{"id":1709,"date":"2023-10-20T11:13:51","date_gmt":"2023-10-20T09:13:51","guid":{"rendered":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/?p=1709"},"modified":"2023-12-11T09:36:15","modified_gmt":"2023-12-11T08:36:15","slug":"lhegemonie-selon-bart-de-wever","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/lhegemonie-selon-bart-de-wever\/","title":{"rendered":"L&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie selon Bart De Wever"},"content":{"rendered":"<p>Avec son livre \u00ab&#8239;Woke&#8239;\u00bb, le pr\u00e9sident de la N-VA entend d\u00e9noncer un p\u00e9ril grave&nbsp;: des revendications victimaires qui sapent selon lui les fondements de la civilisation occidentale. Il cible en particulier les activistes \u00e9colos, f\u00e9ministes ou d\u00e9coloniaux. Cette offensive s\u2019inscrit dans une strat\u00e9gie th\u00e9oris\u00e9e de longue date par Bart De Wever&nbsp;: profiler la N-VA comme un parti conservateur et r\u00e9pandre en Flandre un \u00ab&#8239;nationalisme banal&#8239;\u00bb comme il en existe en Bavi\u00e8re, son mod\u00e8le. Avant le rendez-vous \u00e9lectoral de 2024, le bourgmestre d\u2019Anvers a longuement rencontr\u00e9 \u00ab&#8239;Wilfried&#8239;\u00bb pour livrer sa vision de \u00ab&#8239;la bataille des id\u00e9es&#8239;\u00bb, une formule associ\u00e9e au philosophe communiste italien Antonio Gramsci, aujourd\u2019hui r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par la droite.<\/p>\n<p>Antonio Gramsci est le philosophe pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de Paul Magnette. C\u2019est aussi un th\u00e9oricien incontournable pour d\u00e9chiffrer Bart De Wever. Non en raison de ses orientations politiques&nbsp;: toute l\u2019\u0153uvre de Gramsci a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite dans une perspective marxiste r\u00e9volutionnaire. Mais pour son analyse des rapports de pouvoir et des luttes id\u00e9ologiques. Les \u00e9crits de Gramsci au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, comme ceux de Machiavel au XVIe si\u00e8cle, ont \u00e9branl\u00e9 pour toujours la mani\u00e8re de penser la politique. Ran\u00e7on du succ\u00e8s&nbsp;: les deux philosophes italiens ont souvent \u00e9t\u00e9 simplifi\u00e9s, d\u00e9form\u00e9s, instrumentalis\u00e9s. R\u00e9duits \u00e0 quelque formule trop vite ramass\u00e9e. \u00ab&#8239;La fin justifie les moyens&#8239;\u00bb, dans le cas du Florentin. \u00ab&#8239;Les victoires culturelles pr\u00e9c\u00e8dent toujours les victoires politiques&#8239;\u00bb, pour le communiste sarde.<\/p>\n<p>Bart De Wever a lu Gramsci et Machiavel. Jusqu\u2019\u00e0 quel degr\u00e9 de d\u00e9tail&#8239;? On l\u2019ignore. Lorsqu\u2019on le rencontre, ce mercredi de septembre, le pr\u00e9sident de la N-VA et bourgmestre d\u2019Anvers cite l\u2019un et l\u2019autre \u00e0 plusieurs reprises. Pour souligner qu\u2019il entend, lui aussi, \u00eatre \u00e0 la fois un intellectuel et un homme d\u2019action&#8239;? Niccol\u00f2 di Bernardo dei Machiavelli (1469\u20131527) concilia la r\u00e9daction d\u2019une \u0153uvre majeure \u00e0 des missions politiques pour la cour de Florence&nbsp;: il observa les conjurations et les guerres&#8239;; il connut le cachot et la torture. Antonio Gramsci (1891\u20131937), n\u00e9 en Sardaigne, fut journaliste engag\u00e9 et militant \u00e0 l\u2019aile gauche du parti socialiste italien. Il soutint la r\u00e9volution russe de 1917, et rejoignit les rangs communistes lors de la scission entre socialistes et communistes. Le dictateur Mussolini le fit arr\u00eater. Gramsci, qui souffrait depuis l\u2019enfance d\u2019une tuberculose osseuse, y laissa sa sant\u00e9, et bient\u00f4t la vie. Mais dans les ge\u00f4les fascistes, il affina pendant huit ans son grand-\u0153uvre, les <em>Cahiers de prison.<\/em><\/p>\n<p>Bart De Wever se revendique de cette lign\u00e9e d\u2019hommes qui entendent \u00e0 la fois th\u00e9oriser les \u00e9v\u00e8nements et en dicter le cours. On sent chez lui de la d\u00e9lectation \u00e0 d\u00e9cortiquer le chaos de l\u2019actualit\u00e9, \u00e0 se mettre parfois en retrait du monde pour mieux l\u2019analyser. Cela ne l\u2019emp\u00eache jamais de livrer bataille, avec la dose de cynisme, de mauvaise foi et m\u00eame de rage qu\u2019appellent les luttes de pouvoir. Tout intellectuel qu\u2019il soit, il fait de la politique, et il la fait <em>\u00e0 fond<\/em>, sans fausse honte ni \u00e9tats d\u2019\u00e2me superflus.<br \/>\nBureau du bourgmestre, h\u00f4tel de ville d\u2019Anvers. Sur la v\u00e9n\u00e9rable chemin\u00e9e du XVIe si\u00e8cle, cette inscription en lettres dor\u00e9es&nbsp;: \u00ab&#8239;Dieu est mon ayde&#8239;\u00bb, en fran\u00e7ais d\u2019\u00e9poque. Reliquat d\u2019un temps o\u00f9 la langue du peuple flamand n\u2019avait pas droit de cit\u00e9 dans la vie publique.<\/p>\n<p>Jeune pr\u00e9sident de la N-VA, encore joufflu, Bart De Wever r\u00e9servait chaque semaine son samedi soir \u00e0 l\u2019\u00e9criture d\u2019une chronique pour le journal progressiste <em>De Morgen<\/em>. D\u00e9j\u00e0 cette passion pour la bataille des id\u00e9es, jusque dans les lieux a priori peu acquis \u00e0 sa cause. Fruit peut-\u00eatre d\u2019une double influence&nbsp;: sa m\u00e8re tenait un magasin de journaux, d\u2019o\u00f9 le go\u00fbt de la presse&#8239;; son p\u00e8re, cheminot et militant nationaliste, s\u2019\u00e9puisait en distributions de tracts et collages d\u2019affiches.<\/p>\n<p>Dans ses chroniques pour De Morgen, bravache, De Wever se proclamait \u00ab&#8239;conservateur&#8239;\u00bb. Une position personnelle. Ni les fondateurs de la N-VA, Geert Bourgeois et Frieda Brepoels, ni les cadres du parti ne go\u00fbtaient ce terme. Avec son style imag\u00e9, Bart De Wever raconte comment il a bataill\u00e9 pour l\u2019imposer. \u00ab&#8239;<em>Au d\u00e9but que j\u2019employais ce terme, conserva-teur, wouh\u2026 On me disait&nbsp;: mais tout le monde va penser qu\u2019on est r\u00e9actionnaires, qu\u2019on est contre le progr\u00e8s, qu\u2019on est contre les femmes et contre les \u00e9trangers&#8239;!<\/em>&#8239;\u00bb Ent\u00eat\u00e9, ou coh\u00e9rent, Bart De Wever a persist\u00e9 dans son lexique de pr\u00e9dilection. \u00ab&#8239;<em>Je ne suis pas marxiste, je ne suis pas de gauche mais j\u2019ai lu les livres de marxistes, et Gramsci en particulier m\u2019a appris que si on accepte le vocabulaire de l\u2019adversaire, on a d\u00e9j\u00e0 perdu<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Gramsci. Nous y voil\u00e0. Il n\u2019est pas ais\u00e9 d\u2019en r\u00e9sumer la pens\u00e9e, sophistiqu\u00e9e, foisonnante. Au c\u0153ur de la th\u00e9orie gramscienne figure la distinction entre \u00ab&#8239;soci\u00e9t\u00e9 civile&#8239;\u00bb et \u00ab&#8239;soci\u00e9t\u00e9 politique&#8239;\u00bb. La soci\u00e9t\u00e9 politique, c\u2019est l\u2019\u00c9tat et tout son appareil&nbsp;: tribunaux, police, arm\u00e9e, fonctionnaires, parlement. La soci\u00e9t\u00e9 civile est le domaine o\u00f9 se manifestent les id\u00e9ologies, dans un sens tr\u00e8s large&nbsp;: la philosophie, la religion, l\u2019universit\u00e9, la presse, l\u2019\u00e9cole, les th\u00e9\u00e2tres, les maisons d\u2019\u00e9dition\u2026 Si la soci\u00e9t\u00e9 civile bruisse de multiples conceptions du monde, il s\u2019en d\u00e9gage souvent un \u00ab&#8239;consensus&#8239;\u00bb&nbsp;: ce sont les opinions couramment admises. Le plus souvent, celles-ci correspondent aux int\u00e9r\u00eats de la classe dominante. Par sa mainmise sur les id\u00e9ologies, le pouvoir assoit son \u00ab&#8239;h\u00e9g\u00e9monie&#8239;\u00bb. Pour que la classe ouvri\u00e8re s\u2019\u00e9mancipe, elle ne doit d\u00e8s lors pas seulement agir sur le terrain \u00e9conomique, en renversant les rapports de production, elle doit aussi investir le terrain des id\u00e9es, engager la bataille sur le \u00ab&#8239;front culturel&#8239;\u00bb. En cherchant \u00e0 imposer un nouveau consensus dans la soci\u00e9t\u00e9 civile, plus favorable aux domin\u00e9s, et \u00e0 modifier en ce sens le \u00ab&#8239;sens commun&#8239;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019ensemble des \u00e9vidences que l\u2019on ne questionne pas.