{"id":4867,"date":"2022-03-21T11:08:40","date_gmt":"2022-03-21T10:08:40","guid":{"rendered":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/?p=4867"},"modified":"2023-11-12T20:42:36","modified_gmt":"2023-11-12T19:42:36","slug":"arno-the-european-cowboy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/arno-the-european-cowboy\/","title":{"rendered":"Arno, the european cowboy"},"content":{"rendered":"<p>Entour\u00e9 d\u2019un halo de lumi\u00e8re se d\u00e9coupant dans la fum\u00e9e, santiags aux pieds, Arno surgissait sur sc\u00e8ne comme une apparition chim\u00e9rique tir\u00e9e d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie rituelle. L\u2019\u00e9crivain Philippe Marczewski remonte ses souvenirs d\u2019adolescence, d\u00e9j\u00e0 fascin\u00e9 par ce rockeur hirsute projetant l\u2019image floue d\u2019une Belgique rapi\u00e9c\u00e9e, extravagante, sans logique apparente.<\/p>\n<p>On trouve dans les collections du mus\u00e9e du Louvre une sanguine anonyme de la fin du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, on y voit une foule agenouill\u00e9e devant un autel de fortune d\u2019o\u00f9 monte une colonne de fum\u00e9e, et hors de la fum\u00e9e un visage \u00e9merge et c\u2019est le visage d\u2019un dieu, et dans la foule quelque chose passe comme une stupeur. <em>Dieu apparaissant dans la fum\u00e9e d\u2019un sacrifice<\/em>, tel est le nom de la sanguine, et tel fut Arno Hintjens ce soir-l\u00e0, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, quand il commen\u00e7a son concert.<\/p>\n<p>La lumi\u00e8re blanche des spots formait \u00e0 travers sa chevelure un halo et d\u00e9coupait son profil, elle dessinait une silhouette \u00e0 l\u2019encre de Chine cercl\u00e9e d\u2019un trait brillant sur le cuir de la veste et il s\u2019est avanc\u00e9 comme \u00e9manant d\u2019un feu invisible couvant sous la sc\u00e8ne, forme n\u00e9e de la fum\u00e9e qui gagnait l\u2019espace, on ne distinguait rien d\u2019autre que son corps et le pied du micro et lentement, tr\u00e8s lentement il a commenc\u00e9 \u00e0 chanter, <em>I put the things I hate \/ Out of my mind \/ Everybody is looking \/ For what they don\u2019t have<\/em>, tr\u00e8s lentement, plus lentement que sur le disque et d\u2019une voix plus grave, d\u2019une voix rauque et profonde comme remont\u00e9e de la mine, arrach\u00e9e aux entrailles des exc\u00e8s, \u00e0 la fum\u00e9e du tabac, au fond du verre et au tr\u00e9fonds des nuits. La voix d\u2019Arno Hintjens amplifi\u00e9e par le micro, les vibrations de la voix d\u2019Arno Hintjens multipli\u00e9es par les enceintes, leur r\u00e9sonance aux limites des\u00a0infrabasses ont travers\u00e9 les corps devant moi puis mon corps puis les corps derri\u00e8re moi et ce fut comme une d\u00e9flagration brutale, m\u00e9tallique, le souffle ralenti d\u2019une explosion qui se diffuse en ondes concentriques, un souffle br\u00fblant qui provoque dans les corps qu\u2019il traverse quelque chose comme une stupeur, <em>Some need image \/ Cause they don\u2019t feel \/ I discover my own need,<\/em> qui s\u2019insinue sous la peau, sous les muscles, sous la pl\u00e8vre soudain d\u00e9coll\u00e9e et fait r\u00e9sonner les corps comme s\u2019ils \u00e9taient de bronze.