{"id":1930,"date":"2021-09-21T11:21:52","date_gmt":"2021-09-21T09:21:52","guid":{"rendered":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/?p=1930"},"modified":"2023-10-25T14:32:11","modified_gmt":"2023-10-25T12:32:11","slug":"petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands\/","title":{"rendered":"Petit pr\u00e9cis d&rsquo;histoire sur les st\u00e9r\u00e9otypes entre Wallons et Flamands"},"content":{"rendered":"<p>Type wallon&nbsp;: taille trapue, t\u00eate ronde, nez large et court, yeux fonc\u00e9s, chevelure ch\u00e2tain. Type flamand&nbsp;: scalp allong\u00e9, figure \u00e9troite, nez long, m\u00e2choire pro\u00e9minente, cheveux et yeux clairs. Au d\u00e9part de cr\u00e2nes d\u00e9terr\u00e9s dans plusieurs cimeti\u00e8res de Belgique, le r\u00e9put\u00e9 zoologue li\u00e9geois Julien Fraipont distingue \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle la race des Wallons de la race des Flamands. Une th\u00e9orie scientifiquement bancale, mais qui influencera l\u2019id\u00e9ologie du mouvement wallon jusqu\u2019au d\u00e9but du si\u00e8cle dernier et validera aux yeux de certains l\u2019id\u00e9e selon laquelle ce pays est impossible \u00e0 m\u00e9tisser. Une sombre histoire o\u00f9 tout le monde prend cher, surtout les Flamands, ces ivrognes bouffeurs de patates, et m\u00eame ces \u00ab&#8239;b\u00e2tards&#8239;\u00bb de Bruxellois.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Un morceau de cr\u00e2ne tout cass\u00e9. Peupl\u00e9 de trous, fissur\u00e9. Pour arriver jusqu\u2019au bureau \u00e9troit du b\u00e2timent B18-Pal\u00e9ontologie et Min\u00e9ralogie, Valentin Fischer nous a fait passer par le r\u00e9fectoire. \u00c0 un jet de touillette de la machine \u00e0 caf\u00e9, on a reluqu\u00e9 le squelette complet, mont\u00e9 sur socle, d\u2019une hy\u00e8ne des cavernes de l\u2019\u00e9poque glaciaire. Impressionn\u00e9 comme un gosse. En comparaison, les bouts d\u2019os rafistol\u00e9s que le pal\u00e9ontologue saisit d\u00e9licatement entre ses mains gant\u00e9es nous font l\u2019effet mitig\u00e9 d\u2019un lundi de novembre. Pas \u00e0 lui. \u00ab<i>\u00a0Hop l\u00e0&#8239;! Le voil\u00e0&nbsp;: l\u2019enfant d\u2019Engis. Schmerling l\u2019a trouv\u00e9 en 1829, quasiment complet. Le cr\u00e2ne s\u2019est d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9 quand il l\u2019a pris dans ses mains. Ils ont recoll\u00e9 \u00e7a un peu comme ils ont pu. Il a cru, \u00e0 tort, qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019ossements Homo sapiens.&#8239;\u00bb <\/i>En r\u00e9alit\u00e9, <i>Engis 2<\/i> est le premier fossile n\u00e9andertalien de l\u2019histoire croqu\u00e9, sans en avoir conscience, par un scientifique. La bo\u00eete cr\u00e2nienne d\u2019un enfant de deux \u00e0 trois ans, vieux d\u2019au moins trente mille ans. Un tr\u00e9sor de l\u2019universit\u00e9 de Li\u00e8ge. Valentin Fischer enfourne sa pi\u00e8ce d\u2019exception dans une armoire blind\u00e9e aux reflets lierre. Deux tours de cl\u00e9, sur laquelle on parvient \u00e0 lire&nbsp;: \u00ab&#8239;C. DU COFFRE-FRAIPONT&#8239;\u00bb.<\/p>\n<p>On ne sait trop qui de Julien (1857-1910) ou de son rejeton, Charles (1883-1946), a laiss\u00e9 ce coffre en h\u00e9ritage \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Une certitude&nbsp;: les deux hommes ont marqu\u00e9 l\u2019histoire de l\u2019institution. De la pal\u00e9ontologie, plus g\u00e9n\u00e9ralement. Julien Fraipont \u00e9tait un zoologue dou\u00e9, reconnu pour ses travaux sur la morphologie des vers marins et des okapis du Congo. En 1886, \u00e0 vingt-neuf ans, son nom acquiert une notori\u00e9t\u00e9 internationale. Alors qu\u2019il m\u00e8ne des fouilles, en compagnie du g\u00e9ologue Max Lhoest et de l\u2019arch\u00e9ologue Marcel de Puydt, dans une grotte du n\u00e9olithique de Spy, pr\u00e8s de Namur, son \u00e9quipe d\u00e9terre trois squelettes d\u2019<i>Homo neanderthalensis<\/i> vieux de 40\u00a0000\u00a0ans. Une femme, un homme, un enfant. Qui passeront \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 sous l\u2019appellation g\u00e9n\u00e9rique de l\u2019\u00ab&#8239;Homme de Spy&#8239;\u00bb. Julien Fraipont est charg\u00e9 d\u2019en dessiner les contours. Son \u00e9tude permet d\u2019\u00e9tablir l\u2019existence irr\u00e9futable d\u2019un cousin du genre <i>Homo<\/i> anatomiquement diff\u00e9rent de l\u2019homme moderne. Une premi\u00e8re mondiale. Darwin esquisse un pas de danse entre ses quatre planches, les cr\u00e9ationnistes se massent la m\u00e2choire. Une bonne vingtaine d\u2019ann\u00e9es plus tard, Charles embo\u00eete le pas du paternel. M\u00eame discipline, m\u00eame institution. C\u2019est lui qui rend compte, un si\u00e8cle apr\u00e8s sa d\u00e9couverte, de la vraie nature de l\u2019enfant d\u2019Engis. <!--more--><\/p>\n<p>Et pourtant. Celui qui somnolait, un soir de 2005, devant l\u2019\u00e9mission ert\u00e9b\u00e9enne <i>Les\u00a0Plus Grands Belges, <\/i>confirmera ici son intuition&nbsp;: Julien Fraipont ne figurait pas dans le top\u00a0100 \u00e9tabli pour l\u2019occasion. \u00c0 vrai dire, en dehors des sp\u00e9cialistes de la pr\u00e9histoire et des historiographes de l\u2019universit\u00e9 de Li\u00e8ge, peu se souviennent de l\u2019existence de cet homme qui finira sa courte vie \u2014&nbsp;il d\u00e9c\u00e8de \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 53\u00a0ans \u2014&nbsp;recteur de ladite universit\u00e9. Peut-\u00eatre l\u2019effet collat\u00e9ral de travaux un peu moins glorieux men\u00e9s par Julien Fraipont durant les ann\u00e9es 1890. Que son fils Charles, devenu s\u00e9nateur rexiste, prolongera dans l\u2019entre-deux-guerres.<\/p>\n<p>Valentin Fischer se marre. Son regard vient d\u2019atterrir sur la derni\u00e8re page d\u2019un article au titre \u00e9tonnant&nbsp;: <i>Les origines des Wallons et des Flamands<\/i>, Julien Fraipont, 1896. On y voit l\u2019image d\u2019un cr\u00e2ne photographi\u00e9 de haut. En l\u00e9gende de la photo, il est inscrit&nbsp;: \u00ab&#8239;Type wallon pur&#8239;\u00bb. Le jeune prof se mord la l\u00e8vre inf\u00e9rieure&nbsp;: <i>\u00ab&#8239;C\u2019est terrible.