{"id":5057,"date":"2020-03-21T11:36:37","date_gmt":"2020-03-21T10:36:37","guid":{"rendered":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/?p=5057"},"modified":"2023-10-31T16:24:30","modified_gmt":"2023-10-31T15:24:30","slug":"caroline-desir-sophie-wilmes-et-maggie-de-block","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/caroline-desir-sophie-wilmes-et-maggie-de-block\/","title":{"rendered":"Caroline D\u00e9sir, Sophie Wilm\u00e8s et Maggie De Block, trois femmes au sommet d&rsquo;un \u00e9tat en crise"},"content":{"rendered":"<p>Cela s\u2019est pass\u00e9 un vendredi 13, en 2020. La Belgique commen\u00e7ait \u00e0 comprendre\u2009: ce n\u2019\u00e9tait pas une grippe, ce n\u2019\u00e9tait pas une exag\u00e9ration. Cela\u00a0ressemblait \u00e0 un r\u00eave, mais rien n\u2019\u00e9tait plus vrai. Cette\u00a0r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 peine croyable, \u00ab\u2009Wilfried\u2009\u00bb a voulu la saisir au vol, en laisser une trace. Depuis le sommet de l\u2019\u00c9tat jusqu\u2019aux travailleurs de premi\u00e8re ligne. Pour m\u00e9moire.<\/p>\n<h6>Avant-propos<\/h6>\n<p>L\u2019\u00e9v\u00e9nement trouverait son origine en novembre 2019 \u00e0 Wuhan. On ignore le jour exact. On ne sait rien du patient z\u00e9ro. \u00c0 No\u00ebl, dans les h\u00f4pitaux chinois, des m\u00e9decins perplexes d\u00e9couvrent une \u00ab&#8239;pneumonie inconnue&#8239;\u00bb. Depuis l\u2019Extr\u00eame-Orient, le myst\u00e9rieux poison se diffuse dans toutes les directions gr\u00e2ce au prodigieux r\u00e9seau de transports invent\u00e9 par l\u2019homme. Il finira in\u00e9luctablement par s\u2019incruster dans un territoire aux traits identitaires disparates, travers\u00e9 de disputes intestines&nbsp;: la Belgique.<br \/>\nS\u2019il fallait retenir une date, ce serait le vendredi 13 mars. Une rupture g\u00e9n\u00e9rale de la normalit\u00e9, un recroquevillement \u00e0 grande \u00e9chelle.<\/p>\n<p>Les \u00e9coles organisent leur fermeture, les h\u00f4pitaux se pr\u00e9parent \u00e0 des afflux dignes d\u2019un conflit arm\u00e9, les pr\u00e9sidents de parti n\u00e9gocient la constitution d\u2019un gouvernement d\u2019urgence, les tenanciers de bars font couler leur derni\u00e8re tourn\u00e9e d\u2019Orval et de Chimay, les Belges s\u2019approvisionnent avant d\u2019entrer en hibernation. Trois femmes, soudain, monopolisent les \u00e9crans&nbsp;: Sophie Wilm\u00e8s, Maggie De Block et Caroline D\u00e9sir. Le pays, sa sant\u00e9 et ses \u00e9coles. La trinit\u00e9 de la pand\u00e9mie. C\u2019est \u00e0 elles que revient au premier chef une mission commando&nbsp;: limiter les ravages de l\u2019ennemi invisible, en lequel on peut d\u00e8s lors voir ce que l\u2019on veut \u2014&nbsp;une fatalit\u00e9, une mutation biologique fortuite, une intervention divine ou la r\u00e9volte de la nature.<\/p>\n<p>Les livres d\u2019histoire retiendront de Sophie Wilm\u00e8s, 45 ans, qu\u2019elle fut la Premi\u00e8re ministre du coronavirus. Aux premiers jours, on la trouvait \u00e9vanescente, incolore. On mettait \u00e7a sur le compte de sa personnalit\u00e9 mesur\u00e9e, et plus encore de sa marge de man\u0153uvre restreinte, \u00e0 la t\u00eate d\u2019un gouvernement en affaires courantes et en minorit\u00e9 parlementaire. Mais Sophie Wilm\u00e8s allait devenir Sophie. Celle qui dirait aux Belges ce qu\u2019ils peuvent faire et ne pas faire. Une m\u00e8re, une institutrice, une sainte. Une sage, comme le veut son pr\u00e9nom. Une gestionnaire acceptable, aux yeux des Flamands. Jusque-l\u00e0, c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t une amoureuse un peu aust\u00e8re des bouliers compteurs. \u00c9chevine MR en charge des finances \u00e0 Rhode-Saint-Gen\u00e8se d\u00e8s 2007, elle fait son entr\u00e9e \u00e0 la Chambre en 2015 et se jette avec ardeur sur la commission Finances et Budget. Personne ne la conna\u00eet. Qui aurait cru qu\u2019elle pr\u00e9senterait, cinq ans plus tard, une allocution devant plusieurs millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs pour mettre le pays sous cloche&#8239;? L\u2019ancienne rigoriste des tableurs Excel devrait alors man\u0153uvrer un \u00c9tat contraint de br\u00fbler 2,4 milliards d\u2019euros par semaine.<\/p>\n<p>Maggie De Block poss\u00e8de un don pour feindre l\u2019impassibilit\u00e9. Un menhir lui tombe dessus, la lib\u00e9rale flamande de 57 ans prend acte et bat le rappel des troupes avec l\u2019air de celle qui en a vu d\u2019autres. Tout \u00e7a sans quitter son domicile, o\u00f9 elle s\u2019est mise en quarantaine. Adresse du QG&nbsp;: Mieregemstraat, 1785 Merchtem. Personnalit\u00e9 politique \u00e0 la popularit\u00e9 longtemps inalt\u00e9rable, Maggie De Block est devenue ministre de la Sant\u00e9 publique en 2014. Un poste tr\u00e8s expos\u00e9, cible imm\u00e9diate du monde m\u00e9dical et du personnel soignant. Cette adversit\u00e9 a \u00e9corn\u00e9 sa r\u00e9putation mais n\u2019a jamais sembl\u00e9 atteindre la personne.<\/p>\n<p>Petite-fille de Georges D\u00e9sir, ministre r\u00e9gional et bourgmestre FDF de Woluwe-Saint-Lambert, Caroline D\u00e9sir, 43 ans, a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le Parti socialiste, dont elle est la vice-pr\u00e9sidente bruxelloise. Elle a fait ses classes \u00e0 l\u2019\u00e9chevinat de l\u2019Instruction publique, \u00e0 Ixelles, et \u00e0 la commission de l\u2019\u00c9ducation, au parlement de la F\u00e9d\u00e9ration Wallonie-Bruxelles. En mai 2019, elle recueille onze mille voix de pr\u00e9f\u00e9rence. Suffisant pour avoir \u00e0 g\u00e9rer, neuf mois plus tard, le plus invraisemblable des impond\u00e9rables.<br \/>\nLa fin de l\u2019histoire n\u2019est pas encore \u00e9crite, mais ses premiers chapitres ont d\u00e9j\u00e0 l\u2019\u00e9paisseur d\u2019un bottin. Alors il fallait raconter, figer ce qui pouvait l\u2019\u00eatre. Ceci est le r\u00e9cit, en backstage, du printemps politique de trois femmes au combat, des plus hautes sph\u00e8res de l\u2019\u00c9tat jusqu\u2019aux corps de m\u00e9tier. Le r\u00e9cit d\u2019une guerre sans armes, silencieuse et f\u00e9minine. Sur le bureau de Sophie Wilm\u00e8s, aux c\u00f4t\u00e9s des photos de son mari et de ses trois enfants, repose la maquette d\u2019un F-35, l\u2019avion de chasse dot\u00e9 du feu nucl\u00e9aire. Clou\u00e9 au sol, l\u00e0 o\u00f9 se d\u00e9roule la bataille.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h6>PARTIE 1. UNE POUSSI\u00c8RE \u00c0 L\u2019HORIZON<\/h6>\n<p>2 f\u00e9vrier. Un dimanche de chandeleur. On mange des cr\u00eapes \u00e0 la cassonade en regardant le ciel de pluie par la fen\u00eatre. Un avion rapatrie douze Belges en provenance de Wuhan, berceau et \u00e9picentre du nouveau coronavirus, le SARS-CoV-2. Une \u00ab&#8239;<em>pathologie respiratoire semblable \u00e0 une grippe ordinaire<\/em>&#8239;\u00bb, catalogue Maggie De Block. Pas de quoi trembler&nbsp;: la Chine ne d\u00e9plore officiellement qu\u2019une centaine de morts. La presse belge parle d\u2019un risque \u00ab&#8239;t\u00e9nu&#8239;\u00bb de voir un jour le coronavirus se promener librement sur notre territoire. Les douze de Wuhan sont plac\u00e9s en quarantaine. Nous ne sommes qu\u2019au stade 1 de la menace, qui consiste \u00e0 \u00ab&#8239;<em>maintenir le virus hors du pays le plus longtemps possible, gr\u00e2ce \u00e0 une surveillance ad\u00e9quate du territoire<\/em>&#8239;\u00bb. Pourtant, plusieurs voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent d\u00e9j\u00e0 pour avertir du grave danger qui guette. Le plus souvent, elles sont ignor\u00e9es, voire raill\u00e9es, comme l\u2019illustre le cas de Fran\u00e7ois Schreuer, conseiller communal li\u00e9geois de la petite liste rouge-vert Vega. \u00ab&#8239;<em>Certains s\u2019en sont moqu\u00e9s&nbsp;: je suis, depuis que les premi\u00e8res infos sorties, mi-janvier, assez pr\u00e9occup\u00e9 par le Covid-19, \u00e9crit-il sur son blog d\u00e8s la mi-f\u00e9vrier. Ses caract\u00e9ristiques \u2014&nbsp;en particulier une dur\u00e9e d\u2019incubation qui peut \u00eatre tr\u00e8s longue et le fait que des porteurs asymptomatiques (donc tr\u00e8s difficilement d\u00e9tectables) peuvent \u00eatre contaminants, en font pour nous, humains, un pr\u00e9dateur redoutable. [\u2026] Ce qui est frappant, c\u2019est le manque d\u2019anticipation face \u00e0 la menace. Les gouvernements comme les individus attendent, beaucoup trop me semble-t-il, d\u2019\u00eatre plac\u00e9s au pied du mur avant de prendre une attitude r\u00e9solue de r\u00e9duction des risques.