em>On pourrait \u00e9tablir un rapprochement avec Le Gu\u00e9pard, de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Dans ce roman, le prince a aussi un regard sur le moment historique dans lequel il est, avec Garibaldi, le mouvement r\u00e9volutionnaire en Sicile. L\u2019analyse politique est d\u2019une grande finesse, mais toujours au d\u00e9part d\u2019une philosophe int\u00e9rioris\u00e9e. C\u2019est formidable, mais ce n\u2019est pas du m\u00eame niveau que les M\u00e9moires d\u2019Hadrien. Yourcenar est sup\u00e9rieure<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Yvan Mayeur, bourgmestre socialiste de Bruxelles de 2013 \u00e0 2017, appartient aussi au cercle des yourcenariens. Ses souvenirs de lecture tiennent en deux mots&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Quel ravissement&#8239;!<\/em>&#8239;\u00bb Il aurait pu \u00eatre rebut\u00e9 par le trop grand \u00e9cart sociologique entre l\u2019\u00e9crivaine et lui, fils d\u2019une vendeuse et d\u2019un typographe. Ce ne fut pas le cas. \u00ab<em> Je l\u2019ai lue sans rien soup\u00e7onner de ses origines aristocratiques. Je n\u2019ai appris que par apr\u00e8s que Yourcenar \u00e9tait un pseudo, l\u2019anagramme de son identit\u00e9 de naissance, Marguerite de Crayencour. Tant mieux, en un sens. J\u2019ai plut\u00f4t lu L\u2019\u0153uvre au noir comme un r\u00e9cit la\u00efque, avec des symboles, une dimension initiatique. Ce sont les Lumi\u00e8res qui transparaissent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 travers le personnage de Z\u00e9non, un savant en lutte contre l\u2019obscurantisme. C\u2019est remarquable qu\u2019une personne puisse comme Marguerite Yourcenar transcender ses origines, son \u00e9ducation.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Comme il le fait avec tous les livres qui lui laissent une forte impression, Yvan Mayeur a beaucoup annot\u00e9 ceux de Yourcenar, observant l\u2019universalit\u00e9 de l\u2019auteur. \u00ab&#8239;<em>Quand je lis Philip Roth, je sens tr\u00e8s bien que c\u2019est une \u00e9criture d\u2019homme. Philippe Djian a aussi une \u00e9criture tr\u00e8s masculine. Je viens d\u2019achever le livre puissant de Vanessa Springora sur l\u2019inceste&#8239;; c\u2019est une \u00e9criture de femme, qui raconte une histoire de femme. Mais je lis aussi un tas d\u2019auteurs sans percevoir si c\u2019est un homme ou une femme. Chez Jacqueline Harpman, pour prendre une Belge, on ne sent rien de particuli\u00e8rement f\u00e9minin ou masculin. Et il en va de m\u00eame pour Marguerite Yourcenar.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>La noblesse rurale de Wallonie et du nord de la France&nbsp;: le milieu d\u2019origine de Marguerite de Crayencour est, \u00e0 gros traits, identique \u00e0 celui de Charles-Ferdinand Nothomb. Depuis sa maison d\u2019Habay-la-Neuve, Charles-Ferdinand, ancien pr\u00e9sident du PSC et ex-ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, encense <em>L\u2019\u0153uvre au noir,<\/em> et plus encore les M\u00e9moires d\u2019Hadrien. \u00ab&#8239;<em>J\u2019y trouve un stimulant pour mes r\u00e9flexions politiques. On m\u2019enfermerait deux semaines avec un livre, je serais heureux que ce soit celui-l\u00e0.<\/em>&#8239;\u00bb On pourrait faire d\u00e9filer d\u2019autres noms. Celui de Wilfried Martens. L\u2019ancien Premier ministre CVP r\u00e9servait \u00e0 Yourcenar quelques lignes \u00e9mues dans ses M\u00e9moires parus en 2006. Ou celui de Claude Eerdekens, ex-ministre et bourgmestre socialiste d\u2019Andenne. Dans Le Soir, en 2004, le juriste qu\u2019il est affirmait relire une fois par mois le passage des M\u00e9moires d\u2019Hadrien sur la complexit\u00e9 du droit.<\/p>\n<p>Le club est-il exclusivement masculin&#8239;? On s\u2019interroge. \u00ab<em> Marguerite Yourcenar a \u00e9t\u00e9\u00a0l\u2019une de mes auteurs f\u00e9tiches, avec Camus et Fran\u00e7oise Sagan<\/em>&#8239;\u00bb, confie Jo\u00eblle Milquet. Mais les souvenirs de lecture de l\u2019ex-pr\u00e9sidente du CDH datent d\u2019il y pr\u00e8s de trente ans. Trop lointains pour en dire plus. Pas d\u2019autre yourcenarienne d\u00e9clar\u00e9e parmi les femmes politiques belges, du moins celles qui ont exerc\u00e9 le pouvoir au plus haut niveau. Est-ce le simple reflet d\u2019un univers presque enti\u00e8rement masculin, jusqu\u2019\u00e0 une date r\u00e9cente&#8239;? Ou cela illustre-t-il une r\u00e9alit\u00e9 plus impalpable&#8239;? Yourcenar parlerait surtout aux hommes, une certaine cat\u00e9gorie d\u2019hommes du moins, \u00e0 la fois captiv\u00e9s par les d\u00e9tonations de l\u2019histoire et \u00e0 l\u2019\u00e9coute de leur monde int\u00e9rieur. \u00ab<em> Il est possible que les hommes politiques ressentent Yourcenar d\u2019une fa\u00e7on particuli\u00e8re, qu\u2019elle nous parle avec un surcro\u00eet d\u2019intensit\u00e9<\/em>, sugg\u00e8re Elio Di Rupo. <em>Parce que nous sommes des \u00eatres tr\u00e8s sensibles. On ne croirait pas. Beaucoup pensent que nous sommes insensibles aux coups. Au contraire, nous sommes peut-\u00eatre plus sensibles que d\u2019autres, mais on s\u2019est habitu\u00e9s \u00e0 masquer nos r\u00e9actions.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019addition de tant d\u2019\u00e9loges a quelques airs de mausol\u00e9e. Une salle de la Chambre porte d\u2019ailleurs le nom de l\u2019\u00e9crivaine. Mais le statut d\u2019ic\u00f4ne nationale convient mal \u00e0 Marguerite Yourcenar, que la Belgique indiff\u00e9rait assez (<em>\u00ab&#8239;une fiction administrative&#8239;\u00bb,<\/em> s\u2019est-elle hasard\u00e9e dans une interview). Ses attaches au pays sont pourtant multiples, entre Bruxelles, o\u00f9 elle est n\u00e9e, le mont Noir, o\u00f9 elle a pass\u00e9 son enfance, \u00e0 deux pas de la fronti\u00e8re, Tournai, o\u00f9 eut lieu le premier mariage de son p\u00e8re, Suarl\u00e9e, o\u00f9 est enterr\u00e9e sa m\u00e8re, Fl\u00e9malle et Marchienne-au-Pont, fiefs de sa famille maternelle, Bruges, o\u00f9 se d\u00e9roule l\u2019essentiel de <em>L\u2019\u0153uvre au noir<\/em>, Damme, travers\u00e9e dans le roman, Furnes et Ostende, o\u00f9 elle a pass\u00e9 plusieurs \u00e9t\u00e9s, Li\u00e8ge et Namur, th\u00e9\u00e2tre de sc\u00e8nes marquantes de sa trilogie <em>Le labyrinthe du monde<\/em>\u2026<\/p>\n<p>Il serait possible de prolonger la cartographie belge des lieux yourcenariens. Elle-m\u00eame ne fait que les survoler, toujours un peu ailleurs. Comme elle a survol\u00e9 les d\u00e9bats sur le f\u00e9minisme. Dans son livre d\u2019entretiens <em>Les yeux ouverts<\/em>, Yourcenar coupe court aux espoirs des militantes qui la pensaient une des leurs&nbsp;: \u00ab&#8239;Je suis contre le particularisme de pays, de religion, d\u2019esp\u00e8ce. Ne comptez pas sur moi pour faire du particularisme de sexe.&#8239;\u00bb<br \/>\nPour \u00e9claircir le malentendu, <em>Wilfried<\/em> s\u2019est mis en chemin. Chaque \u00e9tape est propice \u00e0 creuser une dimension particuli\u00e8re du rapport tant\u00f4t distant, tant\u00f4t houleux, que Marguerite Yourcenar a entretenu avec les f\u00e9ministes.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h6>Premier arr\u00eat &#8211; BRUGES<br \/>\nLa F\u00e9roce<\/h6>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4833 alignleft\" src=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/bruges-207x300.jpg\" alt=\"\" width=\"207\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/bruges-207x300.jpg 207w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/bruges.jpg 513w\" sizes=\"auto, (max-width: 207px) 100vw, 207px\" \/><\/p>\n<p>Au diable l\u2019ordre d\u2019une vie. Pour la premi\u00e8re \u00e9tape, aux lieux de la naissance et de l\u2019enfance, pr\u00e9f\u00e9rons l\u2019un des sommets de la production yourcenarienne&nbsp;: Bruges, th\u00e9\u00e2tre de <em>L\u2019\u0153uvre au noir<\/em>. Il n\u2019est pas difficile, dans cette ville d\u2019un autre temps, de se transporter au Moyen \u00c2ge, surtout \u00e0 la voir d\u00e9sert\u00e9e par les touristes en cette fin du mois de mai.