{"id":1813,"date":"2022-03-21T14:46:52","date_gmt":"2022-03-21T13:46:52","guid":{"rendered":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/?p=1813"},"modified":"2023-10-24T15:47:25","modified_gmt":"2023-10-24T13:47:25","slug":"amerique-ta-mere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/amerique-ta-mere\/","title":{"rendered":"Am\u00e9rique ta m\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p>Pour les partis traditionnels, en d\u00e9non\u00e7ant l\u2019h\u00e9g\u00e9monie am\u00e9ricaine ou en s\u2019opposant \u00e0 l\u2019envoi d\u2019armes aux Ukrainiens, le PTB fait le lit de la propagande russe. Pire&nbsp;: le parti marxiste constituerait un alli\u00e9 de Vladimir Poutine. De son c\u00f4t\u00e9, le PTB nie toute sympathie pour le r\u00e9gime russe. Ses dirigeants affirment honnir Poutine, cet autocrate anticommuniste et va-t-en-guerre nationaliste, depuis plus de vingt ans. Il plaide plut\u00f4t pour le droit de critiquer l\u2019Occident sans se voir imposer la r\u00e8gle am\u00e9ricaine du \u00ab&#8239;vous \u00eates soit avec nous, soit contre nous&#8239;\u00bb. Alors, la Russie et le PTB, amis&#8239;? Ennemis&#8239;? Anciens amis&#8239;? Amis d\u2019ami&#8239;? Ennemis d\u2019ennemi&#8239;?<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><span class=\"fw-thin\">\u00ab&#8239;<em>\u00c0 vous entendre, on dirait que Poutine a des alli\u00e9s dans ce Parlement.<\/em>&#8239;\u00bb<\/span><\/p>\n<p>Alexander De Croo, s\u2019adressant au PTB sous les applaudissements, Chambre des repr\u00e9sentants de Belgique, le 24 f\u00e9vrier 2022. Il faut prendre la mesure de la col\u00e8re qui s\u2019\u00e9tait faufil\u00e9e entre les pupitres de l\u2019h\u00e9micycle, ce jour-l\u00e0. La Chambre des repr\u00e9sentants de Belgique n\u2019est pas coutumi\u00e8re des hu\u00e9es collectives propres \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale fran\u00e7aise, des chamailleries burlesques arbitr\u00e9es par le speaker de la Chambre des communes britannique, des festivals de ch\u00e2taignes qui animent parfois la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie. La contrari\u00e9t\u00e9 belge a ceci de singulier qu\u2019elle se manifeste g\u00e9n\u00e9ralement de fa\u00e7on contenue. Chaque esclandre en devient un \u00e9v\u00e9nement politique notable.<\/p>\n<p>Avec cette tension dans la nuque qui pr\u00e9c\u00e8de toute mont\u00e9e au front, avec la fiert\u00e9, aussi, de s\u2019appr\u00eater \u00e0 porter la voix des siens, le d\u00e9put\u00e9 Nabil Boukili avait enfil\u00e9 un blazer d\u00e9crois\u00e9 par-dessus son pull \u00e0 col roul\u00e9 gris et empoign\u00e9 le texte r\u00e9dig\u00e9 un peu plus t\u00f4t avec les camarades du PTB. Le matin m\u00eame, l\u2019arm\u00e9e de Vladimir Poutine avait entrepris d\u2019envahir l\u2019Ukraine, prenant par surprise la communaut\u00e9 internationale. D\u00e9jouant bien des pr\u00e9dictions, \u00e0 commencer par celles du pr\u00e9sident de parti de Nabil Boukili. Deux jours plus t\u00f4t, apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 les mensonges des \u00c9tats-Unis \u2014&nbsp;alarmistes, depuis quelques semaines, quant au risque d\u2019une invasion russe en Ukraine \u2014&nbsp;sur l\u2019Irak, l\u2019Afghanistan, la Syrie, la Libye, le Vietnam, la Bolivie, le Venezuela, le Guatemala, le Honduras, Ha\u00efti, Cuba, le Panama et le Nicaragua, Raoul Hedebouw questionnait sur Twitter&nbsp;: \u00ab&#8239;mais ils diraient maintenant la v\u00e9rit\u00e9 sur l\u2019Ukraine&#8239;?&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Au perchoir, Nabil Boukili avait veill\u00e9 \u00e0 dissiper tout malentendu&nbsp;: le PTB condamnait l\u2019intervention militaire russe. Fermement. Ces man\u0153uvres militaires \u00e9taient en contradiction totale avec le droit international, une violation inacceptable de la charte des Nations unies. Il avait fustig\u00e9 la guerre, ces parties d\u2019\u00e9checs entre puissants qui d\u00e9vastent les populations.<br \/>\nL\u2019irritation parlementaire n\u2019\u00e9tait venue qu\u2019ensuite. Quand le d\u00e9put\u00e9 marxiste avait tenu \u00e0 \u00e9tablir \u00ab&#8239;le bon diagnostic&#8239;\u00bb&nbsp;: celui qui expliquait comment on en \u00e9tait arriv\u00e9 l\u00e0. Qui ne pouvait faire l\u2019impasse sur trente ann\u00e9es de tensions entre les superpuissances de l\u2019Est et de l\u2019Ouest. Un diagnostic qui secouait unilat\u00e9ralement l\u2019Occident&nbsp;: retrait des \u00c9tats-Unis, au fil des ans, de plusieurs trait\u00e9s sign\u00e9s pour garantir la s\u00e9curit\u00e9 collective&#8239;; installation progressive par l\u2019OTAN de boucliers antimissiles tourn\u00e9s vers la Russie&#8239;; non-respect des accords de Minsk \u2014&nbsp;qui pr\u00e9voient, depuis 2014, que l\u2019Ukraine reprenne le contr\u00f4le de ses fronti\u00e8re orientales en \u00e9change d\u2019une autonomie accrue accord\u00e9e aux r\u00e9gions s\u00e9paratistes \u2014&nbsp;par les gouvernements ukrainiens pro-occidentaux&#8239;; expansion continue de l\u2019OTAN vers l\u2019est, malgr\u00e9 les engagements oraux donn\u00e9s en 1990 \u00e0 Mikha\u00efl Gorbatchev par James Baker, alors secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat am\u00e9ricain, Helmut Kohl et consorts.