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait comme un grand rituel, une c\u00e9r\u00e9monie profane et le corps avanc\u00e9 sur la sc\u00e8ne, le corps d\u2019Arno Hintjens avec son halo de lumi\u00e8re se d\u00e9coupant dans la fum\u00e9e avait quelque chose d\u2019une apparition surr\u00e9elle, semblable \u00e0 une figure mythique surgie du domaine des chim\u00e8res, t\u00eate fauve sur corps d\u2019ours noir, l\u00e9g\u00e8rement pench\u00e9e en arri\u00e8re, et la lumi\u00e8re peu \u00e0 peu en a pr\u00e9cis\u00e9 les traits, les sourcils lev\u00e9s comme tentant de s\u2019extraire du visage, les yeux clos et de brefs mouvements de la nuque qui projetaient la voix rauque et profonde \u00e0 travers une m\u00e2choire \u00e0 peine desserr\u00e9e, <em>It comes so slowly \/ It comes so gently \/ Ratata<\/em>, et c\u2019est venu, c\u2019est venu, <em>so slowly, so gently<\/em>. Je ne voulais pas aller voir ce concert, cette fois-l\u00e0. Arno, je l\u2019avais d\u00e9j\u00e0 beaucoup vu depuis quelques ann\u00e9es, beaucoup entendu mais j\u2019\u00e9tais l\u00e0 tout de m\u00eame, j\u2019avais suivi le groupe avec la suffisance blas\u00e9e de mes vingt-cinq ans qui sont le v\u00e9ritable \u00e2ge ingrat. Je ne savais pas avant de le voir ce soir-l\u00e0 que son feu couvait sous la sc\u00e8ne et Arno Hintjens s\u2019est avanc\u00e9, <em>It comes so slowly \/ It comes so gently \/ Ratata<\/em>, sa voix rauque et profonde a envahi la salle, fait mousser la bi\u00e8re dans nos verres, se d\u00e9coller nos pl\u00e8vres, le halo de lumi\u00e8re rendait visible chacun de ses cheveux en bataille et donnait aux mouvements de ses mains un air de sortil\u00e8ge, Arno Hintjens comme un dragon sorti d\u2019un crat\u00e8re, lave d\u00e9valant les pentes du volcan, <em>Dieu apparaissant dans la fum\u00e9e d\u2019un sacrifice<\/em>.<\/p>\n<p>En 1988, l\u2019\u00e9cole o\u00f9 je subis le temps lent de l\u2019adolescence est un repaire de j\u00e9suites, dans tous les sens du terme, et les plus rigoristes ne sont pas ceux que l\u2019on croit. On y organise pour la premi\u00e8re fois un concours de playbacks. L\u2019un d\u2019entre nous s\u2019inscrit&#8239;; il annonce Arno, <em>Bathroom Singer<\/em>. Les j\u00e9suites ne connaissent pas Arno mais trouvent la musique joyeuse et entra\u00eenante, ils valident l\u2019inscription. Ils n\u2019avaient pas vu Arno sur l\u2019antenne de la RTBF, quelques semaines plus t\u00f4t, portant costume sombre et chemise rouge, les jambes arqu\u00e9es \u00e0 la cowboy par le port de santiags, semblant vaguement ivre au point de tituber. Ils ne l\u2019avaient pas vu, le sourire en coin, secouer son entrejambe sur tous les <em>Ding-a-ling-a-ling<\/em> du refrain et jouer du micro comme d\u2019un sexe amolli, autod\u00e9rision bravache \u00e0 mille lieues du virilisme qui bouffait l\u2019\u00e9poque, non ils n\u2019avaient rien vu de ce jeune type aux cheveux longs et au regard tombant, aux allures de gar\u00e7onnet espi\u00e8gle, pas si jeune, d\u2019ailleurs, avec ses trente-sept ans, l\u2019\u00e2ge de nos professeurs si compass\u00e9s \u2014&nbsp;et cette performance reproduite par surprise sur la sc\u00e8ne de l\u2019\u00e9cole suffit \u00e0 provoquer un petit cataclysme, la salle explose et hurle, reprend le refrain avec sa chor\u00e9graphie, les enseignants confits d\u2019eau b\u00e9nite plus j\u00e9suites que les j\u00e9suites s\u2019\u00e9tranglent. Oh&#8239;! bien s\u00fbr ce n\u2019est pas grand-chose, de la provocation de basse intensit\u00e9, aucune r\u00e9volution \u00e0 l\u2019horizon, l\u2019ordre \u00e9tabli peut dormir tranquille, mais au milieu de notre adolescence Arno fut cela&nbsp;: un cheveu dans la soupe, un sourire en coin, une d\u00e9marche titubante mais d\u2019une classe impeccable. Un totem pour nos inadaptations de jeunesse et notre propension \u00e0 l\u2019ironie et \u00e0 la d\u00e9rision.