<\/p>\n<p>Les pizzerias tapageuses, les friteries grasses, les dentelles mercantiles et les gaufres inond\u00e9es de mauvais chocolat se concentrent autour de la grand-place. D\u00e8s qu\u2019on s\u2019en \u00e9loigne, il r\u00e8gne un calme stup\u00e9fiant. On entre dans un Bruges de pierres et de myst\u00e8re. Les rues en pav\u00e9s donnent \u00e0 la ville une continuit\u00e9 min\u00e9rale. Au num\u00e9ro 2 de la Oude Zomerstraat, au fond d\u2019une impasse, se dresse une maison du xv<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, haute et \u00e9troite. Marguerite Yourcenar s\u2019en serait inspir\u00e9e pour imaginer l\u2019endroit o\u00f9 habite Z\u00e9non, le h\u00e9ros de L\u2019\u0153uvre au noir. L\u2019\u00e9crivaine est souvent venue \u00e0 Bruges. Elle aimait que l\u2019histoire y soit partout. Derri\u00e8re chaque mur, un autre mur, plus vieux encore. Aux vierges \u00e0 l\u2019enfant aux coins des rues, r\u00e9pondent d\u2019ancestrales fa\u00e7ades \u00e0 pignons. Pour un peu, on s\u2019imaginerait que rien n\u2019a chang\u00e9 depuis le si\u00e8cle de Z\u00e9non, hormis la nature du charroi. La fl\u00e2nerie est parasit\u00e9e par la Porsche Cayenne que l\u2019on croise, puis le pick-up Chevrolet, la Volvo rutilante, la Porsche Panamera, la Porsche Cayman, la Maserati grise argent, la Bentley, les Mercedes et les Range Rover \u00e0 tire-larigot, la Porsche Carrera 911\u2026 Bruges a bien cess\u00e9 d\u2019\u00eatre une ville de loqueteux et de sacristains.<\/p>\n<p>Z\u00e9non \u00e9tait d\u2019une Flandre plus boueuse, moins bling-bling. H\u00e9ros masculin, comme Hadrien, comme Alexis, comme \u00c9ric, et comme presque tous les protagonistes des romans de Yourcenar. \u00c0 cette remarque maintes fois formu-l\u00e9e, elle objectait que c\u2019est presque toujours une femme qui parle dans Feux, que son roman Denier du livre met en sc\u00e8ne des personnages f\u00e9minins et masculins \u00e0 parts \u00e9gales, et que des femmes jouent les premiers r\u00f4les dans certaines de ses Nouvelles orientales. Elle admettait n\u00e9anmoins que dans ses cr\u00e9ations les plus amples, les femmes sont plut\u00f4t des par\u00e8dres, ainsi qu\u2019on appelle les divinit\u00e9s auxiliaires d\u2019un dieu plus important. Ce statut d\u2019adjuvante, de second r\u00f4le, est celui de Plotine pour Hadrien, et de la dame de Fr\u00f6s\u00f6 pour Z\u00e9non, essentielles mais en retrait.<\/p>\n<p>Certaines pages de L\u2019\u0153uvre au noir alimentent un autre volet du contentieux Yourcenar. La description des femmes, singuli\u00e8rement de leurs corps, serait aujourd\u2019hui per\u00e7ue comme typique du male gaze, le regard m\u00e2le. Hilzonde, la m\u00e8re de Z\u00e9non, est \u00ab&#8239;une fillette aux seins fluets&#8239;\u00bb, quand un pr\u00e9lat d\u2019origine florentine, Alberico de\u2019Numi, futur p\u00e8re de Z\u00e9non, s\u2019\u00e9prend d\u2019elle. \u00ab&#8239;Sa bouche tum\u00e9fi\u00e9e semblait toujours pr\u00eate \u00e0 exhaler un soupir, ou le premier mot d\u2019une pri\u00e8re ou d\u2019un chant. Et peut-\u00eatre ne d\u00e9si-rait-on la d\u00e9v\u00eatir que parce qu\u2019il \u00e9tait difficile de l\u2019imaginer nue.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Bien des ann\u00e9es plus tard, Z\u00e9non vit \u00e0 Bruges une aventure \u00e9ph\u00e9m\u00e8re avec la brodeuse Jeanette Fauconnier, \u00ab&#8239;fille fantasque, hardie comme un page&#8239;\u00bb, au corps \u00ab&#8239;serpentin et lisse&#8239;\u00bb, \u00ab&#8239;habile \u00e0 mener le jeu&#8239;\u00bb. Quelques pages apr\u00e8s, c\u2019est l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne d\u2019une Jacqueline \u00ab&#8239;\u00e9chauff\u00e9e par l\u2019\u00e9t\u00e9&#8239;\u00bb. \u00ab&#8239;Cette grosse Flamande, rembel-lie par ses r\u00e9centes couches [\u2026] gardait une luxuriance de pivoine.&#8239;\u00bb Le charisme de Z\u00e9non suscite aussi l\u2019admiration de Wiwine Cauwersyn, une adolescente brugeoise. \u00ab&#8239;Son nez pointu, sa p\u00e2leur, sa gaucherie n\u2019inspiraient \u00e0 personne ces vifs propos qui naissent d\u2019eux-m\u00eames sur le passage d\u2019une jolie fille.&#8239;\u00bb Orpheline, Wiwine est \u00e9lev\u00e9e par sa tante Godelieve, \u00ab&#8239;une bonne femme d\u00e9bordante de graisse&#8239;\u00bb.<br \/>\n\u00ab&#8239;En un mot, Yourcenar est fonci\u00e8rement misogyne&#8239;\u00bb, tranche Henriette Levillain, professeure de litt\u00e9rature \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Paris-Sorbonne. Dans son essai <em>Yourcenar, carte d\u2019identit\u00e9<\/em>, elle affirme que le regard de l\u2019\u00e9crivaine sur les femmes fluctue en permanence entre la condescendance et la caricature. La romanci\u00e8re Marie-H\u00e9l\u00e8ne Lafon, prix Renaudot 2020 pour <em>Histoire du fils<\/em>, d\u00e9place l\u2019angle de vue&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Pour le dire trivialement, Yourcenar ne caresse pas les femmes dans le sens du poil. Elle va l\u00e0 o\u00f9 son instinct la pousse<\/em>.&#8239;\u00bb Tout comme elle, Marie-H\u00e9l\u00e8ne Lafon a la particularit\u00e9 de ne pas fuir la description des corps, en particulier ceux des femmes, dont elle restitue les textures et les volumes \u2013&nbsp;dans <em>Nos Vies<\/em>, elle s\u2019attarde durant deux pages sur les seins de Gordana, le personnage principal. \u00ab&#8239;<em>Par les temps qui courent, ce n\u2019est pas n\u00e9cessairement facile \u00e0 porter. C\u2019est peut-\u00eatre quelque chose qu\u2019on a en commun, Marguerite Yourcenar et moi. On n\u2019est pas tout \u00e0 fait dans les clous du climat contemporain.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9crivaine belge Caroline Lamarche, prix Goncourt de la nouvelle en 2019 pour son recueil <em>Nous sommes \u00e0 la lisi\u00e8re<\/em>,\u00a0reconna\u00eet \u00e0 Yourcenar \u00ab&#8239;<em>une ampleur d\u2019\u00e9crivain gigantesque<\/em>&#8239;\u00bb. Elle a une pr\u00e9f\u00e9rence pour <em>Alexis<\/em> <em>ou le train du vain combat<\/em>, pour ses contes, pour ses traductions de po\u00e9sie. Mais elle avoue une g\u00eane par rapport \u00e0 la personnalit\u00e9 de l\u2019\u00e9crivaine. \u00ab&#8239;<em>Je ne pense pas qu\u2019elle ait le sentiment que les femmes forment une communaut\u00e9 passionnante et absolument amicale, alors que c\u2019est comme \u00e7a que je le vis, et de plus en plus.\u00a0J\u2019ai toujours trouv\u00e9 qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas fortement ou pas ouvertement solidaire des femmes.<\/em>&#8239;\u00bb Une absence de solidarit\u00e9 qui transpara\u00eetrait dans ses \u00e9crits \u00ab&#8239;<em>remplis de phrases tr\u00e8s cruelles sur les femmes<\/em>&#8239;\u00bb. Et Caroline Lamarche de citer un extrait des M\u00e9moires d\u2019Hadrien&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Je retrouvais le cercle \u00e9troit des femmes, leur dur sens pratique, et leur ciel gris d\u00e8s que l\u2019amour n\u2019y joue plus.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h6>Deuxi\u00e8me arr\u00eat &#8211; BRUXELLES<br \/>\nL&rsquo;affranchie<\/h6>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4834 alignleft\" src=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/bruxelles-300x192.