<\/p>\n<p>Alors qu\u2019un brouhaha contestataire envahissait l\u2019assembl\u00e9e, et juste avant que le Premier ministre belge, \u00e9pris de col\u00e8re, ne fustige les propos de Nabil Boukili sous les applaudissements, le d\u00e9put\u00e9 concluait&nbsp;: \u00ab<em> On peut essayer la politique de surench\u00e8re ou de sanctions. Mais cela a-t-il fonctionn\u00e9 en Libye, en Afghanistan, en Irak&#8239;? Il faut un dialogue&#8239;! Votre politique de l\u2019OTAN, votre politique imp\u00e9rialiste ne fonctionne pas&#8239;! Aujourd\u2019hui, il faut une diplomatie. Allez-vous faire la paix avec des bombes&#8239;?<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab&#8239;<em>Ce qui m\u2019a heurt\u00e9 dans l\u2019intervention de Nabil Boukili, c\u2019est son tr\u00e8s mauvais timing. C\u2019est comme si, en d\u00e9non\u00e7ant un violeur, on se sentait oblig\u00e9 d\u2019ajouter imm\u00e9diatement que la victime l\u2019avait provoqu\u00e9, \u00e0 moins que ce soient ses amis. Le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est que \u00e7a ne manifestait pas une grande empathie vis-\u00e0-vis du peuple victime de l\u2019agression.<\/em>&#8239;\u00bb Henri Goldman est assis \u00e0 la table de sa salle \u00e0 manger. Dans le dos du politiste et ex-r\u00e9dacteur en chef de la revue Politique, une affiche de Valse avec Bashir, le film d\u2019animation isra\u00e9lo-franco-allemand qui prend pour cadre le massacre de centaines de Palestiniens, \u00e0 Sabra et Chatila, perp\u00e9tr\u00e9 par les phalangistes libanais durant l\u2019invasion isra\u00e9lienne du Liban de septembre 1982.<\/p>\n<p>Comme tout un spectre de la gauche radicale belge et europ\u00e9enne, Henri Goldman \u2014&nbsp;qui fut candidat, sur la liste Ecolo, aux \u00e9lections r\u00e9gionales bruxelloises de 2019 \u2014&nbsp;ne raffole pas de l\u2019OTAN. Il est de ceux qui pensent, comme le PTB, qu\u2019\u00e0 la dissolution du pacte de Varsovie \u2014&nbsp;ancienne alliance militaire du bloc de l\u2019Est dissoute en juillet 1991, quelques mois avant la chute de l\u2019URSS \u2014, dans un contexte o\u00f9 la Russie ne demandait qu\u2019\u00e0 int\u00e9grer le club occidental, l\u2019Alliance atlantique avait perdu tout sens avouable d\u2019exister. Que quelque part, l\u2019OTAN a provoqu\u00e9 la Russie en s\u2019avan\u00e7ant vers l\u2019est de fa\u00e7on inconsid\u00e9r\u00e9e. D\u2019autres pensent tout l\u2019inverse, arguent que cette alliance d\u00e9fensive n\u2019a jamais menac\u00e9 la Russie, que les adh\u00e9sions progressives de plusieurs pays d\u2019Europe centrale \u00e9taient dict\u00e9es par la crainte d\u2019\u00eatre \u00e0 nouveau envahis par un pays d\u00e9tenteur du premier arsenal nucl\u00e9aire au monde, impr\u00e9visible, \u00e0 moyen terme, sur le plan de sa politique internationale.<\/p>\n<p>Qu\u2019importe&nbsp;: tout le monde s\u2019accorde, PTB inclus, sur le fait que l\u2019expansion de l\u2019OTAN ne justifie en rien l\u2019agression de l\u2019Ukraine. Que cette agression offre d\u2019ailleurs une incroyable campagne de promotion de l\u2019Alliance atlantique. \u00ab&#8239;<em>Pour autant qu\u2019on trouvait qu\u2019elle en valait la peine, la lutte contre l\u2019OTAN a clairement recul\u00e9 de dix ans. Des pays qui n\u2019en faisaient pas partie, comme la Su\u00e8de et la Finlande, demandent maintenant \u00e0 y adh\u00e9rer pour b\u00e9n\u00e9ficier de sa protection<\/em>&#8239;\u00bb, note Henri Goldman.<br \/>\nUne question demeure toutefois. Et c\u2019est autour de celle-ci que gravite toute l\u2019ambivalence du PTB, qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019intervention de Nabil Boukili au parlement, ou de la ligne tenue depuis lors par le parti&nbsp;: l\u2019expansion de l\u2019OTAN et, plus globalement, l\u2019app\u00e9tit imp\u00e9rialiste des \u00c9tats-Unis qu\u2019elle pourrait traduire, expliquent-ils, ne f\u00fbt-ce que partiellement, l\u2019attitude r\u00e9pr\u00e9-hensible de la Russie&#8239;?<\/p>\n<p><em>Wilfried<\/em> cite \u00e0 Henri Goldman un passage d\u2019un billet de Volodymyr Artiukh, chercheur ukrainien de gauche en socio-anthropologie, intitul\u00e9 Les explications am\u00e9ricano-centr\u00e9es ne suffisent plus. Lettre \u00e0 la gauche occidentale. On y lit&nbsp;: \u00ab&#8239;Vous nous avez appris tout ce qu\u2019il fallait savoir sur les \u00c9tats-Unis et l\u2019OTAN, mais cette connaissance n\u2019est d\u00e9sormais plus aussi utile. Les \u00c9tats-Unis ont peut-\u00eatre dessin\u00e9 le contour de ce jeu de soci\u00e9t\u00e9, mais aujourd\u2019hui les autres joueurs d\u00e9placent leurs pions et ajoutent leurs propres contours avec un marqueur rouge. Les explications centr\u00e9es sur les \u00c9tats-Unis sont donc d\u00e9pass\u00e9es. J\u2019ai lu tout ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit et dit \u00e0 gauche sur l\u2019escalade du conflit de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re entre les \u00c9tats-Unis, la Russie et l\u2019Ukraine. La plupart de ces \u00e9crits \u00e9taient terriblement erron\u00e9s, pires que les lectures dominantes. Leur pouvoir de pr\u00e9diction \u00e9tait nul.