<\/p>\n<p>Front culturel, sens commun, bloc historique, h\u00e9g\u00e9monie, soci\u00e9t\u00e9 civile\u2026 Les concepts d\u2019Antonio Gramsci ont nourri des g\u00e9n\u00e9rations de militants et d\u2019intellectuels, issus de toutes les variantes de la gauche, mais aussi de droite et d\u2019extr\u00eame droite. L\u00e0 o\u00f9 Gramsci ciblait la domination culturelle de la bourgeoisie capitaliste, les conservateurs d\u00e9noncent aujourd\u2019hui l\u2019infiltration d\u2019une id\u00e9ologie \u00ab&#8239;soixante-huitarde&#8239;\u00bb ou \u00ab&#8239;multiculturelle&#8239;\u00bb dans les m\u00e9dias, chez les artistes, \u00e0 l\u2019universit\u00e9. \u00c9cart maximal avec les id\u00e9es originelles du th\u00e9oricien communiste, m\u00eame conviction que l\u2019avenir du monde se joue en grande partie sur le \u00ab&#8239;front culturel&#8239;\u00bb.<\/p>\n<p>Bart De Wever reconna\u00eet sans ambages qu\u2019il s\u2019inscrit dans ce sch\u00e9ma-l\u00e0. \u00ab&#8239;<em>Je crois que c\u2019est l\u2019id\u00e9ologie qui d\u00e9termine l\u2019histoire, pas la situation socio-\u00e9conomique. L\u2019histoire, c\u2019est un processus top-down. L\u2019id\u00e9ologie de l\u2019\u00e9lite dicte ce qui va se passer<\/em>.&#8239;\u00bb\u00a0Les \u00e9lections de 2024 approchent. Elles seront un combat total&nbsp;: renouvellement des \u00e9lus dans les communes, les provinces, les r\u00e9gions, au f\u00e9d\u00e9ral et \u00e0 l\u2019Europe. Plus que jamais, Bart De Wever entend imposer \u00e0 la Belgique enti\u00e8re son cadre de pens\u00e9e id\u00e9ologique. Bref, se rendre <em>h\u00e9g\u00e9monique<\/em>.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h6>I. L&rsquo;offensive anti-woke<\/h6>\n<p>Arme effil\u00e9e en vue de la bataille des id\u00e9es qui s\u2019annonce, <em>Woke<\/em>, le dernier livre de Bart De Wever, est paru en n\u00e9erlandais en mars 2023. Il vient d\u2019\u00eatre traduit en fran\u00e7ais. Le r\u00e9sum\u00e9&nbsp;: un p\u00e9ril sape les fondements de la soci\u00e9t\u00e9 occidentale, et ce p\u00e9ril, c\u2019est le wokisme.<\/p>\n<p>De quoi s\u2019agit-il&#8239;? La g\u00e9n\u00e9alogie du mot woke est assez tortueuse. C\u2019est \u00e0 l\u2019origine une tournure orale de l\u2019anglais afro-am\u00e9ricain, d\u00e9riv\u00e9e de <em>wake<\/em> (r\u00e9veiller). En 1938, le chanteur blues et folk Lead Belly, n\u00e9 dans une plantation de Louisiane, employait d\u00e9j\u00e0 l\u2019expression <em>stay woke<\/em> dans l\u2019un de ses enregistrements. Mais c\u2019est lors des manifestations et des \u00e9meutes de Ferguson, en 2014, dans le Missouri, que l\u2019expression a \u00e9t\u00e9 popularis\u00e9e, notamment sur le r\u00e9seau Twitter. Diffus\u00e9 par des activistes noirs, le mot d\u2019ordre <em>stay woke<\/em> voulait dire&nbsp;: restez en alerte, gardez les yeux ouverts. Il contenait un appel \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019\u00e9veil des consciences et \u00e0 la vigilance vis-\u00e0-vis des violences polici\u00e8res. Initialement li\u00e9 au mouvement Black Lives Matter (\u00ab&#8239;les vies noires comptent&#8239;\u00bb), le sens du mot woke s\u2019est peu \u00e0 peu \u00e9largi. Il signifie une attention aux droits des femmes, aux minorit\u00e9s sexuelles, aux in\u00e9galit\u00e9s sociales.<\/p>\n<p>Mais un retournement s\u2019op\u00e8re subrepticement. De plus en plus, le camp conservateur se saisit de l\u2019expression pour d\u00e9nigrer tous ses adversaires. Si bien que <em>woke<\/em> finit par prendre aux yeux de beaucoup une coloration p\u00e9jorative. Et que plus personne ne sait bien ce que ce mot transform\u00e9 en fourre-tout veut dire.<\/p>\n<p>Dans son livre, Bart De\u00a0Wever place sous la banni\u00e8re woke toute une palette de groupes plus ou moins radicaux, f\u00e9ministes, \u00e9colos, anti-racistes\u2026 Leurs revendications agressives, \u00e0 l\u2019en croire, finissent par s\u2019av\u00e9rer contre-productives, et m\u00eame par conduire les soci\u00e9t\u00e9s occidentales au seuil de la guerre civile.<\/p>\n<p>Best-seller en Flandre, <em>Woke<\/em> a aussi essuy\u00e9 de nombreuses critiques. Tom Lanoye, l\u2019un des plus grands \u00e9crivains contemporains en langue n\u00e9erlandaise, a r\u00e9pliqu\u00e9 par un petit livre au ton pamphl\u00e9taire dans lequel il r\u00e9pond point par point \u00e0 Bart De Wever. L\u2019offensive anti-woke est, selon Tom Lanoye, ce que le pacte de Marrakech \u00e9tait en 2018&nbsp;: un pr\u00e9texte utilis\u00e9 par la N-VA pour camoufler ses propres faiblesses et canaliser l\u2019attention m\u00e9diatique vers un bouc \u00e9missaire. L\u2019\u00e9crivain consid\u00e8re qu\u2019en s\u2019engageant dans une telle campagne, la N-VA \u00ab&#8239;<em>d\u00e9roule le tapis rouge pour le Vlaams Belang<\/em>&#8239;\u00bb, comme il l\u2019a d\u00e9clar\u00e9 en juillet \u00e0 la VRT.<\/p>\n<p>Tom Lanoye est une personnalit\u00e9 connue en Flandre. Le 20 janvier 1996, il a sign\u00e9 un contrat de vie commune avec son ami Ren\u00e9, formant officiellement un couple aux yeux des autorit\u00e9s belges. Un \u00ab&#8239;mariage gay&#8239;\u00bb qui avait \u00e0 l\u2019\u00e9poque secou\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 flamande. Toujours tr\u00e8s actif dans le d\u00e9bat public, Tom Lanoye assimilait en 2021, dans une chronique pour Humo, le nationalisme \u00e0 \u00ab&#8239;un virus mental&#8239;\u00bb et s\u2019emportait contre \u00ab&#8239;ces vocif\u00e9rateurs droitards qui s\u2019attaquent aux quotas en faveur des femmes et des minorit\u00e9s avec plus de fanatisme qu\u2019un garde champ\u00eatre \u00e0 un nid de chenilles processionnaires&#8239;\u00bb.<\/p>\n<p>Bart De Wever hausse les \u00e9paules. \u00ab&#8239;<em>Les wokistes font beaucoup pour aider l\u2019extr\u00eame droite. Ils lui ressemblent, en fait. Ce sont les deux faces de la m\u00eame pi\u00e8ce. Quand je dis \u00e7a, \u00e7a met Tom Lanoye terriblement en col\u00e8re. Les gens comme lui sont vraiment inconscients du fait que les gens se sentent m\u00e9pris\u00e9s par eux, l\u2019\u00e9lite culturelle, l\u2019\u00e9lite intellectuelle. Les gens simples, les sans-dents comme disait Fran\u00e7ois Hollande, les d\u00e9plorables comme a dit Hilary Clinton, ils se sentent abandonn\u00e9s sur le plan \u00e9conomique, \u00e0 cause de la mondialisation. Et \u00e0 pr\u00e9sent, ils se sentent d\u00e9nigr\u00e9s par les discours wokistes, dont le message implicite est toujours que l\u2019homme occidental est du mauvais c\u00f4t\u00e9 de l\u2019histoire&nbsp;: ses anc\u00eatres \u00e9taient colonialistes, racistes, imp\u00e9rialistes et sexistes, et il est responsable de tout ce qui va mal dans le monde. Alors, les gens simples, ils se f\u00e2chent, m\u00eame s\u2019ils ne peuvent pas s\u2019exprimer d\u2019une mani\u00e8re aussi belle que Tom Lanoye. Les progressistes accusent toujours l\u2019extr\u00eame droite ou Trump. Mais sans wokes, pas de Trump&#8239;! C\u2019est certain. Les wokistes ont mis tellement de gens en col\u00e8re que cette col\u00e8re se traduit dans un vote pour Trump<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><strong>Comment en est-on arriv\u00e9 \u00e0 un tel degr\u00e9 d\u2019animosit\u00e9&#8239;? Sch\u00e9matisons, en trois temps.<\/strong><\/p>\n<p>Acte 1&nbsp;: les ann\u00e9es 1970.