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Vacances de carnaval. Caroline D\u00e9sir est dans la baie de Somme. Son chef de cabinet, Nicolas Fragneau, est en convalescence apr\u00e8s une op\u00e9ration. Son porte-parole, Jean-Fran\u00e7ois Mahieu, accompagne son fils \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Un journaliste les appelle le 24 f\u00e9vrier&nbsp;: il se demande \u00e0 tout hasard si les voyages scolaires en Italie, o\u00f9 l\u2019on recense 229 cas et sept morts, sont menac\u00e9s par le coronavirus. Sur le groupe WhatsApp qui les r\u00e9unit tous les trois, Caroline D\u00e9sir, Nicolas Fragneau et Jean-Fran\u00e7ois Mahieu s\u2019interrogent&nbsp;: on lui r\u00e9pond quoi&#8239;? \u00ab&#8239;<em>Jusque-l\u00e0, nous n\u2019avions eu aucune r\u00e9union sur le Covid-19, replace le porte-parole de la ministre. La question des voyages scolaires ne nous avait pas travers\u00e9 l\u2019esprit. La presse non plus n\u2019avait encore rien publi\u00e9 \u00e0 ce propos.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Deux jours plus tard, le cabinet de Caroline D\u00e9sir envoie une circulaire aux directeurs d\u2019\u00e9cole. En substance&nbsp;: suivez les recommandations des Affaires \u00e9trang\u00e8res, qui sont susceptibles d\u2019\u00e9voluer. Les \u00e9tablissements s\u2019inqui\u00e8tent de voir maintenus des voyages dans un pays, l\u2019Italie, qui est en train de se replier totalement. \u00ab&#8239;<em>Moi, je n\u2019avais pas le droit d\u2019interdire les voyages, indique Caroline D\u00e9sir. Mais les \u00e9coles pr\u00e9f\u00e9raient ne pas avoir la responsabilit\u00e9 de le faire ou de ne pas le faire. C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne qu\u2019on va observer durant toute la crise&nbsp;: dans un contexte exceptionnel, les gens aiment avoir une autorit\u00e9 sur laquelle se reposer.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Le 29 f\u00e9vrier, Caroline D\u00e9sir re\u00e7oit un coup de fil de la Premi\u00e8re ministre. Sophie Wilm\u00e8s lui annonce la mise en place d\u2019un comit\u00e9 de concertation \u00e9largi aux ministres de l\u2019\u00c9ducation, qui se tient le 2 mars. Le nationaliste flamand Ben Weyts est donc pr\u00e9sent, lui aussi. \u00ab&#8239;<em>Il n\u2019est intervenu sur rien<\/em>, se souvient Caroline D\u00e9sir. <em>Mais on sentait d\u00e9j\u00e0 une divergence de points de vue entre le nord et le sud du pays. Les Flamands consid\u00e9raient encore le coronavirus comme une grosse grippe<\/em>.&#8239;\u00bb Nouveau comit\u00e9 de concertation le surlendemain. Caroline D\u00e9sir \u00e9voque la possibilit\u00e9 de fermer les \u00e9coles, si la situation venait \u00e0 d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer.<\/p>\n<p>Sa\u00a0remarque reste sans r\u00e9ponse. Quelques jours plus tard, la porte-parole du gouvernement fran\u00e7ais exclura une telle mesure dans son pays&nbsp;:<br \/>\n\u00ab&#8239;<em>Quand il y a une \u00e9pid\u00e9mie de grippe, on ne ferme pas les \u00e9coles<\/em>.&#8239;\u00bb Stade 2. Le deuxi\u00e8me des trois niveaux du plan de gestion de crise sanitaire mis en place par le SPF Sant\u00e9 publique. Sophie Wilm\u00e8s d\u00e9tr\u00f4ne Maggie De Block dans le r\u00f4le de g\u00e9n\u00e9ral de guerre. Le 1er mars, elle convoque un comit\u00e9 minist\u00e9riel restreint. La Belgique compte alors deux cas av\u00e9r\u00e9s de coronavirus. C\u2019est la premi\u00e8re r\u00e9union officielle dans l\u2019agenda de Sophie Wilm\u00e8s dont l\u2019objet principal concerne le Covid-19. D\u2019une certaine fa\u00e7on, ce kern acte la fin du \u00ab&#8239;gouvernement de notaires&#8239;\u00bb, ainsi que l\u2019on qualifiait avec d\u00e9dain son \u00e9quipe en affaires courantes, soutenue par une minorit\u00e9 parlementaire (MR, Open VLD et CD&amp;V, soit 38 si\u00e8ges sur 150 \u00e0 la Chambre). La Premi\u00e8re ministre est encore inconnue du grand public. On pr\u00e9f\u00e8re \u00e9voquer les faits et gestes des deux charg\u00e9s de mission royale, Patrick Dewael (Open VLD) et Sabine Laruelle (MR), qui cherchent \u00e0 \u00e9viter le m\u00eame destin que leurs nombreux pr\u00e9d\u00e9cesseurs, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9chec. Former un gouvernement f\u00e9d\u00e9ral reste la discipline la plus comment\u00e9e dans l\u2019actualit\u00e9 politique belge. Mais l\u2019irruption du coronavirus pourrait r\u00e9trograder les n\u00e9gociations au second plan.<\/p>\n<p>Ou alors en acc\u00e9l\u00e9rer l\u2019issue.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi le 1er mars qu\u2019Olivier Maingain, bourgmestre D\u00e9fi de Woluwe-Saint-Lambert, prend un arr\u00eat\u00e9 de police qui fait grand bruit&nbsp;: il interdit aux personnes revenant d\u2019une zone \u00e0 risque d\u2019acc\u00e9der aux lieux publics de sa commune pendant quatorze jours. Au sortir du kern, Maggie De Block \u00e9voque une mesure \u00ab&#8239;disproportionn\u00e9e&#8239;\u00bb, qui ne correspondrait pas aux recommandations de l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS) et qui pourrait effrayer les citoyens. \u00c9pid\u00e9miologistes et virologues commencent alors \u00e0 occuper l\u2019espace m\u00e9diatique. Des mots techniques font leur apparition dans le langage courant&nbsp;: gestes barri\u00e8res, gel hydroalcoolique, distanciation sociale, immunit\u00e9 collective ou frottis naso-pharyng\u00e9. D\u00e9but mars, le professeur Herman Goossens de l\u2019universit\u00e9 d\u2019Anvers plaide pour un syst\u00e8me de d\u00e9pistage massif, comme l\u2019Allemagne l\u2019envisage. Maggie De Block n\u2019est pas du m\u00eame avis&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Autant chercher une aiguille dans une botte de foin.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h6>Partie 2&nbsp;: la goutte au nez<\/h6>\n<p>Si la Flandre peut refaire la f\u00eate un jour, les adeptes de chants f\u00e9d\u00e9rateurs ne manqueront pas d\u2019entonner en ch\u0153ur le c\u00e9l\u00e8bre refrain&nbsp;: <em>Blijf in uw kot&#8239;! Ik meen het&#8239;!<\/em> Traduction libre&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>M\u2019enfin, restez chez vous&#8239;!<\/em>&#8239;\u00bb L\u2019auteure-interpr\u00e8te de cette m\u00e9lodieuse formule en flamand populaire n\u2019est autre que Maggie De Block elle-m\u00eame. \u00ab&#8239;Blijf in uw kot&#8239;\u00bb est la toute premi\u00e8re mesure communiqu\u00e9e \u00e0 la Chambre, le 3 mars. La ministre de la Sant\u00e9 prend la peine d\u2019ajouter, par la suite, \u00ab&#8239;<em>Smijt ze buiten als ge ene ziet met een snotneus<\/em>&#8239;\u00bb. Nouvelle tentative de votre traducteur&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Et foutez-moi dehors tous ceux qui ont la goutte au nez&#8239;!