{"id":1943,"date":"2021-09-21T15:11:45","date_gmt":"2021-09-21T13:11:45","guid":{"rendered":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/?p=1943"},"modified":"2023-10-19T10:37:04","modified_gmt":"2023-10-19T08:37:04","slug":"in-memoriam-cinq-vies-ensevelies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/in-memoriam-cinq-vies-ensevelies\/","title":{"rendered":"In memoriam, cinq vies ensevelies"},"content":{"rendered":"<p>Quarante et une personnes ont perdu la vie, les 14 et 15 juillet, dans l\u2019affolement des eaux wallonnes. Pour leur rendre hommage, \u00ab&#8239;Wilfried&#8239;\u00bb publie le portrait de cinq d\u2019entre elles, disparues dans les r\u00e9gions de Li\u00e8ge, Verviers, Eupen, Pepinster et Namur.<\/p>\n<p><strong>Andr\u00e9 Burton, \u00c0 jamais la p\u00eache<\/strong><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-4061 alignleft\" src=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/andre-burton-284x300.jpg\" alt=\"\" width=\"284\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/andre-burton-284x300.jpg 284w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/andre-burton.jpg 499w\" sizes=\"auto, (max-width: 284px) 100vw, 284px\" \/><\/p>\n<p>La boucle d\u2019oreille, c\u2019\u00e9tait l\u2019une de ses <em>zines<\/em> pour se sentir libre. Andr\u00e9, cet homme tout en primesaut, capable d\u2019acheter les \u00e9tangs du Moulin Botte sur un coup de t\u00eate ou d\u2019ass\u00e9cher sa modeste tr\u00e9sorerie pour un ami. \u00ab&#8239;<em>On s\u2019en fout de l\u2019argent, tant qu\u2019on a \u00e0 manger<\/em>&#8239;\u00bb, disait-il inlassablement \u00e0 son \u00e9pouse.<br \/>\nFederica Marini, \u00e7a lui allait. Elle l\u2019avait choisi comme \u00e7a. De petites querelles rythmaient leur quotidien, c\u2019est vrai, mais jamais leur union longue de vingt ans ne s\u2019userait, puisque chaque jour \u00e9tait v\u00e9cu comme si c\u2019\u00e9tait le dernier. Aux \u00e9tangs de Mettet qu\u2019ils louaient \u00e0 deux pas de la Biesme, cette philosophie de vie se traduisait par d\u2019innombrables parties de belote, des apr\u00e8s-midi arros\u00e9s au bistrot dont le couple g\u00e9rait l\u2019intendance, et des journ\u00e9es \u00ab&#8239;24&nbsp;h p\u00eache&#8239;\u00bb d\u00e9brid\u00e9es. Les ann\u00e9es passaient ainsi sur le site des \u00e9tangs et, toujours, la famille du Moulin Botte s\u2019agrandissait, avec Andr\u00e9 en pilier. De la famille comme du bar.<\/p>\n<p>Quoi de plus logique, donc, que de retrouver Flochet, Jocelyne, l\u2019Grigneux, Marco ou encore Bulex en terrasse pour parler d\u2019Andr\u00e9&#8239;? Ces amis \u2014&nbsp;comme d\u2019autres \u2014&nbsp;d\u00e9filent autour d\u2019une bi\u00e8re pour d\u00e9peindre leur D\u00e9d\u00e9, ce tricheur \u00e0 la belote, ce cuistot hors pair, ce m\u00e9canicien foireux&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Andr\u00e9 cuisait les truites comme personne. Mais quand il fallait rarindj\u00ee un objet, il remontait la moiti\u00e9 des pi\u00e8ces. Suffit d\u2019v\u00eer l\u2019\u00e9tat d\u2019la chaudi\u00e8re<\/em>.&#8239;\u00bb Il fallait les voir rire aux \u00e9clats, comme \u00e7a, tout l\u2019apr\u00e8s-midi. Gouailleurs, mais bienveillants. Exactement comme Andr\u00e9.<br \/>\nCe qui le diff\u00e9renciait de sa bande de copains, c\u2019\u00e9tait davantage son c\u00f4t\u00e9 diplomate. Histoire d\u2019\u00eatre compl\u00e9mentaire avec Federica. \u00ab&#8239;<em>J\u2019ai un caract\u00e8re de merde, alors que lui aimait tout le monde.<\/em>&#8239;\u00bb Les t\u00eates hochent et approuvent en cadence. \u00ab&#8239;<em>Il aurait m\u00eame pu sympathiser avec un poteau.