{"id":1683,"date":"2023-10-20T10:41:35","date_gmt":"2023-10-20T08:41:35","guid":{"rendered":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/?p=1683"},"modified":"2023-12-09T17:22:23","modified_gmt":"2023-12-09T16:22:23","slug":"atlas-au-pays-des-dimanches-noirs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/atlas-au-pays-des-dimanches-noirs\/","title":{"rendered":"Atlas&nbsp;: Au pays des dimanches noirs"},"content":{"rendered":"<p>De 1936 \u00e0 nos jours, l\u2019histoire politique belge a \u00e9t\u00e9, par vagues, secou\u00e9e par les succ\u00e8s plus ou moins grands de l\u2019extr\u00eame droite. Celle-ci a pris, au fil des d\u00e9cennies, des apparences tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Entre villes et campagnes, Flandre et Wallonie, centre et p\u00e9riph\u00e9rie, son ancrage territorial a beaucoup fluctu\u00e9. Pour mieux cerner la part sombre de notre pays, \u00ab&#8239;Wilfried&#8239;\u00bb a crois\u00e9 les donn\u00e9es \u00e9lectorales avec l\u2019analyse historique et g\u00e9ographique.<br \/>\nR\u00e9sultat&nbsp;: un mini-atlas original, un outil de compr\u00e9hension suppl\u00e9mentaire \u00e0 l\u2019aube d\u2019une ann\u00e9e 2024 qui sera un combat \u00e9lectoral total, avec une extr\u00eame droite plus que jamais en embuscade.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sence de l&rsquo;extr\u00eame-droite en Belgique n&rsquo;est pas une affaire r\u00e9cente. Elle n\u2019est pas, non plus, une r\u00e9alit\u00e9 strictement flamande. C\u2019est pour la replacer dans son contexte historique et g\u00e9ographique que nous avons choisi de concevoir, sur quatorze pages, un atlas de l\u2019extr\u00eame droite belge, de 1936 \u00e0 nos jours. Une fa\u00e7on de souligner, selon la formule de l\u2019historien britannique Martin Conway, \u00ab&#8239;le caract\u00e8re <em>territorial<\/em> de la vie politique en Belgique&#8239;\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019inconscient collectif belge aime \u00e0 se repr\u00e9senter comme un pays de cocagne, une terre de tol\u00e9rance et de compromis, o\u00f9 les diff\u00e9rends se r\u00e8glent \u00e0 la bonne franquette, \u00e0 rebours de la passion fran\u00e7aise pour la castagne, des esprits \u00e9chauff\u00e9s \u00e0 l\u2019italienne, des froides id\u00e9ologies allemandes et du repli insulaire britannique. La r\u00e9alit\u00e9 est plus ambigu\u00eb&nbsp;: <em>chez nous<\/em>, la x\u00e9nophobie et l\u2019exaltation brutale d\u2019une identit\u00e9 ferm\u00e9e ont r\u00e9guli\u00e8rement servi de carburant aux victoires \u00e9lectorales. Ces succ\u00e8s s\u2019appuyaient hier sur une propagande bien ficel\u00e9e, aujourd\u2019hui sur un <em>digital marketing<\/em> des plus rod\u00e9s. Subsiste, par-del\u00e0 les \u00e2ges, l\u2019agressivit\u00e9 de discours c\u00e9l\u00e9brant de fa\u00e7on \u00e0 peine d\u00e9guis\u00e9e la loi du plus fort.<\/p>\n<p>L\u2019analyse des donn\u00e9es \u00e9lectorales dessine un pays par moments fractur\u00e9. Elle livre aussi des verdicts surprenants. C\u2019est tout l\u2019int\u00e9r\u00eat de se pencher sans id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues sur les cartes, de les laisser parler en quelque sorte. On d\u00e9couvre alors que l\u2019extr\u00eame droite, en 1939, \u00e0 la veille de la guerre, tenait ses bastions absolus de petites localit\u00e9s ardennaises, dans la bucolique vall\u00e9e de l\u2019Aisne. Ou que la ville de Louvain, associ\u00e9e dans les m\u00e9moires francophones au <em>Walen buiten<\/em> de 1968, est aujourd\u2019hui la ville flamande la plus r\u00e9fractaire \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite.<\/p>\n<p>Mais comment d\u00e9finir l\u2019extr\u00eame droite&#8239;? Question \u00e9pineuse. Rendue plus complexe encore par un brouillage de la d\u00e9marcation entre droite et extr\u00eame droite.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1990, quand le principal leader de la droite n\u00e9erlandophone s\u2019appelait Guy Verhofstadt, et que le nationalisme flamand \u00e9tait men\u00e9 par Bert Anciaux et Hugo Schiltz, le contraste \u00e9tait flagrant avec le Vlaams Blok. D\u2019autant que ce dernier s\u2019incarnait dans la figure de Filip Dewinter, repoussoir id\u00e9al, naviguant toujours plus loin dans les eaux de l\u2019outrance et de l\u2019abjection.<\/p>\n<p>\u00c0 pr\u00e9sent, la fronti\u00e8re entre droite classique et extr\u00eame droite est devenue plus floue, plus poreuse et plus t\u00e9nue. De troublantes accointances apparaissent ici et l\u00e0 entre le discours d\u2019un Theo Francken, tenant de la ligne dure au sein de la N-VA, et celui de Tom Van Grieken, le jeune pr\u00e9sident du Vlaams Belang, qui a op\u00e9r\u00e9 un lissage de sa communication politique, pour la rendre la plus passe-partout possible.<\/p>\n<p>\u00ab<em> D\u00e9finir l\u2019extr\u00eame droite, et m\u00eame le fascisme, a toujours \u00e9t\u00e9 difficile<\/em>&#8239;\u00bb, rappelle l\u2019historien flamand Olivier Boehme, dont une partie du travail est ax\u00e9 sur l\u2019\u00e9tude des id\u00e9ologies. Son dernier livre, Scepsis (non traduit en fran\u00e7ais), analyse comment le pessimisme est devenu la colonne vert\u00e9brale de nombreux discours politiques. \u00ab&#8239;<em>Quand on parle des actuels partis d\u2019extr\u00eame droite, bien qu\u2019il existe des similitudes avec les mouvements d\u2019avant la Seconde Guerre mondiale, il faut selon moi surtout envisager ce qui les caract\u00e9rise aujourd\u2019hui. Et selon moi, le noyau dur, c\u2019est le populisme&nbsp;: la croyance selon laquelle \u201cle peuple\u201d n\u2019est pas repr\u00e9sent\u00e9 par \u201cles politiciens\u201d. Le \u201cpeuple\u201d est tacitement compris comme un bloc, une majorit\u00e9 silencieuse, qui aujourd\u2019hui n\u2019obtient pas son d\u00fb dans la d\u00e9mocratie. En combinaison avec le nationalisme, on obtient alors un eigen volk<sup>1<\/sup> qui serait nettement distinct des \u201cautres\u201d \u2014&nbsp;les \u00e9l\u00e9ments ext\u00e9rieurs, les \u00e9trangers \u2014&nbsp;et de plus en plus menac\u00e9 par eux.<\/em>&#8239;\u00bb Le Vlaams Belang est syst\u00e9matiquement donn\u00e9 premier parti dans les sondages en Flandre.<\/p>\n<p>\u00c0 quelques mois d\u2019une ann\u00e9e\u00a02024 qui sera un combat \u00e9lectoral total, le parti de Tom Van Grieken appara\u00eet comme un acteur d\u00e9terminant du jeu politique belge. Mais ni la Flandre ni la Belgique ne sont des \u00eeles. Les r\u00e9cents succ\u00e8s du Vlaams Belang s\u2019inscrivent dans le contexte europ\u00e9en d\u2019une extr\u00eame droite en expansion. Marine Le Pen a obtenu 41,5&nbsp;% au second tour de la pr\u00e9sidentielle fran\u00e7aise en 2022. En Espagne, un pays o\u00f9 l\u2019extr\u00eame droite restait jusqu\u2019il y a peu marginale, le parti Vox participe d\u00e9sormais au pouvoir dans plusieurs r\u00e9gions, en coalition avec la droite classique du Parti populaire. Et en Italie, la pr\u00e9sidente de Fratelli d\u2019Italia, Giorgia Meloni, dirige le gouvernement depuis octobre 2022.