<\/p>\n<p>Bien plus tard, en 1996, dans le clip de <em>Je ne veux pas \u00eatre grand<\/em>, Arno, \u00e0 l\u2019abri d\u2019une chambre, regarde par les fen\u00eatres un monde en proie aux guerres, aux violences, aux destructions. <em>Moi je reste dans mon lit \/ Je n\u2019bouge plus d\u2019ici \/ Je n\u2019veux pas \u00eatre grand \/ Jamais adolescent<\/em>. Je crois aujourd\u2019hui que ce qui me plaisait chez lui n\u2019avait rien \u00e0 voir avec ses petites provocations trop faciles. Comme lui, je ne voulais pas grandir&nbsp;: l\u2019enfance m\u2019allait bien. Je voulais encore jouer et vivre sans cons\u00e9quences \u2014&nbsp;un sourire en coin \u2014&nbsp;et ne jamais avoir \u00e0 assumer ce monde d\u00e9gueulasse. Je ne l\u2019avais pas compris alors&nbsp;: Arno exprimait quelque chose de l\u2019enfance dans sa fa\u00e7on de nous appara\u00eetre, avec ses h\u00e9sitations et ses b\u00e9gaiements, ses approximations et ses pirouettes, son go\u00fbt pour des mots sans pr\u00e9tention qu\u2019il chargeait de po\u00e9sie, zizi choco bazar yoyo, et son refus de l\u2019esprit de s\u00e9rieux des adultes \u2014&nbsp;<em>Quand les grands sont grands \/ Ils sont chiants \/ Ils sont cool et cons \/ En m\u00eame temps<\/em> \u2014&nbsp;quelque chose de l\u2019enfance que nous voudrions garder, nous aussi.<\/p>\n<p>(\u00c0 ce moment pr\u00e9cis, le samedi 23 avril 2022, on dit qu\u2019Arno est mort, on dit qu\u2019il a beaucoup lutt\u00e9, on fait la liste de ses plus belles chansons, on doit, pour diverses raisons, le faire entrer dans quelques phrases comme dans un cercueil, on cherche la formule, on dit <em>putain putain, bye-bye till the next time<\/em>, la statue d\u00e9j\u00e0 prend le pas sur l\u2019artiste, l\u2019image triomphe, fig\u00e9e, alors je mets sur la platine le premier album de TC Matic, je le mets fort, et j\u2019\u00e9coute Arno crier <em>I\u2019m not like that \/ I can\u2019t be like that \/ I was a bit like that \/ Well I\u2019m like that<\/em>).<\/p>\n<p>Or&nbsp;: derri\u00e8re le masque de la blague, derri\u00e8re l\u2019attitude lunaire de pierrot trash, trop souvent surjou\u00e9e d\u00e8s qu\u2019il ne s\u2019agit plus de chanter mais de faire le jeu des m\u00e9dias, et arm\u00e9 d\u2019un b\u00e9gaiement pr\u00e9venant une parole qui en dirait trop, Arno a r\u00e9ussi au fil du temps \u00e0 se composer un personnage contradictoire, \u00e0 la fois opaque et transparent. Opaque, parce que faire le con et clamer qu\u2019on fait le con est depuis toujours le meilleur paravent de l\u2019intimit\u00e9. Transparent, parce que sa mani\u00e8re de faire le con d\u00e9voile ses fragilit\u00e9s aussi pr\u00e9cis\u00e9ment que ses textes r\u00e9v\u00e8lent un homme g\u00e9n\u00e9reux, attentif au monde et aux difficult\u00e9s de vivre de ses semblables. Derri\u00e8re le masque de la blague on trouve para\u00eet-il Arno Hintjens, n\u00e9 Arnold Charles Ernest Hintjens \u00e0 Ostende d\u2019une famille de r\u00e9sistants et de syndicalistes, \u00e9lev\u00e9 par des femmes, trilingue flamand fran\u00e7ais anglais, anarchiste et internationaliste revendiqu\u00e9&nbsp;: voil\u00e0 ce qu\u2019on peut lire en divers lieux, autant dire pas grand-chose et pourtant, tout au long de sa carri\u00e8re il n\u2019a cess\u00e9 d\u2019\u00e9voquer la question de l\u2019identit\u00e9 \u2014&nbsp;qui il est, qui nous sommes \u2014&nbsp;pour aussit\u00f4t en diminuer l\u2019importance, lui d\u00e9nier tout squelette charpentant le corps \u2014&nbsp;<em>Moi et qui \/ Qui et moi \/ Qui est qui \/ Merde c\u2019est moi.