<\/em>&#8239;\u00bb Celle-l\u00e0 est sign\u00e9e Marco.<br \/>\nLe stock de mouchoirs s\u2019\u00e9puise, pas celui d\u2019anecdotes. On se rappelle au bon souvenir des vir\u00e9es de p\u00eache \u00e0 Nieuport, des fois o\u00f9 Andr\u00e9 quittait la table de longues heures pour apprendre aux enfants \u00e0 p\u00eacher. Petit, il cachait lui-m\u00eame une canne \u00e0 p\u00eache dans sa chambre et faisait l\u2019\u00e9cole buissonni\u00e8re pour aller taquiner le goujon. \u00ab&#8239;<em>Andr\u00e9 recevait des cartes d\u2019absence chez lui et il les ramassait vite avant que sa m\u00e8re n\u2019arrive<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Parfois, un silence s\u2019invite \u00e0 table. Federica trinque, mais s\u2019accroche. Ses yeux gris-vert reposent sur deux poches qui trahissent des nuits inachev\u00e9es. Elle porte un t-shirt floqu\u00e9 \u00ab&#8239;Smile&#8239;\u00bb, comme pour afficher sa volont\u00e9 de rester debout, de rendre fier celui qu\u2019on lui a arrach\u00e9. Andr\u00e9 est le seul d\u00e9c\u00e8s de la r\u00e9gion namuroise d\u00e9plor\u00e9 \u00e0 la suite des inondations. Rien, \u00e0 premi\u00e8re vue, ne laisse d\u2019ailleurs penser que le village a subi des intemp\u00e9ries fatales \u00e0 l\u2019un de ses riverains. \u00c0 quelques m\u00e8tres du plus petit des deux \u00e9tangs repose une st\u00e8le fleurie install\u00e9e par la bande, pour que Federica puisse se recueillir. C\u2019est l\u00e0, on ne sait trop exacte-ment o\u00f9, qu\u2019Andr\u00e9 a gliss\u00e9 en plein d\u00e9luge. La Biesme, pourtant si calme quand Federica raconte le drame, fut d\u2019une violence rare ce 15 juillet. Emport\u00e9 par le courant, le Gerpinnois s\u2019est agripp\u00e9 \u00e0 un ponton quelques m\u00e8tres plus loin. Durant quarante interminables minutes, il a tenu bon, encourag\u00e9 par ses deux voisines-h\u00e9ro\u00efnes, si puissantes et impuissantes \u00e0 la fois. Au moment o\u00f9 Andr\u00e9 a \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9 au courant, son c\u0153ur a l\u00e2ch\u00e9.<\/p>\n<p>Durant les 48 heures d\u2019espoir qui ont suivi l\u2019incident, les m\u00eames amis attabl\u00e9s \u2014&nbsp;et encore bien d\u2019autres \u2014&nbsp;sont retourn\u00e9s au Moulin Botte pour tout retaper. Andr\u00e9 \u00e9tait \u00e0 ce point appr\u00e9ci\u00e9 par son ancien employeur qu\u2019une grue a m\u00eame \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e pour aider \u00e0 restaurer ce qui pouvait l\u2019\u00eatre. Comme un symbole, la buvette, pourtant en contrebas, a \u00e9chapp\u00e9 aux violentes trombes d\u2019eau, sans qu\u2019on puisse vraiment se l\u2019expliquer. C\u2019est l\u00e0, sur l\u2019un des murs \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, que Federica a accroch\u00e9 une grande photo de son mari. Avec sa boucle d\u2019oreille, dans son Moulin Botte. Plus libre que jamais.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<p><strong>Paulette Kerf, Une histoire d&rsquo;amour<\/strong><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-4062 alignleft\" src=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/paulette-kerf-284x300.jpg\" alt=\"\" width=\"284\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/paulette-kerf-284x300.jpg 284w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/paulette-kerf.jpg 529w\" sizes=\"auto, (max-width: 284px) 100vw, 284px\" \/><\/p>\n<p>Le petit carr\u00e9 de chocolat, pralin\u00e9, fourr\u00e9 \u2014&nbsp;\u00e0 la banane, jamais \u00e0 la liqueur \u2014&nbsp;et le Fanta sans sucre, petits