<\/em>&#8239;\u00bb Pour la cha\u00eene MNM, l\u2019occasion est trop belle&nbsp;: la radio populaire flamande s\u2019empresse de diffuser son Blijf in Uw Kot&#8239;! remix. La chanson deviendra virale.<\/p>\n<p>\u00c0 57 ans, Maggie De Block n\u2019est pas d\u00e9pourvue d\u2019autod\u00e9rision. Sa silhouette potel\u00e9e fait depuis des ann\u00e9es l\u2019objet de moqueries. \u00ab&#8239;<em>Mais \u00e7a ne l\u2019emp\u00eache pas de dormir<\/em>&#8239;\u00bb, rassure son fr\u00e8re Eddie, de cinq ans son cadet. \u00ab&#8239;<em>L\u2019un des murs de son bureau est couvert de caricatures. Elle les trouve dr\u00f4les.<\/em>&#8239;\u00bb Outre le rire, Maggie dispose d\u2019une autre arme pour affronter un monde qui ne lui veut pas toujours que du bien&nbsp;: le silence. Comme en 2011, lorsqu\u2019elle est propuls\u00e9e au poste de secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019Asile et \u00e0 la Migration. Jusque-l\u00e0, Maggie combinait un mandat politique de d\u00e9put\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale et un agenda de m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste bien rempli \u00e0 Merchtem, o\u00f9 le fr\u00e8re Eddie, alors plus connu que sa grande s\u0153ur, porte l\u2019\u00e9charpe mayorale. Elle n\u2019a aucune exp\u00e9rience des politiques migratoires. La nomination d\u2019une nobody \u00e0 la t\u00eate d\u2019un d\u00e9partement \u00e0 l\u2019\u00e9poque d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s sensible suscite de virulentes critiques. Maggie De Block se mure dans le silence des mois durant, fourbissant sa r\u00e9ponse. Loin des d\u00e9clarations ronflantes, elle privil\u00e9gie une approche intransigeante, applaudie \u00e0 droite mais d\u00e9cri\u00e9e par le monde associatif de gauche.<\/p>\n<p>La popularit\u00e9 de Maggie n\u2019en a jamais souffert. Au contraire&nbsp;: cette main de fer lui vaut, en 2014, 131 000 voix de pr\u00e9f\u00e9rence aux \u00e9lections f\u00e9d\u00e9rales. Une notori\u00e9t\u00e9 qui couronne un r\u00eave&nbsp;: elle est nomm\u00e9e ministre de la Sant\u00e9 publique. L\u2019ann\u00e9e suivante, elle devient l\u2019\u00e9lue politique la plus populaire, de Flandre, mais aussi de Bruxelles et de Wallonie. L\u2019\u00e9tat de gr\u00e2ce sera de courte dur\u00e9e. Durant son mandat, les critiques ciblent sa responsabilit\u00e9 dans le s\u00e9v\u00e8re d\u00e9graissage des d\u00e9penses impos\u00e9 \u00e0 tous les secteurs de la sant\u00e9 publique&nbsp;: en cinq ans, l\u2019Inami a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 de plus de trois milliards d\u2019euros. D\u00e9but mars, alors que la crise sanitaire n\u2019en est qu\u2019\u00e0 ses balbutiements, Maggie De Block est d\u00e9j\u00e0 au centre de tous les tirs.<\/p>\n<p>Caroline D\u00e9sir est \u00e0 la Foire du livre de Bruxelles. Nous sommes le vendredi 6 mars. Quinze mille visiteurs d\u00e9ambulent dans les hangars, feuillettent des livres, plongent leurs mains dans des assiettes de chips. Au m\u00eame moment, au Heysel, ils sont trois fois plus nombreux \u00e0 visiter le salon Batibouw. La ministre de l\u2019\u00c9ducation est invit\u00e9e dans le studio \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de la RTBF pour parler des bienfaits de la lecture chez les jeunes. Juste avant qu\u2019elle prenne l\u2019antenne, Philippe Goffin, le ministre MR des Affaires \u00e9trang\u00e8res, l\u2019appelle au moment de monter dans un avion \u00e0 Zagreb. \u00ab&#8239;<em>Pour la France et l\u2019Italie, on durcit<\/em>&#8239;\u00bb, lui signifie-t-il dans la pr\u00e9cipitation. Jean-Fran\u00e7ois Mahieu et Nicolas Fragneau r\u00e9digent un communiqu\u00e9 express, leur ordi sur les genoux. Le soir m\u00eame, des classes enti\u00e8res sont cens\u00e9es partir \u00e0 la montagne&nbsp;: il faut faire vite. Quand Caroline D\u00e9sir sort du studio, dix minutes plus tard, le communiqu\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 parti. Aucun \u00e9tablissement ne maintiendra ses voyages.<br \/>\nSemaine du 9 mars. Dans les \u00e9coles, l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 monte. Des \u00e9l\u00e8ves et des professeurs de plus en plus nombreux d\u00e9sertent leur classe d\u00e8s qu\u2019ils toussent de fa\u00e7on suspecte ou qu\u2019ils subissent une pouss\u00e9e de fi\u00e8vre.<\/p>\n<p>Des parents en quarantaine ne sont plus en mesure de conduire leurs enfants \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Le 11 mars, \u00e0 Grivegn\u00e9e, dans la province de Li\u00e8ge, l\u2019\u00e9cole primaire du Beau Mur reste portes closes. Les m\u00e9dias se jettent \u00e0 nouveau sur Caroline D\u00e9sir. Les bourgmestres mettent eux aussi la pression&nbsp;: ils sont pr\u00eats \u00e0 fermer les \u00e9coles communales. \u00ab&#8239;<em>Je sentais qu\u2019il fallait de toute urgence une action coordonn\u00e9e, sinon chacun allait faire le sh\u00e9rif dans son coin, ce qui aurait constitu\u00e9 le pire sc\u00e9nario, commente la ministre de l\u2019\u00c9ducation. J\u2019ai transmis cette pression \u00e0 Sophie Wilm\u00e8s, qui s\u2019est montr\u00e9e tr\u00e8s r\u00e9ceptive.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nJeudi 12 mars. Veill\u00e9e d\u2019armes. La Belgique est en \u00ab&#8239;phase 2 renforc\u00e9e&#8239;\u00bb. Quatre cents cas, trois morts. \u00ab&#8239;<em>Nous devons nous pr\u00e9parer \u00e0 une \u00e9ventuelle prochaine phase, comme en Italie<\/em>&#8239;\u00bb, d\u00e9clare Maggie De Block. La p\u00e9ninsule compte alors quinze mille cas et plus d\u2019un millier de morts&#8239;; le pays vient d\u2019entrer en confinement, une premi\u00e8re en Europe.<\/p>\n<p>Sophie Wilm\u00e8s entame ses olympiades&nbsp;: comit\u00e9 minist\u00e9riel restreint, d\u00e9bat \u00e0 la Chambre, r\u00e9union avec les experts, Conseil national de s\u00e9curit\u00e9 et enfin, \u00e0 18&nbsp;h 30, conf\u00e9rence dans le \u00ab&#8239;bunker&#8239;\u00bb, la salle de presse du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, au 16 rue de la Loi, o\u00f9 les m\u00e9dias sont invit\u00e9s pour assister \u00e0 l\u2019allocution de la Premi\u00e8re ministre. \u00c0 19&nbsp;h 30, les chaises r\u00e9serv\u00e9es aux ministres sont toujours vides. Le Conseil national de s\u00e9curit\u00e9 dure plus longtemps que pr\u00e9vu. Un point majeur divise Flamands et francophones&nbsp;: la fermeture des \u00e9coles. Le Nord est contre, le Sud est pour. Les profs et les directeurs d\u2019\u00e9tablissement sont suspendus \u00e0 leur d\u00e9cision. La Belgique enti\u00e8re perd patience derri\u00e8re son \u00e9cran. Les journalistes affichent leur d\u00e9sespoir. \u00ab&#8239;<em>Le vide. Nous sommes seuls\u2026 Abandon de poste. Cette soir\u00e9e est d\u00e9plorable<\/em>&#8239;\u00bb, \u00e9crit Bertrand Henne, journaliste politique \u00e0 la RTBF, sur Twitter.<\/p>\n<p>Pendant que ministres et experts n\u00e9gocient, m\u00e2choires serr\u00e9es, au Conseil national de s\u00e9curit\u00e9, c\u2019est soir\u00e9e sushis devant la t\u00e9l\u00e9 pour Caroline D\u00e9sir et ses deux plus proches collaborateurs. Ils se sont retranch\u00e9s dans le bureau de Fr\u00e9d\u00e9ric Daerden, au deuxi\u00e8me \u00e9tage du b\u00e2timent o\u00f9 si\u00e8ge le gouvernement de la F\u00e9d\u00e9ration Wallonie-Bruxelles, en compagnie de conseillers du ministre du Budget. \u00c0 20 heures, la RTBF retransmet l\u2019allocution autoritaire et unilat\u00e9rale d\u2019Emmanuel Macron, qui d\u00e9cr\u00e8te la fermeture de ses \u00e9coles et encourage les Fran\u00e7ais \u00e0 t\u00e9l\u00e9travailler. La sc\u00e8ne ach\u00e8ve de convaincre les francophones encore dubitatifs. \u00ab<em> Paralyser un pays entier\u2026 je me croyais dans un film de science-fiction<\/em>, commente Caroline D\u00e9sir. <em>\u00c0 ce moment, j\u2019envoie un SMS \u00e0 mon ministre-pr\u00e9sident, Pierre-Yves Jeholet, pour lui signifier qu\u2019on doit embo\u00eeter le pas de la France. Il n\u2019y avait pas d\u2019autre issue possible.