&#8239;\u00bb <\/i>Dans cette \u00e9tude, Fraipont s\u2019aventure sans crampons sur le terrain boueux de la \u00ab&#8239;physio-anthropologie&#8239;\u00bb, m\u00eale arch\u00e9ologie, anthropologie et histoire pour retracer les origines raciales des Belges. Le texte \u00e9voque des mesures prises sur des cr\u00e2nes r\u00e9colt\u00e9s dans des cimeti\u00e8res du royaume, des observations diverses faites sur ses contemporains. L\u2019ensemble de la mati\u00e8re expos\u00e9e permet \u00e0 Fraipont d\u2019affirmer&nbsp;: \u00ab&#8239;Parmi toutes les races qui se sont fix\u00e9es sur notre sol, il en est deux qui ont eu une pr\u00e9pond\u00e9rance marqu\u00e9e&nbsp;: les Brachyc\u00e9phales n\u00e9olithiques belges et le type germanique ou de Hallstadt.&#8239;\u00bb Les premiers correspondent au type wallon, reconnaissables \u00e0 leur petite taille trapue, \u00e0 leur t\u00eate ronde, \u00e0 leur nez large et court, \u00e0 leurs yeux fonc\u00e9s, \u00e0 leur chevelure ch\u00e2tain. Le type germanique ou de Hallstadt est celui de ses voisins du nord du pays, globalement de grande taille, au scalp allong\u00e9, \u00e0 la figure \u00e9troite et au nez long, \u00e0 la m\u00e2choire pro\u00e9minente, aux cheveux et yeux clairs. <i>\u00ab&#8239;Julien Fraipont bute sur un \u00e9cueil classique en sciences&nbsp;: le biais de confirmation. Il soutient une th\u00e9orie sur la base de preuves insuffisantes et mal interpr\u00e9t\u00e9es, <\/i>explique Valentin Fisher<i>. Primo, toute son analyse repose sur ce qu\u2019il trouve, c\u2019est-\u00e0-dire une s\u00e9rie de restes tr\u00e8s fragmentaires, et sur des observations de terrains hasardeuses, faites en d\u00e9pit de toute rigueur statistique. Scientifiquement, \u00e7a vaut \u201cpeanuts\u201d. Secundo, Fraipont ne comprend pas que des diff\u00e9rences physiques r\u00e9elles, qui peuvent s\u2019observer entre diff\u00e9rents groupes sociaux, s\u2019expliquent par le milieu naturel et social dans lequel ils \u00e9voluent. Tertio, si on peut effectivement observer des variations de g\u00e9nomes entre des groupes d\u2019humains \u00e9voluant dans des environnements diff\u00e9rents \u2014&nbsp;et la Belgique est bien trop petite pour \u00e7a \u2014, on sait aujourd\u2019hui, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9tude de l\u2019ADN, qu\u2019elles sont \u00e0 ce point minimes qu\u2019en aucun cas, on ne pourrait parler de diff\u00e9rences raciales.&#8239;\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Dans ses \u00e9crits, Julien Fraipont explique que l\u2019anc\u00eatre du Wallon occupe les terres belges depuis des temps imm\u00e9moriaux. Celui du Flamand correspond \u00e0 l\u2019envahisseur, aux barbares (il cite, p\u00eale-m\u00eale, les Goths, les Normands, les Francs, les M\u00e9rovingiens\u2026) venus se superposer aux anciennes populations n\u00e9olithiques. Il \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&#8239;Les nouveaux venus constitu\u00e8rent dans cette Gaule l\u2019aristocratie militaire et religieuse tandis que les descendants de nos N\u00e9olithiques repr\u00e9sentaient vraisemblablement le bas peuple, les artisans, les agriculteurs.&#8239;\u00bb Bien s\u00fbr, il y a eu depuis du m\u00e9tissage et on ne peut plus totalement parler de races pures en Europe. Il n\u2019emp\u00eache&nbsp;: nombreuses sont les r\u00e9gions o\u00f9 les anciens types de races pr\u00e9dominent. En se r\u00e9fugiant sur les collines et sur les hauts plateaux, les anc\u00eatres des Wallons ont relativement bien r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l\u2019influence de l\u2019envahisseur.<\/p>\n<p>Le dernier paragraphe de l\u2019essai franchit un ultime cap politiquement explosif&nbsp;: \u00ab&#8239;Cette dualit\u00e9 d\u2019origine, qui se refl\u00e8te non seulement sur les propri\u00e9t\u00e9s physiques, mais encore sur le caract\u00e8re, sur le temp\u00e9rament et dans la langue est la vraie cause de cette sorte d\u2019antagonisme allant souvent jusqu\u2019\u00e0 l\u2019hostilit\u00e9 entre les Wallons et les Flamands.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><i>\u00ab&#8239;Julien Fraipont a fourni une justification \u201cscientifique\u201d \u00e0 une id\u00e9e re\u00e7ue, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente, selon laquelle les Wallons et les Flamands sont compl\u00e8tement diff\u00e9rents&#8239;\u00bb<\/i>, explique Vincent Scheltiens-Ortigosa. Les poncifs rugueux que les dirigeants politiques du nord et du sud du pays se catapultent \u00e0 la figure par-dessus la fronti\u00e8re linguistique depuis un si\u00e8cle et demi, le chercheur au Centre d\u2019histoire politique de l\u2019universit\u00e9 d\u2019Anvers les conna\u00eet bien. Il en a m\u00eame fait un ouvrage, <i>Met dank aan de overkant<\/i>. Des st\u00e9r\u00e9otypes, aussi anciens que les rouflaquettes de L\u00e9opold\u00a0Ier, qui ont contribu\u00e9 \u00e0 nourrir le conflit communautaire jusqu\u2019\u00e0 nos jours. Vincent Scheltiens-Ortigosa rappelle \u00e0 <i>Wilfried<\/i> qu\u2019apr\u00e8s la fondation de la Belgique, dans les ann\u00e9es 1830, l\u2019opinion dominante d\u00e9fendait l\u2019id\u00e9e d\u2019une Belgique ethniquement peupl\u00e9e de Germains, ceux du sud du pays ayant \u00e9t\u00e9 romanis\u00e9s. <i>\u00ab&#8239;Vers la fin du XIX<\/i><i>e<\/i><i>\u00a0si\u00e8cle, les Wallons ont commenc\u00e9 \u00e0 contester ce statut de Germains romanis\u00e9s. Ils affirmaient \u00eatre de v\u00e9ritables Latins.&#8239;\u00bb <\/i>Pour mettre en \u00e9vidence le contraste, on s\u2019est mis \u00e0 d\u00e9peindre en quoi Flamands et Wallons diff\u00e9raient substantiellement. <i>\u00ab<\/i>\u00a0<i>\u00c7a a d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en st\u00e9r\u00e9otypes et en stigmatisations qui visaient \u00e0 d\u00e9montrer l\u2019incompatibilit\u00e9 entre les deux communaut\u00e9s.&#8239;\u00bb\u00a0<\/i><\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies qui suivent l\u2019ind\u00e9pendance de la Belgique, la culture populaire wallonne est en pleine expansion. Rien qu\u2019au XIXe\u00a0si\u00e8cle, cinq mille textes de th\u00e9\u00e2tre sont publi\u00e9s dans la langue d\u2019o\u00efl. Les chansons et les livres r\u00e9dig\u00e9s en wallon s\u2019entassent par brouettes. Les st\u00e9r\u00e9otypes communautaires aussi. Dans les chants folkloriques r\u00e9gionaux, l\u2019imitation de l\u2019accent flamand devient un genre \u00e0 part enti\u00e8re. On entonne <i>L\u2019Flamind<\/i> d\u2019Arthur Culot dans toutes les f\u00eates de village. Yves Quairiaux, responsable des collections d\u2019histoire r\u00e9gionale du mus\u00e9e royal de Mariemont, d\u00e9taille ces clich\u00e9s dans son essai <i>L\u2019image du Flamand en Wallonie (1830-1914).