plaisirs coupables d\u2019une femme diagnostiqu\u00e9e diab\u00e9tique \u00e0 20\u00a0ans. Le rose pastel et le bleu ciel. Les feux de l\u2019amour et le JT \u00e0 13&nbsp;h, Columbo et Inspecteur Derrick. La marche, les journ\u00e9es \u00e0 la mer, les bibelots de chats et Roland-Garros. La gazette et les albums photo dans lesquels elle consignait les instants les plus pr\u00e9cieux, les premi\u00e8res fois de Fabrice surtout. Les parties de p\u00eache et les brocantes o\u00f9 elle suivait son mari, collectionneur d\u2019une kyrielle de petites choses.<br \/>\nElle s\u2019appelait Paulette Kerf, mais tout le monde l\u2019appelait Marraine. Fabrice d\u2019abord, le gamin qu\u2019elle a recueilli \u00e0 la naissance, fils non d\u00e9sir\u00e9 de son amie Arlette, une coll\u00e8gue du Sarma de Verviers o\u00f9 elle \u00e9tait caissi\u00e8re. Puis, les quatre enfants de celui qu\u2019elle consid\u00e9rait comme le sien et qui avaient fait d\u2019elle une grand-m\u00e8re. Et tout l\u2019entourage de la famille Dimbourg. \u00ab&#8239;<em>Elle \u00e9tait devenue la marraine de tout le monde<\/em>&#8239;\u00bb, reconna\u00eet Fabrice.<br \/>\n\u00c0 l\u2019arriv\u00e9e de ce gar\u00e7on dont Arlette n\u2019aurait pu prendre soin, cinqui\u00e8me enfant d\u2019une fratrie dont il ne partageait pas le nom de famille, huiti\u00e8me arriv\u00e9 dans une famille recompos\u00e9e, les deux femmes avaient pris ensemble la d\u00e9cision&nbsp;: ce serait Paulette qui s\u2019occuperait du petit. Elle ferait tout pour lui et il verrait toujours ses parents biologiques. Alors, elle l\u2019a chang\u00e9, berc\u00e9, nourri, blanchi, soign\u00e9, prot\u00e9g\u00e9, \u00e9lev\u00e9. Paulette a 36 ans et elle d\u00e9couvre avec ce b\u00e9b\u00e9 qui n\u2019est pas sa chair l\u2019amour inconditionnel d\u2019une m\u00e8re pour son enfant dont la vie l\u2019avait jusqu\u2019alors priv\u00e9e.<\/p>\n<p>Elle avait beaucoup d\u2019amour \u00e0 donner, Paulette. Orpheline de m\u00e8re alors qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019une jeune adulte, elle garde peu de contacts, d\u00e9cousus au fil des ann\u00e9es, avec ses fr\u00e8res. Elle se marie \u00e0 44 ans avec Alphonse, \u00ab&#8239;Parrain&#8239;\u00bb, employ\u00e9 de la SNCB. Et quand il d\u00e9c\u00e8de vingt ans plus tard des suites d\u2019une infection bact\u00e9rienne apr\u00e8s une op\u00e9ration du c\u0153ur, c\u2019est une moiti\u00e9 d\u2019elle qui part avec lui.<br \/>\nIl lui reste Fabrice, qui prend alors le relais. Il vient d\u00eener avec elle deux fois par semaine. Il prend de ses nouvelles tous les jours. Ils ont leurs petits rituels, leurs habitudes. Et elle est si fi\u00e8re de lui. De ce qu\u2019il est devenu, son \u00ab&#8239;petit c\u0153ur&#8239;\u00bb, son \u00ab&#8239;chou&#8239;\u00bb, son \u00ab&#8239;fils&#8239;\u00bb. Elle lui a transmis ses valeurs. Droit, ordonn\u00e9, honn\u00eate, ponctuel. Et le plus important&nbsp;: autonome. De caissi\u00e8re \u00e0 ouvri\u00e8re textile, Paulette s\u2019est faite seule, elle ne doit rien \u00e0 personne. Elle aide m\u00eame les autres, comme Arlette, sa voisine du dessous dans l\u2019appartement qu\u2019elle occupait \u00e0 Pepinster, le long de la Vesdre, dame seule de peu de moyens, avec qui elle va faire les courses et pour qui elle sort de temps \u00e0 autre le portefeuille. Le 14 juillet, \u00e0 l\u2019aube, elles se r\u00e9fugient toutes les deux dans la cage d\u2019escaliers de leur immeuble quand la fa\u00e7ade avant, puis la fa\u00e7ade arri\u00e8re s\u2019effondrent, emport\u00e9es par la rivi\u00e8re devenue torrent.