<\/em>&#8239;\u00bb Au\u00a0Conseil national de s\u00e9curit\u00e9, le m\u00eame Pierre-Yves Jeholet, selon des propos rapport\u00e9s par L\u2019\u00c9cho, aurait alors tonn\u00e9 contre les Flamands&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Moi, je vais fermer tout seul les \u00e9coles francophones, vous ne tiendrez pas 24 heures.<\/em>&#8239;\u00bb Les \u00e9changes se musclent encore. Les n\u00e9erlandophones n\u2019aiment pas qu\u2019on regarde vers la France. \u00ab<em> Eux, ils se tournent vers les Pays-Bas, qui ne comptaient rien fermer du tout<\/em>&#8239;\u00bb, ajoute Jean-Fran\u00e7ois Mahieu. Des experts pr\u00e9sents au conclave f\u00e9d\u00e9ral, tel que Marc Van Ranst, se disent d\u00e9favorables \u00e0 la suspension des cours. Au m\u00eame moment, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, Caroline D\u00e9sir et ses collaborateurs en \u00e9coutent deux autres, Marius Gilbert et Philippe Devos, affirmer le contraire. \u00ab&#8239;<em>C\u2019\u00e9tait \u00e0 devenir fou. Qui\u00a0avait raison&#8239;? Les \u00e9pid\u00e9miologistes, les virologues&#8239;? s\u2019interroge encore la ministre. Ce qui est s\u00fbr, c\u2019est que sans la France, \u00e7a aurait \u00e9t\u00e9 compliqu\u00e9. \u00c0\u00a0Bruxelles, on se serait peut-\u00eatre retrouv\u00e9 avec des \u00e9coles flamandes ouvertes et des \u00e9coles francophones ferm\u00e9es.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Le Sud finira par faire plier le Nord. \u00c0 22&nbsp;h 30, Sophie Wilm\u00e8s proclame un accord national, sur un ton \u00e0 la fois \u00ab&#8239;ferme et humain&#8239;\u00bb qui sera salu\u00e9 par les m\u00e9dias et l\u2019opinion publique \u2014&nbsp;surtout francophone. On dit avoir assist\u00e9 \u00e0 la vraie prise de pouvoir de la Premi\u00e8re ministre, \u00e0 la naissance d\u2019une femme d\u2019\u00c9tat. A-t-elle sauv\u00e9 la nation&#8239;? Au cours de cette soir\u00e9e psychodramatique, Sophie Wilm\u00e8s n\u2019a pas eu le temps de songer aux cons\u00e9quences d\u2019un \u00e9ventuel \u00e9chec. Elle n\u2019a pas eu le luxe de se regarder faire. Trop focalis\u00e9e sur l\u2019obtention d\u2019un deal. \u00ab&#8239;<em>Elle a un c\u00f4t\u00e9 maternel dans sa communication qui peut faciliter les n\u00e9gociations<\/em>, fait observer Georges-Louis Bouchez, son pr\u00e9sident de parti. <em>Elle est diff\u00e9rente, moderne, nous ne sommes pas habitu\u00e9s \u00e0 \u00e7a en Belgique. Certains auraient voulu se la jouer Churchill ou chef de guerre en conf\u00e9rence de presse, mais elle n\u2019est pas comme \u00e7a. Elle encourage plut\u00f4t la population \u00e0 prendre soin des autres, elle est presque dans la th\u00e9rapie, non dans la brutalit\u00e9.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nCe que personne n\u2019imaginait une semaine plus t\u00f4t est d\u00e9sormais valid\u00e9&nbsp;: jusqu\u2019au 5 avril au moins, \u00e9coles, bars, restaurants et discoth\u00e8ques sont pri\u00e9s de fermer leurs portes. Un rem\u00e8de de cheval qui entra\u00eenera \u00e0 coup s\u00fbr des cons\u00e9quences sociales, \u00e9conomiques et psychologiques ravageuses. Pour l\u2019heure, on les mesure encore mal. L\u2019urgence prime.<\/p>\n<p>Vendredi, 19&nbsp;h. Le journal de RTL s\u2019ouvre sur la pr\u00e9sentatrice, Caroline Fontenoy. \u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, Sophie Wilm\u00e8s et Caroline D\u00e9sir. Trois femmes pour annoncer \u00e0 500 000 t\u00e9l\u00e9spectateurs l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence dans lequel se trouvent la Belgique et le monde, pour d\u00e9tailler les dispositifs imagin\u00e9s afin de limiter les douleurs \u00e0 venir. \u00ab<em> Au bureau, on se regardait en se disant&nbsp;: putain, c\u2019est quand m\u00eame une belle image<\/em>&#8239;\u00bb, se souvient Jean-Fran\u00e7ois Mahieu. Caroline D\u00e9sir est alors hant\u00e9e par une \u00e9norme incertitude&nbsp;: quel sera le taux de remplissage des \u00e9coles le lundi suivant, premier jour de fermeture&#8239;? Les parents pourront d\u00e9poser leurs enfants s\u2019ils n\u2019ont pas la possibilit\u00e9 de les garder \u00e0 la maison. Combien seront-ils \u00e0 recourir \u00e0 cette possibilit\u00e9&#8239;? En plein direct t\u00e9l\u00e9vis\u00e9, la pr\u00e9sentatrice de RTL demande \u00e0 la ministre \u00e0 quel taux s\u2019attendre. Elle r\u00e9pond 10&nbsp;%.<br \/>\n\u00ab&#8239;<em>C\u2019\u00e9tait compl\u00e8tement au bluff, reconna\u00eet-elle. Je me basais juste sur une ou deux directrices qui avaient fait un sondage dans leur \u00e9cole. Et une autre crois\u00e9e quelques minutes plus t\u00f4t sur le plateau t\u00e9l\u00e9, qui m\u2019a dit 10&nbsp;%. J\u2019ai\u00a0pens\u00e9 que c\u2019\u00e9tait un bon chiffre<\/em>.&#8239;\u00bb<br \/>\nDurant la journ\u00e9e, \u00e9l\u00e8ves, enseignants et directeurs d\u2019\u00e9cole ont pli\u00e9 bagages. On leur a dit de rentrer chez eux, de ne pas revenir avant la fin des vacances de P\u00e2ques. \u00c7a ressemble \u00e0 une fin d\u2019ann\u00e9e acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, un 30 juin en plein mois de mars.<\/p>\n<p>Juste apr\u00e8s l\u2019allocution de Sophie Wilm\u00e8s, le jeudi 12, Paul Magnette et Bart De Wever se rencontrent \u00e0 l\u2019abri des m\u00e9dias, \u00e0 23 heures, au si\u00e8ge du PS, boulevard de l\u2019Empereur. Pourquoi ce conciliabule entre ennemis jur\u00e9s&#8239;? Une menace sanitaire d\u2019ampleur est aux portes du pays. Or, Sabine Laruelle et Patrick Dewael, les deux charg\u00e9s de mission royale, doivent se rendre au Palais le lundi qui suit. Il serait g\u00eanant de venir sans projet alors que la sant\u00e9 des Belges est en p\u00e9ril, mais ils n\u2019ont rien de tangible \u00e0 proposer. C\u2019est dans ce contexte que Paul Magnette invite Bart De Wever, avec Conner Rousseau, le pr\u00e9sident des socialistes flamands, dans le r\u00f4le de l\u2019entremetteur. Vu les circonstances, Magnette n\u2019exclut pas une alliance politique entre le PS et la N-VA, aux contours tr\u00e8s cadr\u00e9s, limit\u00e9e \u00e0 trois mois et dans le seul but de juguler la pand\u00e9mie. C\u2019est l\u2019objet de l\u2019accord en gestation, appuy\u00e9 par le duo royal Dewael-Laruelle. Le pacte avait-il pour intention non avou\u00e9e d\u2019\u00e9vincer Sophie Wilm\u00e8s, en pleine crise sanitaire&#8239;? Paul Magnette s\u2019en d\u00e9fend&nbsp;: il ne voulait pas faire sauter l\u2019ex\u00e9cutif existant, et encore moins celle qui occupe le fauteuil supr\u00eame. \u00ab&#8239;<em>J\u2019ai toujours <\/em><br \/>\n<em>trouv\u00e9 Sophie Wilm\u00e8s \u00e0 la hauteur dans ses fonctions de Premi\u00e8re ministre, commente-t-il. Je m\u2019entends bien avec elle, nous avons d\u00e9jeun\u00e9 plusieurs fois ensemble. Elle n\u2019est pas vraiment \u00e0 droite, plut\u00f4t centriste. Alors qu\u2019Alexander De Croo (ministre Open VLD, souvent pressenti formateur) est tr\u00e8s, tr\u00e8s lib\u00e9ral. Donc, moi, \u00e7a m\u2019arrangeait bien de garder Sophie Wilm\u00e8s.