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>On s\u2019interroge&nbsp;: quand le PTB intervient au parlement le jour de l\u2019invasion et pr\u00e9tend \u00e9tablir un diagnostic complet de la situation pour ensuite fustiger uniquement l\u2019Occident, n\u2019omet-il pas, sciemment, de d\u00e9peindre une partie gigantesque du tableau&#8239;? \u00ab&#8239;La gauche pacifiste dont le PTB se r\u00e9clame est sans doute depuis trop longtemps aveugle aux ressorts propres de l\u2019imp\u00e9rialisme r\u00e9gional russe tel qu\u2019il s\u2019est d\u00e9j\u00e0 manifest\u00e9 en Tch\u00e9tch\u00e9nie, en Syrie et en G\u00e9orgie, hors de toute intervention occidentale significative&#8239;\u00bb, estime Henri Goldman.<br \/>\n\u2014&nbsp;Qu\u2019est-ce que \u00e7a raconte du PTB, cette propension \u00e0 charger l\u2019Occident sans rendre compte, bien qu\u2019ils ne les nient pas, des logiques d\u2019action propres \u00e0 cet imp\u00e9rialisme r\u00e9gional de Vladimir Poutine&#8239;?<br \/>\n\u2014&nbsp;Le manque d\u2019empathie que j\u2019\u00e9voquais tout \u00e0 l\u2019heure d\u00e9coule d\u2019une lecture g\u00e9ostrat\u00e9gique du monde qui consiste \u00e0 dire&nbsp;: attention, si j\u2019attaque de fa\u00e7on univoque la Russie dans cette affaire, je hurle dans le m\u00eame sens que l\u2019imp\u00e9rialisme domi-nant \u00e9tats-unien. Donc je ne vais pas le faire.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Les \u00c9tats-Unis. Le principal ennemi id\u00e9ologique du PTB. Plus que la Russie. Dans son ouvrage PTB \u2013&nbsp;Nouvelles gauche, vieille recette, Pascal Delwit, professeur de sciences politiques \u00e0 l\u2019ULB, explique qu\u2019en 1983, l\u2019ann\u00e9e de son deuxi\u00e8me congr\u00e8s, le PTB \u2014&nbsp;qui professait l\u2019inverse jusque-l\u00e0 \u2014&nbsp;juge d\u00e9sormais l\u2019imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain plus dangereux que le russe.<br \/>\nDepuis lors, le rejet massif du mod\u00e8le capitaliste n\u00e9olib\u00e9ral et imp\u00e9rialiste \u00e9tats-unien n\u2019a fait que se renforcer. Il conditionne, analyse Pascal Delwit, les positions internationales adopt\u00e9es par le PTB. Quitte \u00e0 accorder des faveurs \u00e0 certains \u00c9tats peu recommandables sur le plan d\u00e9mocratique, pourvu qu\u2019ils constituent des remparts \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie de Washington.<\/p>\n<p>\u00c0 ce propos, un observateur de longue date de la gauche belge, tenu par ses fonctions \u00e0 un devoir de discr\u00e9tion, confie \u00e0 Wilfried&nbsp;: \u00ab<em> Le PTB ne parvient pas \u00e0 sortir de cette logique inscrite dans son histoire. Ses dirigeants ont une capacit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nale \u00e0 se trouver, tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement, dans le mauvais camp. Prenons l\u2019exemple de la guerre en Syrie&nbsp;: le PTB a d\u00fb effacer des pages et des pages de son site qui justifiaient certains actes du r\u00e9gime d\u2019el-Assad.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nEn juin 2020, le PTB refusait encore de voter une proposition de r\u00e9solution \u00e0 la Chambre visant \u00e0 augmenter l\u2019apport financier de la Belgique pour g\u00e9rer la situation humanitaire dans la r\u00e9gion d\u2019Idlib en Syrie. La raison&nbsp;: une phrase, contenue dans la proposition, qui demandait au gouvernement belge \u00ab&#8239;d\u2019appeler les forces arm\u00e9es russes et syriennes \u00e0 cesser toute attaque directe \u00e0 l\u2019encontre des civils&#8239;\u00bb. Le PTB d\u00e9non\u00e7ait un \u00ab&#8239;biais politique&#8239;\u00bb&nbsp;: pour-quoi ne viser que la Russie et la Syrie, et pas l\u2019Arabie saoudite, le Qatar ou Isra\u00ebl&#8239;? R\u00e9ponse des auteurs&nbsp;: parce que cette demande se basait sur une r\u00e9solution d\u2019Amnesty qui identifiait pr\u00e9cis\u00e9ment les Russes et l\u2019arm\u00e9e syrienne dans la province concern\u00e9e.<br \/>\nSelon notre observateur, le PTB a raison de d\u00e9noncer la pr\u00e9tention des administrations Bush, Obama, Trump puis Biden \u00e0 mettre militairement au pas tout r\u00e9gime divergent. Il semble \u00e9vident qu\u2019un d\u00e9ni par rapport \u00e0 de nombreux exc\u00e8s, notamment militaires, des \u00c9tats-Unis et de l\u2019Occident continue \u00e0 \u00eatre entretenu en Europe. Que la guerre en Irak a provoqu\u00e9 des atrocit\u00e9s sans nom. Que l\u2019intervention de l\u2019OTAN contre des cibles serbes en 1999 n\u2019\u00e9tait pas conforme au droit international \u2014&nbsp;une intervention dans un pays tiers n\u00e9cessite l\u2019accord pr\u00e9alable du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU, o\u00f9 Russie et Chine disposent d\u2019un droit de veto. Cet observateur ne pense pas, de surcro\u00eet, qu\u2019il y ait une intention volontaire du PTB de n\u00e9gliger les aventures imp\u00e9rialistes de la Russie. \u00ab&#8239;Par contre, cette logique antiam\u00e9ricaine continue d\u2019orienter leur discours. Selon eux, si on en est l\u00e0, c\u2019est quand m\u00eame, avant tout, \u00e0 cause des \u00c9tats-Unis et de l\u2019OTAN.