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"192\" srcset=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/bruxelles-300x192.jpg 300w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/bruxelles-768x491.jpg 768w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/bruxelles.jpg 776w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>Il n\u2019y aura pas de tunnel Yourcenar \u00e0 Bruxelles. Annie Cordy a remport\u00e9 l\u2019op\u00e9ration qui visait \u00e0 renommer le tunnel L\u00e9opold II. Ce n\u2019est pas un drame, mais tout de m\u00eame une d\u00e9ception pour Nathalie Skowronek. La romanci\u00e8re belge, laur\u00e9ate en 2020 du prix de litt\u00e9rature de l\u2019Union europ\u00e9enne pour <em>La carte des regrets<\/em>, avait d\u00e9fendu l\u2019option Yourcenar dans une capsule vid\u00e9o diffus\u00e9e par la cha\u00eene BX1. Non pour cautionner un festival de gaz d\u2019\u00e9chappe-ment, mais pour inscrire dans les entrailles de Bruxelles le nom d\u2019une de ses plus grandes consciences, et pour qu\u2019elle interpelle&nbsp;: que faites-vous \u00e0 la ville&#8239;? que faites-vous au vivant&#8239;? que faites-vous de vos existences&#8239;?<\/p>\n<p>Bruxelles, \u00e0 jamais attach\u00e9e \u00e0 la vie, \u00e0 la mort. Marguerite vient au monde le 8 juin 1903. Elle na\u00eet d\u2019une m\u00e8re belge, Fernande de Cartier de Marchienne, et d\u2019un p\u00e8re fran\u00e7ais, Michel Cleenewerck de Crayencour. Le couple est install\u00e9 depuis peu au 193, avenue Louise. Pas encore de SUV parechoc contre parechoc, mais d\u00e9j\u00e0 des trams, et le vacarme constant des attelages. Marguerite sera le seul enfant du couple. Dans Souvenirs pieux, elle d\u00e9crira en ces mots la relation de ses parents&nbsp;: \u00ab&#8239;Michel aimait tendrement les seins l\u00e9g\u00e8rement tombants de Fernande, un peu trop volumineux pour sa taille mince, mais souffrait, comme tant d\u2019hommes de son temps, de ses propres ambivalences devant le plaisir f\u00e9minin, tenant \u00e0 croire qu\u2019une femme chaste ne se donne que pour satisfaire l\u2019\u00eatre aim\u00e9, et g\u00ean\u00e9 tour \u00e0 tour par la froideur ou par l\u2019\u00e9moi de sa compagne.&#8239;\u00bb<br \/>\nL\u2019accouchement se passe mal. Quand Barbara, la femme de chambre originaire d\u2019Hasselt, entre dans la chambre de Fernande, c\u2019est un carnage qui se pr\u00e9sente \u00e0 elle. \u00ab&#8239;La belle chambre avait l\u2019air du lieu d\u2019un crime&#8239;\u00bb, relatera la nouvelle-n\u00e9e devenue \u00e9crivaine. L\u2019accouch\u00e9e a un \u00ab&#8239;visage terreux&#8239;\u00bb. Pendant que dans l\u2019escalier Michel Cleenewerck s\u2019en prend violemment au m\u00e9decin, le traitant de boucher, les domestiques, Barbara et sa s\u0153ur Aldegonde, nettoient le sang et les excr\u00e9ments. \u00ab&#8239;On refit les gestes faits depuis des mill\u00e9naires par des successions de femmes.&#8239;\u00bb<br \/>\nL\u2019\u00e9tat de Fernande empire. Elle meurt dix jours apr\u00e8s la naissance de Marguerite. Aux premi\u00e8res heures de la vie de Yourcenar, dont elle fera bien plus tard l\u2019entame inoubliable de Souvenirs pieux, il y a d\u00e9j\u00e0 en jeu la condition des femmes.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la mort de son \u00e9pouse, Michel Cleenewerck s\u2019en retourne avec l\u2019enfant vivre au mont Noir, dans la Flandre fran\u00e7aise. Mais la Belgique est \u00e0 moins de cinq cents m\u00e8tres, au bout du parc du ch\u00e2teau familial.<br \/>\nJusqu\u2019en 1914, Marguerite fait de r\u00e9guliers s\u00e9jours chez une tante qui vit \u00e0 Bruxelles. Elle passe \u00e0 nouveau plusieurs mois dans la capitale belge entre 1930 et 1933. \u00ab&#8239;Ax\u00e9e, comme je l\u2019\u00e9tais, sur Paris, o\u00f9 venait de para\u00eetre mon premier livre, je ne le quittais jamais qu\u2019\u00e0 regret pour ce Bruxelles qui me semblait alors la capitale de l\u2019\u00e9paisseur&#8239;\u00bb, livre-t-elle dans <em>Archives du Nord<\/em>.<\/p>\n<p>Bruxelles reste pourtant associ\u00e9e \u00e0 une \u00e9motion majeure. D\u00e9j\u00e0 adulte, Marguerite Yourcenar apprend l\u2019amiti\u00e9 particuli\u00e8re que sa m\u00e8re, adolescente, a entretenue avec une autre pensionnaire, Jeanne Bricou, au couvent Notre-Dame du Sacr\u00e9-C\u0153ur de Jette. Tandis que leur amiti\u00e9 gonflait, les r\u00e9sultats de Fernande de Cartier avaient soudain d\u00e9gringol\u00e9. Yourcenar subodore l\u2019effet d\u2019un trouble amoureux, d\u2019un branle-bas des sens entre les deux jeunes filles. Faits r\u00e9els ou fantasme de l\u2019\u00e9crivaine&#8239;? Il y a l\u00e0, en tout cas, entre les murs d\u2019un pensionnat bruxel-lois, l\u2019\u00e9bauche d\u2019un incendie qui br\u00fblera chez Marguerite.<\/p>\n<p>Dans <em>Quoi&#8239;? L\u2019\u00e9ternit\u00e9<\/em>, qui cl\u00f4t sa trilogie auto-biographique, Yourcenar relate sa premi\u00e8re exp\u00e9rience sexuelle, dans un h\u00f4tel de Londres, o\u00f9 elle \u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9e avec son p\u00e8re pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Yolande, r\u00e9fugi\u00e9e elle aussi, avait 17 ans&#8239;; Marguerite en avait 13. \u00ab&#8239;Couch\u00e9e cette nuit-l\u00e0 dans l\u2019\u00e9troit lit de Yolande, le seul dont nous disposions, un instinct, une pr\u00e9monition de d\u00e9sirs intermittents ressentis et satisfaits plus tard au cours de ma vie, me fit trouver d\u2019embl\u00e9e l\u2019attitude et les mouvements n\u00e9cessaires \u00e0 deux femmes qui s\u2019aiment.&#8239;\u00bb<br \/>\nSa biographe, Josyane Savigneau, journaliste au <em>Monde<\/em>, note qu\u2019en 1934, \u00ab&#8239;Marguerite rencontre beaucoup de femmes&#8239;\u00bb. \u00ab&#8239;Elle aime les s\u00e9duire, elle ne supporte gu\u00e8re qu\u2019on lui r\u00e9siste.&#8239;\u00bb Il est aussi des hommes dont elle tombe amoureuse.<\/p>\n<p>Marguerite m\u00e8ne les ann\u00e9es suivantes une vie nomade. Elle encha\u00eene de longs s\u00e9jours en Gr\u00e8ce, un pays o\u00f9 elle entretient une liaison avec Lucia Kyriakos, une femme mari\u00e9e et m\u00e8re d\u2019un petit gar\u00e7on. Elle passe plusieurs mois aux \u00c9tats-Unis. Elle occupe une petite maison \u00e0 Capri, o\u00f9 elle entame l\u2019\u00e9criture de son roman Le coup de gr\u00e2ce, qu\u2019elle termine \u00e0 Sorrente. Elle part pour l\u2019Allemagne et l\u2019Autriche. Elle retourne en Gr\u00e8ce, avec l\u2019intention de s\u2019y fixer pour toujours. Mais c\u2019est en France qu\u2019elle se trouve en 1939, quand la guerre est d\u00e9clar\u00e9e. \u00ab&#8239;Pourquoi ne venez-vous pas&#8239;?&#8239;\u00bb lui \u00e9crit son amie Grace Frick, une traductrice am\u00e9ricaine rencontr\u00e9e deux ans plus t\u00f4t dans un h\u00f4tel parisien. Marguerite la rejoint \u00e0 New York. Elle compte y rester six mois. Ce sera le compagnonnage d\u2019une vie. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1940, les deux femmes acqui\u00e8rent un lodge en bois sur l\u2019\u00eele de Mount Desert, dans le Maine. Grace donne \u00e0 Marguerite ce dont elle avait besoin pour \u00e9crire des chefs-d\u2019\u0153uvre&nbsp;: une attention, une confiance, un cadre, une stabilit\u00e9. Elles partagent les randonn\u00e9es \u00e0 cheval, les grandes tasses de th\u00e9 noir, les cramiques et les gaufres que pr\u00e9pare Marguerite. Une relation parfois orageuse, non exempte de ressentiment et de jalousie, mais qui durera jusqu\u2019\u00e0 la mort de Grace Frick en 1979.