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>La suite a \u00e9t\u00e9 narr\u00e9e, pour partie, par <em>De Morgen<\/em> et <em>Le Vif\/L\u2019Express<\/em>. Les principaux leaders du PS se r\u00e9unissent le vendredi 13 mars \u00e0 10 heures, au boulevard de l\u2019Empereur. Laurette Onkelinx, Rudy Demotte, Jean-Claude Marcourt, Ahmed Laaouej, entre autres, ont \u00e9t\u00e9 convi\u00e9s. Magnette leur expose son plan&nbsp;: engager au plus vite des n\u00e9gociations avec la N-VA en vue de constituer un gouvernement d\u2019urgence. Certains des dirigeants pr\u00e9sents sont dubitatifs, voire r\u00e9ticents, mais la crise sanitaire s\u2019aggrave d\u2019heure en heure. Peut-on confier le sort de tout un pays, dans un moment aussi dramatique, \u00e0 un gouvernement en affaires courantes qui n\u2019est soutenu que par 38 d\u00e9put\u00e9s sur 150&#8239;? Est-ce d\u00e9mocratique, l\u00e9gitime&#8239;? Tous finissent par se rallier au raisonnement de leur pr\u00e9sident. Aux \u00e9tages inf\u00e9rieurs du parti, toutefois, c\u2019est la liqu\u00e9faction. Le feu couve. Pactiser avec les nationalistes&#8239;? On craint une d\u00e9perdition de l\u2019\u00e2me du PS. On redoute aussi le pi\u00e8ge&nbsp;: un gouvernement provisoire, \u00e7a peut durer plus longtemps qu\u2019on ne le pense, et les pouvoirs pr\u00e9tendument limit\u00e9s peuvent tout \u00e0 coup se d\u00e9brider.<\/p>\n<p>Le reste de la journ\u00e9e se d\u00e9roule sur un autre boulevard, celui de la Toison d\u2019Or, au si\u00e8ge du MR. S\u2019y retrouvent les quatre pr\u00e9sidents de parti des formations lib\u00e9rales et socialistes du pays&nbsp;: Georges-Louis Bouchez, Gwendolyn Rutten, Paul Magnette et Conner Rousseau. On discute de savoir qui va \u00eatre formateur, donc a priori Premier ministre. Georges-Louis Bouchez se t\u00e2te. Sans accord, il garderait ses sept ministres, tr\u00e8s en vue suite \u00e0 la crise, dont le 16 rue de la Loi. Et il n\u2019a pas envie d\u2019offrir le tr\u00f4ne \u00e0 Paul Magnette, chez qui il croit lire une envie de pouvoir d\u00e9mesur\u00e9e. Ce calcul agace le socialiste, qui d\u00e9barrasse le plancher en col\u00e8re.<\/p>\n<p>Le samedi, les n\u00e9gociateurs convient le pr\u00e9sident de la N-VA, ainsi que le pr\u00e9sident du CD&amp;V Joachim Coens, \u00e0 les rejoindre. Ils sont donc six, d\u00e9sormais. Bart De Wever laisse entrevoir son dessein imp\u00e9rial&nbsp;: il se verrait bien Premier ministre d&rsquo;un gouvernement provisoire d&rsquo;un an, \u00e0 la place de Sophie Wilm\u00e8s. \u00ab&#8239;Je ne sais pas si c\u2019est tragique ou rigolo, mais le jeudi soir, Bart De Wever d\u00e9versait tout son m\u00e9pris \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Sophie Wilm\u00e8s, en r\u00e9p\u00e9tant combien elle \u00e9tait faible, raconte Paul Magnette. Exactement au m\u00eame moment, la Premi\u00e8re ministre faisait sa conf\u00e9rence de presse et se construisait une statue de Commandeur.&#8239;\u00bb D\u2019autres nationalistes flamands r\u00eavent aussi qu\u2019elle retourne dans l\u2019ombre d\u2019o\u00f9 elle a surgi. \u00ab&#8239;<em>Elle\u00a0est \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de ce qu\u2019ils souhaitent et \u00e7a les fait \u00e9ructer<\/em>, confirme Boris Dilli\u00e8s, bourgmestre d\u2019Uccle et parrain de l\u2019une des filles de la Premi\u00e8re ministre. <em>\u00c0 travers Sophie, on fait briller tout ce qu\u2019ils d\u00e9testent&nbsp;: le sentiment patriotique, le sens de l\u2019union.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Pour Georges-Louis Bouchez, le coming-out de Bart De Wever constitue sans doute une bonne nouvelle. Paul Magnette ne permettra jamais d\u2019aur\u00e9oler le pr\u00e9sident d\u2019un parti dont l\u2019article premier des statuts r\u00e9clame l\u2019ind\u00e9pendance de la Flandre, alors que la Belgique est au seuil de la plus grave crise sanitaire et \u00e9conomique depuis des d\u00e9cennies. S\u2019il accepte, le PS sera \u00e0 feu et \u00e0 sang. Mais ce n\u2019est pas tout. Bart De Wever aimerait \u00e9galement profiter d\u2019une attention g\u00e9n\u00e9rale d\u00e9tourn\u00e9e par le coronavirus pour inclure une autre revendication&nbsp;: la r\u00e9vision, \u00e0 l\u2019issue des douze mois du gouvernement provisoire en discussion, de l\u2019article 195 de la Constitution. Qui d\u00e9clencherait de facto de nouvelles \u00e9lections, et paverait la voie, esp\u00e8re-t-il, vers le conf\u00e9d\u00e9ralisme. Le pr\u00e9sident du PS regarde Bart De Wever tomber dans tous les pi\u00e8ges qu\u2019il lui tend. Le bourgmestre d\u2019Anvers est en train de paralyser lui-m\u00eame les tractations.<\/p>\n<p>Alors que les bars et restaurants ont baiss\u00e9 pavillon, que les rues de Bruxelles prennent un air de Walking Dead dans la nuit qui tombe, les pr\u00e9sidents des six partis poursuivent une n\u00e9gociation qui s\u2019enlise de plus en plus. Jeudi, vendredi, un sentiment d\u2019urgence dominait, l\u2019accord paraissait \u00e0 port\u00e9e de demain. Mais ce moment-l\u00e0 est d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9. Les acteurs tergiversent de plus en plus, l\u2019accord s\u2019\u00e9loigne, m\u00eame si certains font encore mine d\u2019y croire, \u00e0 l\u2019instar de Bart De Wever qui, aux dires de Paul Magnette, continuera d\u2019\u00e9voquer son article 195 jusqu\u2019\u00e0 2 heures du matin. \u00ab&#8239;<em>C\u2019est la seule chose qui l\u2019int\u00e9ressait, relate le pr\u00e9sident du PS. Je me demandais sur quelle plan\u00e8te il vivait. Il sous-estimait largement la crise sanitaire, il ne comprenait pas ce qu\u2019il se passait. Cette nuit-l\u00e0, il voulait encore prendre trois semaines pour n\u00e9gocier un accord de gouvernement complet et parler institutionnel alors que le confinement \u00e9tait imminent. C\u2019\u00e9tait surr\u00e9aliste.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Tard dans la nuit, alors que Bart De Wever et Joachim Coens ont d\u00e9j\u00e0 quitt\u00e9 les lieux, Paul Magnette \u00e9chafaude devant Georges-Louis Bouchez, Gwendolyn Rutten et Conner Rousseau un autre sc\u00e9nario. Pourquoi ne pas conserver le gouvernement actuel et lui octroyer les pouvoirs sp\u00e9ciaux, avec le soutien ext\u00e9rieur des socialistes et des \u00e9cologistes&#8239;? Aux yeux de Magnette et Bouchez, c\u2019est la seule issue possible. Ils ont bien compris qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9sormais impossible de former un gouvernement d\u2019urgence, vu les forces en pr\u00e9sence et le temps imparti. Surtout, il serait suicidaire de changer de cabinets minist\u00e9riels en pleine temp\u00eate. Mais ils sont persuad\u00e9s que les affaires courantes ne suffiront pas \u00e0 traverser la zone de basse pression. Conner Rousseau est furieux&nbsp;: ce n\u2019est pas cette parade qui avait \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9e. Il se sent trahi par la volte-face de Magnette. Il juge antid\u00e9mocratique de laisser le faiblard gouvernement Wilm\u00e8s aux commandes du pays alors que la Belgique s\u2019appr\u00eate \u00e0 vivre son ann\u00e9e la plus terrible depuis 1945. Bouchez, lui, est ravi&nbsp;: dans ce sch\u00e9ma, le MR garderait Sophie Wilm\u00e8s et ses six autres ministres f\u00e9d\u00e9raux d\u00e9j\u00e0 en place. Pendant la discussion, il \u00e9crit \u00e0 la Premi\u00e8re ministre pour lui signifier qu\u2019il cherche \u00e0 obtenir une union nationale. Sophie Wilm\u00e8s reste \u00e0 distance de la partie de Stratego politique qui se joue. Elle ne participe qu\u2019\u00e0 deux r\u00e9unions, pendant une demi-heure. Et se borne \u00e0 faire passer un message&nbsp;: si les tractations doivent se r\u00e9sumer \u00e0 faire tomber toutes les quilles, elle d\u00e9sapprouvera publiquement. Paul Magnette gagne sa chambre d\u2019h\u00f4tel, d\u2019o\u00f9 il appelle encore, au milieu de la nuit, quelques conseillers pour affiner son sc\u00e9nario. D\u00e8s le lendemain midi, il compte lancer un appel public sur RTL en faveur des pouvoirs sp\u00e9ciaux, de l\u2019union nationale, afin d\u2019endiguer la pand\u00e9mie dans des dispositions politiques ad hoc. Ce qu\u2019il fait avec l\u2019aplomb et l\u2019aisance des grands orateurs, comme si c\u2019\u00e9tait la configuration en faveur de laquelle il avait toujours milit\u00e9. Les Flamands, eux, se sentent horriblement trahis. O\u00f9 est pass\u00e9 le plan A&#8239;? Ils soup\u00e7onnent les francophones d\u2019avoir ourdi le coup de concert. Ils appellent \u00e7a leur Pearl Harbor. Theo Francken le promet&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Nous n\u2019allons pas oublier<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Flamands et francophones se retrouvent tout de m\u00eame le dimanche \u00e0 14 heures. Le climat est tendu, les invectives fusent. Un consensus finit n\u00e9anmoins par se former&nbsp;: accorder les pouvoirs sp\u00e9ciaux \u00e0 Sophie Wilm\u00e8s pour trois mois, renouvelables une fois. Il est convenu qu\u2019une majorit\u00e9 parlementaire \u00e9largie \u00e0 dix partis votera la confiance \u00e0 la Premi\u00e8re ministre, qui devra la remettre en jeu end\u00e9ans les six mois.