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Les solutions pr\u00f4n\u00e9es par le PTB pour r\u00e9soudre le conflit russo-ukrainien subiraient logiquement les lois de ce tropisme&nbsp;: sous couvert d\u2019anti-imp\u00e9rialisme, de non-alignement, de pacifisme, le parti va s\u2019opposer \u00e0 la livraison d\u2019armes aux Ukrainiens, rechigner \u00e0 soutenir l\u2019imposition de sanctions solides \u00e0 la Russie, nier le droit des pays s\u2019estimant menac\u00e9s par la Russie \u00e0 int\u00e9grer l\u2019OTAN. \u00ab&#8239;\u00c0 la place, le PTB milite pour la diplomatie. En refusant d\u2019admettre que Poutine n\u2019entend rien n\u00e9gocier. Comme il trouvait non n\u00e9gociables la Crim\u00e9e et le Donbass. Dans un rapport de force compl\u00e8tement d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9, la n\u00e9gociation n\u2019intervient que quand la partie dominante, la partie la plus forte, sent qu\u2019elle ne peut plus rien obtenir par la guerre. \u00c7a, le PTB refuse de l\u2019entendre.&#8239;\u00bb<br \/>\nOn en a parl\u00e9 avec Nabil Boukili et David Pestieau, le vice-pr\u00e9sident du PTB et directeur de son service d\u2019\u00e9tudes. Les deux sont cat\u00e9goriques&nbsp;: pas de logique de camp au PTB. \u00ab&#8239;<em>Ceux qui nous imposent cette logique, ce sont les \u00c9tats-Unis eux-m\u00eames, r\u00e9torque David Pestieau. \u00c0 partir du moment o\u00f9 on n\u2019est pas dans un camp, or le PTB a choisi de ne pas s\u2019aligner \u2013&nbsp;soit de refuser d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 la propagande des imp\u00e9rialismes am\u00e9ricains comme russes \u2013, on nous traite de pro-Poutine. C\u2019est la logique de Bush quand, apr\u00e8s le 11 septembre, il a lanc\u00e9 sa guerre contre la terreur&nbsp;:<\/em> \u00ab&#8239;<em>you are either with us, or against us<\/em>&#8239;\u00bb.&#8239;\u00bb<br \/>\nOn \u00e9voque, avec Nabil Boukili, son intervention \u00e0 la Chambre. Le timing malheureux, le manque d\u2019empathie apparent vis-\u00e0-vis du peuple ukrainien \u00ab&#8239;Le climat g\u00e9n\u00e9ral, au Parlement, \u00e9tait \u00e0 l\u2019escalade, \u00e0 l\u2019envoi d\u2019armes, aux sanctions tous azimuts. L\u2019objectif de mon paragraphe sur les USA, l\u2019OTAN, le non-respect des accords de Minsk, c\u2019est de montrer que pour offrir des alternatives diplomatiques \u00e0 la situation, il faut d\u2019abord en saisir les causes. On peut trouver le timing malheureux, mais si je ne l\u2019exprime pas \u00e0 ce moment-l\u00e0, cette voix n\u2019est pas entendue. C\u2019est comme si on effa\u00e7ait la politique des trente derni\u00e8res ann\u00e9es qui aboutit \u00e0 la situation actuelle.<\/p>\n<p>\u2013&nbsp;Sauf que la situation actuelle r\u00e9pond aussi, et peut-\u00eatre m\u00eame surtout, \u00e0 une logique propre \u00e0 Vladimir Poutine.<br \/>\n\u2013&nbsp;C\u2019est aussi vrai. Pour \u00eatre honn\u00eate, je ne pensais pas qu\u2019il fallait encore clarifier la position du PTB sur la politique de Poutine. Pour nous, c\u2019est \u00e9vident&nbsp;: \u00e7a fait vingt ans qu\u2019on la d\u00e9monte. Mais quand je vois la r\u00e9action des autres partis\u2026 Je me dis que si je devais refaire cette intervention, j\u2019ajouterais un paragraphe sur l\u2019agenda propre \u00e0 Poutine. \u00c7a \u00e9viterait que les partis traditionnels s\u2019emparent de cette pseudo-ambigu\u00eft\u00e9 pour d\u00e9naturer nos propos.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Nabil Boukili rappelle que le PTB n\u2019entend absolument pas expliquer l\u2019invasion russe \u00e0 travers le seul prisme d\u2019une r\u00e9action \u00e0 l\u2019imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain. Pour sa famille politique, c\u2019est clair&nbsp;: Poutine a des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques, g\u00e9ostrat\u00e9giques \u2013&nbsp;et en cela, le PTB le maintient, l\u2019OTAN constitue une menace militaire essentielle pour la Russie \u2013&nbsp;et id\u00e9ologiques \u00e0 reconstituer la grande Russie des Tsars. Mais les \u00c9tats-Unis ont, eux aussi, leur propre agenda. Ils d\u00e9veloppent une strat\u00e9gie. Ils r\u00e9cup\u00e8rent cette guerre pour nourrir leurs int\u00e9r\u00eats&nbsp;: mettre \u00e0 terre une Russie susceptible de concurrencer leur h\u00e9g\u00e9monie.