<\/p>\n<p>Cette participation de l\u2019extr\u00eame droite au pouvoir \u2014&nbsp;emp\u00each\u00e9e en Belgique par le cordon sanitaire, un dispositif unique en Europe \u2014&nbsp;brouille un peu plus les rep\u00e8res, et renforce encore son caract\u00e8re normal aux yeux de nombreux citoyens. Cependant, avertit Olivier Boehme, \u00ab&#8239;<em>si les extr\u00eames droites composent avec le jeu d\u00e9mocratique, elles ne l\u2019ont pas int\u00e9rioris\u00e9 dans la mesure o\u00f9 elles estiment qu\u2019elles constituent la seule \u00e9manation l\u00e9gitime de la nation, ou du peuple<\/em>&#8239;\u00bb.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h5><strong>1936, le premier \u00ab&#8239;dimanche noir&#8239;\u00bb<\/strong><\/h5>\n<p>L\u2019\u00e9lection de 1936 est marqu\u00e9e par la perc\u00e9e in\u00e9dite de deux forces d\u2019extr\u00eame droite&nbsp;: Rex, le mouvement catholique et r\u00e9actionnaire de L\u00e9on Degrelle, et le VNV, la formation nationaliste flamande de Staf Declercq. Un choc pour la Belgique.<\/p>\n<p>Dans les t\u00e9moignages d\u2019\u00e9poque comme dans les travaux des historiens, l\u2019expression revient en boucle&nbsp;: un tremblement de terre politique. Les \u00e9lections l\u00e9gislatives du 24 mai 1936 se soldent par la d\u00e9faite simultan\u00e9e des trois partis traditionnels \u2014&nbsp;socialiste, catholique et lib\u00e9ral. Tous perdent des plumes au profit de l\u2019extr\u00eame droite. Ou plut\u00f4t&nbsp;: des extr\u00eames droites. La menace est bic\u00e9phale. Rex est le mouvement lanc\u00e9 par l\u2019agitateur L\u00e9on Degrelle, \u00e0 la t\u00eate d\u2019une maison d\u2019\u00e9dition catholique conservatrice. Le Vlaamsch Nationaal Verbond (Ligue nationale flamande, VNV) agr\u00e8ge diff\u00e9rents courants du nationalisme flamand. L\u2019un comme l\u2019autre penchent vers les id\u00e9es autoritaires <em>d\u2019ordre nouveau<\/em>.<\/p>\n<p>\u00ab&#8239;Rex vaincra&#8239;!&#8239;\u00bb proclamait Degrelle \u00e0 longueur de tracts et de meetings. La pr\u00e9diction s\u2019est v\u00e9rifi\u00e9e, contre toute attente, frappant les \u00e9lites belges de stupeur. \u00ab&#8239;<em>Le 24\u00a0mai 1936, l\u2019extr\u00eame droite obtient un r\u00e9sultat r\u00e9volutionnaire et une victoire impressionnante. C\u2019est en fait le premier dimanche noir de la Belgique<\/em>&#8239;\u00bb, synth\u00e9tise l\u2019historien Olivier Boehme.<br \/>\nOriginaire d\u2019Aberystwyth, au pays de Galles, l\u2019historien Martin Conway a consacr\u00e9 sa th\u00e8se de doctorat \u00e0 L\u00e9on Degrelle, au mouvement rexiste et \u00e0 la collaboration pronazie pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est l\u2019auteur d\u2019un livre de r\u00e9f\u00e9rence sur la reconstruction de la Belgique dans l\u2019imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre (The Sorrows of Belgium). Professeur \u00e0 Oxford, il rappelle dans quel contexte survient le scrutin de 1936&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>Au moment o\u00f9 le r\u00e9gime nazi s\u2019installe d\u00e9finitivement en Allemagne, le succ\u00e8s des fronts populaires en Espagne et en France semble pr\u00e9sager la possibilit\u00e9 d\u2019une victoire de la gauche socialiste en Belgique. La campagne mobilise toutes les \u00e9nergies de l\u2019\u00e9lectorat, alors exclusivement masculin, rappelons-le. Mais l\u2019arriv\u00e9e impr\u00e9vue des rexistes sur la sc\u00e8ne poli-tique bouleverse la donne. Ceux-ci semblent alors en mesure de briser le monopole des partis historiques.