<\/p>\n<p>La solution a des airs de d\u00e9b\u00e2cle pour la N-VA. Le premier parti de Flandre et de Belgique est compl\u00e8tement hors jeu, alors que se joue la plus grave crise du si\u00e8cle.<br \/>\n\u00c9c\u0153ur\u00e9, Bart De Wever envoie Peter De Roover, chef de groupe \u00e0 la Chambre, sur la sc\u00e8ne du dernier acte qui doit se jouer. Les pr\u00e9sidents des trois partis du gouvernement (MR, Open VLD, CD&amp;V), de cinq partis d\u2019opposition (PS, SP.A, Ecolo, Groen, CDH) et l\u2019ambassadeur de la N-VA se retrouvent le dimanche soir au Lambermont, la r\u00e9sidence officielle de la Premi\u00e8re ministre. Sophie Wilm\u00e8s est de mauvaise humeur. Elle estime que ces tractations ralentissent le gouvernement dans la mission sanitaire urgente dont il est investi. Elle suspend la s\u00e9ance, le temps d\u2019un \u00e9change par visioconf\u00e9rence avec le pr\u00e9sident de Rh\u00e9nanie-du-Nord-Westphalie \u00e0 propos de la fermeture de la fronti\u00e8re belgo-allemande. De retour, elle demande qui se dit pr\u00eat \u00e0 lui voter la confiance. Tout le monde l\u00e8ve la main, sauf Peter De Roover. Fin de la partie.<br \/>\n<!--nextpage--><\/p>\n<h6>PARTIE 3. BAS LES MASQUES<\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Maggie De Block est partout. Le sang-froid, les drames, elle conna\u00eet. \u00ab&#8239;<em>Nous avons \u00e9t\u00e9 orphelins de notre p\u00e8re, tu\u00e9 dans un accident de voiture alors que Maggie n\u2019avait que 7 ans<\/em>, rapporte Eddie De Block, le grand fr\u00e8re. <em>J\u2019en avais deux, mon plus jeune fr\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas encore n\u00e9. Je la revois dans la cuisine, enfant, en train de me cuire des \u0153ufs. Elle a tr\u00e8s t\u00f4t eu le sens des responsabilit\u00e9s, elle \u00e9tait pour moi une sorte de figure paternelle.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019imperturbable faci\u00e8s de Maggie, pain b\u00e9nit pour les carnavaliers alostois, ne laissera rien transpara\u00eetre, mais le mot \u00ab&#8239;masque&#8239;\u00bb a de quoi la faire pester int\u00e9rieurement. Maggie est un mod\u00e8le de self-control. Les reproches dirig\u00e9s contre elle sont multiples, mais un seul point les catalyse tous&nbsp;: les masques, toujours introuvables. L&#8217;embl\u00e8me de l\u2019impr\u00e9voyance et de l\u2019amateurisme du gouvernement. Des protections vitales que la moiti\u00e9 du pays s\u2019est mise \u00e0 chercher fi\u00e9vreusement. En vain&nbsp;: tant les masques chirurgicaux que les fameux appareils de protection respiratoire jetables FFP2 manquent \u00e0 l\u2019appel. Jack Ma, patron du g\u00e9ant chinois du commerce en ligne Alibaba, fr\u00f4le l\u2019anoblissement lorsqu\u2019il annonce un don d\u2019un demi-million de masques \u00e0 la patrie. La premi\u00e8re cargaison atterrit \u00e0 Bierset le 13 mars, la veille de la fermeture officielle des \u00e9tablissements Horeca et des \u00e9coles. Le nombre total des contaminations dans notre pays est alors de 559. On d\u00e9nombre cinq victimes. Mais tout le monde le sait d\u00e9j\u00e0 avec certitude&nbsp;: les masques de Jack Ma ne suffiront pas.<\/p>\n<p>Mise sous pression, Maggie force le destin. Par l\u2019entremise d\u2019une adjudication, elle valide une commande de 5 millions de masques, livrables dans les cinq jours. L\u2019op\u00e9ration est un effroyable rat\u00e9. Le premier fournisseur chinois d\u00e9clare forfait, propulsant le juteux contrat dans les bras d\u2019un fournisseur belgo-turc de Temse. Apr\u00e8s une bonne semaine, on comprend que celui-ci ne pourra honorer la commande. On perd un temps pr\u00e9cieux, le nombre de contaminations, d\u2019hospitalisations et de d\u00e9c\u00e8s progresse \u00e0 toute barde. Il faut attendre le 20 mars pour recevoir le premier lot de masques, via le troisi\u00e8me adjudicataire de la liste.<br \/>\nUn\u00a0certain Nicolas Cuypers, militant N-VA de premier plan \u00e0 Zulte.<\/p>\n<p>Dans les h\u00f4pitaux, le d\u00e9ficit de mat\u00e9riel de protection est en train de d\u00e9cupler la peur des infirmi\u00e8res. \u00c0 l\u2019angoisse habituelle de ne pas r\u00e9ussir \u00e0 sauver un patient s\u2019ajoute celle de contracter soi-m\u00eame le virus ou, pire, de le ramener \u00e0 la maison. C\u2019est l\u2019unique sujet de conversation sur les groupes WhatsApp entre soignants. Maggie, les masques, la mort. Trois mots qui d\u00e9finissent le quotidien d\u2019Adrien Rigolet, infirmier aux soins intensifs \u00e0 l\u2019h\u00f4pital universitaire Saint-Luc, \u00e0 Bruxelles. \u00ab&#8239;<em>Mon p\u00e8re vient de d\u00e9c\u00e9der des suites d\u2019une longue maladie. Je vais rendre visite \u00e0 ma m\u00e8re d\u00e8s que possible, je ne peux pas la laisser seule. Mais je crains sans cesse de v\u00e9hiculer le Covid-19. Je m\u2019en voudrais toute ma vie, et encore plus \u00e0 la ministre.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Le personnel soignant est en col\u00e8re, mais il n\u2019a gu\u00e8re le temps de l\u2019exprimer. Il faut sauver des vies, l\u2019ordre est aussi imp\u00e9rieux que \u00e7a. Apr\u00e8s la vague, les infirmi\u00e8res reprendront leurs gr\u00e8ves du mardi, elles le promettent. Qui osera encore les ignorer&#8239;?<br \/>\nLundi 16 mars. Pour la troisi\u00e8me fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, apr\u00e8s les gr\u00e8ves scolaires de 1996 et les attentats de 2016,<br \/>\nles cours sont suspendus en Belgique. Mais les \u00e9coles restent ouvertes. Soulagement au cabinet D\u00e9sir&nbsp;: la plupart des \u00e9tablissements recensent entre cinq et dix \u00e9l\u00e8ves. Largement sous les 10&nbsp;% redout\u00e9s par la ministre. Commence pour les profs une longue p\u00e9riode d\u2019enseignement all\u00e9g\u00e9 \u2014&nbsp;mais sans nouveaux apprentissages, selon la derni\u00e8re circulaire qui veut pr\u00e9venir l\u2019accroissement des in\u00e9galit\u00e9s entre \u00e9l\u00e8ves.En fin de semaine, Caroline D\u00e9sir et ses deux plus proches collaborateurs vivent leur premi\u00e8re journ\u00e9e compl\u00e8te de confinement. \u00ab&#8239;<em>Tu d\u00e9barques \u00e0 la maison, o\u00f9 la dynamique familiale est d\u00e9j\u00e0 bien rod\u00e9e, d\u00e9crit Jean-Fran\u00e7ois Mahieu. Tu regardes ton t\u00e9l\u00e9phone, tu ne sais pas comment aider, tu ne sers \u00e0 rien. \u00c7a s\u2019est super mal pass\u00e9. Ma femme a p\u00e9t\u00e9 les plombs, je ne faisais rien de bon.