<\/i> Le Flamand est traditionnellement d\u00e9peint comme un paysan arri\u00e9r\u00e9 dont le salut ne tient qu\u2019\u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie wallonne. Il est effront\u00e9, rustre, mal \u00e9duqu\u00e9. Fringu\u00e9 de sapes ridicules. Il est maladroit et n\u00e9gligent. S\u2019arrose de geni\u00e8vre et de gnons les jours de paie. Jouit d\u2019un r\u00e9gime alimentaire essentiellement compos\u00e9 de patates et de lard. Son homologue wallon se d\u00e9marque, quant \u00e0 lui, par son intelligence et son esprit altier.<\/p>\n<p>Les st\u00e9r\u00e9otypes ont cela de commun avec toute bonne th\u00e9orie du complot qu\u2019ils reposent, la plupart du temps, sur un socle restreint, mais bien r\u00e9el, de v\u00e9rit\u00e9s. Ils sont la manifestation grossi\u00e8re, caricaturale, des contrari\u00e9t\u00e9s qu\u2019enfantent ces v\u00e9rit\u00e9s. Il est par exemple exact qu\u2019au XIXe si\u00e8cle, de nombreux Flamands \u00e9voluent dans des conditions sanitaires et hygi\u00e9niques d\u00e9plorables. D\u2019anciens registres de l\u2019arm\u00e9e belge font \u00e9tat de d\u00e9savantages physiques chez les gar\u00e7ons flamands en raison de leur mauvaise alimentation et de la pauvret\u00e9 ambiante. Il est tout aussi vrai que l\u2019essor \u00e9conomique wallon permit \u00e0 de nombreux Flamands de retrouver un emploi en s\u2019exilant dans le bassin industriel du sud du pays. On parle de centaines de milliers d\u2019individus. Un demi-million, entre 1866 et 1919, selon les recensements linguistiques organis\u00e9s par les gouvernements belges de l\u2019\u00e9poque. Une v\u00e9ritable migration \u00e9conomique, impos\u00e9e par les n\u00e9cessit\u00e9s conjoncturelles. Bien utile pour combler la demande de main-d\u2019\u0153uvre de l\u2019industrie lourde wallonne. Les Marocains d\u2019hier. Les Italiens d\u2019avant-hier. C\u2019est toujours la m\u00eame histoire. De nouveaux venus qu\u2019on exploite autant qu\u2019ils indisposent. En cela, l\u2019immigration flamande constitua un fioul id\u00e9al pour alimenter la machine \u00e0 vapoter clich\u00e9s et crispations communautaires.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re vague migratoire flamande d\u2019envergure survient dans les ann\u00e9es 1840. \u00c0 cette \u00e9poque, les campagnes du nord du pays sont terrass\u00e9es par l\u2019effondrement de l\u2019industrie lini\u00e8re \u2014&nbsp;250\u00a0000 Flamands subissent de plein fouet la m\u00e9canisation et la concurrence \u00e9trang\u00e8re \u2014, les r\u00e9coltes d\u00e9sastreuses, la famine, la maladie, le ch\u00f4mage. Plus d\u2019un tiers des Belges, en grande majorit\u00e9 flamands, \u00e9voluent dans la mis\u00e8re quotidienne. Pour survivre, on ramasse les pelures de pommes de terre dans les d\u00e9charges, on mange des chiens, des chats, des rats. Des hordes de mendiants, parfois des centaines de femmes, d\u2019hommes, d\u2019enfants, arpentent le pays en qu\u00eate de salut. Pendant douze ans \u2014&nbsp;jusqu\u2019en 1857 \u2014&nbsp;la ville de Bruges maintient ses portes ferm\u00e9es pour refouler les indigents. \u00c0 Bruxelles, l\u2019arm\u00e9e karch\u00e9rise les rues, renvoie \u00e0 la case d\u00e9part des milliers de n\u00e9cessiteux en provenance des provinces de Flandre-Orientale et Occidentale. La gendarmerie a pris l\u2019habitude de visiter les fermes du plat pays \u00e0 la recherche d\u2019\u00e9ventuels cadavres. Des \u00e9pid\u00e9mies de typhus, de chol\u00e9ra et de rougeole grouillent. On annule les services religieux pour \u00e9viter les contaminations. Au minist\u00e8re de la Sant\u00e9, on parle de \u00ab&#8239;mal flamand&#8239;\u00bb, stade le plus avanc\u00e9 de l\u2019an\u00e9mie. Apr\u00e8s une p\u00e9riode d\u2019accalmie, plusieurs saisons de r\u00e9coltes malheureuses provoquent une seconde grande vague migratoire dans les ann\u00e9es 1880. La plupart des Flamands qui fuient la pauvret\u00e9 ambiante de leurs villages trouvent du travail dans une industrie wallonne encore \u00e0 son apog\u00e9e.<\/p>\n<p>On d\u00e9gaine notre Shazam. Nicola Siciliano, <i>Semp Cu Me<\/i>. Une sorte de trap italienne langoureuse corrig\u00e9e \u00e0 l\u2019Auto-Tune. \u00c0 fond de balle, dans le cul-de-sac de la petite rue Alexandre Triffet. Le soleil tape sur La Louvi\u00e8re, ce d\u00e9but septembre. Dans ce quartier du nord de la ville, le trottoir est bien souvent une extension naturelle de l\u2019espace de vie int\u00e9rieur. On y taille la bavette avec les voisins. Antoinette, la septantaine, est assise sur le pas de sa porte, rue du Hocquet. Elle nous raconte que son p\u00e8re a d\u00fb quitter Venise, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1940, pour venir casser du charbon sur le site minier de Bois-du-Luc, \u00e0 trois kilom\u00e8tres de l\u00e0. La diaspora italienne, omnipr\u00e9sente dans le quartier, reliquat d\u2019un afflux de plusieurs dizaines de milliers de mineurs dans les charbonnages belges durant les Trente Glorieuses, semble avoir gomm\u00e9 toute trace d\u2019une autre diaspora qui investit, au XIXe\u00a0si\u00e8cle, massivement les lieux. Antoinette assure pourtant qu\u2019on trouve encore sur les sonnettes du quartier bon nombre de noms \u00e0 consonance flamande.