<\/em> Parce qu\u2019il faut se coltiner soi-m\u00eame et s\u2019habiller de sa propre peau comme d\u2019un paletot mal taill\u00e9, mieux vaut renoncer \u00e0 l\u2019importance d\u2019\u00eatre soi, puisque <em>Quand qui est parti \/ Moi reste l\u00e0 \/ Et \u00e7a change rien ici \/ Ni pour moi \/ Ni pour lui \/ Ni pour qui<\/em>. Dans le flot sans fin des \u00e9tiquettes Arno refuse toute assignation, toute cat\u00e9gorie. Il crie <em>Je ne suis pas une communiste \/ Je ne suis pas une cycliste \/ Je ne suis pas une catholique \/ Je ne suis pas une footballiste<\/em>. Arno est non assimilable, non r\u00e9cup\u00e9rable, quand bien m\u00eame la Belgique de droite et de gauche se repa\u00eet de son \u0153uvre, comme si elle d\u00e9vorait son propre enfant, et quand bien m\u00eame elle aime se regarder dans le visage d\u2019Arno comme dans un miroir. La Belgique prend plaisir \u00e0 se monter du col, \u00e0 se dire diff\u00e9rente, \u00e0 se pr\u00e9tendre surr\u00e9aliste, alors elle s\u2019approprie Arno, le r\u00e9duit \u00e0 une certaine belgitude amusante parce qu\u2019Arno Hintjens ressemble \u00e0 un gigantesque collage surr\u00e9aliste de langues et de styles. Il se revendique de Magritte et de Spilliaert, chante Adamo et crie <em>Vive les moules&#8239;!<\/em>&nbsp;: la Belgique pense qu\u2019Arno n\u2019aurait pu na\u00eetre nulle part ailleurs, la Belgique est dupe d\u2019elle-m\u00eame \u2014&nbsp;mais Arno, lui, n\u2019est pas dupe de la Belgique, <em>Petit pays avec un grand esprit \/ Where they speak no language at all<\/em>. Un peu de la gloire d\u2019Arno retombe sur elle, sur sa petite terre de granzommes, et la Belgique a donc son Arno rockeur hirsute comme elle a son Brel po\u00e8te immortel, comme elle a son Eddy champion cycliste, comme elle a sa bi\u00e8re son chocolat et son surr\u00e9alisme brevet\u00e9.<\/p>\n<p>Mais Arno n\u2019est pas la Belgique, ou plut\u00f4t&nbsp;: il est une projection imaginaire de la Belgique. Il est la Belgique que nous voudrions \u00eatre, une Belgique extravagante, en morceaux d\u00e9coup\u00e9s et recoll\u00e9s sans logique apparente. Il est un Ostendais vivant \u00e0 Bruxelles, qui n\u2019est pas la capitale du pays mais un fantasme de ville-monde au centre d\u2019un continent, une ville-collage, une ville-palimpseste pour une Europe en \u00e9tat perp\u00e9tuel de malfa\u00e7on. Il est un type model\u00e9 sur les rivages de la mer du Nord, avec son temps gris et son soleil rasant, et la mer du Nord c\u2019est d\u00e9j\u00e0 la Baltique, d\u00e9j\u00e0 l\u2019oc\u00e9an, d\u00e9j\u00e0 le bout du monde. Sa musique emprunte au blues du delta du Mississippi, au punk anglais, au dub jama\u00efcain, \u00e0 la chanson fran\u00e7aise, au musette des bords de Marne, au tango argentin et \u00e0 la kermesse flamande. Je me souviens d\u2019un film \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision (pour l\u2019\u00e9mission Int\u00e9rieur nuit, si j\u2019ai bonne m\u00e9moire) o\u00f9 Arno, dans sa cuisine, pr\u00e9parait un waterzoo\u00ef de poulet&nbsp;: un plat populaire fait de trois fois rien, un poireau, des pommes de terre, un c\u00e9leri \u2014&nbsp;un