<\/p>\n<p>Les deux dames passaient souvent leurs journ\u00e9es ensemble. Mais quand venait l\u2019heure de la sieste, Paulette mettait gentiment sa voisine \u00e0 la porte&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Je vais me reposer, on se voit ce soir&#8239;!<\/em>&#8239;\u00bb Elle n\u2019avait pas peur de dire le fond de sa pens\u00e9e et distillait ses conseils aupr\u00e8s de son entourage. \u00ab<em> Elle nous disait toujours comment arranger la situation<\/em>&#8239;\u00bb, se souvient sa petite-fille Mayli, 12\u00a0ans. \u00ab&#8239;<em>Je me suis toujours demand\u00e9 comment elle savait ce genre de choses<\/em>.&#8239;\u00bb Paulette avait un sixi\u00e8me sens pour les relations humaines. \u00ab&#8239;<em>Elle apprenait \u00e0 \u00e9couter avant de juger, restait sourde aux ragots et se faisait une opinion elle-m\u00eame<\/em>&#8239;\u00bb, rapporte Fabrice. \u00ab&#8239;<em>Et elle avait raison sur beaucoup de choses<\/em>.&#8239;\u00bb Comme cet ami de la famille qu\u2019elle avait jug\u00e9 \u00ab&#8239;<em>n\u00e9faste<\/em>&#8239;\u00bb ou l\u2019engagement en Yougoslavie de Fabrice, ancien militaire, qu\u2019elle avait encourag\u00e9 \u00e0 partir \u2014&nbsp;\u00ab&#8239;<em>Moi, je le ferais pour voyager<\/em>&#8239;\u00bb \u2014&nbsp;tout en restant prudent.<\/p>\n<p>Ses plus grands instants de bonheur \u00e9taient en famille. \u00c0 No\u00ebl, aux communions, aux anniversaires, au mariage de son fils ou \u00e0 la naissance de son petit-fils. Des moments qu\u2019elle attendait avec impatience. \u00ab&#8239;<em>Si je venais la chercher \u00e0 19&nbsp;h, rapporte Fabrice, elle commen\u00e7ait \u00e0 se pr\u00e9parer \u00e0 15&nbsp;h et \u00e0 18&nbsp;h 30, elle \u00e9tait devant la porte et m\u2019attendait.<\/em>&#8239;\u00bb Par\u00e9e de perles, maquill\u00e9e, coiff\u00e9e, \u00e9l\u00e9gante. Fi\u00e8re de rejoindre cette famille qu\u2019elle a construite. Soulag\u00e9e de voir son fils heureux. Comme en t\u00e9moignent les rares photos que Fabrice a su garder de Paulette, cette femme dont il a combl\u00e9 la vie et qui a chang\u00e9 la sienne.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<p><strong>Angelo Heuer, Altruiste hors piste<\/strong><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-4063 alignleft\" src=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/angelo-heuer-270x300.jpg\" alt=\"\" width=\"270\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/angelo-heuer-270x300.jpg 270w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/angelo-heuer.jpg 529w\" sizes=\"auto, (max-width: 270px) 100vw, 270px\" \/><\/p>\n<p>Si Angelo Heuer aimait l\u2019aventure, le ski hors piste et le skateboard, y compris dans les rues les plus pentues d\u2019Eupen, il \u00e9tait loin de l\u2019image de \u00ab&#8239;l\u2019idiot qui s\u2019est jet\u00e9 \u00e0 l\u2019eau avec une bou\u00e9e&#8239;\u00bb, que certains ont r\u00e9pandue apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s. \u00ab&#8239;AJ&#8239;\u00bb, comme l\u2019appelaient ses potes, n\u2019\u00e9tait pas une t\u00eate br\u00fbl\u00e9e. Un gars simple, plut\u00f4t discret, fut\u00e9. Apr\u00e8s un passage \u00e0 l\u2019\u00e9cole h\u00f4teli\u00e8re de Verviers, le jeune homme de 21 ans cherchait sa voie du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019universit\u00e9, \u00e0 Li\u00e8ge, o\u00f9 il avait tent\u00e9 la psychologie \u2014&nbsp;peut-\u00eatre pour essayer de comprendre une maman malade et d\u00e9pres-sive avec qui les relations \u00e9taient compliqu\u00e9es \u2014&nbsp;avant d\u2019opter pour une premi\u00e8re ann\u00e9e d\u2019assistant social, o\u00f9 