<\/p>\n<p>Dans la foul\u00e9e de Mai 68, un certain nombre de penseurs influents \u2014&nbsp;notamment fran\u00e7ais \u2014&nbsp;incarnent le courant \u00ab&#8239;postmoderne&#8239;\u00bb, un concept forg\u00e9 par le philosophe Jean-Fran\u00e7ois Lyotard. Ils ont en commun d\u2019interroger, voire de remettre en cause les \u00e9vidences de la modernit\u00e9, notamment les notions d\u2019universel et de progr\u00e8s. Toutes les institutions majuscules sont pass\u00e9es au crible de la \u00ab&#8239;d\u00e9construction&#8239;\u00bb (expression f\u00e9tiche du philosophe Jacques Derrida)&nbsp;: la Justice, la Famille, l\u2019\u00c9tat, les Droits de l\u2019homme\u2026 Parall\u00e8lement, plusieurs de ces intellectuels nourrissent un engagement militant. C\u2019est le cas de Michel Foucault, signataire d\u2019innombrables p\u00e9titions, qui d\u00e9veloppe une r\u00e9flexion tr\u00e8s critique, d\u00e9rangeante, sur la sexualit\u00e9, les prisons et l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p>Acte 2&nbsp;: les ann\u00e9es 2000.<\/p>\n<p>La pens\u00e9e de Lyotard, Derrida et Foucault a trouv\u00e9 un \u00e9cho sur les campus am\u00e9ricains. Plusieurs professeurs se sont pris de passion pour ce qu\u2019on appelle outre-Atlantique la <em>French theory<\/em> (th\u00e9orie fran\u00e7aise). Des autrices comme Judith Buthler (et son livre Trouble dans le genre, fondateur des th\u00e9ories queer) et Donna Haraway (pionni\u00e8re du cyberf\u00e9minisme) s\u2019inscrivent dans son sillage. Des activistes y trouvent des arguments utiles, un arsenal pr\u00eat \u00e0 l\u2019emploi. Les th\u00e9ories des philosophes postmodernes sont en quelque sorte remix\u00e9es dans une version simplifi\u00e9e, directement tourn\u00e9e vers l\u2019action militante. Les mouvements f\u00e9ministes, LGBT, afro-am\u00e9ricains, parmi d\u2019autres, se reconnaissent dans une lecture du monde qui remet \u00e0 leur place ceux qui sont habituellement en position dominante&nbsp;: les riches, les hommes, les blancs, les pays occidentaux. Et c\u2019est cette lecture-l\u00e0 que recouvre, \u00e0 gros traits, la d\u00e9nomination <em>woke<\/em>.<\/p>\n<p>Acte\u00a03&nbsp;: les ann\u00e9es\u00a02020. Foire d\u2019empoigne et confusion. Programme toujours en cours.<\/p>\n<p>Bart De Wever, \u00e0 sa fa\u00e7on toute personnelle, retrace le d\u00e9roul\u00e9 des faits. \u00ab&#8239;<em>Le postmodernisme a ni\u00e9, effac\u00e9, attaqu\u00e9, et presque criminalis\u00e9 chaque cadre m\u00e9taphysique. \u00c7a a cr\u00e9\u00e9 un vide, un vide que le wokisme a combl\u00e9 avec la lutte antioccidentale. Le postmodernisme pr\u00e9tend que notre identit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e par l\u2019homme blanc, riche et h\u00e9t\u00e9rosexuel, et que cette identit\u00e9 n\u2019est pour lui qu\u2019un moyen de rester le boss et d\u2019imposer ses normes \u00e0 tout le monde. De cette mani\u00e8re, c\u2019est la foi dans l\u2019universalisme des Lumi\u00e8res qui a \u00e9t\u00e9 sap\u00e9e<\/em>.&#8239;\u00bb<br \/>\nIl existe pourtant une autre interpr\u00e9tation de ces d\u00e9bats-l\u00e0. D\u2019aucuns y voient la simple continuit\u00e9 des grands mouvements d\u2019\u00e9mancipation enclench\u00e9s au XIXe si\u00e8cle&nbsp;: pour les droits des femmes, les ouvriers, les minorit\u00e9s sexuelles ou les nations opprim\u00e9es. Le nationalisme flamand ne fut-il pas lui aussi un outil politique pour \u00ab&#8239;d\u00e9construire&#8239;\u00bb l\u2019\u00e9vidence de la sup\u00e9riorit\u00e9 du fran\u00e7ais sur les autres langues&#8239;?<\/p>\n<p>L\u2019hypoth\u00e8se est rembarr\u00e9e aussi sec par Bart De Wever. \u00ab&#8239;<em>Non, la mentalit\u00e9 woke est vraiment en train d\u2019empoisonner ces mouvements d\u2019\u00e9mancipation, que je soutiens. Je pense que les Lumi\u00e8res ont donn\u00e9 un grand cadeau \u00e0 notre soci\u00e9t\u00e9&nbsp;: la libert\u00e9, inscrite dans notre Constitution. En vivant sous cette coupole de libert\u00e9, on peut travailler \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9. Les ouvriers l\u2019ont fait, les femmes l\u2019ont fait, les Flamands l\u2019ont fait. Les gens avec une autre identit\u00e9 sexuelle ont d\u00fb le faire. Pendant des g\u00e9n\u00e9rations&#8239;! On travaille, on avance, on progresse vers une situation d\u2019\u00e9galit\u00e9. \u00c9galiser, c\u2019est un verbe d\u2019action. Le woke a renvers\u00e9 tout \u00e7a en disant&nbsp;: non, non, non, la libert\u00e9, c\u2019est un outil des hommes blancs, riches, h\u00e9t\u00e9rosexuels qui l\u2019utilisent contre vous. Et l\u2019in\u00e9galit\u00e9, c\u2019est une injustice. Donc, quand vous appartenez \u00e0 un groupe minoritaire, vous \u00eates une victime, la victime d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 r\u00e8gne un racisme syst\u00e9mique, structurel. Donc, il ne faut pas travailler vers l\u2019\u00e9galit\u00e9, il faut vous offrir cette \u00e9galit\u00e9. Et cela a instill\u00e9 une certaine amertume, et une soif de vengeance m\u00eame, dans chacun de ces mouvements que vous citez\u2026<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Bart De Wever consacre une part importante de son livre \u00e0 ce qu\u2019il appelle \u00ab&#8239;l\u2019attaque contre ce que nous \u00e9tions&#8239;\u00bb. Au motif de d\u00e9coloniser les m\u00e9moires, tout le pass\u00e9 euro-p\u00e9en est assimil\u00e9 \u00e0 une histoire honteuse&nbsp;: une litanie de supplices et d\u2019exactions inflig\u00e9es au reste du monde. Grave erreur de perception, estime-t-il. \u00ab&#8239;<em>L\u2019humanit\u00e9 a toujours \u00e9t\u00e9 imp\u00e9rialiste et, dans la majeure partie de l\u2019histoire, c\u2019\u00e9tait une \u00e9vidence d\u2019\u00eatre imp\u00e9rialiste. Au XIXe si\u00e8cle, gr\u00e2ce aux effets du processus enclench\u00e9 aupara-vant par les Lumi\u00e8res, les imp\u00e9rialistes ont pour la premi\u00e8re fois \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de se d\u00e9fendre. Ils ont d\u00fb justifier pourquoi c\u2019\u00e9tait une bonne id\u00e9e d\u2019\u00eatre imp\u00e9rialiste et de coloniser les autres peuples. Les wokistes se trompent en affirmant que le d\u00e9bat que les Lumi\u00e8res ont initi\u00e9 sur l\u2019imp\u00e9rialisme m\u00e8ne \u00e0 la conclusion que l\u2019imp\u00e9rialisme fait partie des Lumi\u00e8res<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Bart De Wever \u00e9voque les d\u00e9boulonnages de statues, les d\u00e9pr\u00e9dations caus\u00e9es aux effigies des anciens h\u00e9ros de l\u2019Occident \u2014&nbsp;de Christophe Colomb \u00e0 Voltaire. Il revient sur la d\u00e9cision de Barack Obama de retirer du bureau Ovale le portrait de Winston Churchill, chef du gouvernement britannique pendant la Seconde Guerre mondiale, aujourd\u2019hui accus\u00e9 d\u2019\u00eatre un raciste et un imp\u00e9rialiste. Donald Trump, en acc\u00e9dant \u00e0 la Maison-Blanche, a remis le portrait de Churchill. Avant que le d\u00e9mocrate Joe Biden ne le retire \u00e0 son tour. \u00ab<em> M\u00eame ce jeu, le mettre, l\u2019enlever, le remettre, c\u2019est indigne. Comme Anglais, je me sentirais humili\u00e9 que le grand h\u00e9ros du peuple britannique soit trait\u00e9 de telle mani\u00e8re par le grand fr\u00e8re am\u00e9ricain.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Juger des actes commis il y a plusieurs d\u00e9cennies, voire plusieurs si\u00e8cles, au prisme des normes contemporaines, voil\u00e0 qui n\u2019a gu\u00e8re de sens selon l\u2019historien Bart De Wever. Mais n\u2019est-ce pas oublier que m\u00eame aux \u00e9poques en question, l\u2019unanimit\u00e9 ne fut jamais de mise&#8239;? D\u00e8s 1867, le philosophe anglais John Stuart Mill plaidait pour le suffrage universel, y compris pour les femmes. Les archives des d\u00e9bats \u00e0 la Chambre regorgent d\u2019interventions de d\u00e9put\u00e9s qui condamnaient avec vigueur la politique coloniale belge au Congo.