<\/p>\n<p>Les historiens locaux disent du Hocquet qu\u2019il fut, \u00e0 partir de 1839, le premier quartier wallon \u00e0 accueillir une colonie de terrassiers flamands d\u00e9barqu\u00e9s avec femmes et enfants. C\u2019est surtout \u00e0 partir des ann\u00e9es 1880 que les voisins du nord y arrivent en masse. On emprunte un \u00e9troit chemin de terre qui prolonge la rue Alexandre Triffet pour d\u00e9boucher sur l\u2019ancien stade du m\u00eame nom. Le terrain est abandonn\u00e9 aux herbes sauvages. Pendant plus d\u2019un demi-si\u00e8cle, toute la vie culturelle flamande du quartier s\u2019articule autour de lui. Le club de foot local conna\u00eet ses jours de gloire avec des \u00e9quipes garnies de joueurs flamands. On cherche en vain une maigre trace du v\u00e9lodrome en cendr\u00e9e qui existait jusqu\u2019en 1930. La cr\u00e8me des coureurs belges s\u2019y affrontait. Sur un mur en parpaings, on a tagu\u00e9 en lettres blanches \u00ab&#8239;Joyeux Bo\u00ebl&#8239;\u00bb, du nom du gigantesque complexe sid\u00e9rurgique dont on aper\u00e7oit les vestiges, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la voie ferr\u00e9e, depuis la rue des Carrelages. Avec l\u2019usine de c\u00e9ramique Royal Boch voisine, elle formait un des principaux fleurons industriels de la r\u00e9gion. Les ouvriers flamands s\u2019y tass\u00e8rent l\u2019\u00e9chine quotidiennement. On essaye d\u2019imaginer les petites rues, les impasses et les cercles du Bas-Hocquet \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9, pendant des d\u00e9cennies, r\u00e9sonnent les dialectes du Westhoek, du Waesland et d\u2019autres coins de la campagne flamande. Quand la soci\u00e9t\u00e9 carnavalesque \u00ab&#8239;Flamands et Flamandes du Hocquet&#8239;\u00bb et, plus tard, les blanches casquettes de \u00ab&#8239;Deugd en Vreugd&#8239;\u00bb en faisaient joyeusement vibrer l\u2019\u00e2me.<\/p>\n<p>Il y eut bien d\u2019autres bastions flamands en Wallonie entre la fin du XIXe et le d\u00e9but du XXe. Le quartier de la Pr\u00e9alle \u00e0 Herstal, la Docherie \u00e0 Marchienne-au-Pont, le Louvy \u00e0 Farciennes, Taillis-Pr\u00e9 \u00e0 Ch\u00e2telineau, Vieux-Campinaire \u00e0 Fleurus. O\u00f9 qu\u2019ils soient, les \u00ab&#8239;Flamins&#8239;\u00bb constituent une sous-classe. Fauch\u00e9e, sans pouvoir. Dont la pr\u00e9sence inspire le rejet des locaux. On reproche aux mineurs flamands, la plupart issus des champs, en pleine d\u00e9couverte des exigences de l\u2019industrie mini\u00e8re, leur incomp\u00e9tence notoire. On en a contre cette main-d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9, isol\u00e9e par la barri\u00e8re de la langue, qui fait chuter le co\u00fbt du travail et ne participe pas aux gr\u00e8ves. <i>\u00ab&#8239;Dans la perception wallonne, l\u2019immigration flamande \u00e9tait per\u00e7ue comme une invasion, <\/i>rappelle Vincent Scheltiens-Ortigosa. <i>Les jours de repos, les travailleurs flamands des bassins industriels wallons se retrouvent pour des activit\u00e9s culturelles. Cela a donn\u00e9 naissance \u00e0 des maisons de culture flamandes que la partie la plus parano\u00efaque du mouvement wallon consid\u00e9rait comme des chevaux de Troie.&#8239;\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Un climat de menace stimul\u00e9, au d\u00e9but du XXe\u00a0si\u00e8cle, par une pellet\u00e9e quotidienne d\u2019articles \u00e0 sensation dans les journaux. Les ouvriers flamands y sont r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9peints comme des loubards lanceurs de couteaux. Yves Quairiaux raconte qu\u2019une analyse de plusieurs quotidiens de La\u00a0Louvi\u00e8re, Charleroi et Li\u00e8ge, publi\u00e9s entre 1880 et 1914, r\u00e9v\u00e8le une s\u00e9rie impressionnante de faits-divers relatant les violences de logeurs flamands. Celui qui d\u00e9pliait, le 10\u00a0novembre 1909, le journal louvi\u00e9rois <i>Les\u00a0Nouvelles <\/i>et d\u00e9couvrait horrifi\u00e9 le m\u00e9fait flamand du jour, pouvait lire en chute d\u2019article&nbsp;: \u00ab&#8239;Jolies, les m\u0153urs flamandes&#8239;! Seulement, ces brutes feraient bien de ne pas venir les implanter en Wallonie. Sans pr\u00e9tendre que tous les Wallons soient des agneaux, il nous est tout au moins permis de constater qu\u2019ils ont des m\u0153urs moins sauvages que celles des populations du Far West flamand.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Octobre 1905. Depuis plusieurs mois, le parc de la Boverie et le quartier des Vennes, \u00e0 Li\u00e8ge, accueillent une exposition universelle consacr\u00e9e au septante-cinqui\u00e8me anniversaire de l\u2019ind\u00e9pendance belge. En marge de l\u2019\u00e9v\u00e8nement, cinq cents notables wallons, hommes politiques, gros industriels, profs d\u2019universit\u00e9, membres d\u2019associations wallonnes, sont r\u00e9unis en congr\u00e8s \u2014&nbsp;le cinqui\u00e8me, depuis 1890, et l\u2019un des plus importants de l\u2019histoire du mouvement r\u00e9gionaliste. L\u2019objectif de la rencontre&nbsp;: d\u00e9finir l\u2019identit\u00e9 propre aux habitants du sud du pays. Exalter l\u2019<i>\u00e2me wallonne<\/i>. R\u00e9affirmer, aussi, la n\u00e9cessit\u00e9 du fran\u00e7ais comme langue unique en Belgique.<\/p>\n<p>C\u2019est une autre source de tensions communautaires dans le royaume, qui favorisera l\u2019\u00e9mergence du mouvement r\u00e9gionaliste wallon, \u00e9clos \u00e0 la fin du XIXe\u00a0si\u00e8cle en r\u00e9action aux revendications linguistiques flamandes. Dans un contexte de domination culturelle et \u00e9conomique de la francophonie, le vote des premi\u00e8res lois en faveur du bilinguisme est v\u00e9cu par la francophonie comme une s\u00e9rieuse menace aux acquis qu\u2019elle pensait immuables.<\/p>\n<p>Sur l\u2019estrade li\u00e9geoise, les intervenants se succ\u00e8dent. Parmi eux, un certain Julien Fraipont. Alors que Julien Delaite, pr\u00e9sident du Congr\u00e8s wallon de 1890, l\u2019invite \u00e0 rappeler<i> \u00ab&#8239;qu\u2019il y a deux races distinctes en Belgique&#8239;\u00bb<\/i>, le pal\u00e9ontologue cr\u00e9e l\u2019\u00e9moi dans l\u2019assembl\u00e9e en prenant ses distances avec ses propres th\u00e9ories ant\u00e9rieures. <i>\u00ab&#8239;Je dois m\u2019excuser d\u2019apporter une petite note discordante&nbsp;: il n\u2019y a plus de race flamande et de race wallonne, nous sommes des m\u00e9tiss\u00e9s \u00e0 tous les degr\u00e9s.