<br \/>\n\u00ab&#8239;<em>On ne peut pas regarder ce qu\u2019il se passe en Ukraine sans voir les choses de fa\u00e7on plus large&nbsp;: l\u2019expression de l\u2019opposition de deux blocs imp\u00e9rialistes, <\/em>ajoute David Pestieau<em>. C\u2019est du pur Stratego politique, et tout le monde, Russes et Am\u00e9ricains, s\u2019en fout de la situation des Ukrainiens. Or il se trouve qu\u2019on habite dans un pays qui abrite le si\u00e8ge de l\u2019OTAN. Si j\u2019\u00e9tais en Russie, je d\u00e9nonce-rais davantage la propagande russe. Mais nous sommes en Belgique. Dans le camp occidental. Donc il faut prioritairement se prononcer par rapport \u00e0 ce que nos gouvernements et leurs alli\u00e9s font. Ce que fait le gouvernement russe, c\u2019est la gauche russe qui doit s\u2019y opposer, et on la soutient.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nCe regard critique du PTB sur les Am\u00e9ricains trouve une supportrice inattendue&nbsp;: l\u2019\u00e9cologiste Mieke Vogels. L\u2019ancienne ministre et pr\u00e9sidente de Groen confiait r\u00e9cemment \u00e0 l\u2019hebdoma-daire Humo&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Poutine est un salaud, mais les Am\u00e9ricains nous entra\u00eenent constamment dans des guerres qui n\u2019ont rien \u00e0 voir avec nous. Ils ont d\u00e9clench\u00e9 une guerre en Irak sous de faux pr\u00e9textes. Ils ont pass\u00e9 vingt ans en Afghanistan. \u00c7a a co\u00fbt\u00e9 des milliards, des dizaines de milliers de soldats, des centaines de milliers de victimes civiles. \u00c0 qui \u00e7a a profit\u00e9, \u00e0 part l\u2019industrie de l\u2019armement&#8239;? Regardons \u00e7a d\u2019un \u0153il plus critique. Le PTB est le seul parti qui ose le faire. O\u00f9 sont les socialistes et les verts qui rejoignaient, jadis, les manifestations pour la paix&#8239;?<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Pour le PTB, une sortie rapide du conflit ne peut s\u2019envisager que par la d\u00e9sescalade et la n\u00e9gociation. Toute autre option reviendrait, soit \u00e0 prendre le risque de susciter un conflit nucl\u00e9aire, soit \u00e0 enfanter une guerre longue dont les peuples seront les principales victimes. C\u2019est, expliquent les dirigeants du PTB, la raison pour laquelle ils refusent de soutenir la logique de sanction \u2013&nbsp;except\u00e9e celle tourn\u00e9e contre l\u2019entourage oligarchique de Poutine \u2013&nbsp;ou s\u2019opposent \u00e0 l\u2019envoi d\u2019armes aux Ukrainiens. \u00c0 ceux qui disent que cette posture revient \u00e0 refuser \u00e0 un pays oppress\u00e9 le droit l\u00e9gitime de se d\u00e9fendre, le PTB r\u00e9pond&nbsp;: la guerre ne se r\u00e9sout pas par la guerre. L\u2019histoire l\u2019a d\u00e9montr\u00e9. Point.<\/p>\n<p>Sur ce dernier aspect, le PTB est par ailleurs persuad\u00e9 d\u2019une chose&nbsp;: les \u00c9tats-Unis veulent une guerre longue. Comme en Afghanistan. \u00c9puiser la Russie. Pr\u00e9server leur propre h\u00e9g\u00e9monie. C\u2019est dans leur ADN&nbsp;: emp\u00eacher l\u2019\u00e9mergence de toute autre puissance que la leur. C\u2019est pour cette m\u00eame raison qu\u2019ils d\u00e9veloppent une nouvelle strat\u00e9gie de guerre froide contre la Chine.<br \/>\nIl fallait les voir investir les gradins du stade L\u00e9nine, ces dizaines de milliers de jeunes venus des quatre coins de la plan\u00e8te, le visage empourpr\u00e9 par la ferveur des instants uniques, le regard happ\u00e9 par des escadrons d\u2019oiseaux en envol. Moscou accueillait, alors, la 6e \u00e9dition du Festival Mondial de la Jeunesse et des \u00c9tudiants pour la paix et l\u2019amiti\u00e9. En cet \u00e9t\u00e9 1957, on avait fait le voyage en train depuis Paris, Bruxelles, dormi dans des \u00e9coles de Berlin-Est am\u00e9nag\u00e9es pour l\u2019occasion, travers\u00e9 la Pologne au son des orchestres de fortune, Varsovie encore couvert de ruines. \u00c0 la gare de Moscou, on avait \u00e9t\u00e9 accueilli dans l\u2019\u00e9motion par une foule immense et fraternelle. \u00ab&#8239;Lors de ce genre d\u2019\u00e9v\u00e9nements, les jeunes vivaient une vraie chaleur, une effusion. Ils rencontraient des communistes de tous les pays du monde, tiers monde inclus. \u00c7a rapprochait les gens. Ils faisaient communaut\u00e9. \u00c7a cr\u00e9ait une \u00e9motion qui les rendait russophiles&#8239;\u00bb, raconte Henri Goldman, lui-m\u00eame issu d\u2019une famille communiste.<\/p>\n<p>D\u00e8s les ann\u00e9es 1920, la Russie avait progressivement mis en place une diplomatie culturelle ing\u00e9nieuse, \u00e0 grand renfort de films, de livres, de revues, de chansons. Radio Moscou \u00e9mettait loin et dans toutes les langues. On fa\u00e7onnait, plus encore qu\u2019une image flatteuse de l\u2019Union sovi\u00e9tique, une mythologie contemporaine. Au coeur de celle-ci&nbsp;: la r\u00e9volution d\u2019octobre 1917. Et l\u2019av\u00e8nement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9galitaire amen\u00e9e \u00e0 se d\u00e9velopper sur toute la plan\u00e8te. Se l\u2019appropriant \u00e0 l\u2019envi, un r\u00e9seau de partis communistes s\u2019\u00e9tait d\u00e9ploy\u00e9 en Europe pour former une architecture institutionnelle complexe, reli\u00e9e \u00e0 Moscou par l\u2019interm\u00e9diaire du Komintern puis du Kominform.