il avait brill\u00e9 en juin dernier. L\u2019adolescent timide \u00e9tait en train de prendre son envol, laissant apercevoir l\u2019homme en devenir, d\u00e9brouillard et optimiste. \u00ab&#8239;<em>\u00c7a va aller<\/em>&#8239;\u00bb, qu\u2019il disait. Et \u00e7a avait toujours \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de la semaine de cours, Angelo en revenait \u00e0 ses premi\u00e8res amours&nbsp;: la cuisine. Depuis ses 15 ans, il aidait au service \u2014&nbsp;et \u00e0 toutes autres t\u00e2ches utiles \u2014&nbsp;dans le restaurant voisin d\u2019Aline et Wim Van de Voorde. \u00c0 pied, en skateboard, puis en voiture, Angelo d\u00e9barquait au Meeting Point chaque samedi, sautant syst\u00e9matiquement par-dessus les trois marches menant \u00e0 la porte d\u2019entr\u00e9e de l\u2019\u00e9tablissement. \u00ab&#8239;<em>Depuis le temps, il faisait partie de la famille<\/em>&#8239;\u00bb, confie Aline. Le couple l\u2019a vu grandir. A assist\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re cuite, comme \u00e0 la premi\u00e8re relation amoureuse, puis la premi\u00e8re peine de c\u0153ur. \u00ab&#8239;<em>Ce n\u2019\u00e9tait pas son genre de se livrer et de parler de lui, mais j\u2019arrivais \u00e0 lui faire cracher le morceau<\/em>&#8239;\u00bb, raconte Wim, davantage grand fr\u00e8re que patron. Plus qu\u2019un job d\u2019\u00e9tudiant, le restaurant de Wim et Aline \u00e9tait presque un hobby pour un Angelo jamais lass\u00e9 et rapidement devenu indispensable. \u00ab<em> C\u2019\u00e9tait le dernier \u00e0 d\u00e9poser la lavette&#8239;!<\/em>&#8239;\u00bb Un d\u00e9vouement qui faisait oublier les quelques pannes de r\u00e9veil et les arriv\u00e9es pas toujours des plus ponctuelles. \u00ab&#8239;<em>Il \u00e9tait un peu derni\u00e8re minute\u2026<\/em>&#8239;\u00bb, sourit G\u00e9rard Heuer, dit Gerd, son p\u00e8re.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me d\u2019une fratrie de trois, Angelo vivait chez son p\u00e8re \u00e0 Eupen, avec sa petite s\u0153ur, de trois ans sa cadette. Gerd a cumul\u00e9 pour ses enfants \u00ab&#8239;<em>le r\u00f4le de p\u00e8re et de m\u00e8re<\/em>&#8239;\u00bb. Il leur a appris l\u2019ind\u00e9pendance. Angelo l\u2019appelait \u00ab&#8239;<em>le gros<\/em>&#8239;\u00bb, affectueusement. Il \u00e9tait pour lui un compagnon de route autant qu\u2019un fils. De leur relation, Gerd pr\u00e9f\u00e8re se souvenir des beaux moments, \u00e0 l\u2019instar de ce road-trip \u00e0 deux dans le sud de la France, compos\u00e9 de petits instants suspendus. Un pastis devant la tente, la d\u00e9couverte d\u2019un restaurant \u00e9toil\u00e9\u2026 La cuisine pouvait aussi devenir terrain glissant. \u00c0 la maison, Angelo avait vir\u00e9 son p\u00e8re des fourneaux, pr\u00e9f\u00e9rant s\u2019acquitter d\u2019une t\u00e2che qu\u2019il jugeait mieux ma\u00eetriser que lui. \u00ab&#8239;<em>Il aimait beaucoup me titiller<\/em>&#8239;\u00bb, reconna\u00eet l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Il n\u2019emp\u00eache qu\u2019\u00e0 presque 22 ans, Angelo savait tenir la maison.<\/p>\n<p>Lorsque l\u2019eau est mont\u00e9e dans les rues de sa ville, le 14\u00a0juillet, Angelo avait aid\u00e9 son p\u00e8re \u00e0 mettre leur v\u00e9hicule \u00e0 l\u2019abri. Il \u00e9tait ensuite parti chez Aline et Wim, tenter de sauver ce qui pouvait l\u2019\u00eatre dans leur restaurant inond\u00e9. \u00ab&#8239;<em>Il \u00e9tait comme \u00e7a, serviable, toujours le premier \u00e0 apporter son aide et \u00e0 trouver des solutions pour les autres<\/em>&#8239;\u00bb, r\u00e9p\u00e8te Aline. C\u2019est cette image d\u2019un gar\u00e7on altruiste qui restera.