&#8239;\u00bb\u00a0<\/i><\/p>\n<p>Mais l\u2019id\u00e9e persiste. Il faut dire que Julien Fraipont n\u2019est pas le seul universitaire de l\u2019\u00e9poque \u00e0 s\u2019\u00eatre adonn\u00e9 aux joies douteuses de la physio-anthropologie. Dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIXe\u00a0si\u00e8cle, on voit fleurir des soci\u00e9t\u00e9s d\u2019anthropologie en Allemagne, en Angleterre, en France. Tout le monde y va de ses mesures de cr\u00e2nes, de ses moulages de corps, passe au robot mixeur biologie, histoire, arch\u00e9ologie, pal\u00e9ontologie, m\u00e9decine et psychologie pour raconter la gen\u00e8se du genre humain. On classifie les contemporains. Et puis, tant qu\u2019\u00e0 faire, on les hi\u00e9rarchise. Le statut de fond du panier accord\u00e9 \u00e0 l\u2019<i>Homo acrogonus \u2014&nbsp;<\/i>la race noire \u2014&nbsp;est incontestablement inscrit dans la <i>doxa <\/i>de la nouvelle science anthropologique. Pour le reste, c\u2019est affaire d\u2019affinit\u00e9s. En Belgique, la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019anthropologie de Bruxelles, cr\u00e9\u00e9e en 1889, participe activement au d\u00e9bat. \u00c9mile Houz\u00e9, anthropologue et collaborateur de Julien Fraipont, et L\u00e9on Vanderkindere, historien (il sera bourgmestre d\u2019Uccle de 1900 \u00e0 1906), tous deux professeurs \u00e0 l\u2019ULB, tous deux acquis \u00e0 la dualit\u00e9 raciale des Belges, s\u2019y affrontent r\u00e9guli\u00e8rement. Vanderkindere, proche du Parti lib\u00e9ral, affirme l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 des races celtes et latines \u2014&nbsp;les Wallons. Il en d\u00e9crit le visage blafard, les traits grossiers, le squelette massif, la laide expression faciale totalement d\u00e9nu\u00e9e de charme. Houz\u00e9 constate, de son c\u00f4t\u00e9, les faiblesses physiques et intellectuelles \u00e9videntes du type germanique \u2014&nbsp;les Flamands. Tr\u00e8s peu dou\u00e9 dans la \u00ab&#8239;lutte pour la vie&#8239;\u00bb, en g\u00e9n\u00e9ral. Dans <i>Et on ne peut s\u2019emp\u00eacher de rire&nbsp;: la physio-anthropologie en Belgique et au Congo<\/i>, Maarten Couttenier, historien et anthropologue \u00e0 l\u2019Africa Museum de Tervuren, rappelle que l\u2019ethnologie belge \u00e9tait \u00e0 cette \u00e9poque tr\u00e8s respect\u00e9e dans les soci\u00e9t\u00e9s savantes, les universit\u00e9s, les mus\u00e9es. Que ses id\u00e9es ne manqu\u00e8rent pas de se d\u00e9ployer dans l\u2019ar\u00e8ne politique. Lors du passage de <i>Wilfried<\/i> au Sart Tilman, le pal\u00e9ontologue Valentin Fisher notait&nbsp;: <i>\u00ab&#8239;C\u2019\u00e9tait une \u00e9poque o\u00f9 la conception du prof d\u2019universit\u00e9 \u00e9tait diff\u00e9rente. C\u2019\u00e9tait une classe sociale \u00e0 part. On pouvait se permettre, sans trop de probl\u00e8mes, sans trop devoir se justifier, de sortir de sa sp\u00e9cialisation pour tenir des consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9ralistes sur un peu tous les sujets.&#8239;\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Dans l\u2019id\u00e9ologie du mouvement wallon, la rh\u00e9torique raciale continue de jouer un r\u00f4le au d\u00e9but du XXe\u00a0si\u00e8cle. Le mot \u00ab&#8239;race&#8239;\u00bb est largement r\u00e9pandu dans les discours. Avec l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, le terme poss\u00e8de un sens plus large qu\u2019aujourd\u2019hui, pouvant tr\u00e8s bien se confondre avec l\u2019id\u00e9e de culture, de peuple, de tribu. <i>\u00ab&#8239;De toute mani\u00e8re, la race, dans son acceptation ancienne, plus large, ou dans sa signification moderne, plus \u00e9troite, est un terme d\u00e9terministe et objectiviste qui fonde une conception ethnique de la nation&#8239;\u00bb,<\/i> explique Maarten Van Ginderachter, historien \u00e0 l\u2019universit\u00e9 d\u2019Anvers. Dans son essai <i>Het kraaien van de haan. Natie en nationalisme in Walloni\u00eb sinds 1880<\/i>, ce dernier cite l\u2019exemple d\u2019Albert Dubois, pr\u00e9curseur du mouvement wallon et fondateur du courant rattachiste qui pr\u00f4ne la r\u00e9union de la Wallonie et de la R\u00e9publique fran\u00e7aise. Dans <i>Le<\/i> <i>cat\u00e9chisme wallon<\/i>, qu\u2019il publie en 1902, Albert Dubois lie la race au sang&nbsp;: \u00ab&#8239;Une race, c\u2019est une famille. Les membres de cette grande famille, qu\u2019on appelle une nation, ont dans les veines le m\u00eame sang.&#8239;\u00bb L\u2019historien Maarten Van Ginderachter \u00e9voque encore la Ligue des \u00e9tudiants wallons, d\u00e9sireuse de former, en 1912, une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019intellectuels \u00ab&#8239;conscients du g\u00e9nie et de la force de leur race&#8239;\u00bb, capable de \u00ab&#8239;r\u00e9veiller et d\u2019affirmer les caract\u00e8res raciaux de la Wallonie, de les d\u00e9fendre contre les dangereuses man\u0153uvres des fanatiques flamingants&#8239;\u00bb. Dans <i>Race wallonne et mouvement wallon<\/i>, l\u2019historienne Corinne Godefroid mentionne Richard Dupierreux, membre fondateur de l\u2019Assembl\u00e9e wallonne, qui \u00e9crit dans un rapport que le Wallon est fier \u00ab&#8239;d\u2019\u00eatre un Gaulois, dont le sang fut p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de l\u2019ardeur latine&#8239;; il s\u2019enorgueillit d\u2019\u00eatre par la race fr\u00e8re des Fran\u00e7ais de France&#8239;\u00bb. Au sein du mouvement, d\u2019autres s\u2019opposent cat\u00e9goriquement \u00e0 de telles conceptions, \u00e0 l\u2019image d\u2019Albert Counson, militant wallon et professeur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Gand, qui s\u2019\u00e9tonnera dans une correspondance&nbsp;: \u00ab&#8239;\u201crace germanique\u201d, \u201crace flamande\u201d, \u201crace latine\u201d, \u201crace wallonne\u201d, quelle \u00e9trange juxtaposition de l\u2019anatomie et de la linguistique. Aurait-on l\u2019id\u00e9e de faire de la politique une zoologie&#8239;?&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Selon l\u2019Institut royal m\u00e9t\u00e9orologique, l\u2019\u00e9t\u00e9 1912 en Belgique a \u00e9t\u00e9 le plus sombre du si\u00e8cle. Le plus froid, aussi&nbsp;: 13,8&nbsp;\u00b0C en moyenne au mois d\u2019ao\u00fbt. Sur la sc\u00e8ne politique, les esprits sont en \u00e9bullition. La campagne pour la n\u00e9erlandisation de l\u2019universit\u00e9 de Gand bat son plein. La frustration wallonne grandit. La population flamande cro\u00eet. Aux l\u00e9gislatives de juin, malgr\u00e9 leur \u00e9crasante majorit\u00e9 en Wallonie, le cartel lib\u00e9ral-socialiste ne parvient pas \u00e0 renverser le Parti catholique, au pouvoir depuis 1886, inlassablement port\u00e9 par une majorit\u00e9 de votes flamands. La d\u00e9ception est immense. Grabuges ouvriers dans les grands centres industriels wallons. Coups de feu policiers. Bless\u00e9s, morts. C\u00f4t\u00e9 wallingants, on consid\u00e8re la victoire \u00e9lectorale catholique comme un signe