<br \/>\nPartout en Europe, en Am\u00e9rique latine, en Afrique, des g\u00e9n\u00e9rations de communistes ont voulu voyager \u00e0 Moscou et Saint-P\u00e9tersbourg, apprendre le russe, d\u00e9couvrir la litt\u00e9rature russe, le cin\u00e9ma russe, la peinture russe, la musique russe\u2026<br \/>\nIl en reste quelque chose aujourd\u2019hui. \u00c0 propos du discours pro-Poutine de Vladimir Cerron, chef du parti marxiste-l\u00e9niniste \u00ab&#8239;P\u00e9rou libre&#8239;\u00bb, dont est issu l\u2019actuel pr\u00e9sident du P\u00e9rou, l\u2019analyste politique p\u00e9ruvien Rodrigo Murillo, \u00e9crivait r\u00e9cemment&nbsp;: \u00ab&#8239;Aujourd\u2019hui, bien qu\u2019\u00e9videmment Poutine n\u2019incarne plus le socialisme, une partie de la gauche p\u00e9ruvienne conserve une grande admiration envers la Russie, par nostalgie de son pass\u00e9 communiste, et garde une forme de respect \u00e0 son \u00e9gard, le voyant comme l\u2019agent disrupteur de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie de l\u2019Occident et de l\u2019OTAN.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Une interrogation en chipote certains. Le PTB serait-il, en un sens, encore p\u00e9tri d\u2019un fond de russophilie sentimentale, qui ne se confondrait en rien avec le fait d\u2019\u00eatre pro ou anti-Poutine, mais qui pourrait conduire \u00e0 un penchant empa-thique pour la Russie, l\u00e0 o\u00f9 le premier mouve-ment vis-\u00e0-vis des \u00c9tats-Unis et de leurs alli\u00e9s serait \u00e0 la m\u00e9fiance voire \u00e0 la franche hostilit\u00e9&#8239;?<br \/>\nDavid Pestieau en tombe presque de sa chaise. Attabl\u00e9 en terrasse du Cirio, une bras-serie bruxelloise d\u2019\u00e9poque dans laquelle il\u00a0s\u2019est \u00ab&#8239;toujours senti bien&#8239;\u00bb, le vice-pr\u00e9sident du PTB r\u00e9fute cat\u00e9goriquement cette analyse. C\u2019est, explique-t-il, m\u00e9conna\u00eetre profond\u00e9ment l\u2019his-toire du PTB, issu d\u2019une matrice compl\u00e8tement diff\u00e9rente de celle du parti communiste belge (PCB) \u2013&nbsp;qui culmina \u00e0 quelque 11.000 adh\u00e9rents, en 1965, avant de d\u00e9cliner s\u00e9rieusement et de se scinder, en 1989, en deux ailes francophones et n\u00e9erlandophones anecdotiques.<br \/>\nR\u00e9agissant \u00e0 cette hypoth\u00e8se, Henri Goldman tient des propos assez similaires&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Il y a une vraie rupture de g\u00e9n\u00e9ration. Le PTB n\u2019est pas du tout sorti d\u2019un milieu susceptible d\u2019avoir de la sympathie pour la Russie. Ils n\u2019ont pas les m\u00eames liens internationaux qu\u2019a pu entretenir le PCB<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Comme bien d\u2019autres partis communistes europ\u00e9ens, le PCB s\u2019est construit peu apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale, en 1921, sous l\u2019im-pulsion de personnes favorables \u00e0 la r\u00e9volu-tion de 1917 et \u00e0 la toute jeune Internationale communiste. Jean-Marie Chauvier, ancien correspondant de presse \u00e0 Moscou et collabo-rateur du Monde diplomatique, qui avait nou\u00e9 des liens avec l\u2019URSS via le PCB, confirme la logique russophile qui r\u00e9gnait en son sein. \u00ab&#8239;Mais avec la dissolution du PCB historique, en 1989, a aussi disparu le dernier cercle des \u201csovi\u00e9tophiles\u201d, organis\u00e9s au sein des \u201cAmiti\u00e9s belgo-belge-so-vi\u00e9tiques\u201d. En ce qui concerne le PTB, je n\u2019ai pas connaissance qu\u2019il y ait eu des personnes sp\u00e9ciale-ment int\u00e9ress\u00e9es par la Russie. Leur choix mao\u00efste semble les avoir men\u00e9s vers d\u2019autres horizons.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il y a une grande m\u00e9connaissance , qui est par ailleurs g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 belge, de l&rsquo;Europe de l&rsquo;Est et de la Russie au PTB. Mais c&rsquo;est vrai que dans la perception de beaucoup, encore aujourd&rsquo;hui demeure cette id\u00e9e fausse que Poutine \u00e9gale la Russie, donc l&rsquo;URSS, donc le communisme et donc le PTB.<br \/>\nDavid Pestieau, vice-pr\u00e9sident du PTB<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 l\u2019origine du PTB, il y a AMADA, \u00ab&#8239;Alle macht aan de arbeiders&#8239;\u00bb (tout le pouvoir aux ouvriers), mouvement n\u00e9 des protestations \u00e9tudiantes de 1968. Le groupe de militants, men\u00e9 par l\u2019embl\u00e9matique Ludo Martens \u2013&nbsp;pr\u00e9sident du PTB jusqu\u2019en 2008 \u2013, en qu\u00eate d\u2019identit\u00e9, voit dans le mod\u00e8le sovi\u00e9tique quelque chose de pass\u00e9. Pour d\u00e9velopper sa vision internationale, le choix se porte sur un mouvement plus radical, plus jeune&nbsp;: le mao\u00efsme, nouvelle quintessence du marxisme-l\u00e9ninisme en Chine.