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Rex et le VNV verseront en 1940\u20131945 dans une collaboration effr\u00e9n\u00e9e avec l\u2019occupant nazi. En 1936, leur profil id\u00e9ologique n\u2019est cependant pas si clair. \u00ab&#8239;<em>Je n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 pr\u00e9senter le VNV et Rex comme des mouvements d\u2019extr\u00eame droite<\/em>, reprend Martin Conway. <em>Mais il faut aussi souligner qu\u2019en Belgique, l\u2019extr\u00eame droite des ann\u00e9es 1930 comporte bien des diff\u00e9rences avec le fascisme et le nazisme. Voter pour ces partis ne signifiait point donc une sympathie pour Hitler, surtout parce que ces deux mouvements amalgamaient des \u00e9l\u00e9ments h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. Le VNV refl\u00e9tait toujours le caract\u00e8re pluraliste du nationalisme flamand de la fin du XIXe si\u00e8cle. Mais avant les \u00e9lections de 1936, son leader Staf Declercq a adopt\u00e9 la rh\u00e9torique ethnique et le style disciplin\u00e9 des mouvements d\u2019extr\u00eame droite qu\u2019on trouvait \u00e0 cette \u00e9poque un peu partout en Europe. Quant au rexisme, c\u2019\u00e9tait une coalition improvis\u00e9e et instable, qui englobait la jeunesse catholique, des anciens combattants, des agriculteurs en col\u00e8re, et la petite bourgeoisie commerciale. Pour les \u00e9lections, Degrelle a impos\u00e9 une id\u00e9ologie antiparlementaire, \u201c\u00e0 bas les pourris&#8239;!\u201d. Et il a emprunt\u00e9 p\u00eale-m\u00eale plusieurs attributs des mouvements d\u2019extr\u00eame droite fran\u00e7ais des ann\u00e9es 1930&nbsp;: uniformes, meetings de masse, rh\u00e9torique autoritaire, antis\u00e9mitisme culturel, discours sur le \u201cpays r\u00e9el\u201d oppos\u00e9 au \u201cpays l\u00e9gal\u201d.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Rex et le VNV \u00e9taient les expressions de cultures politiques tr\u00e8s diff\u00e9rentes, et m\u00eame hostiles, rel\u00e8ve encore Martin Conway. \u00ab&#8239;<em>Le rexisme \u00e9tait en 1936 surtout belgiciste, et il y a fort \u00e0 parier que ses \u00e9lecteurs consid\u00e9raient les nationalistes du VNV comme les h\u00e9ritiers de l\u2019activisme proallemand de la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/em>&#8239;\u00bb Dans son hebdomadaire <em>Strijd<\/em>, le VNV charge sans rel\u00e2che son concurrent \u00e9lectoral, pr\u00e9sent\u00e9 comme un mouvement d\u00e9magogique et un repaire de fransquillons. Mais ici et l\u00e0, on sent poindre une fascination pour ce Degrelle qui excelle \u00e0 faire mousser la \u00ab&#8239;scandalite&#8239;\u00bb.<\/p>\n<p>Le VNV a d\u00e9cid\u00e9 de ne pas se pr\u00e9senter aux \u00e9lections sous son propre sigle, mais sous le nom de Vlaams Nationaal Blok. \u00c0 l\u2019approche du scrutin, comme le note l\u2019historien Bruno De\u00a0Wever, \u00ab&#8239;les buts antid\u00e9mocratiques sont att\u00e9nu\u00e9s et camoufl\u00e9s&#8239;\u00bb dans les publications du parti.<\/p>\n<p>Sa perc\u00e9e le 24 mai conna\u00eet des intensit\u00e9s variables selon les endroits. Deux lignes de force se d\u00e9gagent, selon Bruno De Wever. Primo&nbsp;: le VNV est faible dans toutes les zones industrielles. Secundo&nbsp;: le parti est tr\u00e8s fort dans les communes rurales du Limbourg et de Flandre-Occidentale. En dehors de \u00e7a, il est malais\u00e9 d\u2019\u00e9tablir des conclusions g\u00e9n\u00e9rales. Faute de donn\u00e9es probantes, les historiens se montrent prudents au moment d\u2019analyser le profil et les motivations des personnes qui ont vot\u00e9 pour l\u2019extr\u00eame droite en 1936. \u00ab<em> Il semble que le VNV et Rex recrutaient peu dans les milieux ouvriers et populaires<\/em>, avance Olivier Boehme. <em>\u00c0 l\u2019instar de mouvements similaires dans d\u2019autres pays, leur base de recrutement para\u00eet avoir \u00e9t\u00e9 assez large, allant de la classe moyenne jusqu\u2019aux couches sociales sup\u00e9rieures.