<\/p>\n<p><em>\u00ab&#8239;Peut-on critiquer L\u00e9opold\u00a0II&#8239;? Certainement&#8239;! Et aussi Churchill&#8239;? Bien s\u00fbr&#8239;! A-t-il \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9 \u00e0 son \u00e9poque&#8239;? Oui, beaucoup&#8239;! A-t-il tenu des propos qui, m\u00eame au regard de son temps, \u00e9taient un peu douteux&#8239;? C\u2019est vrai. Il a dit des choses inacceptables. Mais cela efface-t-il la v\u00e9rit\u00e9 que, gr\u00e2ce \u00e0 lui, on a continu\u00e9 la guerre contre les nazis&#8239;? Il \u00e9tait le seul, au sein du gouvernement britannique en mai 1940, qui voulait continuer la lutte. C\u2019est lui-m\u00eame, comme individu, qui a convaincu l\u2019Angleterre de dire&nbsp;: non, on ne signera pas un armistice avec M.\u00a0Hitler. C\u2019est lui&#8239;! Cet homme qui a jou\u00e9 un r\u00f4le si important, est-ce normal qu\u2019on veuille l\u2019effacer de l\u2019histoire au motif qu\u2019il \u00e9tait raciste et colonialiste&#8239;?&#8239;\u00bb<\/em><br \/>\nBart De Wever n\u2019est pas oppos\u00e9, jure-t-il, \u00e0 un examen critique du pass\u00e9. Pour preuve&nbsp;: l\u2019avanc\u00e9e des recherches historiques sur le r\u00f4le de l\u2019administration de la ville d\u2019Anvers dans la pers\u00e9cution des Juifs l\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 modifier le nom du Delwaidedok, l\u2019un des quais de la zone portuaire. La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019ancien bourgmestre L\u00e9o Delwaide a \u00e9t\u00e9 gomm\u00e9e, et le lieu a \u00e9t\u00e9 renomm\u00e9 Bevrijdingsdok, le quai de la Lib\u00e9ration.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h6>II. L&rsquo;opposition au f\u00e9minisme contemporain<\/h6>\n<p>Dans son livre, Bart De Wever porte un jugement s\u00e9v\u00e8re sur les \u00e9volutions du f\u00e9minisme, \u00ab<em> qui devient de plus en plus un mouvement contre la masculinit<\/em>\u00e9&#8239;\u00bb. Il d\u00e9veloppe&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Pour les wokistes, ce sont les hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels qui ont introduit le capitalisme et le colonialisme, eux qui ont exploit\u00e9 le tiers-monde, d\u00e9truit le climat, organis\u00e9 l\u2019in\u00e9galit\u00e9 homme-femme. Donc tous ces fl\u00e9aux sont associ\u00e9s \u00e0 la masculinit\u00e9<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Il s\u2019agace de cette propension grandissante \u00e0 nier le caract\u00e8re inn\u00e9 de la diff\u00e9rence sexuelle. \u00ab&#8239;<em>C\u2019est bizarre. Pour tous les autres mammif\u00e8res, on accepte l\u2019importance de la diff\u00e9rence m\u00e2le-femelle. Mais pour l\u2019Homo sapiens, ce ne serait pas le cas. Homme-femme, la diff\u00e9rence ne peut pas \u00eatre biologique. Non, non, non&#8239;! Pour moi, il y a une distinction nette entre un mouvement pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des femmes, que je soutiens, et un mouvement contre l\u2019existence des cat\u00e9gories \u201chomme\u201d et \u201cfemme\u201d<\/em>.&#8239;\u00bb Bart De Wever met en garde contre ce qu\u2019il appelle le \u00ab&#8239;wokisme banal&#8239;\u00bb, infiltr\u00e9 dans les universit\u00e9s et les institutions. Il brandit en exemple cette campagne publique de pr\u00e9vention pour le cancer lanc\u00e9e en Belgique francophone, \u00e0 destination des \u00ab&#8239;personnes avec un ut\u00e9rus&#8239;\u00bb. \u00ab&#8239;<em>Il y a un mot qui existe pour d\u00e9signer les \u201cpersonnes avec un ut\u00e9rus\u201d, c\u2019est le mot \u201cfemme\u201d. Qu\u2019il y ait des femmes transgenres qui n\u2019ont pas d\u2019ut\u00e9rus, je peux l\u2019accepter, mais la situation normale, c\u2019est d\u2019\u00eatre homme ou femme. C\u2019est la biologie. Ce n\u2019est pas la v\u00e9rit\u00e9 pour tout le monde. Il y a des exceptions et il faut avoir du respect pour ces exceptions. Il faut les accepter. Il ne faut absolument pas leur compliquer la vie. Bien au contraire, il faut la leur faciliter. Mais \u00e0 ce jour, il existe encore des hommes et des femmes<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>La diff\u00e9rence biologique, soutient Bart De Wever, est d\u2019ailleurs l\u2019un des soubassements de la r\u00e9partition des r\u00f4les entre hommes et femmes. \u00ab&#8239;<em>Observons ce qui se passe dans les pays scandinaves, o\u00f9 l\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes est la plus \u00e9lev\u00e9e et o\u00f9 les t\u00e2ches soci\u00e9tales que l\u2019on consid\u00e8re comme f\u00e9minines sont les plus reconnues et les mieux r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es. L\u00e0, les wokistes s\u2019attendaient \u00e0 ce qu\u2019on \u00e9volue vers une soci\u00e9t\u00e9 50\u201350. Mais c\u2019est le contraire qui se passe. Si on organise une \u00e9galit\u00e9 entre t\u00e2ches f\u00e9minines et t\u00e2ches masculines, on constate que beaucoup plus de femmes font le choix des t\u00e2ches f\u00e9minines<\/em>.&#8239;\u00bb Infirmi\u00e8re, institutrice, esth\u00e9ticienne, pu\u00e9ricultrice\u2026 Autant de professions vou\u00e9es, si l\u2019on suit la logique, \u00e0 \u00eatre pour toujours majoritairement f\u00e9minines&#8239;? \u00ab&#8239;<em>Ce sont des professions qu\u2019on associe automatiquement avec un choix f\u00e9minin. Mais je n\u2019ai jamais dit qu\u2019une femme \u00e9tait condamn\u00e9e \u00e0 faire ce choix. Si une femme a l\u2019ambition de faire une grande carri\u00e8re dans un domaine consid\u00e9r\u00e9 comme masculin, elle doit pouvoir le faire. Personne ne peut l\u2019en emp\u00eacher. \u00c7a, c\u2019est l\u2019\u00e9galit\u00e9. Si un homme veut rester \u00e0 la maison pour \u00e9lever des enfants, il faut le respecter. Il ne faut pas se moquer de lui. \u00c7a aussi, c\u2019est l\u2019\u00e9galit\u00e9<\/em>.&#8239;\u00bb Ces choix sont n\u00e9anmoins appel\u00e9s, \u00e0 en croire De Wever, \u00e0 demeurer des exceptions \u2014&nbsp;d\u00e9terminisme biologique oblige.<\/p>\n<p>Le 5 ao\u00fbt, en d\u00e9placement \u00e0 Stockholm, le bourgmestre d\u2019Anvers s\u2019est joint \u00e0 la Pride qui d\u00e9filait dans la capitale su\u00e9doise. Il a post\u00e9 sur Instagram une photo o\u00f9 il pose en polo, coiff\u00e9 d\u2019une casquette arc-en-ciel, devant une nu\u00e9e de ballons et de drapeaux multicolores. \u00ab&#8239;<em>Je suis pour le Pride, assure-t-il. Et chaque ann\u00e9e, lors de la Pride \u00e0 Anvers, je r\u00e9affirme sur les r\u00e9seaux qu\u2019on doit respecter chaque identit\u00e9 sexuelle. L\u2019\u00e9galit\u00e9&#8239;! Pour moi, cela d\u00e9coule des valeurs des Lumi\u00e8res, qui progressent tout le temps. Le danger induit par le courant woke, c\u2019est que les personnes conservatrices vont se fermer comme une hu\u00eetre. Et vont commencer \u00e0 refuser chaque progr\u00e8s. En ce sens, mon livre est aussi un avertissement adress\u00e9 \u00e0 ma propre base&nbsp;: il n\u2019est pas question de refuser toute \u00e9volution, tout changement apport\u00e9 \u00e0 la tradition. Non, le progr\u00e8s, c\u2019est un processus normal. On a progress\u00e9 depuis deux cents ans gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019esprit des Lumi\u00e8res<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>On touche l\u00e0, l\u2019air de rien, au n\u0153ud de la discorde. C\u2019est une r\u00e9flexion pr\u00e9sente depuis longtemps dans les interventions publiques de Bart De Wever&nbsp;: quel est le rythme acceptable des \u00e9volutions impos\u00e9es \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9&#8239;? \u00ab<em> Les conservateurs acceptent le progr\u00e8s, mais en suivant un tempo tranquille<\/em>&#8239;\u00bb, d\u00e9clarait-il il y a peu dans <em>La Libre<\/em>. Forcer la cadence, ce serait braquer les oppositions, ab\u00eemer la coh\u00e9sion sociale. L\u2019objection a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9e par bien des f\u00e9ministes&nbsp;: pour les hommes, c\u2019est \u00e9gal que le chemin pour aboutir \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 prenne deux ans ou mille ans, car ce ne sont pas eux qui sont victimes des f\u00e9minicides, le partage d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 des t\u00e2ches domestiques, des in\u00e9galit\u00e9s salariales, du harc\u00e8lement au travail, etc.