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<p><strong>Christian Sneepers, Scout toujours<\/strong><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-4064 alignleft\" src=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/christian-sneepers-284x300.jpg\" alt=\"\" width=\"284\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/christian-sneepers-284x300.jpg 284w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/christian-sneepers.jpg 530w\" sizes=\"auto, (max-width: 284px) 100vw, 284px\" \/><\/p>\n<p>Pour une partie de la jeunesse de Vaux-sous-Ch\u00e8vremont, Christian \u00e9tait davantage connu sous son totem scout, Colibri. Il \u00e9tait entr\u00e9 dans les mouvements de jeunesse lorsqu\u2019il \u00e9tait enfant, et ne les avait plus quitt\u00e9s. Anim\u00e9, chef, cuistot, responsable d\u2019unit\u00e9, assistant r\u00e9gional \u00e0 la f\u00e9d\u00e9ration Les Scouts\u2026 il a travers\u00e9 toutes les fonctions avec enthousiasme et fid\u00e9lit\u00e9. Dans la IIe unit\u00e9 Ourthe-Ambl\u00e8ve de Vaux-sous-Ch\u00e8vremont, chacun encense aujourd\u2019hui \u00ab&#8239;<em>un des meilleurs chefs d\u2019unit\u00e9<\/em>&#8239;\u00bb qu\u2019on ait connus, de m\u00e9moire scoute. Jeune adulte, Christian Sneepers s\u2019\u00e9tait r\u00eav\u00e9 instituteur. Tout laissait croire que c\u2019\u00e9tait sa voie, y compris ses premiers stages, pendant lesquels il s\u2019\u00e9tait d\u00e9marqu\u00e9. Quelques incompr\u00e9hensions avec des professeurs et une premi\u00e8re ann\u00e9e \u00e9chou\u00e9e par deux fois en ont d\u00e9cid\u00e9 autrement. Stopp\u00e9 dans son \u00e9lan, Christian se r\u00e9alisera autrement, par les veill\u00e9es, les jeux d\u2019approche, les ponts de singe jet\u00e9s sur les rivi\u00e8res et les promesses que l\u2019on prononce solennellement dans les nuits \u00e9toil\u00e9es de juillet. C\u2019est, tout naturellement, par l\u2019entremise des scouts que Colibri a rencontr\u00e9 Sa\u00efga, sa future \u00e9pouse, Vinciane pour l\u2019\u00e9tat-civil. \u00ab&#8239;<em>Encadrer les enfants, c\u2019\u00e9tait vraiment son truc<\/em>&#8239;\u00bb, se souvient celle qui l\u2019a accompagn\u00e9 pendant quarante ans.<\/p>\n<p>Vinciane et Christian n\u2019avaient pas d\u2019enfants, mais leur porte \u00e9tait toujours ouverte pour ceux des autres. Des scouts, des jeunes en difficult\u00e9, un peu paum\u00e9s\u2026 tous trouvaient chaleur, accueil et \u00e9coute chez le couple, pour quelques heures, quelques jours, o\u00f9 m\u00eame quelques mois. \u00c0 Deign\u00e9, o\u00f9 ils ont habit\u00e9 pendant neuf ans, Christian avait cr\u00e9\u00e9 un comit\u00e9 d\u2019activit\u00e9 pour la jeunesse. \u00ab&#8239;<em>On retrouvait cette dimension sociale dans tout ce qu\u2019entreprenait Christian.<\/em>&#8239;\u00bb Trois fois parrain, des enfants de son fr\u00e8re et de sa s\u0153ur, et plus r\u00e9cemment d\u2019une petite Louise, fille d\u2019amis fran\u00e7ais de longue date, Christian prenait son r\u00f4le \u00e0 c\u0153ur. Il \u00e9tait le dernier d\u2019une fratrie de trois. \u00ab&#8239;<em>Un petit gars facile, tendre et toujours de bonne humeur<\/em>&#8239;\u00bb, se rem\u00e9more sa m\u00e8re, que tout le monde appelle d\u00e9sormais \u00ab<em> bonne-maman<\/em>&#8239;\u00bb. \u00ab&#8239;<em>Le pr\u00e9f\u00e9r\u00e9<\/em>&#8239;\u00bb, plaisante Alain, l\u2019a\u00een\u00e9, la figure de r\u00e9f\u00e9rence. Avec Francine, la s\u0153ur, ils \u00e9voquent avec nostalgie un fr\u00e8re qui voulait tout faire comme les grands, jouer comme eux, puis participer aux m\u00eames soir\u00e9es qu\u2019eux, au troquet du village, \u00e0 la fois QG de la bande de scouts et point de d\u00e9part de toutes les sorties. \u00ab&#8239;Mais pas en discoth\u00e8que&#8239;! Christian n\u2019\u00e9tait pas un grand danseur&#8239;\u00bb, se rem\u00e9more Vinciane.