flagrant de la minorisation politique et culturelle de la Wallonie au sein d\u2019un royaume toujours plus flamand. Le mouvement wallon se radicalise. En juillet, r\u00e9unis en congr\u00e8s, les militants en appellent \u00e0 la s\u00e9paration administrative du pays. Sous l\u2019impulsion du d\u00e9put\u00e9 socialiste carolo Jules Destr\u00e9e, une Assembl\u00e9e wallonne est constitu\u00e9e pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la question. Une sorte de parlement r\u00e9gional officieux, qui prendra surtout des d\u00e9cisions symboliques, comme la cr\u00e9ation des F\u00eates de Wallonie ou le choix du coq hardi comme embl\u00e8me h\u00e9raldique. \u00c9chauff\u00e9 par la situation, pol\u00e9miste averti, Jules Destr\u00e9e r\u00e9dige en ao\u00fbt sa c\u00e9l\u00e8bre <i>Lettre au roi<\/i>, texte fondateur de la conscience wallonne, rapidement publi\u00e9 par les journaux, pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 pour une <i>punchline\u00a0<\/i>: \u00ab&#8239;Sire [\u2026] Vous r\u00e9gnez sur deux peuples. Il y a en Belgique, des Wallons et des Flamands&#8239;; il n\u2019y a pas de Belges.&#8239;\u00bb <i>\u00ab&#8239;En r\u00e9alit\u00e9, Destr\u00e9e interpr\u00e9tait ce qui avait \u00e9t\u00e9 discut\u00e9 depuis longtemps dans le mouvement wallon, <\/i>explique Vincent Scheltiens-Ortigosa.<i> La demande wallonne d\u2019autonomie a fait son apparition dans les ann\u00e9es 1890. On partait du principe que la francophonie en Flandre ne pouvait pas \u00eatre sauv\u00e9e. On voulait \u00e9riger un mur administratif pour emp\u00eacher que la Wallonie ne devienne flamande. Une id\u00e9e parano\u00efaque.&#8239;\u00bb\u00a0<\/i><\/p>\n<p>Dans ce pamphlet, Jules Destr\u00e9e d\u00e9nonce l\u2019artificialit\u00e9 de la Belgique, recycle l\u2019id\u00e9e selon laquelle Flamands et Wallons ne peuvent cohabiter au sein d\u2019une m\u00eame nation. Le mot race revient \u00e0 de nombreuses reprises dans le texte. On sait le sens large \u00e0 donner \u00e0 ce terme \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Il n\u2019emp\u00eache. Toute sa d\u00e9monstration s\u2019inscrit dans une logique de rejet du voisin, s\u2019emploie \u00e0 en d\u00e9peindre la diff\u00e9rence d\u2019\u00e2me. \u00ab&#8239;La lecture de cette Lettre rend la chose in\u00e9luctable. Jules Destr\u00e9e y appara\u00eet comme un \u201craciste\u201d dans le sens premier du terme&#8239;\u00bb, \u00e9crit l\u2019historienne C\u00e9line Pr\u00e9aux dans un article intitul\u00e9 <i>Jules Destr\u00e9e, \u00e0 contre-courant<\/i>. \u00ab&#8239;Dans cette optique, il est aussi puriste et condamne s\u00e9v\u00e8rement les \u201cb\u00e2tards\u201d de la capitale. \u00c0 ses yeux, les Bruxellois sont des \u201cproduits crois\u00e9s\u201d, formant un \u201cagglom\u00e9rat de m\u00e9tis\u201d. Ce dernier terme est une insulte supr\u00eame dans sa bouche. Il affirme clairement l\u2019\u201cinf\u00e9riorit\u00e9 des m\u00e9tis\u201d.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Pour huiler sa d\u00e9monstration, Jules Destr\u00e9e n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 recourir \u00e0 des clich\u00e9s d\u2019un genre douteux, qu\u2019on croirait facilement inspir\u00e9s de la biologie d\u00e9terministe de Fraipont et consorts. Le socialiste \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&#8239;En dehors des traits communs \u00e0 tous les habitants de l\u2019Europe occidentale, vous apercevrez vite des diff\u00e9rences profondes&nbsp;: le Flamand est lent, opini\u00e2tre, patient et disciplin\u00e9&#8239;; le Wallon est vif, inconstant et perp\u00e9tuellement frondeur de l\u2019autorit\u00e9.&#8239;\u00bb Maarten Couttenier, l\u2019historien du mus\u00e9e de Tervuren, confirme notre intuition. Dans son article, le chercheur explique que Jules Destr\u00e9e \u00e9tait un membre de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019anthropologie de Bruxelles. Qu\u2019il admettra, plus tard, \u00e0 quel point les \u00e9crits d\u2019\u00c9mile Houz\u00e9 l\u2019avaient influenc\u00e9 dans la r\u00e9daction de sa <i>Lettre au roi<\/i>.<\/p>\n<p>Les d\u00e9bats communautaires vont, progressivement, s\u2019all\u00e9ger des allusions raciales apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale. On leur pr\u00e9f\u00e8re des concepts voil\u00e9s comme l\u2019\u00e2me r\u00e9gionale ou la descendance. Il y a bien encore quelques soubresauts, dans l\u2019entre-deux-guerres, au sein et en dehors du parlement. En 1919, Joseph-Maurice Remouchamps, secr\u00e9taire de l\u2019Assembl\u00e9e wallonne, \u00e9voque une ligne de d\u00e9marcation \u00ab&#8239;ethnographique&#8239;\u00bb entre le nord et le sud du pays, observable \u00e0 \u00ab&#8239;l\u2019aspect du sol, l\u2019anatomie des habitants, la vie \u00e9conomique, intellectuelle, sociale et morale.&#8239;\u00bb Le lib\u00e9ral Auguste Buisseret, qui deviendra ministre des Colonies dans les ann\u00e9es 1950, d\u00e9pit\u00e9 par les dispositions bilingues de la loi de 1921, s\u2019en prend vigoureusement aux Flamands \u00ab&#8239;qui ne seront pas de notre race et qui pr\u00e9tendront absorber et opprimer compl\u00e8tement notre activit\u00e9&#8239;\u00bb. Mais l\u2019id\u00e9e se marginalise. \u00c0 l\u2019universit\u00e9 de Li\u00e8ge, une d\u00e9cennie apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s du paternel, Charles Fraipont a repris la charge des cours de pal\u00e9ontologie animale et v\u00e9g\u00e9tale. \u00c0 l\u2019occasion d\u2019un colloque, il affirme&nbsp;: <i>\u00ab&#8239;Il n\u2019y a pas plus de race wallonne, de race, flamande ou de race belge, qu\u2019il n\u2019y a de race fran\u00e7aise ou de race allemande. Les nations de l\u2019Europe sont de races aussi m\u00e9lang\u00e9es que les chiens de rue.&#8239;\u00bb\u00a0<\/i><\/p>\n<p>La d\u00e9b\u00e2cle nazie de 1945 porte un coup de gr\u00e2ce aux th\u00e8ses racialistes qui avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9fendues dans les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019anthropologie. En Belgique, le concept perd toute l\u00e9gitimit\u00e9. \u00c0 l\u2019exception de l\u2019un ou l\u2019autre irr\u00e9ductible, on ne s\u2019aventure plus sur ce terrain. Maarten Van Ginderachter mentionne \u00ab&#8239;La Wallonie libre&#8239;\u00bb, un groupe de pression wallingant fond\u00e9 dans la R\u00e9sistance, qui exige l\u2019arriv\u00e9e de main-d\u2019\u0153uvre italienne, latine, pour contrebalancer le surcro\u00eet de g\u00eanes nordiques en Wallonie. L\u2019organisation, dans un ultime chant du cygne, invoque les cr\u00e2nes de Julien Fraipont.