<\/em>&#8239;\u00bb Pour la ministre aussi, le retour \u00e0 domicile, o\u00f9 sont confin\u00e9s son mari et ses deux adolescents, s\u2019av\u00e8re incommode. \u00ab&#8239;<em>C\u2019est difficile de d\u00e9connecter, m\u00eame quand je suis chez moi. Il y a encore tellement de choses \u00e0 g\u00e9rer, et une telle adr\u00e9naline qui ne redescend pas\u2026<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Mardi 17 mars. Sophie Wilm\u00e8s pr\u00eate serment devant le souverain. Dans la foul\u00e9e, la Premi\u00e8re se rend \u00e0 la Chambre pour y prononcer son discours d\u2019investiture. Elle sort \u00e0 cette occasion une expression qui n\u2019avait plus \u00e9t\u00e9 entendue dans l\u2019h\u00e9micycle depuis un demi-si\u00e8cle&nbsp;: la grande union. Sophie Wilm\u00e8s re\u00e7oit, au terme de son allocution, la confiance de neuf partis. Un soutien toutefois asym\u00e9trique, puisque refus\u00e9 par les deux premiers partis de Flandre (N-VA et Vlaams Belang) mais seulement par le quatri\u00e8me parti de Wallonie (le PTB). Sur Twitter, Theo Francken exprime toute sa d\u00e9testation envers cette \u00e9quipe&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Et soudain \u2014&nbsp;comme un voleur dans la nuit \u2014&nbsp;nous avons un nouveau gouvernement. Dix lib\u00e9raux sur quatorze ministres. Dragon d\u00e9mocratique. Ce pays ne tol\u00e8re plus les \u00e9lections.<\/em>&#8239;\u00bb Sur les r\u00e9seaux sociaux, le hashtag #nietmijnregering (pas mon gouvernement), dop\u00e9 par la N-VA, se diffuse \u00e0 toute vitesse. Le rival du hashtag #keepSophie, qui avait prosp\u00e9r\u00e9 quand certains partis tentaient de constituer un gouvernement d\u2019urgence.<\/p>\n<p>Bart De Wever est le grand perdant de la s\u00e9quence qui vient de s\u2019achever. Il a le sentiment d\u2019avoir manqu\u00e9 un rendez-vous d\u00e9cisif avec son propre destin, d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 plac\u00e9, selon ses mots, en \u00ab&#8239;quarantaine politique&#8239;\u00bb. \u00ab&#8239;J\u2019aurais aim\u00e9 g\u00e9rer cette crise, avoue-t-il dans le magazine Humo. Au moins, vous avez le sentiment que vous valez votre salaire. Moi Premier ministre, peut-\u00eatre que \u00e7a aurait \u00e9t\u00e9 un d\u00e9sastre, mais au moins j\u2019aurais v\u00e9cu.&#8239;\u00bb Le pr\u00e9sident de la N-VA voit d\u00e9j\u00e0 le pi\u00e8ge se refermer sur lui&nbsp;: si \u00e0 l\u2019avenir il se montre trop conciliant vis-\u00e0-vis de Sophie Wilm\u00e8s, il risque de mettre en \u00e9vidence sa propre insignifiance politique&#8239;; s\u2019il appara\u00eet trop virulent, on jugera que son discours se confond avec celui du Vlaams Belang. Un Belang au mieux de sa forme, en embuscade.<\/p>\n<p>\u00ab&#8239;<em>Vous n\u2019ignorez quand m\u00eame pas quel parti politique, dans les ann\u00e9es 1930, dans un pays voisin, a constamment recouru aux pouvoirs sp\u00e9ciaux<\/em>&#8239;\u00bb, se permet m\u00eame d\u2019ironiser son pr\u00e9sident, Tom Van Grieken, qui retourne avec culot le point Godwin \u00e0 son avantage.<\/p>\n<p>Le mardi soir, nouveau Conseil national de s\u00e9curit\u00e9. Sophie Wilm\u00e8s ent\u00e9rine ce que tout le monde pressentait&nbsp;: le d\u00e9but du confinement, d\u00e9j\u00e0 en vigueur en Chine, en Cor\u00e9e du Sud, en Italie, en France. Le monde commence \u00e0 se claquemurer. Les Belges vont apprendre une nouvelle fa\u00e7on de vivre, en respectant un lockdown qui deviendra presque un produit du terroir&nbsp;: \u00e0 la fois strict et tr\u00e8s permissif. Les promenades de plusieurs heures en famille. Les villages qui prennent des allures de brocante, mais sans exposants. Les restaurants ferm\u00e9s, les friteries ouvertes. L\u2019\u00e9chevin des Sports de Fernelmont qui s\u2019offre une escapade \u00e0 v\u00e9lo de 417&nbsp;km jusqu\u2019\u00e0 la mer du Nord. Les livreurs qui approvisionnent les foyers en marchandises de tous types&nbsp;: livres, arbustes, peinture, rouleau \u00e0 p\u00e2tisserie\u2026 Les ap\u00e9ros sur Skype, les vid\u00e9os humoristiques du quotidien. Chaque matin, \u00e0 11&nbsp;h 30, le point presse des experts qui compte les morts et recense les grands malades. Le 25 mars, le Financial Times f\u00e9licite la Belgique pour sa gestion de la crise, en qualifiant ce briefing quotidien \u00ab&#8239;d\u2019exemple pour les autres pays&#8239;\u00bb. \u00ab&#8239;<em>Le gouvernement belge montre qu\u2019un pays divis\u00e9 peut apporter une r\u00e9ponse claire et d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 une crise nationale<\/em>&#8239;\u00bb, concluent les deux journalistes, correspondants \u00e0 Bruxelles. L\u2019article flattera l\u2019orgueil d\u2019un peuple<br \/>\nqu\u2019on dit si peu chauvin. Il confortera les partis qui ont milit\u00e9 pour un gouvernement d\u2019union nationale.<\/p>\n<p>Maggie De Block n\u2019op\u00e8re pas seule sur la Mieregemstraat. Ses deux fr\u00e8res habitent dans un rayon de moins de cent m\u00e8tres. Depuis sa fen\u00eatre, elle a une vue sur l\u2019appartement de son fils, tandis que sa fille \u2014&nbsp;sur le point d\u2019accoucher \u2014&nbsp;habite \u00e0 un jet de pierre. \u00c0 l\u2019exception de son fils, tous figurent dans l\u2019organigramme de la section locale du parti, o\u00f9 s\u2019illustre aussi son mari Luc. \u00ab&#8239;<em>On est plut\u00f4t soud\u00e9s<\/em>, commente Eddie. <em>Je suis fier de la fa\u00e7on dont Maggie fait face \u00e0 cette crise.<\/em>&#8239;\u00bb Et pour les masques&#8239;? N\u2019a-t-elle pas commis une erreur&#8239;? \u00ab<em> Bah&#8239;! La proc\u00e9dure d\u2019achat ne m\u00e9rite peut-\u00eatre pas un prix, mais on n\u2019est pas non plus dans un concours de beaut\u00e9. L\u2019important est que les masques soient arriv\u00e9s.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Si le gouvernement n\u2019est pas capable de fournir du mat\u00e9riel m\u00e9dical, la population s\u2019en charge elle-m\u00eame, rapidement, partout en Belgique. Des citoyens dans leur salon, des ouvriers dans leurs hangars \u00e0 l\u2019arr\u00eat. \u00c0 Noville-les-Bois, un atelier de couture rouvre dix ans apr\u00e8s la cessation de ses activit\u00e9s afin de fabriquer \u00e0 la h\u00e2te des masques \u00e0 destination des \u00e9boueurs et du personnel des supermarch\u00e9s. \u00c0 Dinant, une imprimerie se met \u00e0 produire des visi\u00e8res de protection pour les aide-soignantes. Pour Jacques Dal, g\u00e9rant de la boutique du CHU de Godinne, \u00e0 Namur, la reconversion en artisan du textile d\u00e9bute le 29 mars. D\u2019ordinaire, son quotidien se compose de chocolats Merci, de ballons double bubble Mickey et d\u2019animaux en peluche. \u00ab&#8239;<em>On s\u2019adapte, on travaille sec, plus que d\u2019habitude, d\u00e9crit-il. Mais je ne peux pas mieux rentabiliser mon temps qu\u2019en le consacrant au profit de ceux qui \u0153uvrent en premi\u00e8re ligne<\/em>.&#8239;\u00bb Au CHU, il faut douze mille blouses. Chaque jour. L\u2019appel lanc\u00e9 par Jacques sur les r\u00e9seaux sociaux a rassembl\u00e9 cinq cents couturiers et couturi\u00e8res. Le coronavirus signe le retour en gr\u00e2ce de Singer. Avec son \u00e9quipe, constitu\u00e9e de peintres, \u00e9lectriciens ou jardiniers en ch\u00f4mage temporaire, Jacques empaquette des kits de textiles. \u00ab&#8239;<em>En ce moment, nous avons sept mille blouses en cours de confection. J\u2019ai honte de ce mod\u00e8le \u00e9conomique mondialis\u00e9 qui favorise une telle p\u00e9nurie. Mais il y a quelque chose de tr\u00e8s beau \u00e0 voir ces nombreuses personnes, de tous milieux confondus, s\u2019unir pour amoindrir le drame des derni\u00e8res semaines.