<br \/>\n\u00ab<em> On ne se retrouvait pas dans ce qu\u2019\u00e9tait devenu le mod\u00e8le sovi\u00e9tique<\/em>&#8239;\u00bb, explique Nadine Rosa-Rosso, entr\u00e9e \u00e0 AMADA en 1976, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale du parti jusqu\u2019en 2004, ann\u00e9e de son exclusion pour de s\u00e9rieux d\u00e9saccords d\u2019orientation. \u00ab&#8239;<em>On trouvait que le PCB \u00e9tait \u201camorti\u201d, plus assez r\u00e9volutionnaire. On passait notre temps \u00e0 faire des tracts qui d\u00e9non\u00e7aient ce \u201cfaux parti communiste\u201d.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nDurant presque vingt ans, AMADA, puis le PTB, s\u2019alignent de fa\u00e7on inconditionnelle sur les positions internationales de la Chine. Or le pays \u00e9rige l\u2019URSS de Brejnev en principal ennemi. So does the PTB. \u00ab<em> On s\u2019\u00e9tait convertis \u00e0 cette th\u00e9orie que je trouvais assez aberrante selon laquelle le social-imp\u00e9rialisme de l\u2019Union sovi\u00e9tique \u00e9tait plus dangereux que l\u2019imp\u00e9rialisme occidental. On ne remettait pas \u00e7a en question<\/em>&#8239;\u00bb, poursuit Nadine Rosa-Rosso.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1980, un tournant progressif s\u2019op\u00e8re. Les certitudes du PTB s\u2019\u00e9moussent, en m\u00eame temps que s\u2019ouvre en Chine l\u2019\u00e8re Xiaoping, marqu\u00e9 par la volont\u00e9 de \u00ab&#8239;corriger les erreurs&#8239;\u00bb de la r\u00e9volution culturelle mao\u00efste. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que l\u2019URSS cesse d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e comme le principal adversaire de la classe ouvri\u00e8re et c\u00e8de sa place d\u2019ennemi n\u00b01 aux USA. \u00ab&#8239;Une r\u00e9\u00e9valuation progressive de l\u2019essence du r\u00e9gime sovi\u00e9tique et de l\u2019histoire de l\u2019URSS se dessine&#8239;\u00bb, \u00e9crit \u00e0 ce propos Pascal Delwit.<br \/>\nL\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de Gorbatchev, en 1985, finit de convaincre les cadres du PTB de r\u00e9envisager leur posture. En 1987, il est act\u00e9 que ceux-ci peuvent tout aussi bien consid\u00e9rer que \u00ab&#8239;Gorbatchev est un v\u00e9ritable marxiste-l\u00e9niniste&#8239;\u00bb et argumenter sur cette base, que juger qu\u2019il est un \u00ab&#8239;r\u00e9visionniste et un social-imp\u00e9rialiste&#8239;\u00bb. \u00ab&#8239;Cette p\u00e9riode plus favorable \u00e0 Moscou n\u2019a pas dur\u00e9 longtemps, explique Luk Vervaet, membre de la direction du parti jusqu\u2019en 2004, lui aussi exclu. \u00ab&#8239;D\u00e8s la chute de l\u2019URSS, on a d\u00e9nonc\u00e9 le r\u00e9tablissement capitaliste en Russie. Apr\u00e8s \u00e7a, on n\u2019a plus vraiment discut\u00e9 de la Russie, ce n\u2019\u00e9tait plus un sujet. Puis elle est devenue ce qu\u2019on sait.&#8239;\u00bb<br \/>\nDavid Pestieau explique que cette all\u00e9geance \u00e0 la Chine, erreur de jeunesse du PTB, a profond\u00e9ment marqu\u00e9 la naissance du parti. Que les fondateurs n\u2019avaient aucun lien avec la Russie, ni \u00e9motionnelle ni politique. \u00ab<em> Bien s\u00fbr, les cadres du PTB lisaient L\u00e9nine, m\u00eame Staline, \u00e0 une \u00e9poque. Mais au m\u00eame titre que Marx ou Engels. Cette russophilie, c\u2019est peut-\u00eatre vrai pour certains partis communistes classiques, mais pas au PTB. Il n\u2019y a pas de rapport romantique \u00e0 la Russie<\/em>.&#8239;\u00bb<br \/>\nNadine Rosa-Rosso et Luk Vervaet confirment en ch\u0153ur&nbsp;: leur ancien mouvement s\u2019est construit en rupture avec le communisme sovi\u00e9tique de l\u2019\u00e9poque, aucune russophilie ne peut l\u2019habiter. \u00ab&#8239;<em>Il n\u2019y avait pas du tout cette culture dans le parti<\/em>, ajoute Nadine Rosa-Rosso. <em>Les jeunes r\u00e9volutionnaires que nous \u00e9tions ne provenaient pas de familles communistes. Nous n\u2019avions aucun lien avec l\u2019Union sovi\u00e9tique. En fait, les premiers militants du PTB ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s dans la d\u00e9testation de l\u2019Union sovi\u00e9tique. Je ne vois pas comment aujourd\u2019hui, le PTB pourrait \u00eatre influenc\u00e9 par une quelconque russophilie.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>David Pestieau ajoute que le PTB n\u2019a jamais fait de voyage \u00e0 Moscou, n\u2019a pas ressenti le besoin de conna\u00eetre, d\u2019aller voir la r\u00e9alit\u00e9 l\u00e0-bas. \u00ab&#8239;J<em>e dirais m\u00eame qu\u2019il y a une grande m\u00e9connaissance, qui est par ailleurs g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 belge, de l\u2019Europe de l\u2019Est et de la Russie au PTB. Mais c\u2019est vrai que dans la perception de beau-coup, encore aujourd\u2019hui, demeure cette id\u00e9e fausse que Poutine \u00e9gale la Russie, donc l\u2019URSS, donc le communisme et donc le PTB<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><span class=\"fw-thin\">\u00ab&#8239;<em>Et je dis aux Zemmour, aux Salvini, au PTB et au Vlaams Belang&nbsp;: honte&#8239;!