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, les allusions raciales ont d\u00e9sert\u00e9 la sc\u00e8ne politique. Choy\u00e9s par le contexte socio-\u00e9conomique des derni\u00e8res d\u00e9cennies, les st\u00e9r\u00e9otypes communautaires ont le cuir plus r\u00e9sistant. On les observe malicieusement changer de camp, s\u2019adapter aux nouvelles r\u00e9alit\u00e9s. Le clich\u00e9 de l\u2019ouvrier flamand en haillons, arri\u00e9r\u00e9, cherchant son salut dans une \u00ab&#8239;ville-usine&#8239;\u00bb wallonne, a c\u00e9d\u00e9 sa place \u00e0 l\u2019id\u00e9e du petit-bourgeois, propri\u00e9taire d\u2019une quatre-fa\u00e7ades, insidieusement repli\u00e9 sur lui-m\u00eame. C\u00f4t\u00e9 nationalistes flamands, le Wallon h\u00e9rite du statut de d\u00e9braill\u00e9 notoire. Il suffit de visionner un clip \u00e9lectoral de 2019 du Vlaams Belang pour s\u2019en convaincre&nbsp;: en \u00ab&#8239;marcel&#8239;\u00bb estampill\u00e9 PS \u00e0 l\u2019arri\u00e8re d\u2019un tandem tract\u00e9 plein pot par un cycliste flamand, un Wallon bedonnant, en claquettes-chaussettes, siffle tranquillement sa gourde d\u2019eau et profite de l\u2019effort fourni par son coll\u00e8gue.<\/p>\n<p>D\u2019autres optent pour des m\u00e9thodes plus subtiles, plus implicites, qui permettent de d\u00e9nigrer indirectement le voisin en se pr\u00e9sentant soi-m\u00eame plus <i>white<\/i> que <i>white<\/i>. Lorsque des politiciens flamands s\u2019identifient avec force \u00e0 la Scandinavie, aux Pays-Bas et \u00e0 l\u2019Allemagne, le message belge est&nbsp;: le sud du pays appartient \u00e0 la sph\u00e8re latine bord\u00e9lique. Du mauvais c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re entre le beurre et l\u2019huile, dira Bart De\u00a0Wever. M\u00eame combat chez certains mandataires wallons \u00ab&#8239;d\u2019esprit latin&#8239;\u00bb qui, de fa\u00e7on parfois exalt\u00e9e, aiment se pr\u00e9senter comme hospitaliers, ouverts et chaleureux. On peut y voir un clin d\u2019\u0153il malicieux adress\u00e9 \u00e0 une Flandre consid\u00e9r\u00e9e comme plus ferm\u00e9e et antisociale. <i>\u00ab&#8239;En r\u00e9alit\u00e9, cette image existait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la fin du XIX<\/i><i>e<\/i><i>\u00a0si\u00e8cle, <\/i>indique Scheltiens-Ortigosa. <i>Le Wallon g\u00e9n\u00e9reux, le Flamand germanique ferm\u00e9 et rancunier. En cela, certaines id\u00e9es re\u00e7ues sont immuables.&#8239;\u00bb<\/i><\/p>\n<p>On est assis au bureau de Valentin Fischer, entre les caisses qui d\u00e9bordent de bric et de broc fossilis\u00e9. Pench\u00e9, avec lui, sur un carnet imprim\u00e9 en 1922, dans lequel Charles Fraipont s\u2019\u00e9panche sur le Flamand froidement col\u00e9rique, r\u00e9put\u00e9 pour se mettre sur la tronche au couteau les soirs de kermesse. Il explique que les f\u00eates paroissiales de Wallonie sont, au contraire, tout en gaiet\u00e9 l\u00e9g\u00e8re. Le pal\u00e9ontologue objecte&nbsp;:<\/p>\n<p>\u2013&nbsp;C\u2019est faux. Je viens du Hainaut, et \u00e7a se terminait toujours par de la bagarre.<\/p>\n<p>Il marque une pause. R\u00e9fl\u00e9chit. Reprend.<\/p>\n<p>\u2013&nbsp;C\u2019est quand m\u00eame particulier.<br \/>\n\u2013&nbsp;Quoi donc&#8239;?<br \/>\n\u2013&nbsp;Ce besoin de tout d\u00e9truire. On vient d\u2019une lign\u00e9e d\u2019animaux \u00e9trangement agressifs. <i>Homo sapiens<\/i>, c\u2019est terrible. Depuis qu\u2019il a quitt\u00e9 le berceau africain, il a massacr\u00e9 les \u00e9cosyst\u00e8mes partout o\u00f9 il est pass\u00e9. \u00c7a me laisse perplexe.<br \/>\n\u2013&nbsp;Perplexe&#8239;?<br \/>\n\u2013&nbsp;\u00c7a ne me semble pas n\u00e9cessaire. Notre esp\u00e8ce veut tellement diminuer le risque que, pour sa survie, elle est pr\u00eate \u00e0 mettre le monde qui l\u2019entoure en d\u00e9route. Et \u00e0 s\u2019entretuer. C\u2019est particulier. Les autres animaux ne font pas \u00e7a.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Type wallon&nbsp;: taille trapue, t\u00eate ronde, nez large et court, yeux fonc\u00e9s, chevelure ch\u00e2tain. Type flamand&nbsp;: scalp allong\u00e9, figure \u00e9troite, nez long, m\u00e2choire pro\u00e9minente, cheveux et yeux clairs. Au d\u00e9part de cr\u00e2nes d\u00e9terr\u00e9s dans plusieurs cimeti\u00e8res de Belgique, le r\u00e9put\u00e9 zoologue li\u00e9geois Julien Fraipont distingue \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle la race des Wallons [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[13],"tags":[342,340,341],"auteur":[],"class_list":["post-1930","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recit","tag-flamands","tag-julien-fraipont","tag-wallons"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Petit pr\u00e9cis d&#039;histoire sur les st\u00e9r\u00e9otypes entre Wallons et Flamands - Wilfried<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Petit pr\u00e9cis d&#039;histoire sur les st\u00e9r\u00e9otypes entre Wallons et Flamands - Wilfried\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Type wallon&nbsp;: taille trapue, t\u00eate ronde, nez large et court, yeux fonc\u00e9s, chevelure ch\u00e2tain. Type flamand&nbsp;: scalp allong\u00e9, figure \u00e9troite, nez long, m\u00e2choire pro\u00e9minente, cheveux et yeux clairs. Au d\u00e9part de cr\u00e2nes d\u00e9terr\u00e9s dans plusieurs cimeti\u00e8res de Belgique, le r\u00e9put\u00e9 zoologue li\u00e9geois Julien Fraipont distingue \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle la race des Wallons [&hellip;]\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Wilfried\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2021-09-21T09:21:52+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2023-10-25T12:32:11+00:00\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Lisa\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Lisa\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"25 