<\/p>\n<p>Peu de place, cependant, pour l\u2019homosexua-lit\u00e9 f\u00e9minine dans les livres de Yourcenar. Il y a bien Marguerite d\u2019Autriche dans L\u2019\u0153uvre au noir, et la po\u00e9tesse Sappho dans La couronne et la lyre, mais gu\u00e8re plus. L\u2019\u00e9crivaine s\u2019en est expliqu\u00e9e dans ses entretiens avec Matthieu Galey&nbsp;: \u00ab&#8239;J\u2019imagine que l\u2019homosexualit\u00e9 f\u00e9minine a toujours \u00e9t\u00e9 trop invisible, trop li\u00e9e aux rapports de la ma\u00eetresse de maison et des servantes, des amies et parentes vivant dans le gyn\u00e9c\u00e9e. [\u2026] Dans les temps antiques, et m\u00eame au Moyen \u00c2ge, bien entendu, c\u2019est la consigne du silence.&#8239;\u00bb La question homosexuelle est \u00e0 ses yeux un faux probl\u00e8me qui \u00ab&#8239;devrait se r\u00e9soudre un jour\u00a0\u2013&nbsp;bient\u00f4t peut-\u00eatre\u00a0\u2013&nbsp;par plus de libert\u00e9&#8239;\u00bb.<\/p>\n<p>Yourcenar a traduit en fran\u00e7ais la po\u00e9tesse et militante f\u00e9ministe am\u00e9ricaine Hortense Flexner. Elle a aussi traduit <em>The Waves<\/em> (Les vagues), un roman exp\u00e9rimental de Virginia Woolf, autrice culte dans les cercles f\u00e9ministes des deux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019Atlantique. Pourtant, lorsque des drapeaux mauves ou arc-en-ciel flottent dans Bruxelles, chaque 8 mars, ou chaque jour de Pride au mois de mai, personne ne songerait \u00e0 y associer le nom de Yourcenar. Nathalie Skowronek s\u2019\u00e9tonne&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Elle aurait pu devenir un symbole de la cause des femmes, ou du mouvement LGBT. Comment se fait-il que son \u0153uvre ne soit pas plus relue par les personnes chez qui elle pourrait r\u00e9sonner&#8239;?<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>En juin 2020, invit\u00e9e par <em>Wilfried<\/em> \u00e0 composer son gouvernement id\u00e9al, Nathalie Skowronek avait retenu Yourcenar comme l\u2019une des seize membres de son \u00e9quipe. \u00ab&#8239;<em>Je la voyais beaucoup plus en ministre de la Culture qu\u2019en secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat aux droits des femmes ou \u00e0 la lutte contre les discriminations. Elle n\u2019a jamais fait passer son identit\u00e9 de femme avant son identit\u00e9 d\u2019\u00e9crivain. Elle avait avant tout le souci de l\u2019\u0153uvre. Avec elle, on est d\u2019embl\u00e9e dans la litt\u00e9rature, alors qu\u2019une Virginie Despentes, par exemple, est femme et \u00e9crivain, ou \u00e9crivain et femme \u2013&nbsp;on ne sait jamais laquelle des deux identit\u00e9s elle mettrait en premier.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>La haute exigence litt\u00e9raire de Marguerite Yourcenar ne la pr\u00e9serve pas des attaques sexistes. Au d\u00e9tour d\u2019une interview radio, Albert Cohen, l\u2019auteur de Belle du seigneur, assure qu\u2019une femme \u00ab&#8239;<em>si grosse et si moche<\/em>&#8239;\u00bb ne peut pas \u00eatre un grand \u00e9crivain. La perspective de son entr\u00e9e \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, fond\u00e9e par le cardinal de Richelieu en 1635, en fait la cible de ceux qu\u2019on n\u2019appelle pas encore les haters. \u00ab&#8239;<em>C\u2019est un excellent candidat de transition, puisqu\u2019elle a l\u2019air d\u2019un homme<\/em>&#8239;\u00bb, ose un acad\u00e9micien. Yourcenar s\u2019imposera n\u00e9anmoins dans la \u00ab&#8239;tribu des quarante m\u00e2les&#8239;\u00bb, malgr\u00e9 eux, et quelque part malgr\u00e9 elle. D\u00e9sinvolte, elle n\u2019a pas envoy\u00e9 de lettre de candidature, comme le veut la r\u00e8gle, et ne s\u2019est pas soumise aux traditionnelles visites aux acad\u00e9miciens. Tout juste a-t-elle fait savoir qu\u2019elle ne s\u2019opposerait pas \u00e0 ce qu\u2019ils l\u2019\u00e9lisent. Ce qui est chose faite le 6 mars 1980. Lors de la c\u00e9r\u00e9monie de r\u00e9ception, Yourcenar refuse de porter l\u2019\u00e9p\u00e9e des acad\u00e9miciens, \u00e0 ses yeux \u00ab&#8239;ridicule&#8239;\u00bb. Dans son discours, elle cite Mme de Sta\u00ebl, George Sand, Colette, toutes ces autrices intr\u00e9pides qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e. \u00ab&#8239;<em>Ce moi incertain et flottant<\/em> [\u2026], l<em>e voici, tel qu\u2019il est, entour\u00e9, accompagn\u00e9 d\u2019une troupe invisible de femmes qui auraient d\u00fb, peut-\u00eatre, recevoir beaucoup plus t\u00f4t cet honneur, au point que je suis tent\u00e9e de m\u2019effacer pour laisser passer leurs ombres.<\/em>&#8239;\u00bb L\u2019assembl\u00e9e est crisp\u00e9e. Jean d\u2019Ormesson, qui l\u2019a d\u00e9fendue contre vents et mar\u00e9es, tente en fin de journ\u00e9e un trait d\u2019humour&nbsp;: \u00ab<em> D\u00e9sormais, il y aura deux toilettes. Sur l\u2019une sera inscrit Messieurs et sur l\u2019autre Marguerite Yourcenar.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s son \u00e9lection, Marguerite Yourcenar ne remettra qu\u2019une seule fois les pieds \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie, en coup de vent. \u00ab&#8239;<em>Toute cette histoire laisse quand m\u00eame penser que l\u2019Acad\u00e9mie, ce n\u2019\u00e9tait pas son plan, ni son d\u00e9sir, mais qu\u2019elle y est all\u00e9e au nom des femmes<\/em>&#8239;\u00bb, retient Nathalie Skowronek.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h6>Troisi\u00e8me arr\u00eat &#8211; Le Mont-Noir et Dranoutier<br \/>\nLa fille d&rsquo;un p\u00e8re<\/h6>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4837 alignleft\" src=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/mont-noir--300x191.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"191\" srcset=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/mont-noir--300x191.jpg 300w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/mont-noir-.jpg 513w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>Marguerite Yourcenar a pass\u00e9 tous les \u00e9t\u00e9s de son enfance au ch\u00e2teau du Mont-Noir, jusqu\u2019\u00e0 la vente du domaine familial en 1912. Il ne sert plus \u00e0 rien, dans ce paysage de campagne breugh\u00e9-lienne, de chercher l\u2019ancienne demeure. Tout a \u00e9t\u00e9 noy\u00e9 sous les bombes pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Ne restaient que des ruines et des troncs calcin\u00e9s.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la pr\u00e9sence au Mont-Noir des domestiques et de la d\u00e9sagr\u00e9able grand-m\u00e8re No\u00e9mi, Marguerite a grandi seule avec son p\u00e8re, un esprit curieux et libre. Enfant unique ou presque (son demi-fr\u00e8re Michel Fernand a 18 ans au moment de sa naissance). \u00c0 demi-orpheline. Dans Souvenirs pieux, elle \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&#8239;Je m\u2019inscris en faux contre l\u2019assertion, souvent entendue, que la perte pr\u00e9matur\u00e9e d\u2019une m\u00e8re est toujours un d\u00e9sastre, ou qu\u2019un enfant priv\u00e9 de la sienne \u00e9prouve toute sa vie le sentiment d\u2019un manque et la nostalgie de l\u2019absente.