<\/p>\n<p>Au fil de sa vie, Christian Sneepers encha\u00eenera plusieurs boulots. Il s\u2019accomplira davantage \u00e0 travers ses activit\u00e9s sociales et ses passions, notamment le rock et l\u2019\u00e9b\u00e9nisterie. Il parsemait la maison de ses cr\u00e9ations, du meuble au bougeoir, sur un air de Queen ou au son de Classic 21. Douze ans avant d\u2019\u00eatre happ\u00e9 par la Vesdre d\u00e9cha\u00een\u00e9e dans sa maison de Vaux-sur-Ch\u00e8vremont, un grand premier drame avait failli l\u2019emporter. Une rupture d\u2019an\u00e9vrisme l\u2019avait plong\u00e9 quarante jours durant dans le coma. Il en \u00e9tait ressorti en apparence indemne. Des effets secondaires insidieux s\u2019\u00e9taient peu \u00e0 peu manifest\u00e9s, l\u2019\u00e9loignant quelque peu de sa famille et de ses amis. \u00ab<em> Malgr\u00e9 cela, il ne se plaignait jamais. Il ne voulait pas qu\u2019on le voie comme quelqu\u2019un de diminu\u00e9<\/em>&#8239;\u00bb, insiste Vinciane. Jusqu\u2019au bout, Christian avait gard\u00e9 le sourire, sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, son sens de l\u2019accueil, et son art de s\u2019exprimer avec aisance qui, chez les scouts, lui avait valu ce qualificatif&nbsp;: \u00ab<em> \u00e9loquent<\/em>&#8239;\u00bb. Une \u00e9cole de la vie \u00e0 jamais.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<p><strong>Janine Van Bossche\u2013Rotheudt, Des cartes postales aux quatre vents<\/strong><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-4065 alignleft\" src=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/janine-van-bossche-rotheudt-284x300.jpg\" alt=\"\" width=\"284\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/janine-van-bossche-rotheudt-284x300.jpg 284w, https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/janine-van-bossche-rotheudt.jpg 509w\" sizes=\"auto, (max-width: 284px) 100vw, 284px\" \/><\/p>\n<p>\u00ab&#8239;<em>Si je suis l\u00e0, c\u2019est que \u00e7a va<\/em>&#8239;\u00bb, avait coutume de d\u00e9clarer Janine Van Bossche lorsqu\u2019elle arrivait, avec son grand sourire et ses beaux yeux bleus, tenir la boutique de v\u00eatements de seconde main de l\u2019association vervi\u00e9toise T\u00e9l\u00e9-service, pour laquelle elle \u00e9tait b\u00e9n\u00e9vole depuis trente ans. Toujours aussi active qu\u2019\u00e0 ses d\u00e9buts, Mme Rotheudt, comme on l\u2019appelait ici, du nom de son mari d\u00e9c\u00e9d\u00e9 il y a des ann\u00e9es, semblait \u00e9ternelle. \u00ab&#8239;<em>Elle avait 88 ans, mais on n\u2019aurait jamais pu le deviner. Elle ne vieillissait pas, Mme Rotheudt<\/em>&#8239;\u00bb, s\u2019exclame Caroline, la responsable des volontaires de l\u2019association d\u2019aide sociale. Chaque mercredi apr\u00e8s-midi, Janine Van Bossche-Rotheudt y retrouvait Raymonde, sa partenaire depuis plusieurs d\u00e9cennies, et Madeleine, la derni\u00e8re du trio. \u00ab&#8239;<em>Elle prenait un peu la direction, elle voulait toujours compter<\/em>&#8239;\u00bb, raconte la premi\u00e8re. \u00ab<em> Elle avait une excellente m\u00e9moire, et \u00e9tait toujours de bonne humeur. On formait une belle \u00e9quipe<\/em>&#8239;\u00bb, rench\u00e9rit la seconde.