plat des pauvres gens. Il a souvent dit&nbsp;: <em>Moi je vis pas avec des fronti\u00e8res. Tout le monde a deux trous dans son nez<\/em>. Arno est ce type qui cuisine un wate-rzoo\u00ef pour le manger ensuite \u00e0 Berlin, \u00e0 Paris ou \u00e0 Londres. Arno est cette Belgique qui se d\u00e9fait d\u2019elle-m\u00eame, \u00e0 mille lieues de revendiquer ce qu\u2019elle croit \u00eatre, une Belgique \u00e0 laquelle on ne peut \u00eatre assign\u00e9 parce qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019une id\u00e9e floue, un m\u00e9lange de peuples sans nation, un pays sans fronti\u00e8res ext\u00e9rieures mais avec trop de fronti\u00e8res int\u00e9rieures. Arno, ce n\u2019est pas la Belgique, juste l\u2019id\u00e9e que l\u2019on s\u2019en fait. Une meilleure version de nous-m\u00eames.<\/p>\n<p><em>On n\u2019est pas heureux ni malheureux<\/em> c\u2019est vrai, on navigue comme on peut entre les ports, on se d\u00e9brouille avec le go\u00fbt doux-amer de la vie et rien n\u2019est si grave, allez, rien n\u2019est vraiment grave, rien n\u2019est important&nbsp;: <em>La v\u00e9rit\u00e9 \/ Ne fait pas de bruit<\/em>. Arno Hintjens nous a appris \u00e0 tituber avec \u00e9l\u00e9gance, \u00e0 endosser les r\u00f4les en demi-teinte avec panache, les amours d\u00e9cevantes, les sexes amollis, la solitude. Il a fait siens les vers de Leonard Cohen en les reprenant dans Solo Gigolo \u2014&nbsp;<em>There is a crack in everything \/ That\u2019s how the light gets in<\/em>, et c\u2019est vrai que la lumi\u00e8re passait \u00e0 travers ses fissures. Il va faire bien sombre, par ici.<\/p>\n<p>Il est maigre d\u00e9sormais comme un fruit dess\u00e9ch\u00e9 et les os d\u00e9j\u00e0 pointent sous la surface, le squelette est en avance au rendez-vous mais la chair r\u00e9siste encore, veut vivre encore, il entre sur la sc\u00e8ne dans le noir et s\u2019assied sur une chaise, empoigne le micro et chante d\u2019une voix rauque et puissante mais plus aigu\u00eb qu\u2019avant, <em>You don\u2019t need me anymore \/ It doesn\u2019t matter anymore<\/em>, la lumi\u00e8re le nimbe d\u2019un halo, ses cheveux blancs en bataille lui font une couronne et il chante, d\u2019une voix arrach\u00e9e \u00e0 la mine des douleurs, il offre son corps supplici\u00e9 par la maladie au rite qui se joue sur la sc\u00e8ne une fois encore, encore un peu, et si la violence et la brutalit\u00e9 ont disparu, si elles ne peuvent plus d\u00e9coller la pl\u00e8vre, les corps vibrent encore comme s\u2019ils \u00e9taient de bronze. Un monde se termine, des ann\u00e9es se concentrent en une heure comme s\u2019effondrant sur elles-m\u00eames. Puis soudain la musique cesse, Arno Hintjens salue la foule d\u2019un signe de la main, s\u2019approche une derni\u00e8re fois du micro, <em>\u00c9coute, merci pour tout, allez bye-bye<\/em>, le public applaudit, voudrait prolonger le rite, encore un peu, encore une fois, mais un brouillard \u00e9trange envahit la sc\u00e8ne, Arno Hintjens s\u2019\u00e9loigne lentement dans le noir, s\u2019efface \u00e0 la vue, <em>Dieu disparaissant dans la fum\u00e9e d\u2019un sacrifice.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entour\u00e9 d\u2019un halo de lumi\u00e8re se d\u00e9coupant dans la fum\u00e9e, santiags aux pieds, Arno surgissait sur sc\u00e8ne comme une apparition chim\u00e9rique tir\u00e9e d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie rituelle. 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