&#8239;\u00bb<br \/>\nY a-t-il l\u00e0 un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 dans son rapport aux femmes&#8239;? Caroline Lamarche le croit. \u00ab&#8239;<em>Elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e par un p\u00e8re qui croyait en elle. Il a voyag\u00e9 avec elle, il l\u2019emmenait partout. Moi et beaucoup d\u2019autres femmes avons \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9es par des femmes, qui ont elles-m\u00eames \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9es par des femmes dans la soumission, dans l\u2019id\u00e9e que l\u2019expression publique et les \u00e9tudes leur \u00e9taient interdites. On voit par o\u00f9 transitent les assignations \u00e0 la docilit\u00e9. Le patriarcat est souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9 par l\u2019\u00e9ducation, c\u2019est-\u00e0-dire par les femmes, dans la mesure o\u00f9 les hommes en ont souvent \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9s, voyageant, travaillant, ou indiff\u00e9rents. La disparition pr\u00e9coce de la m\u00e8re a fait que Yourcenar a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 ce carcan-l\u00e0.<\/em>&#8239;\u00bb De l\u2019\u00e9v\u00e9nement initial d\u00e9coulerait une personnalit\u00e9 inoxydable, s\u00fbre de son chemin. \u00ab&#8239;<em>Ce qui frappe chez elle, c\u2019est sa puissance presque masculine, une grande confiance en elle. Elle doutait peu. Je connais beaucoup de femmes tr\u00e8s dou\u00e9es qui doutent de leurs qualit\u00e9s, qui attendent qu\u2019on vienne les chercher. Elle n\u2019\u00e9tait pas comme \u00e7a. C\u2019\u00e9tait une conqu\u00e9rante.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nUne enfance sans m\u00e8re, une vie adulte sans p\u00e8re&nbsp;: Marguerite n\u2019avait que 25 ans \u00e0 la mort de Michel Cleenewerck. \u00ab&#8239;<em>C\u2019est toujours int\u00e9ressant pour un \u00e9crivain de perdre t\u00f4t ses parents<\/em>, observe Caroline Lamarche.\u00a0<em>Sans doute qu\u2019on se lib\u00e8re de pas mal d\u2019entraves. Le surmoi a disparu. On ne doit m\u00e9nager personne.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Un si\u00e8cle apr\u00e8s le d\u00e9sastre de 14-18, le mont Noir a retrouv\u00e9 son calme. Le relief alentour est une douce cordill\u00e8re&nbsp;: mont des Cats, mont Rouge, mont Cassel, mont Kemmel\u2026 Vers Poperinge, la campagne se h\u00e9risse de plantes grimpantes enroul\u00e9es sur des \u00e9chafaudages hauts de six \u00e0 sept m\u00e8tres. Ce sont \u00ab&#8239;les guirlandes vertes des houblonni\u00e8res&#8239;\u00bb, dont parlait Yourcenar dans <em>Archives du Nord<\/em>, qui donnent aux bi\u00e8res du plat pays leur amertume unique.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 ce que le p\u00e8re de Marguerite les revende, les Cleenewerck de Crayencour poss\u00e9daient des terres du c\u00f4t\u00e9 de Dranouter, \u00e0 un kilom\u00e8tre de la fronti\u00e8re, c\u00f4t\u00e9 belge. Le village donne lieu, dans L\u2019\u0153uvre au noir, \u00e0 une sc\u00e8ne de f\u00eate m\u00e9morable. Les musiciens de l\u2019\u00e9v\u00eaque, venus de Tournai, font danser des gar\u00e7ons fard\u00e9s et portant perruques, des filles aux tuniques fendues ou retrouss\u00e9es. La r\u00e9gente des Pays-Bas s\u2019y arr\u00eate pour une nuit dans sa route vers Malines. On chuchote qu\u2019elle aime les femmes.<\/p>\n<p>Le livre la d\u00e9crit comme une \u00ab&#8239;femme pieuse, mais point prude, qui sait entendre sans broncher de libres propos d\u2019hommes&#8239;\u00bb. Et on sent dans le r\u00e9cit de Yourcenar une empathie amus\u00e9e pour ces hommes qu\u2019un rien \u00e9moustille \u2013&nbsp;lors de la f\u00eate villageoise, un sein \u00ab&#8239;aper\u00e7u entre les plis du linge&#8239;\u00bb suffit \u00e0 charmer les convives.<\/p>\n<p>De retour au pays, en novembre 1983, Yourcenar avait fait un crochet par Dranouter. Une photo en garde la m\u00e9moire. On y voit l\u2019\u00e9crivaine un foulard nou\u00e9 sur la t\u00eate, \u00e0 la mode paysanne, des bracelets en coton attach\u00e9s aux poignets, le corps tout entier envelopp\u00e9 dans une \u00e9paisse cape de laine. L\u00e0 aussi r\u00e9side sa libert\u00e9&nbsp;: elle se fiche autant des prescrits bour-geois que des diktats de la mode. Plus jeune, plus \u00e9nergique, a-t-elle dit peu avant sa venue \u00e0 Dranouter, elle se lancerait dans la cr\u00e9a-tion d\u2019une ferme collective, avec des parties \u00ab&#8239;<em>compl\u00e8tement sauvages, pour \u00eatre vraiment dans les bois<\/em>&#8239;\u00bb. \u00ab<em> J\u2019aurais une petite maison, j\u2019y r\u00e9unirais quelques amis&nbsp;: ce serait une esp\u00e8ce de \u201ccommune\u201d.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h6>Quatri\u00e8me arr\u00eat &#8211; Marchienne-Au-Pont<br \/>\nL&rsquo;aristocrate<\/h6>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4838 alignleft\" src=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/marchienne-au-pont--300x197.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"197\" srcset=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/marchienne-au-pont--300x197.jpg 300w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/marchienne-au-pont--768x505.jpg 768w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/marchienne-au-pont-.jpg 776w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>Yourcenar a toujours r\u00e9p\u00e9t\u00e9 que le sentiment de classe lui \u00e9tait \u00e9tranger. Elle ne se sent aucune loyaut\u00e9 vis-\u00e0-vis de la noblesse et de la bourgeoisie. Elle d\u00e9peint leurs m\u0153urs sans complaisance. \u00c0 propos de la jeunesse de sa grand-m\u00e8re No\u00e9mi, l\u2019\u00e9crivaine note&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Elle est vertueuse, au sens ignoblement \u00e9troit qu\u2019on donne \u00e0 ce mot, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, quand on l\u2019emploie au f\u00e9minin, comme si la vertu pour la femme ne concernait qu\u2019une fente du corps.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 Marchienne-au-Pont que subsiste l\u2019illustration la plus tangible du background sociologique de Yourcenar. Le lieu tel qu\u2019il se pr\u00e9sente en 2021 r\u00e9siste \u00e0 tous les efforts pour lui donner un tour pittoresque. Ce samedi, la pluie tombe depuis dix heures d\u2019affil\u00e9e, assortie d\u2019un vent glacial, quand on remonte les escaliers de la station de m\u00e9tro De Cartier, qui d\u00e9bouchent directement sur le jardin du ch\u00e2teau homonyme. Au centre de la pelouse, une st\u00e8le se dresse sous la flotte&nbsp;: Marguerite Yourcenar de profil, un foulard sur la t\u00eate. Plus que les ravages du temps, le ch\u00e2teau a subi les d\u00e9pr\u00e9dations des malfrats et des squatteurs. Tourelles calcin\u00e9es. Parc jonch\u00e9 de canettes de bi\u00e8re et de coussins d\u00e9fonc\u00e9s.<\/p>\n<p>Il faut imaginer le ch\u00e2teau au temps de sa splendeur, dress\u00e9 avec morgue sur les rives de la Sambre. Du d\u00e9but du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle jusqu\u2019en 1945, il a \u00e9t\u00e9 occup\u00e9 par des membres de la famille maternelle de l\u2019\u00e9crivaine, les Cartier de Marchienne. Enfant, Marguerite leur a rendu visite&#8239;; elle en a gard\u00e9 le souvenir d\u2019un parc ravissant, avec ses paons et ses rosiers. Elle y est retourn\u00e9e en 1929 pour saluer sa grand-tante Louise. Aux abords imm\u00e9diats du domaine, des ouvriers trimaient et des machines hurlaient \u2014&nbsp;Charleroi \u00e9tait alors le c\u0153ur de la Belgique industrielle.<\/p>\n<p>Quels liens entre le fant\u00f4me du ch\u00e2teau de Cartier, aujourd\u2019hui transform\u00e9 en biblioth\u00e8que communale, et la pens\u00e9e de Yourcenar&#8239;? Les capitalistes qui y ont v\u00e9cu jadis, amassant leur fortune gr\u00e2ce aux charbonnages et \u00e0 la m\u00e9tal-lurgie, l\u2019\u00e9crivaine ne les a jamais glorifi\u00e9s, loin s\u2019en faut. Mais son point de vue, notamment par rapport au f\u00e9minisme, n\u2019est-il pas le produit d\u2019un certain milieu&#8239;?