<\/p>\n<p>Janine \u00e9tait une figure connue et reconnue \u00e0 Verviers, une ville qu\u2019elle n\u2019a jamais quitt\u00e9e, ou si peu, \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019une ou l\u2019autre excursion \u00e9pisodique, rarement en dehors de nos fronti\u00e8res. Pour aller o\u00f9&#8239;? Amis, famille, loisirs, tout se trouvait \u00e0 un jet de pierre. \u00c0 88 ans, Janine habitait avec sa fille a\u00een\u00e9e, Christine, dans la belle b\u00e2tisse familiale \u00e9tablie en bord de Vesdre, dans le quartier de Renoupr\u00e9. Cette rivi\u00e8re tant aim\u00e9e, qu\u2019elle prenait plaisir \u00e0 observer depuis le pont qui longeait sa maison, a fini par les emporter toutes les deux le 15 juillet.<\/p>\n<p>Janine Van Bossche aimait l\u2019ordre et la bonne organisation&nbsp;: les menus quotidiens ne variaient qu\u2019en fonction des saisons, les activit\u00e9s hebdomadaires \u00e9taient planifi\u00e9es au millim\u00e8tre. \u00ab<em> Elle \u00e9tait tr\u00e8s organis\u00e9e, confirme Paul Van Bossche, son unique fr\u00e8re. On savait pratiquement toujours o\u00f9 la trouver.<\/em>&#8239;\u00bb La plupart du temps, dans sa maison, o\u00f9 elle s\u2019est tant occup\u00e9e de ses quatre enfants \u2014&nbsp;un boulot \u00e0 plein temps \u2014, puis de ses petits-enfants et arri\u00e8re-petits-enfants. C\u2019est aussi le lieu o\u00f9 elle s\u2019attelait \u00e0 maintenir une correspondance avec ses proches, envoyant des cartes postales choisies avec le plus grand soin au gr\u00e9 des circonstances et du calendrier. \u00ab&#8239;<em>C\u2019\u00e9tait toujours bien trouss\u00e9. Elle exprimait si bien ce qu\u2019elle ne pouvait pas confier par la parole.<\/em>&#8239;\u00bb Elle pr\u00e9f\u00e9rait la plume au t\u00e9l\u00e9phone, sauf avec son fr\u00e8re, avec qui elle pouvait parler des heures, accroch\u00e9e au combin\u00e9. \u00ab&#8239;<em>Un seul mot suffisait \u00e0 d\u00e9clencher une histoire commune. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s amusant, car on avait notre fa\u00e7on bien \u00e0 nous de parler ensemble. Nous avons \u00e9t\u00e9 fort unis dans l\u2019enfance.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>La vieille dame affectait les mots, jouant avec eux \u00e0 travers son \u00e9criture particuli\u00e8re, toute en boucles, mais parfois difficile \u00e0 d\u00e9chiffrer. Les romans occupaient \u00e9galement bien le temps de cette f\u00e9rue de litt\u00e9rature, et tout sp\u00e9cialement ses soir\u00e9es, que Christine pr\u00e9f\u00e9rait passer devant la t\u00e9l\u00e9vision. \u00ab&#8239;Elle savait tr\u00e8s bien ce qu\u2019elle voulait, elle venait avec une liste tr\u00e8s pr\u00e9cise&#8239;\u00bb rapporte B\u00e9atrice, g\u00e9rante de la librairie Les Augustins, o\u00f9 Janine Van Bossche-Rotheudt avait ses habitudes. Elle passait notamment de nombreuses commandes \u00e0 destination de ses petits-enfants. \u00ab&#8239;<em>Une cliente attachante<\/em>&#8239;\u00bb, r\u00e9sume la libraire. Tous en ville la d\u00e9crivent avec la m\u00eame ferveur&nbsp;: Janine Van Bossche \u00e9tait une bonne vivante, joyeuse et pleine d\u2019humour. Partout o\u00f9 elle est pass\u00e9e, la Vervi\u00e9toise a laiss\u00e9 flotter dans l\u2019air les r\u00e9sonances d\u2019un rire sonore que personne n\u2019a oubli\u00e9. \u00ab&#8239;<em>Elle irradiait quelque chose de bien<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quarante et une personnes ont perdu la vie, les 14 et 15 juillet, dans l\u2019affolement des eaux wallonnes. Pour leur rendre hommage, \u00ab&#8239;Wilfried&#8239;\u00bb publie le portrait de cinq d\u2019entre elles, disparues dans les r\u00e9gions de Li\u00e8ge, Verviers, Eupen, Pepinster et Namur. 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