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait tout le sens de l\u2019intervention de la ministre espagnole de l\u2019\u00c9galit\u00e9, Irene Montero, au congr\u00e8s de son parti Podemos, le 16 septembre dernier. \u2018Ces derniers mois, on nous a dit tr\u00e8s souvent&nbsp;: <em>\u201cvous allez trop vite&#8239;!\u201d, \u201cvous avez \u00e9t\u00e9 trop loin\u201d, \u201cla soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas pr\u00eate pour les changements introduits dans vos lois et vos politiques publiques\u201d. Moi, je crois le contraire. Peut-\u00eatre avons-nous \u00e9t\u00e9 plus vite que ce qu\u2019auraient aim\u00e9 les secteurs les plus r\u00e9actionnaires. Nous avons apport\u00e9 la preuve qu\u2019il \u00e9tait possible d\u2019avancer en impulsant le changement depuis les institutions.<\/em>&#8239;\u00bb Le discours inverse \u00e0 celui de Bart De Wever, en somme. Deux \u00e9coles politiques. Mais d\u2019ind\u00e9niables similitudes sur le plan tactique&nbsp;: les th\u00e9ories de Gramsci ont fortement impr\u00e9gn\u00e9 la strat\u00e9gie de Podemos depuis la fondation du parti en 2014. Et le f\u00e9minisme n\u2019est qu\u2019un des multiples terrains du \u00ab&#8239;front culturel&#8239;\u00bb, sur lequel fait rage la bataille pour l\u2019h\u00e9g\u00e9monie.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h6>III. Un conservatisme revendiqu\u00e9<\/h6>\n<p>Une constante sert d\u2019armature aux d\u00e9clarations fluctuantes de Bart De\u00a0Wever&nbsp;: le conservatisme. Lequel s\u2019incarne dans une quasi-d\u00e9votion pour le philosophe Edmund Burke, n\u00e9 \u00e0 Dublin en 1729, mort en 1797.<\/p>\n<p>Bart De Wever est encore sur les bancs de l\u2019\u00e9cole secondaire quand il entend parler pour la premi\u00e8re fois d\u2019Edmund Burke. La symbolique le saisit d\u2019embl\u00e9e. Voil\u00e0 un penseur et homme politique catholique, \u00e9duqu\u00e9 dans une Irlande encore sous le joug britannique, qui a d\u00fb gommer ses origines pour faire carri\u00e8re en Angleterre. Pour l\u2019adolescent anversois, le parall\u00e8le avec la destin\u00e9e du peuple flamand saute aux yeux, comme il l\u2019\u00e9crira bien des ann\u00e9es plus tard&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>\u00c0 la diff\u00e9rence de la plupart des Flamands qui se sont francis\u00e9s pour assurer leur promotion sociale, Burke n\u2019est pas devenu un alli\u00e9 de l\u2019oppresseur. Il s\u2019est dress\u00e9 contre la discrimination des catholiques irlandais, il a donn\u00e9 raison aux insurg\u00e9s am\u00e9ricains contre l\u2019autorit\u00e9 britannique et il a men\u00e9 un combat ingrat, infructueux, contre la conduite despo-tique des Britanniques en Inde<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Dans son ouvrage le plus connu, paru en 1790, Edmund Burke s\u2019\u00e9tonne de l\u2019enthousiasme qui pr\u00e9vaut en Angleterre vis-\u00e0-vis de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Le philosophe n\u2019est pas un inconditionnel de la monarchie absolue, loin de l\u00e0. Sa principale critique \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Danton, Robespierre, Marat et Desmoulins concerne la destruction brutale de l\u2019ordre existant. Pour Burke, la construction d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle, du jour au lendemain, rel\u00e8ve du fantasme dangereux. Il consid\u00e8re la soci\u00e9t\u00e9 comme un ensemble \u00ab&#8239;organique&#8239;\u00bb, qui assure le lien \u00ab&#8239;entre les vivants, les morts et ceux qui vont na\u00eetre&#8239;\u00bb. \u00ab&#8239;D\u2019o\u00f9 l\u2019importance des traditions et des institutions, telles que le couple, l\u2019\u00e9cole et l\u2019\u00c9glise&#8239;\u00bb, appuie Bart De Wever dans un texte publi\u00e9 par <em>De Standaard<\/em> en 2003, alors qu\u2019il n\u2019est encore ni d\u00e9put\u00e9, ni pr\u00e9sident de la N-VA.<\/p>\n<p>Pour De Wever comme pour Burke, la notion de communaut\u00e9 est vitale. Celle-ci est un entrelacs de valeurs, de r\u00e9f\u00e9rences communes, d\u2019habitudes culturelles. Les institutions politiques n\u2019ont de l\u00e9gitimit\u00e9 qu\u2019en lien avec une communaut\u00e9 ou une nation donn\u00e9e. En vingt-cinq ans de vie politique, Bart De Wever n\u2019a jamais d\u00e9vi\u00e9 de cette ligne-l\u00e0. C\u2019est cette vision conservatrice de la soci\u00e9t\u00e9 comme communaut\u00e9 soud\u00e9e qui l\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 privil\u00e9gier un cartel \u00e9lectoral avec le CD&amp;V, de 2004 \u00e0 2008, alors que le programme \u00e9conomique de la N-VA \u00e9tait pourtant plus proche de l\u2019Open VLD.<\/p>\n<p>\u00ab&#8239;<em>Je vais vous raconter une anecdote qui est un peu pr\u00e9tentieuse, mais je peux vous en livrer la preuve<\/em>.&#8239;\u00bb Dans son bureau de l\u2019h\u00f4tel de ville anversois, il ouvre le tiroir aux souvenirs. \u00ab&#8239;<em>En 2003, on \u00e9tait \u00e0 3&nbsp;% dans les sondages. J\u2019ai \u00e9crit une note interne pour d\u00e9fendre mon point de vue et affirmer qu\u2019on devait cr\u00e9er un parti qui se pr\u00e9senterait ouvertement comme conservateur. La conclusion, c\u2019\u00e9tait litt\u00e9ralement&nbsp;: si on suit ce chemin, on va devenir tr\u00e8s vite le plus grand parti de Flandre. 2003&#8239;! C\u2019\u00e9tait \u00e0 ce moment-l\u00e0 la note d\u2019un jeune homme tr\u00e8s arrogant. Mais je ne peux que constater que dix ans apr\u00e8s, l\u2019objectif \u00e9tait atteint&#8239;!<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019insistance avec laquelle Bart De Wever se proclame conservateur provoque une certaine g\u00eane \u00e0 la N-VA. \u00ab&#8239;<em>On a eu beaucoup de d\u00e9bats internes autour de ce terme. Je trouvais que c\u2019\u00e9tait un mot laid, repoussant<\/em>&#8239;\u00bb, relatait l\u2019ancien d\u00e9put\u00e9 Jan Loones, dans La Libre, en 2016. Hendrik Vuye, professeur de droit \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Namur, devenu ensuite d\u00e9put\u00e9 N-VA, faisait alors part du m\u00eame inconfort&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>J\u2019ai mis du temps avant de comprendre ce que Bart voulait dire. Son conservatisme n\u2019a rien \u00e0 voir avec l\u2019immobilisme. Mais aujourd\u2019hui encore, je n\u2019emploierais jamais ce mot dans une interview. Je ne me consid\u00e8re pas comme conservateur mais comme progressiste<\/em>.