<\/em>&#8239;\u00bb Samuel Cogolati (Ecolo)<\/span><\/p>\n<p><span class=\"fw-thin\">\u00ab&#8239;<em>Vous participez, monsieur (Boukili), \u00e0 la propagande russe. Peut-\u00eatre que dans votre parti, \u00e7a vous fait plaisir, mais moi, j\u2019ai honte<\/em>&#8239;\u00bb Sophie Wilm\u00e8s (MR)<\/span><\/p>\n<p><span class=\"fw-thin\">\u00ab&#8239;<em>Je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 surpris par cette esp\u00e8ce d\u2019alliance entre l\u2019extr\u00eame droite et l\u2019extr\u00eame gauche, s\u2019agissant de leur fascination pour les dictateurs. Cela a encore \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 aujourd\u2019hui. Mais cela ne doit pas nous distraire, nous les d\u00e9mocrates.<\/em>&#8239;\u00bb Georges Dallemagne (Les Engag\u00e9s)<\/span><\/p>\n<p>Il y a comme une invitation \u00e0 la tr\u00eave, dans le grincement d\u2019une cage d\u2019escalier d\u2019\u00e9poque. Un ent\u00eatement \u00e0 prodiguer du r\u00e9confort. Les rampes lustr\u00e9es des anciennes maisons de ma\u00eetre semblent se foutre royalement des \u00e9v\u00e9nements qui se succ\u00e8dent, en freiner naturellement la course folle.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois De Smet nous re\u00e7oit au premier \u00e9tage du si\u00e8ge historique de son parti, \u00e0 Saint-Gilles. Le pr\u00e9sident de D\u00e9fi est de ces rares personnages, en politique, tout \u00e0 fait capable de vous r\u00e9pondre \u00ab&#8239;<em>je ne sais pas, vous avez sans doute raison<\/em>.&#8239;\u00bb \u00c0 revendiquer son identit\u00e9 lib\u00e9rale tout en insufflant de la temp\u00e9rance dans ses propos&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Il y a une forme de soft power am\u00e9ricain dont il faudrait que les Europ\u00e9ens s\u2019\u00e9mancipent<\/em>&#8239;\u00bb, \u00ab<em> Il arrive aux USA de faire des erreurs que nous devons condamner, notamment l\u2019intervention en Irak, qui a durablement d\u00e9structur\u00e9 le Moyen-Orient&#8239;\u00bb, \u00ab&#8239;Il arrive au PTB de taper juste dans les dossiers internationaux. J\u2019ai la m\u00eame position que Nabil Boukili sur le dossier Assange, par exemple.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Au milieu des voix indign\u00e9es, le 24 f\u00e9vrier 2022, Fran\u00e7ois De Smet \u00e9tait l\u2019auteur de la critique la plus pond\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard du PTB. Regrettant que le combat du parti marxiste contre l\u2019imp\u00e9rialisme puisse sembler s\u2019arr\u00eater aux fronti\u00e8res de la Russie et de la Chine. Questionnant&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Y a-t-il un pire jour dans l\u2019histoire pour reprocher \u00e0 un pays d\u2019avoir adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019OTAN, ou d\u2019avoir voulu le faire&#8239;?<\/em>&#8239;\u00bb Rappelant&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Ne nous trompons pas d\u2019ennemi&nbsp;: il y a un agresseur et un agress\u00e9.<\/em>&#8239;\u00bb Fran\u00e7ois De Smet pense que le r\u00e9flexe anti-\u00e9tasunien du PTB biaise ses analyses. Que sa plus grande erreur consiste \u00e0 renvoyer dos \u00e0 dos une d\u00e9mocratie, certes imparfaite, et un r\u00e9gime dirig\u00e9 par un dictateur autoritaire qui a montr\u00e9 son m\u00e9pris pour la vie humaine.<br \/>\nOn s\u2019interroge&nbsp;: les r\u00e9actions v\u00e9h\u00e9mentes des diff\u00e9rents partis ne pr\u00eatent-elles pas \u00e0 Nabil Boukili des propos qu\u2019il n\u2019a pas tenus, au risque, par manque de nuance, de renforcer l\u2019id\u00e9e que quiconque critique l\u2019OTAN ou les \u00c9tats-Unis se voit qualifi\u00e9 de partisan de Poutine&#8239;?<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois De Smet reconna\u00eet que le \u00ab<em> trait a \u00e9t\u00e9 grossi par les partis traditionnels<\/em>&#8239;\u00bb. Une attitude probablement due \u00e0 un effet de compensation&nbsp;: en capitalisant sur les peurs et les \u00e9motions, en accablant ces partis de tous les maux, le PTB les exasp\u00e8re toutes les semaines sur les dossiers nationaux. \u00ab&#8239;C\u2019est plus fastidieux de d\u00e9monter le discours populiste du PTB sur les dossiers nationaux, o\u00f9 il faut aller pr\u00e9cis\u00e9ment dans le d\u00e9tail. Je pense qu\u2019il y a une forme de violence contenue qui se d\u00e9cha\u00eene, par compensation, sur les dossiers internationaux. Parce qu\u2019il para\u00eet plus facile de les prendre en d\u00e9faut sur ce terrain-l\u00e0.&#8239;\u00bb Un esclandre strat\u00e9gique. Des ch\u00e2taignes \u00e0 la belge.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour les partis traditionnels, en d\u00e9non\u00e7ant l\u2019h\u00e9g\u00e9monie am\u00e9ricaine ou en s\u2019opposant \u00e0 l\u2019envoi d\u2019armes aux Ukrainiens, le PTB fait le lit de la propagande russe. 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