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/articles\\\/petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands\\\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/articles\\\/petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands\\\/\"},\"author\":{\"name\":\"Lisa\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/b536d59aa8a2f76adb1cca1e695f5484\"},\"headline\":\"Petit pr\u00e9cis d&rsquo;histoire sur les st\u00e9r\u00e9otypes entre Wallons et Flamands\",\"datePublished\":\"2021-09-21T09:21:52+00:00\",\"dateModified\":\"2023-10-25T12:32:11+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/articles\\\/petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands\\\/\"},\"wordCount\":5634,\"keywords\":[\"Flamands\",\"Julien Fraipont\",\"Wallons\"],\"articleSection\":[\"R\u00e9cit\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/articles\\\/petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/articles\\\/petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands\\\/\",\"name\":\"Petit pr\u00e9cis d'histoire sur les st\u00e9r\u00e9otypes entre Wallons et Flamands - Wilfried\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/#website\"},\"datePublished\":\"2021-09-21T09:21:52+00:00\",\"dateModified\":\"2023-10-25T12:32:11+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/b536d59aa8a2f76adb1cca1e695f5484\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/articles\\\/petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/articles\\\/petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands\\\/\"]}]},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/articles\\\/petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Petit pr\u00e9cis d&rsquo;histoire sur les st\u00e9r\u00e9otypes entre Wallons et Flamands\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/\",\"name\":\"Wilfried\",\"description\":\"Le magazine qui raconte la Belgique\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/kd6-37.dev\\\/client\\\/wilfried\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/b536d59aa8a2f76adb1cca1e695f5484\",\"name\":\"Lisa\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/cc6560131b49132f16b9d85f1822caad78e3d7c069d2a2c846529e58b6780b95?s=96&d=mm&r=g\",\"url\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/cc6560131b49132f16b9d85f1822caad78e3d7c069d2a2c846529e58b6780b95?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/cc6560131b49132f16b9d85f1822caad78e3d7c069d2a2c846529e58b6780b95?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"Lisa\"}}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Petit pr\u00e9cis d'histoire sur les st\u00e9r\u00e9otypes entre Wallons et Flamands - Wilfried","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Petit pr\u00e9cis d'histoire sur les st\u00e9r\u00e9otypes entre Wallons et Flamands - Wilfried","og_description":"Type wallon&nbsp;: taille trapue, t\u00eate ronde, nez large et court, yeux fonc\u00e9s, chevelure ch\u00e2tain. Type flamand&nbsp;: scalp allong\u00e9, figure \u00e9troite, nez long, m\u00e2choire pro\u00e9minente, cheveux et yeux clairs. Au d\u00e9part de cr\u00e2nes d\u00e9terr\u00e9s dans plusieurs cimeti\u00e8res de Belgique, le r\u00e9put\u00e9 zoologue li\u00e9geois Julien Fraipont distingue \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle la race des Wallons [&hellip;]","og_url":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands\/","og_site_name":"Wilfried","article_published_time":"2021-09-21T09:21:52+00:00","article_modified_time":"2023-10-25T12:32:11+00:00","author":"Lisa","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"Lisa","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"25 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands\/"},"author":{"name":"Lisa","@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/#\/schema\/person\/b536d59aa8a2f76adb1cca1e695f5484"},"headline":"Petit pr\u00e9cis d&rsquo;histoire sur les st\u00e9r\u00e9otypes entre Wallons et Flamands","datePublished":"2021-09-21T09:21:52+00:00","dateModified":"2023-10-25T12:32:11+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands\/"},"wordCount":5634,"keywords":["Flamands","Julien Fraipont","Wallons"],"articleSection":["R\u00e9cit"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands\/","url":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands\/","name":"Petit pr\u00e9cis d'histoire sur les st\u00e9r\u00e9otypes entre Wallons et Flamands - Wilfried","isPartOf":{"@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/#website"},"datePublished":"2021-09-21T09:21:52+00:00","dateModified":"2023-10-25T12:32:11+00:00","author":{"@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/#\/schema\/person\/b536d59aa8a2f76adb1cca1e695f5484"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands\/"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/articles\/petit-precis-dhistoire-sur-les-stereotypes-entre-wallons-et-flamands\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Petit pr\u00e9cis d&rsquo;histoire sur les st\u00e9r\u00e9otypes entre Wallons et Flamands"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/#website","url":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/","name":"Wilfried","description":"Le magazine qui raconte la Belgique","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/#\/schema\/person\/b536d59aa8a2f76adb1cca1e695f5484","name":"Lisa","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/cc6560131b49132f16b9d85f1822caad78e3d7c069d2a2c846529e58b6780b95?s=96&d=mm&r=g","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/cc6560131b49132f16b9d85f1822caad78e3d7c069d2a2c846529e58b6780b95?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/cc6560131b49132f16b9d85f1822caad78e3d7c069d2a2c846529e58b6780b95?s=96&d=mm&r=g","caption":"Lisa"}}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1930","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1930"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1930\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4907,"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1930\/revisions\/4907"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1930"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1930"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1930"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=1930"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}