&#8239;\u00bb<br \/>\n\u00ab&#8239;<em>Oui, ce mot rencontrait beaucoup de r\u00e9ticences, reconna\u00eet Bart De Wever. Parce qu\u2019au d\u00e9but de ce si\u00e8cle, conservateur, \u00e7a r\u00e9sonnait comme une insulte. Tout le monde voulait \u00eatre progressiste. Moi, je ne suis pas progressiste. Je suis conservateur. Mais on avait d\u00e9grad\u00e9 le mot conservateur en synonyme de r\u00e9actionnaire. J\u2019ai d\u00fb me battre pour en assainir la d\u00e9finition<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Une bataille gagn\u00e9e, en somme, sur le front culturel. Un pas de plus vers l\u2019h\u00e9g\u00e9monie. Aujourd\u2019hui, rares sont ceux qui fr\u00e9missent encore quand est prononc\u00e9 ce mot nagu\u00e8re infamant. \u00ab&#8239;<em>Apr\u00e8s vingt ans \u00e0 la pr\u00e9sidence du parti, je peux vous dire qu\u2019un de mes plus grands succ\u00e8s, c\u2019est la coh\u00e9sion id\u00e9ologique interne. Cette coh\u00e9sion n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0 au d\u00e9but. La N-VA, c\u2019\u00e9tait plusieurs morceaux assembl\u00e9s apr\u00e8s l\u2019\u00e9clatement de la Volksunie. D\u00e8s le premier jour, j\u2019ai eu en t\u00eate de fa\u00e7onner un parti avec une ligne coh\u00e9rente et une id\u00e9ologie conservatrice<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>La refondation id\u00e9ologique de la N-VA est pass\u00e9e par la mise en avant de l\u2019id\u00e9e de communaut\u00e9. Comment se d\u00e9finit-elle&#8239;? \u00ab<em> Le hardware, c\u2019est notre territoire, la Flandre, notre langue. Le software, depuis deux cents ans, ce sont les valeurs des Lumi\u00e8res. Et la combinaison des deux, c\u2019est notre identit\u00e9. Une identit\u00e9 inclusive, qui ne repose sur aucun crit\u00e8re ethnique. Toute personne qui fait un effort peut y participer et devenir citoyen flamand<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Sociologue \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Tilburg (Pays-Bas), Ico Maly a consacr\u00e9 son doctorat \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie de la N-VA. Tr\u00e8s critique envers le parti nationaliste, il en a tir\u00e9 une conclusion&nbsp;: la vision \u00ab&#8239;communautarienne&#8239;\u00bb de Bart De Wever m\u00e8ne \u00e0 un rejet radical de la diversit\u00e9 culturelle. \u00ab&#8239;<em>Dans le discours de la N-VA, estime Ico Maly, l\u2019id\u00e9e centrale est qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 ne peut fonctionner que si elle comporte un degr\u00e9 suffisant d\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Cette critique reste toutefois polie en comparaison avec les attaques f\u00e9roces adress\u00e9es \u00e0 Bart De Wever depuis le monde culturel et associatif flamand. Il en faudrait plus pour le d\u00e9stabiliser. \u00ab&#8239;<em>Les ann\u00e9es 70 \u00e9taient terribles. Il y avait une sorte de dictature intellectuelle&nbsp;: on devait \u00eatre progressiste&#8239;! La gauche a pris le moral high ground, la sup\u00e9riorit\u00e9 morale. Et \u00e7a me d\u00e9range\u2026 ouf\u2026 vous n\u2019imaginez pas \u00e0 quel point&#8239;! Au d\u00e9but, on avait int\u00e9rioris\u00e9 cette sup\u00e9riorit\u00e9 morale. Les gens de mon parti disaient&nbsp;: si on est per\u00e7us comme des conservateurs, on deviendra des four-nis&#8239;; les progressistes vont nous regarder, de leur hauteur, comme une chose minuscule. Je r\u00e9pondais&nbsp;: non, ce sont des empereurs sans v\u00eatements, les gauchistes&#8239;! C\u2019est un tout petit groupe. Les wokistes, c\u2019est une minorit\u00e9, m\u00eame s\u2019ils font beau-coup de bruit. C\u2019est la pens\u00e9e unique des kulturos, les cultureux, comme Tom Lanoye, qui ne parlent qu\u2019entre eux. Ils dominent les universit\u00e9s, les m\u00e9dias, oui, mais \u00e7a reste un tr\u00e8s petit club. Il ne faut pas s\u2019\u00e9craser devant eux<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h6>IV. Le r\u00eave d&rsquo;une Flandre \u00e0 la bavaroise<\/h6>\n<p>F\u00e9vrier 2023. La famille De Wever passe ses vacances dans le Tyrol autrichien. \u00c0 raison d\u2019un post Instagram chaque jour, le bourgmestre d\u2019Anvers rassure sa <em>fanbase<\/em> sur le bon d\u00e9roulement de la semaine. Sur les pistes de ski, pantalon jaune et veste noire de rigueur \u2014&nbsp;les couleurs de la Flandre. Bart aux c\u00f4t\u00e9s de sa fille\u2026 Bart en train de retirer ses bottes sur la banquette arri\u00e8re du monospace familial\u2026 Bart sous un troph\u00e9e de chasse dans un int\u00e9rieur pittoresque\u2026 Bart dans une piscine \u00e0 ciel ouvert\u2026 Bart en plein jogging matinal au pied des montagnes\u2026 Et \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un saut du c\u00f4t\u00e9 allemand de la fronti\u00e8re, Bart devant un panneau indiquant <em>Freistaat Bayern<\/em>\u2026 L\u2019\u00c9tat libre de Bavi\u00e8re&#8239;!<br \/>\nDe Wever n\u2019a jamais cach\u00e9 sa proximit\u00e9 avec la CSU (Union chr\u00e9tienne-sociale de Bavi\u00e8re), le parti conservateur en cartel avec la CDU d\u2019Angela Merkel, active dans toute l\u2019Allemagne sauf en Bavi\u00e8re. Lors de la cr\u00e9ation de la CDU, la CSU avait \u00e9t\u00e9 la seule formation chr\u00e9tienne \u00e0 refuser d\u2019adh\u00e9rer au nouvel ensemble. Elle maintient depuis sa ligne propre, nettement plus \u00e0 droite que la CDU. Pari gagnant sur le plan \u00e9lectoral&nbsp;: la CSU est arriv\u00e9e en premi\u00e8re position d\u2019absolument tous les scrutins organis\u00e9s en Bavi\u00e8re depuis 1946.<\/p>\n<p>Co\u00efncidence&nbsp;: en mai 2023, les congr\u00e8s de la N-VA et de la CSU se tenaient le m\u00eame week-end. Moment propice pour un clin d\u2019\u0153il. \u00ab&#8239;<em>J\u2019ai pris leur texte et je l\u2019ai lu devant nos membres<\/em>, raconte Bart De\u00a0Wever. <em>Les similitudes sont troublantes avec ce que nous disons. Ce texte disait&nbsp;: tradition et progr\u00e8s, Heimat<sup>1<\/sup> et high-tech, ne sont pas pour nous en opposition, mais les deux faces de la m\u00eame m\u00e9daille.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Le 18 septembre 2021 d\u00e9j\u00e0, lors du colloque organis\u00e9 \u00e0 Tour &amp; Taxis, \u00e0 Bruxelles, pour les vingt ans de la N-VA, l\u2019invit\u00e9e d\u2019honneur \u00e9tait Monika Hohlmeier, d\u00e9put\u00e9e europ\u00e9enne de la CSU et fille de Franz Josef Strauss<sup>2<\/sup>. Deux ans plus tard, Bart De Wever en reste troubl\u00e9&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Quand elle est mont\u00e9e sur sc\u00e8ne et qu\u2019elle a commenc\u00e9 son allocution, c\u2019\u00e9tait comme si je m\u2019\u00e9coutais moi-m\u00eame, mais en allemand. Litt\u00e9ralement&#8239;! Une impression tr\u00e8s \u00e9trange<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 pr\u00e9sent que la N-VA est mature, Bart De Wever veut aller plus loin et d\u00e9voile son ambition de lancer un jour un nouveau parti. \u00ab&#8239;<em>Mon r\u00eave, ce serait de former un parti comme la CSU. Dans ce sch\u00e9ma, les chr\u00e9tiens-d\u00e9mocrates et le parti lib\u00e9ral en Flandre pourraient dispara\u00eetre, la N-VA aussi, de mani\u00e8re \u00e0 composer ce large parti dont on a besoin pour n\u00e9gocier un grand accord avec la gauche en Wallonie. On a besoin d\u2019un parti de ce type, une vraie force du Nord pour r\u00e9gler une fois pour toutes ce qu\u2019on doit r\u00e9gler dans ce pays<\/em>.&#8239;\u00bb<br \/>\nAu travers de cette aspiration exprim\u00e9e \u00e0 voix haute, se r\u00e9v\u00e8le le projet de Bart De\u00a0Wever de r\u00e9aliser la fusion entre un projet politique et la destin\u00e9e d\u2019un peuple. La constitution d\u2019un nouveau \u00ab&#8239;bloc historique&#8239;\u00bb, aurait dit Gramsci.<\/p>\n<p>Dans une interview parue dans Humo en 2010, Veerle, l\u2019\u00e9pouse de Bart De Wever, faisait quelques confidences sur l\u2019attachement familial au sud de l\u2019Allemagne&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>On a souvent \u00e9t\u00e9 en Bavi\u00e8re. On se prom\u00e8ne en montagne tout en chantant des chansons comme Edelweiss. On se sent alors comme la famille Von Trapp dans le film <\/em>Sound of Music<sup>3<\/sup>.<em> Les enfants se prom\u00e8nent en costume traditionnel bavarois<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Les ressorts de cette affection&#8239;? \u00ab&#8239;<em>J\u2019aime les montagnes<\/em>, r\u00e9pond Bart De Wever, <em>et les montagnes en Bavi\u00e8re sont les plus belles, les plus chouettes. Si on aime les montagnes plut\u00f4t sauvages, on peut aller en Autriche, en France, mais les montagnes bavaroises composent un paysage doux, s\u00e9duisant. C\u2019est beau&#8239;! Un pays si beau, fier de son identit\u00e9\u2026 Comment ne pas l\u2019aimer&#8239;?