<\/p>\n<p>\u00ab&#8239;<em>Par sa condition sociale, Marguerite Yourcenar fait partie des femmes qui ont du bien, un patrimoine<\/em>&#8239;\u00bb, insiste Caroline Lamarche, qui d\u00e9c\u00e8le chez elle \u00ab&#8239;<em>un regard en surplomb<\/em>&#8239;\u00bb. \u00ab&#8239;<em>Elle est en surplomb par rapport \u00e0 la Belgique, par rapport aux femmes et par rapport \u00e0 sa propre famille, alors que moi, j\u2019entretiens une distance parfois ironique envers les miens, mais toujours tendre.\u00a0Dans sa trilogie autobiographique, on sent son d\u00e9dain pour sa famille, des bourgeois vieux jeu, un peu provinciaux. Je me souviens que \u00e7a m\u2019avait irrit\u00e9e \u00e0 la lecture. Ce n\u2019est pas une tendre, en fait.<\/em>&#8239;\u00bb Ce regard en surplomb typiquement yourcenarien affecterait sa compr\u00e9hension de la question f\u00e9ministe. \u00ab&#8239;<em>Elle parle en surplomb de sa position de femme privil\u00e9gi\u00e9e.\u00a0Elle ne se met pas \u00e0 la place des autres.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Marguerite Yourcenar s\u2019est exprim\u00e9e sur le f\u00e9minisme \u00e0 travers plusieurs interviews, surtout \u00e0 la fin de sa vie. \u00ab&#8239;<em>Je n\u2019aime pas les \u00e9tiquettes, et femme en un sens est une \u00e9tiquette. Je voudrais qu\u2019une femme ait la libert\u00e9 d\u2019\u00eatre aussi femme ou aussi peu femme qu\u2019elle le veut<\/em>&#8239;\u00bb, disait-elle en 1981. Le lexique de l\u2019\u00e9poque n\u2019\u00e9tait pas celui d\u2019aujourd\u2019hui, mais l\u2019id\u00e9e ne rejoint-elle pas certaines pr\u00e9occupations contemporaines, la d\u00e9construction des st\u00e9r\u00e9otypes, la fluidit\u00e9 des genres, le refus des assignations sexuelles&#8239;? Yourcenar se f\u00e9licitait par ailleurs de voir la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9voluer vers des r\u00f4les f\u00e9minin et masculin moins fig\u00e9s, affranchis peu \u00e0 peu des rapports de domination. \u00ab&#8239;<em>Certaines attitudes de bien-s\u00e9ance, de convenances, ont emp\u00each\u00e9 de voir \u00e0 quel point les deux sexes pourraient fraterniser sans les routines ou les formules d\u2019aujourd\u2019hui. Il est grand temps d\u2019assouplir cela, et d\u2019ailleurs c\u2019est en train de s\u2019assouplir.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nLors de la m\u00eame interview t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, Yourcenar tient d\u2019autres propos beaucoup plus en rupture avec le discours f\u00e9ministe. \u00ab&#8239;<em>On souhaiterait moins d\u2019emprisonnement dans le travail, devenu une forme hypocrite de l\u2019esclavage, puisque les gens ne font plus que \u00e7a. \u00c0 la place, on voudrait voir s\u2019\u00e9tablir une \u00e9galit\u00e9 humaine dans laquelle les \u00eatres partageraient les t\u00e2ches, les travaux, les plaisirs, en compagnons. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, le f\u00e9minisme n\u2019a pas du tout mis l\u2019accent sur cela<\/em> [\u2026] <em>et c\u2019est ce qui m\u2019emp\u00eache de signer mon nom sur les prospectus de la plupart des organisations f\u00e9ministes.<\/em>&#8239;\u00bb Yourcenar h\u00e9risse forc\u00e9ment les f\u00e9ministes quand elle appelle, non \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9, mais \u00e0 la compl\u00e9mentarit\u00e9 des sexes. \u00ab&#8239;<em>La cuisine, c\u2019est une forme d\u2019amour. Nourrir les gens, c\u2019est la meilleure mani\u00e8re de leur prouver qu\u2019on les aime. J\u2019aimerais mieux que les femmes ne se sentent pas diminu\u00e9es en jouant ce r\u00f4le f\u00e9minin pour lesquelles elles sont parfaitement adapt\u00e9es.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nLe raisonnement fait bondir Caroline Lamarche. \u00ab&#8239;<em>Yourcenar se r\u00e9clame de l\u2019humanisme, mais en fait elle n\u2019est pas solidaire des femmes, pas consciente de leur calvaire. Elle ne sait pas ce que c\u2019est de s\u2019occuper de sa maison tout en travaillant. Je pense qu\u2019elle ne l\u2019a jamais fait. Elle ne sait pas ce que c\u2019est, une femme mari\u00e9e qui dort chaque nuit dans le lit de son mari. Ce n\u2019est pas la m\u00eame chose qu\u2019elle qui aime les femmes et qui clame \u00e0 tous les vents qu\u2019elle est une femme libre.\u00a0Elle n\u2019a pas eu d\u2019enfants. Or c\u2019est \u00e9crasant de combiner l\u2019\u00e9ducation avec toutes les autres t\u00e2ches. Annie Ernaux le dit dans La femme gel\u00e9e&nbsp;: c\u2019est le fait d\u2019\u00eatre mari\u00e9e et d\u2019avoir des enfants qui scelle le sort des femmes&#8239;! \u00c0 ce moment-l\u00e0, la donne change pour une femme, mais compl\u00e8tement&#8239;! D\u2019o\u00f9 parle Yourcenar&#8239;? Elle a des angles morts partout. Et elle fait la le\u00e7on \u00e0 tout le monde\u2026<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h6>Cinqui\u00e8me arr\u00eat &#8211; Le Zwin<br \/>\nLa d\u00e9fenseuse du vivant<\/h6>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4391 alignleft\" src=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/yourcenar-300x214.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"214\" srcset=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/yourcenar-300x214.jpg 300w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/yourcenar-768x547.jpg 768w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/yourcenar.jpg 779w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p><em>Archives du Nord<\/em> s\u2019ouvre sur le grand ballet des forces g\u00e9ologiques. Marguerite Yourcenar y d\u00e9peint comment, \u00e0 la nuit des temps, l\u2019eau et la terre se sont entrechoqu\u00e9es pour tracer fina-lement un littoral en oblique depuis les caps Blanc-Nez et Gris-Nez jusqu\u2019\u00e0 l\u2019embouchure de l\u2019Escaut.<\/p>\n<p>Les mar\u00e9es ont berc\u00e9 son enfance. Elle a pass\u00e9 avec son p\u00e8re de nombreuses vacances \u00e0 la C\u00f4te belge, notamment dans une villa de Westende. Et c\u2019est du port d\u2019Ostende qu\u2019elle a embarqu\u00e9 dans un bateau pour l\u2019Angleterre, en septembre 1914, au milieu d\u2019une cohue de r\u00e9fugi\u00e9s fuyant les troupes allemandes. Durant la travers\u00e9e de la Manche, \u00e0 l\u2019avant du navire, elle a vu une douzaine de dauphins bondissant au ras de l\u2019eau. \u00ab&#8239;L\u2019enfant de onze ans sentait d\u00e9j\u00e0 confus\u00e9ment que cette all\u00e9gresse animale appartenait \u00e0 un monde plus pur et plus divin que celui o\u00f9 les hommes font souffrir les hommes&#8239;\u00bb, \u00e9crit-elle dans <em>Archives du Nord<\/em>.<\/p>\n<p>Yourcenar vouait une affection particuli\u00e8re \u00e0 la r\u00e9serve naturelle du Zwin, \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 nord du littoral belge. Elle aimait observer mouettes rieuses, canards tadornes, vanneaux hupp\u00e9s et chevaliers gambettes. Dans son testament, elle a laiss\u00e9 une part de son h\u00e9ritage pour l\u2019entretien de ce paysage de pr\u00e9s sal\u00e9s, menac\u00e9 d\u2019ensablement. Elle est cette \u00e9crivaine unique qui donne sa fortune aux oiseaux.