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Lors d\u2019une interview radio, le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, Peter De Crem (CD&amp;V), juge probl\u00e9matique que des cyclotouristes continuent \u00e0 s\u2019autoriser des sorties de 50 kilom\u00e8tres. Maggie De Block le rembarre publiquement. \u00ab&#8239;<em>Il faut que le confinement reste vivable<\/em>&#8239;\u00bb, explique-t-elle. L\u2019affaire fait grand bruit en Flandre. Le d\u00e9saccord se r\u00e8gle en kern, au b\u00e9n\u00e9fice des cyclos, autoris\u00e9s \u00e0 poursuivre leurs entra\u00eenements par une circulaire minist\u00e9rielle. L\u2019\u00e9pisode souligne la f\u00e9brilit\u00e9 du monde politique, de plus en plus enclin \u00e0 d\u00e9signer des boucs \u00e9missaires pour masquer sa propre impuissance. Le fait que le nombre d\u2019hospitalisations continue \u00e0 augmenter de mani\u00e8re exponentielle, ce ne serait ni parce que le gouvernement n\u2019a pris aucune mesure lorsque les skieurs sont revenus d\u2019Italie, ni parce que les travailleurs les plus expos\u00e9s n\u2019ont pas re\u00e7u les indispensables \u00e9quipements de protection, ni parce que de nombreuses entreprises ont longtemps continu\u00e9 \u00e0 fonctionner sans consignes strictes, et encore moins parce que rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu avant la mi-mars pour tester les Belges et donc identifier le virus. Non, ce serait parce que des cyclistes d\u00e9passent les 50 kilom\u00e8tres\u2026<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h6>PARTIE 4. P\u00c2QUES AU BALCON<\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>5 avril. Pr\u00e8s de mille cinq cents morts et vingt mille cas av\u00e9r\u00e9s en Belgique. Le d\u00e9confinement est repouss\u00e9 au 19 du m\u00eame mois. Sophie Wilm\u00e8s le rappelle dans une adresse \u00e0 la nation, encadr\u00e9e par les drapeaux belge et europ\u00e9en. Une communication politique inhabituelle en Belgique, qui fait plut\u00f4t penser \u00e0 la France et sa tradition des messages pr\u00e9sidentiels enregistr\u00e9s. Le but de l\u2019intervention&nbsp;: baisser la pression.<br \/>\nLe fiasco du mat\u00e9riel m\u00e9dical enflamme le personnel soignant. Deux chirurgiens de l\u2019h\u00f4pital Saint-Pierre de Bruxelles ont r\u00e9dig\u00e9, quelques jours plus t\u00f4t, une lettre ouverte \u00e0 l\u2019attention de la Premi\u00e8re ministre pour exprimer m\u00e9diatiquement cette inqui\u00e9tude. Fleurissent par ailleurs des articles pour rappeler que c\u2019est Sophie Wilm\u00e8s, quand elle \u00e9tait ministre du Budget, qui a act\u00e9 un plan d\u2019\u00e9conomies sur les comptes relatifs aux soins de sant\u00e9, en 2017. Il n\u2019emp\u00eache qu\u2019elle garde les faveurs de l\u2019opinion publique francophone, qui semble pr\u00eate \u00e0 tout lui pardonner. En Flandre en revanche, l\u2019engouement est beaucoup plus mod\u00e9r\u00e9. Pour beaucoup d\u2019observateurs au nord du pays, elle reste la concierge du gouvernement, surnom que lui a attribu\u00e9 le m\u00e9dia anglophone Politico.<\/p>\n<p>Jeudi 9 avril. Le printemps \u00e9clate en silence. Les maisons de repos se transforment en mouroirs. \u00ab&#8239;<em>On s\u2019est retrouv\u00e9s, du jour au lendemain, \u00e0 devoir convertir nos maisons de repos en h\u00f4pitaux<\/em>, explique l\u2019\u00e9cologiste Philippe No\u00ebl, pr\u00e9sident du CPAS de Namur. <em>Sauf que nos infrastructures ne sont pas adapt\u00e9es \u00e0 une telle situation ni notre personnel form\u00e9 \u00e0 des protocoles habituellement r\u00e9serv\u00e9s aux zones les plus sensibles des h\u00f4pitaux<\/em>.&#8239;\u00bb<br \/>\nOn d\u00e9nombre en Belgique 2 523 morts caus\u00e9es par le Covid-19. Sans compter toutes les victimes qui ne sont pas encore recens\u00e9es. Sur la RTBF, St\u00e9phane Olivier, le directeur g\u00e9n\u00e9ral du CHU Ambroise Par\u00e9, \u00e0 Mons, s\u2019alarme&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Il n\u2019y a pas de raison qu\u2019il y ait moins d\u2019AVC, moins d\u2019infarctus, moins de p\u00e9ritonites. Or il y a beaucoup moins de patients que d\u2019habitude. On se demande o\u00f9 sont ces personnes.<\/em>&#8239;\u00bb Dans les colonnes de L\u2019\u00c9cho, c\u2019est le chef du service p\u00e9diatrie de l\u2019h\u00f4pital des enfants Reine Fabiola, \u00e0 Bruxelles, qui s\u2019inqui\u00e8te de la nette diminution des diagnostics de leuc\u00e9mies et de lymphomes. Pour \u00e9tablir le vrai co\u00fbt humain de la pand\u00e9mie, \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 2020, il faudra prendre en compte la surmortalit\u00e9 dans son ensemble, et pas seulement les victimes directes du coronavirus. Le bilan pourrait \u00eatre bien plus lourd encore.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, le Maskergate fait toujours parler de lui. Au point que la centrale des services publics de la CSC r\u00e9clame la d\u00e9mission de Maggie De Block. Motifs&nbsp;: incomp\u00e9tence flagrante et d\u00e9faut de pr\u00e9voyance. On apprend aussi que les trois millions de masques FFP2 livr\u00e9s la semaine pr\u00e9c\u00e9dente sont inutilisables. Ils n\u2019offrent pas une protection suffisante. \u00ab&#8239;Un lourd revers&#8239;\u00bb, admet Philippe De Backer, le \u00ab&#8239;ministre des Masques&#8239;\u00bb \u00e0 qui Maggie De Block a d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 certaines comp\u00e9tences.<br \/>\nDans les h\u00f4pitaux, la d\u00e9crue a lentement d\u00e9but\u00e9, mais le corps m\u00e9dical continue d\u2019\u00e9touffer. Les journ\u00e9es cauchemardesques s\u2019encha\u00eenent, elles semblent appartenir \u00e0 un autre monde. Les chariots roulent comme des wagons fous, les infirmi\u00e8res s\u2019abstiennent de boire et de manger pendant six ou sept heures d\u2019affil\u00e9e. Les larmes coulent en silence lorsqu\u2019un patient prend leur main avant d\u2019\u00eatre intub\u00e9, sans avoir eu le temps d\u2019appeler sa femme. \u00ab&#8239;On endort le patient, on lui dit au revoir et on sait tr\u00e8s bien qu\u2019il y a un risque vital, et donc un risque qu\u2019on ne le revoie plus&#8239;\u00bb, explique \u00e0 la RTBF Pierre Henin, chef du service des soins intensifs \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Nivelles. La m\u00eame sc\u00e8ne s\u2019est produite la veille avec un autre malade, elle se reproduira le lendemain.<\/p>\n<p>La nuit, toutefois, n\u2019est pas sans lumi\u00e8re. Nous nous levons le matin avec l\u2019\u00e9nergie des jours o\u00f9 tout va bien, alors que tout est moche. Nous cousons, nous commer\u00e7ons, nous soignons, nous gouvernons, nous offrons, nous applaudissons au cr\u00e9puscule, malgr\u00e9 les morts qui s\u2019amoncellent et la r\u00e9cession \u00e9conomique inimaginable qui barre notre horizon. Nous pensions que le mot r\u00e9silience \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux populations des pays en guerre, voil\u00e0 qu\u2019il nous concerne soudain. Nous regardions avec une tendresse stup\u00e9faite les Italiens qui jouaient de la musique, tous les soirs sur leur balcon, comme pour se superposer aux sir\u00e8nes des ambulances. Nous n\u2019avons pas moins de courage. Fr\u00e8res d\u2019armes, fratelli du monde. Dans l\u2019adversit\u00e9 \u00e9merge notre g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 impulsive. Le printemps, brutal, n\u2019a cess\u00e9 de nous rappeler cette douce v\u00e9rit\u00e9. \u2014<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cela s\u2019est pass\u00e9 un vendredi 13, en 2020. La Belgique commen\u00e7ait \u00e0 comprendre\u2009: ce n\u2019\u00e9tait pas une grippe, ce n\u2019\u00e9tait pas une exag\u00e9ration. Cela\u00a0ressemblait \u00e0 un r\u00eave, mais rien n\u2019\u00e9tait plus vrai. 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