<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab&#8239;<em>Quand on regarde la t\u00e9l\u00e9vision en Bavi\u00e8re, il y a trois ou quatre cha\u00eenes avec de la musique traditionnelle. Personne ne se moque de \u00e7a. Si en Flandre on diffuse de la musique flamande\u2026 Oh l\u00e0 l\u00e0, la musique flamande&#8239;! Tout ce qui est populaire en Flandre, c\u2019est accept\u00e9 mais avec une sorte de m\u00e9pris. C\u2019est ce que j\u2019appelle la<\/em> Woustijnvis Vlaanderen<sup>4<\/sup>. <em>On peut accepter d\u2019\u00eatre flamand si on se moque de soi. D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e de Bert Anciaux<sup>5<\/sup>&nbsp;: remplacer l\u2019hymne national flamand, le Vlaamse Leeuw, aux paroles quand m\u00eame un peu bellig\u00e9rantes, par la chanson de Raymond van het Groenewoud, <\/em>Vlaanderen Boven<sup>6<\/sup><em>. C\u2019est un des exemples du wokisme banal. Les wokistes croient que les gens n\u2019ont pas compris qu\u2019il y a du m\u00e9pris derri\u00e8re leur ironie, mais les gens le comprennent tr\u00e8s, tr\u00e8s, tr\u00e8s bien&#8239;! Aux yeux de l\u2019\u00e9lite intellectuelle, nous, les Flamands, nous sommes tous des Homer Simpson. Un Flamand comme le chante Raymond van het Groenewoud, il est gros, il boit de la bi\u00e8re, il est un peu stupide, arri\u00e9r\u00e9, mais il est chouette. On peut l\u2019embrasser, mais il n\u2019y a personne de l\u2019\u00e9lite qui s\u2019identifie \u00e0 ce Flamand, personne&#8239;! L\u2019\u00e9lite vit dans le global village, ses enfants \u00e9tudient \u00e0 la Silicon Valley, elle travaille \u00e0 Shanghai ou \u00e0 Singapour. Elle vit dans un monde totalement s\u00e9par\u00e9 du monde o\u00f9 la plupart des gens habitent. Cette rupture, Machiavel l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crite au XVIe si\u00e8cle dans les Discorsi, un livre que personne n\u2019a jamais lu. Il l\u2019a synth\u00e9tis\u00e9 clairement&nbsp;: l\u2019\u00e9lite, c\u2019est l\u2019\u00e9lite&#8239;; le peuple, c\u2019est le peuple&#8239;; \u00e7a a toujours exist\u00e9 mais il faut une certaine interaction entre les deux. Si l\u2019un est coup\u00e9 de l\u2019autre, \u00e7a devient tr\u00e8s dangereux. Machiavel fut le premier penseur politique de l\u2019Europe. Je pense souvent \u00e0 ces mots. Cette rupture est dangereuse, car elle m\u00e8ne \u00e0 un climat r\u00e9volutionnaire. Un jour ou l\u2019autre, l\u2019\u00e9lite sera d\u00e9truite par le peuple, et c\u2019est un processus en train de se d\u00e9rouler sous nos yeux en Europe<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab&#8239;<em>La Bavi\u00e8re, c\u2019est un pays avec une industrie forte mais aussi une identit\u00e9 d\u2019une grande \u00e9vidence \u2014&nbsp;ce qui me manque ici en Flandre. La Belgique comme \u00c9tat-nation, c\u2019est un \u00e9chec total. Mais affirmer que la Flandre est elle-m\u00eame une r\u00e9ussite comme \u00c9tat-nation, ce serait excessif. Non seulement les wokistes attaquent l\u2019identit\u00e9 flamande, mais m\u00eame ceux qui l\u2019acceptent en disant \u201cje suis flamand\u201d, ils ne disent pas quelque chose d\u2019\u00e9vident, parce que la plupart des gens vont comprendre \u201cvous \u00eates flamingant alors\u201d, donc vous \u00eates probablement partisan de la N-VA, ou du Belang, ou peut-\u00eatre chr\u00e9tien-d\u00e9mocrate. Quand quelqu\u2019un dit en Catalogne \u201cje suis catalan\u201d, on ne sait rien de sa pr\u00e9f\u00e9rence politique. Pareil en \u00c9cosse, o\u00f9 m\u00eame les gens favorables \u00e0 l\u2019unit\u00e9 du Royaume-Uni diront \u201cje suis \u00e9cossais\u201d. Et en Bavi\u00e8re, \u00e7a existe aussi, un nationalisme banal. C\u2019est \u00e0 ce r\u00e9sultat que je voudrais arriver avec la Flandre&nbsp;: un nationalisme banal, tellement \u00e9vident qu\u2019on ne sait plus que ce nationalisme est l\u00e0, une identit\u00e9 qui serait comme une fondation souterraine. Notre identit\u00e9 est trop explicite. Trop contest\u00e9e. On n\u2019a jamais pu r\u00e9gler la question belge, mais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de la Flandre, la question belge a provoqu\u00e9 une lutte entre les partisans d\u2019une identit\u00e9 flamande et les wokistes postmodernes qui disent \u201cje suis contre l\u2019identit\u00e9, donc j\u2019aime la Belgique\u201d. Parce que la Belgique n\u2019a pas d\u2019identit\u00e9. C\u2019est une identit\u00e9 \u00e0 la Magritte&nbsp;: ceci n\u2019est pas un pays. Moins \u00e7a ressemble \u00e0 un pays, plus ces gens-l\u00e0 appr\u00e9cient.&#8239;\u00bb\u00a0<\/em><\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h6>V. Le choc avec l&rsquo;extr\u00eame droite<\/h6>\n<p>D\u00e9cembre 2022. \u00c9change \u00e0 couteaux tir\u00e9s au conseil communal d\u2019Anvers. Filip Dewinter s\u2019indigne de ces jeunes qui ont arrach\u00e9 des drapeaux belges apr\u00e8s la victoire du Maroc contre les Diables rouges. \u00ab&#8239;<em>Scandaleux&#8239;!<\/em>&#8239;\u00bb \u00e9ructe l\u2019\u00e9lu Vlaams Belang. Bart De\u00a0Wever le coupe&nbsp;: \u00ab<em> Ai-je bien entendu ce que vous dites&#8239;? D\u2019habitude, c\u2019est vous qui aimez arracher les drapeaux belges, non&#8239;?<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nLa passe d\u2019armes est une \u00e9ni\u00e8me illustration de l\u2019hostilit\u00e9 qui existe entre les fr\u00e8res ennemis du nationalisme flamand. Une relation faite de haines recuites et de certains liens, malgr\u00e9 tout. Toute la jeunesse politique de Bart De\u00a0Wever a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e de son ombre \u00e9crasante. \u00ab&#8239;<em>De 1991 \u00e0 2004, je n\u2019ai vu que le Vlaams Blok monter encore et encore<\/em>&#8239;\u00bb, a-t-il un jour confi\u00e9.<\/p>\n<p>Juillet 2006. Deux ans apr\u00e8s l\u2019\u00e9crasante victoire du VB aux \u00e9lections r\u00e9gionales, Bart De\u00a0Wever accepte pour <em>De Standaard<\/em> un entretien avec son fr\u00e8re Bruno, historien renomm\u00e9. C\u2019est la seule fois dans sa vie publique o\u00f9 il y consentira. Son propos exsude le d\u00e9pit. Pour un peu, il concevrait presque sa pr\u00e9sidence comme un baroud d\u2019honneur, avant l\u2019extinction d\u00e9finitive de la N-VA, sous la double menace du Vlaams Blok, d\u2019une part, et de tous ceux qui jugent le nationalisme d\u00e9pass\u00e9, d\u2019autre part. \u00ab<em> Depuis les ann\u00e9es 1980, le nationalisme ethnique l\u2019emporte sur le nationalisme civil, une niche que j\u2019ai l\u2019honneur de pouvoir emmener. Nous sommes entre le marteau et l\u2019enclume. Si nous ne parvenons pas \u00e0 rompre cette tenaille et que le Vlaams Belang monopolise bient\u00f4t le nationalisme flamand, alors je crains que ce courant ne survive plus<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Contre toute attente, la tenaille va se rompre. La N-VA supplante bient\u00f4t le Vlaams Belang. Au prix d\u2019une inflexion de son discours. Au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a02010, un certain Theo Francken, jeune d\u00e9put\u00e9 intempestif, fait parler de lui au parlement. Le 21\u00a0d\u00e9cembre 2010, \u00e0 la tribune de la Chambre, il d\u00e9nonce la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 excessive de la Belgique en mati\u00e8re de r\u00e9gularisations m\u00e9dicales. \u00c0 l\u2019entendre, notre pays risquerait de devenir \u00ab<em> la Mecque de tous les \u00e9trangers gravement malades ou l\u2019h\u00f4pital du monde entier<\/em>&#8239;\u00bb. Exemple parmi d\u2019autres du nouveau ton de la N-VA, qui lui permet d\u2019attirer \u00e0 elle d\u2019anciens \u00e9lecteurs du Belang, par cohortes enti\u00e8res.<\/p>\n<p>Johan Sauwens, d\u00e9put\u00e9 CD&amp;V, ex-ministre, donne en octobre 2011 une interview au <em>Vif\/L\u2019Express<\/em> dans laquelle il juge durement les dirigeants de la N-VA, issus comme lui de la Volksunie. \u00ab&#8239;<em>Bart De\u00a0Wever est obs\u00e9d\u00e9 par l\u2019id\u00e9e de tuer le Vlaams Belang mais il ressemble chaque jour davantage au Vlaams Belang. Son discours rel\u00e8ve de la pure d\u00e9magogie, du pouja-disme absolu. La N-VA vire de plus en plus vers l\u2019extr\u00eame droite.