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre a-t-elle trouv\u00e9 dans l\u2019\u00e9cologie une voie militante qui lui convenait mieux que le f\u00e9minisme. Malraux, Bernanos, Camus, et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger Orwell ou Garc\u00eda M\u00e1rquez&nbsp;: les grands noms de la litt\u00e9rature de son temps ont embrass\u00e9 des causes g\u00e9opolitiques, pacifistes, anticoloniales\u2026 Anti-Nixon, anti-Reagan, Yourcenar ne d\u00e9daigne pas ces enjeux. Mais l\u2019essentiel de son activisme se joue sur un terrain alors d\u00e9laiss\u00e9 par les \u00e9crivains en vue. Elle apporte son soutien \u00e0 la journaliste Rachel Carson, tra\u00een\u00e9e dans la boue apr\u00e8s la parution de son livre<em> Le printemps silencieux<\/em>, qui d\u00e9nonce les d\u00e9g\u00e2ts \u00e9cologiques caus\u00e9s par les pesticides. Elle se lie d\u2019amiti\u00e9 avec Jacqueline Gilardoni, \u00e0 la t\u00eate d\u2019une association fran\u00e7aise qui lutte pour que soit impos\u00e9e aux abattoirs l\u2019obligation d\u2019\u00e9tourdir les animaux avant de les saigner. Elle rend visite \u00e0 la Madrague \u00e0 Brigitte Bardot, en 1968&nbsp;: d\u2019une m\u00eame voix, les deux femmes s\u2019indignent de la barbarie au Canada, o\u00f9 les phoques nouveau-n\u00e9s sont assomm\u00e9s au gourdin sur la glace, \u00e9corch\u00e9s et d\u00e9coup\u00e9s \u00e0 demi-vivants.<\/p>\n<p>Yourcenar guerroie d\u2019un front \u00e0 l\u2019autre&nbsp;: les pluies acides, la chasse, le napalm d\u00e9vers\u00e9 sur le Vietnam, \u00ab&#8239;l\u2019imposture publicitaire&#8239;\u00bb, la d\u00e9fo-restation, le nucl\u00e9aire\u2026 Le monde des lettres observe son activisme avec curiosit\u00e9. Son impli-cation dans des combats que beaucoup jugent encore secondaires, voire carr\u00e9ment r\u00e9trogrades, lui donne un air un peu \u00e0 part, \u00e0 mi-chemin entre la hippie allum\u00e9e et la dame patronnesse.<\/p>\n<p>Pr\u00e9sente \u00e0 Paris pendant le mois de mai 68, elle a plut\u00f4t observ\u00e9 avec sympathie l\u2019effervescence \u00e9tudiante, sans toutefois y prendre part. \u00ab&#8239;<em>C\u2019est peut-\u00eatre une question d\u2019\u00e2ge<\/em>, dira-t-elle. <em>Je ne me sentais pas l\u2019\u00e9nergie de faire des kilom\u00e8tres \u00e0 pied. Mais c\u2019\u00e9tait tr\u00e8s passionnant.<\/em> [\u2026] <em>Des r\u00e9formes pouvaient se faire, le monde pouvait changer, en partie.<\/em>&#8239;\u00bb Ces ann\u00e9es-l\u00e0 sont aussi celles d\u2019une pouss\u00e9e des revendications f\u00e9ministes. Beaucoup de militantes, en France et aux \u00c9tats-Unis, sont persuad\u00e9es que Yourcenar se ralliera naturellement \u00e0 leur cause. Leurs espoirs seront d\u00e9\u00e7us. \u00ab&#8239;<em>Yourcenar avait la stature pour ce r\u00f4le-l\u00e0, mais c\u2019\u00e9tait compl\u00e8tement antinomique \u00e0 ce qu\u2019elle \u00e9tait<\/em>, estime Marie-H\u00e9l\u00e8ne Lafon. <em>C\u2019est quelqu\u2019un qui voulait \u00eatre ind\u00e9pendante. Elle ne pouvait pas embrasser une cause. J\u2019aime \u00e7a chez\u00a0<\/em><em>elle, son c\u00f4t\u00e9 sauvageonne.\u00a0Elle a eu son \u00e9ducation, elle est ins\u00e9r\u00e9e dans une norme sociale, mais c\u2019est quelqu\u2019un qui \u00e9chappe. Et quelqu\u2019un qui \u00e9chappe ne peut pas devenir pasionaria d\u2019une cause.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Marguerite Yourcenar ne reste pas pour autant inactive. Elle soutient la militante am\u00e9ricaine Marguerite Sanger, promotrice de la contraception. Elle rend de nombreuses visites \u00e0 l\u2019avocate Gis\u00e8le Halimi, qui d\u00e9fend deux touristes belges viol\u00e9es par trois hommes en 1974 \u00e0 Marseille \u2013&nbsp;un proc\u00e8s qui marquera une \u00e9tape d\u00e9cisive dans la prise de conscience de la gravit\u00e9 du viol. Elle cotise pour plusieurs associations d\u2019aide aux femmes recourant \u00e0 l\u2019avortement. Tout en consid\u00e9rant par ailleurs l\u2019avortement comme \u00ab&#8239;un acte tr\u00e8s grave&#8239;\u00bb.<\/p>\n<p>Par rapport au militantisme gay et lesbien, elle reste \u00e0 distance. Pourquoi Yourcenar n\u2019a-t-elle pas us\u00e9 de sa notori\u00e9t\u00e9 pour conscientiser l\u2019opinion publique, l\u2019amener vers plus d\u2019ouverture&#8239;? \u00ab&#8239;<em>\u00c7a e\u00fbt heurt\u00e9 sa vie personnelle<\/em>, pense Marie-H\u00e9l\u00e8ne Lafon. <em>\u00c7a l\u2019e\u00fbt emmen\u00e9 sur des bris\u00e9es o\u00f9 elle ne voulait pas aller, tandis que la cause \u00e9cologiste permettait de se draper dans sa noblesse. C\u2019\u00e9tait une femme courageuse. Je ne l\u2019imagine pas pusillanime ni indiff\u00e9rente. Simplement, elle ne voulait pas \u00eatre r\u00e9duite aux in\u00e9vitables clich\u00e9s qui vous collent \u00e0 la peau quand on adh\u00e8re \u00e0 une cause. Ou alors \u00e7a ne pouvait \u00eatre qu\u2019une cause qui surplombe tellement qu\u2019elle est incontestable, la cause du vivant. Pasionaria de l\u2019\u00e9cologie, des animaux, \u00e7a correspondait \u00e0 une mystique d\u00e9iste, \u00e0 un rapport sacr\u00e9 au vivant dont nous ne sommes qu\u2019une infime parcelle.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Par-del\u00e0 ses interviews pol\u00e9miques et ses expressions parfois p\u00e9remptoires, Marguerite Yourcenar n\u2019aura-t-elle pas servi la cause des femmes \u00e0 sa fa\u00e7on&#8239;? N\u2019a-t-elle pas montr\u00e9 qu\u2019une vie de femme pouvait \u00eatre autre que celle prescrite par la tradition religieuse, ou vant\u00e9e par les magazines de mode, ou voulue par les maris&#8239;? \u00ab&#8239;<em>De ce point de vue-l\u00e0, oui, je suis d\u2019accord<\/em>, r\u00e9pond Marie-H\u00e9l\u00e8ne Lafon. <em>Elle me fait penser \u00e0<\/em> Libert\u00e9 grande, <em>un titre de Julien Gracq. \u00c7a me para\u00eet \u00eatre un des marqueurs essentiels de son itin\u00e9raire de vie. \u00c0 cet \u00e9gard, elle a pu faire penser \u00e0 des femmes dont les ailes \u00e9taient un peu rogn\u00e9es qu\u2019on peut \u00e9largir et inventer sa vie.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>En septembre 1987, dix semaines avant sa mort, Marguerite Yourcenar publie son dernier texte&nbsp;: \u00ab&#8239;Si nous voulons encore essayer de sauver la terre&#8239;\u00bb. Les Gol et les Martens, les Deprez et les Di Rupo, ont-ils \u00e9cout\u00e9 la supplique de celle qu\u2019ils admiraient tant&#8239;? Trente-quatre ans plus tard, des femmes, des hommes aussi, font ce qu\u2019elles croient \u00eatre leur devoir dans un monde compliqu\u00e9, comme hier Z\u00e9non et Hadrien. Elles marchent pour le climat et la biodiversit\u00e9. Elles l\u00e8vent des drapeaux mauves, \u00e0 moins qu\u2019ils ne soient violets ou lilas, pour dire que leur rel\u00e9gation a assez dur\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle se disait humaniste, pas f\u00e9ministe. Dans ses romans, la plupart des h\u00e9ros sont des hommes. Mais elle a v\u00e9cu en femme affranchie des conventions. Elle a refus\u00e9 les assignations de genre, sans jamais se laisser impressionner par les hommes de pouvoir et d\u2019argent. N\u00e9e \u00e0 Bruxelles en 1903, Marguerite Yourcenar a-t-elle servi la cause [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":4840,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[13],"tags":[444,443,296,442],"auteur":[],"class_list":["post-553","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-recit","tag-ecrivain","tag-feministe","tag-litterature","tag-marguerite-yourcenar"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Sur les terres belges de Marguerite Yourcenar - Wilfried<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\/\" \/>\n<link rel=\"next\" href=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\/2\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Sur les terres belges de Marguerite Yourcenar - Wilfried\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Elle se disait humaniste, pas f\u00e9ministe. Dans ses romans, la plupart des h\u00e9ros sont des hommes. Mais elle a v\u00e9cu en femme affranchie des conventions. Elle a refus\u00e9 les assignations de genre, sans jamais se laisser impressionner par les hommes de pouvoir et d\u2019argent. N\u00e9e \u00e0 Bruxelles en 1903, Marguerite Yourcenar a-t-elle servi la cause [&hellip;]\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Wilfried\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2021-06-18T08:22:55+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2023-12-08T09:32:45+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/montnoir4.