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Depuis, les rapports entre N-VA et Belang n\u2019ont cess\u00e9 de fluctuer. Bart De\u00a0Wever, face \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite, se pose en Cassandre et en rempart. Il dramatise&nbsp;: \u00ab<em> Regardez ce qui se passe en Belgique, en Italie, en France\u2026 En Italie, l\u2019ex-tr\u00eame droite a d\u00e9j\u00e0 la main. L\u00e0, je suis plut\u00f4t optimiste parce que je pense que Giorgia Meloni est tr\u00e8s intelligente et qu\u2019elle veut \u00e9voluer vers le centre droit. Je l\u2019esp\u00e8re. Mais en France, que se passera-t-il demain&#8239;? Chirac contre le p\u00e8re Le Pen, c\u2019\u00e9tait 80\u201320. Macron contre la fille Le Pen, 60\u201340. On \u00e9volue vers un point dangereux, non&#8239;? En Flandre, selon les sondages, un tiers de la population s\u2019appr\u00eate \u00e0 voter totalement antisyst\u00e8me. Pour une r\u00e9gion qui est l\u2019une des plus riches d\u2019Europe, c\u2019est tout de m\u00eame bizarre\u2026 Un tiers de notre population dit ras-le-bol et vote pour des partis d\u2019extr\u00eame gauche ou d\u2019extr\u00eame droite&#8239;!<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Dans son pr\u00e9c\u00e9dent livre <em>Over identiteit<\/em> (non traduit en fran\u00e7ais), Bart De\u00a0Wever explorait le concept de <em>Leitkultur<\/em>, que l\u2019on pourrait traduire par \u00ab&#8239;culture dominante&#8239;\u00bb. \u00ab&#8239;<em>Mais tout d\u00e9pend de la d\u00e9finition de<\/em> Leitkultur&#8239;\u00bb, avertit-il. De fait, ce concept n\u00e9 dans les cercles conservateurs allemands a donn\u00e9 lieu \u00e0 des d\u00e9bats houleux entre la CSU et l\u2019extr\u00eame droite de l\u2019AFD. \u00ab&#8239;<em>L\u2019identit\u00e9 inclusive dont parle la CSU, c\u2019est une identit\u00e9 qui n\u2019est pas fixe, qui change tout le temps. Une identit\u00e9 qui est le fruit d\u2019un dialogue perp\u00e9tuel entre tous les citoyens. Mais ce processus est essentiel, car il implique d\u2019arriver \u00e0 des valeurs partag\u00e9es<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab&#8239;<em>L\u2019extr\u00eame droite con\u00e7oit l\u2019identit\u00e9 comme un bouclier contre tout ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tranger. Le clivage entre l\u2019identit\u00e9 inclusive et l\u2019identit\u00e9 exclusive, c\u2019est vraiment le clivage entre la N-VA et le Vlaams Belang, ou entre la CSU et l\u2019AFD. C\u2019est un clivage tr\u00e8s profond, une muraille de Chine, mais les wokistes ne la voient pas. Si on croit en l\u2019identit\u00e9, si on croit en la communaut\u00e9, la d\u00e9marcation est tr\u00e8s claire. Mais si on est wokiste, on ne peut pas le voir. Parce qu\u2019on consid\u00e8re l\u2019identit\u00e9 comme un poison, quelle que soit sa forme<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident de la N-VA cite une formule qui a fait flor\u00e8s au moment o\u00f9 les dirigeants de la CSU s\u2019interrogeaient sur la strat\u00e9gie \u00e0 adopter vis-\u00e0-vis de l\u2019AFD&nbsp;: la copier ou s\u2019en d\u00e9marquer&#8239;? Un \u00e9lu de la CSU avait eu ces mots&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Man soll nie versuchen, das Stinkdier zu \u00fcberstinken.<\/em>&#8239;\u00bb Bart De Wever traduit pour nous&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>On ne peut pas \u00eatre plus puant qu\u2019un putois. Il ne faut m\u00eame pas essayer<\/em>.&#8239;\u00bb Dirait-il la m\u00eame chose de Tom Van Grieken, le pr\u00e9sident du Vlaams Belang&#8239;? \u00ab&#8239;<em>Oui, exactement. Exactement&#8239;!<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Demeure cette \u00e9nigme&nbsp;: les n\u00e9gociations que Bart De\u00a0Wever a men\u00e9es durant tout l\u2019\u00e9t\u00e9\u00a02019 avec le Vlaams Belang en vue de former un gouvernement flamand. Quel regard jette-t-il sur cet \u00e9pisode&#8239;? \u00ab&#8239;<em>Je pense qu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0, apr\u00e8s avoir gagn\u00e9 les \u00e9lections, M.\u00a0Van\u00a0Grieken avait le pouvoir pour mettre les \u00e9nergum\u00e8nes \u00e0 l\u2019\u00e9cart dans son propre parti. Il ne l\u2019a pas fait, donc il a fait un choix. Un choix irresponsable, mais c\u2019est son choix. Quand on me demande si c\u2019est une bonne id\u00e9e de mettre \u00e0 l\u2019\u00e9cart le Belang, je r\u00e9ponds toujours&nbsp;: ce n\u2019est pas moi qui le fais, ce sont les dirigeants du Belang qui le font eux-m\u00eames<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Le 10\u00a0mai 1989, le document \u00e9tablissant le cordon sanitaire, soit l\u2019engagement \u00e9crit de ne jamais s\u2019allier avec le Vlaams Blok, avait \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 par le d\u00e9put\u00e9 Paul Van Grembergen, au nom de la Volksunie. Mais d\u00e8s le 26\u00a0juin, Jaak Gabri\u00ebls, pr\u00e9sident de la Volksunie, avait d\u00e9nonc\u00e9 le texte, en d\u00e9clarant que son parti ne se sentait pas li\u00e9 par lui.<\/p>\n<p>\u00ab&#8239;<em>Je suis contre le principe du cordon sanitaire, ass\u00e8ne Bart De Wever. La N-VA est le seul parti \u00e0 ne l\u2019avoir pas sign\u00e9. Et tant que je serai pr\u00e9sident, je ne le ferai jamais. Il faut toujours expliquer pourquoi on ne veut pas s\u2019associer \u00e0 un parti. Refuser par principe, c\u2019est paresseux et facile. Mais il faut aussi expliquer ce qu\u2019il vous faut pour faire une association. En tant que formateur du gouvernement flamand, puisque je n\u2019\u00e9tais pas pr\u00e9sident de la N-VA \u00e0 ce moment-l\u00e0, j\u2019avais l\u2019occasion de mener une s\u00e9rie de discussions avec M. Van Grieken. J\u2019ai alors dit dans une interview que pour arriver \u00e0 un point o\u00f9 il pourrait entrer dans un gouvernement, il devait faire le m\u00e9nage, disons, et j\u2019avais l\u2019impression \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019il comprenait tr\u00e8s bien. Mais par la suite, il a dit \u201cce monsieur est un menteur\u201d, en parlant de moi. Je ne l\u2019oublierai jamais. On peut dire beaucoup de m\u00e9chancet\u00e9s sur moi, mais pas que je suis un menteur. Le pr\u00e9d\u00e9cesseur de M. Van Grieken, Frank Vanhecke, a un jour dit qu\u2019il aurait voulu \u00e9voluer vers une politique plus mod\u00e9r\u00e9e. Mais qu\u2019a-t-on vu ensuite&#8239;? Dewinter a rendu visite \u00e0 Aube dor\u00e9e, pr\u00e9cis\u00e9ment pour \u00e9viter cette politique de mod\u00e9ration&#8239;! Je constate M. Dewinter est encore l\u00e0. Il n\u2019a pas chang\u00e9. Lui, il ne changera jamais. M. Van Langenhove est encore l\u00e0 lui aussi, et M. Van Grieken l\u2019accepte\u2026 Donc il a fait son choix.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>***<br \/>\nImpression \u00e9trange. \u00ab&#8239;Soyez convaincus, vous serez convaincants&#8239;\u00bb, enseigne-t-on aux \u00e9l\u00e8ves dans les formations \u00e0 l\u2019art oratoire. On comprend toute la difficult\u00e9 d\u2019Alexander De Croo, Conner Rousseau et autres adversaires de Bart De\u00a0Wever&nbsp;: ils ont face \u00e0 eux un homme tout impr\u00e9gn\u00e9 de sa mission historique, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de ses convictions et du combat qu\u2019il m\u00e8ne. Il n\u2019en sera que plus difficile \u00e0 contrer en 2024.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec son livre \u00ab&#8239;Woke&#8239;\u00bb, le pr\u00e9sident de la N-VA entend d\u00e9noncer un p\u00e9ril grave&nbsp;: des revendications victimaires qui sapent selon lui les fondements de la civilisation occidentale. Il cible en particulier les activistes \u00e9colos, f\u00e9ministes ou d\u00e9coloniaux. 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