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"1900\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"1267\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"CamilleVanvyve\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"CamilleVanvyve\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"39 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/articles\\\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\\\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/articles\\\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\\\/\"},\"author\":{\"name\":\"CamilleVanvyve\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/0bc46e677def0579bba7e3ca28c88285\"},\"headline\":\"Sur les terres belges de Marguerite Yourcenar\",\"datePublished\":\"2021-06-18T08:22:55+00:00\",\"dateModified\":\"2023-12-08T09:32:45+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/articles\\\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\\\/\"},\"wordCount\":8336,\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/articles\\\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2021\\\/06\\\/montnoir4.jpg\",\"keywords\":[\"\u00e9crivain\",\"f\u00e9ministe\",\"litt\u00e9rature\",\"Marguerite Yourcenar\"],\"articleSection\":[\"R\u00e9cit\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/articles\\\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/articles\\\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\\\/\",\"name\":\"Sur les terres belges de Marguerite Yourcenar - Wilfried\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/articles\\\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\\\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/articles\\\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2021\\\/06\\\/montnoir4.jpg\",\"datePublished\":\"2021-06-18T08:22:55+00:00\",\"dateModified\":\"2023-12-08T09:32:45+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/0bc46e677def0579bba7e3ca28c88285\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/articles\\\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\\\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/articles\\\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\\\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2021\\\/06\\\/montnoir4.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2021\\\/06\\\/montnoir4.jpg\",\"width\":1900,\"height\":1267},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/\",\"name\":\"Wilfried\",\"description\":\"Le magazine qui raconte la Belgique\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/0bc46e677def0579bba7e3ca28c88285\",\"name\":\"CamilleVanvyve\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/9d3c210555712d5ba5dd50d5e69014f3b5756b6c0f53d705995a7c337f907f16?s=96&d=mm&r=g\",\"url\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/9d3c210555712d5ba5dd50d5e69014f3b5756b6c0f53d705995a7c337f907f16?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/9d3c210555712d5ba5dd50d5e69014f3b5756b6c0f53d705995a7c337f907f16?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"CamilleVanvyve\"}}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Sur les terres belges de Marguerite Yourcenar - Wilfried","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\/","next":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\/2\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Sur les terres belges de Marguerite Yourcenar - Wilfried","og_description":"Elle se disait humaniste, pas f\u00e9ministe. Dans ses romans, la plupart des h\u00e9ros sont des hommes. Mais elle a v\u00e9cu en femme affranchie des conventions. Elle a refus\u00e9 les assignations de genre, sans jamais se laisser impressionner par les hommes de pouvoir et d\u2019argent. N\u00e9e \u00e0 Bruxelles en 1903, Marguerite Yourcenar a-t-elle servi la cause [&hellip;]","og_url":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\/","og_site_name":"Wilfried","article_published_time":"2021-06-18T08:22:55+00:00","article_modified_time":"2023-12-08T09:32:45+00:00","og_image":[{"width":1900,"height":1267,"url":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/montnoir4.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"CamilleVanvyve","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"CamilleVanvyve","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"39 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\/"},"author":{"name":"CamilleVanvyve","@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/#\/schema\/person\/0bc46e677def0579bba7e3ca28c88285"},"headline":"Sur les terres belges de Marguerite Yourcenar","datePublished":"2021-06-18T08:22:55+00:00","dateModified":"2023-12-08T09:32:45+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\/"},"wordCount":8336,"image":{"@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/montnoir4.jpg","keywords":["\u00e9crivain","f\u00e9ministe","litt\u00e9rature","Marguerite Yourcenar"],"articleSection":["R\u00e9cit"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\/","url":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\/","name":"Sur les terres belges de Marguerite Yourcenar - Wilfried","isPartOf":{"@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/montnoir4.jpg","datePublished":"2021-06-18T08:22:55+00:00","dateModified":"2023-12-08T09:32:45+00:00","author":{"@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/#\/schema\/person\/0bc46e677def0579bba7e3ca28c88285"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/sur-les-terres-belges-de-marguerite-yourcenar\/#primaryimage","url":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/montnoir4.jpg","contentUrl":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/montnoir4.jpg","width":1900,"height":1267},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/#website","url":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/","name":"Wilfried","description":"Le magazine qui raconte la Belgique","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/#\/schema\/person\/0bc46e677def0579bba7e3ca28c88285","name":"CamilleVanvyve","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/9d3c210555712d5ba5dd50d5e69014f3b5756b6c0f53d705995a7c337f907f16?s=96&d=mm&r=g","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/9d3c210555712d5ba5dd50d5e69014f3b5756b6c0f53d705995a7c337f907f16?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/9d3c210555712d5ba5dd50d5e69014f3b5756b6c0f53d705995a7c337f907f16?s=96&d=mm&r=g","caption":"CamilleVanvyve"}}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/553","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=553"}],"version-history":[{"count":19,"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/553\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5390,"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/553\/revisions\/5390"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4840"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=553"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=553"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=553"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=553"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}