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Pendant la campagne, le VNV fustige \u00ab&#8239;le d\u00e9sordre capitaliste&#8239;\u00bb, \u00ab&#8239;l&rsquo;\u00c9tat-banquier&#8239;\u00bb et \u00ab&#8239;la haute finance&#8239;\u00bb. Ce discours porte, \u00e0 un moment o\u00f9 la crise fait rage et o\u00f9 la Flandre \u2014&nbsp;encore largement agricole \u2014&nbsp;entame sa transition socio-\u00e9conomique. \u00ab&#8239;<em>De nouveaux secteurs et m\u00e9tiers \u00e9mergent, tandis que d\u2019autres \u00e9prouvent des difficult\u00e9s<\/em>, r\u00e9sume Olivier Boehme.<em> \u00c0 cela s\u2019ajoute la crainte des conflits sociaux, \u201cles situations wallonnes\u201d telles qu\u2019on les appelait alors. On ne peut pas non plus exclure qu\u2019une forme de ressentiment ait jou\u00e9&nbsp;: le nombre de personnes scolaris\u00e9es et d\u2019universitaires commence \u00e0 augmenter, mais avec la crise des ann\u00e9es 30, cela ne se traduit pas toujours par les emplois escompt\u00e9s. Cette frustration pouvait se traduire en une d\u00e9nonciation de la \u201crel\u00e9gation flamande\u201d. Parall\u00e8lement, une \u00e9lite flamande \u00e9mergente souhaitait remplacer l\u2019\u00e9lite francophone.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Un regard prolong\u00e9 sur la carte \u00e9lectorale nous apprend que le VNV obtient ses meilleurs r\u00e9sultats dans les zones proches du littoral et du Westhoek, autour d\u2019Ostende, Furnes, Dixmude et Roulers. Il est m\u00eame le premier parti dans le canton d\u2019Ypres, avec plus de 40&nbsp;%.<\/p>\n<p>Il est \u00e9galement assez haut (15,6&nbsp;%) dans l\u2019arrondissement de Gand. \u00ab<em> L\u2019id\u00e9ologie d\u2019extr\u00eame droite du VNV, conservatrice-r\u00e9volutionnaire, fut \u00e0 l\u2019origine beaucoup plus aliment\u00e9e par les cercles ultramontains de Flandre-Occidentale et Orientale que par les milieux flamingants anversois<\/em>&#8239;\u00bb, \u00e9claire Olivier Boehme.<\/p>\n<p>Le faible score r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 Anvers (\u00e0 peine 5,2&nbsp;%) peut en effet \u00e9tonner. \u00c0 rebours de la tendance visible dans le reste de la Flandre, le r\u00e9sultat est m\u00eame inf\u00e9rieur \u00e0 celui que le Frontpartij, un autre parti nationaliste, avait obtenu lors des \u00e9lections pr\u00e9c\u00e9dentes, en 1932. \u00ab&#8239;<em>Anvers a toujours \u00e9t\u00e9 politiquement sp\u00e9cifique<\/em>, commente Olivier Boehme. <em>Depuis le XIXe si\u00e8cle, le Mouvement flamand traversait \u00e0 Anvers toutes les tendances politiques&nbsp;: il y avait des flamingants lib\u00e9raux, catholiques et socialistes. Le socialiste Camille Huysmans, bourgmestre depuis 1932, arborait une attitude plut\u00f4t proflamande.<\/em>&#8239;\u00bb Cette sensibilit\u00e9 flamande des dirigeants politiques locaux bride la force d\u2019attraction du VNV dans la ville portuaire. Personnalit\u00e9 phare de la sc\u00e8ne anversoise, le social-chr\u00e9tien Frans Van Cauwelaert \u00e9tait connu pour son engagement flamingant. Pendant la campagne de 1936, il est la cible d\u2019attaques continuelles du VNV. \u00ab&#8239;Ces attaques sont peut-\u00eatre revenues comme un boomerang vers le Vlaams Nationaal Blok, en poussant un certain nombre de voix proflamandes vers les personnalit\u00e9s flamingantes pers\u00e9cut\u00e9es&#8239;\u00bb, analyse Bruno De Wever.<\/p>\n<p>Un autre facteur entre en compte. \u00ab&#8239;<em>Apr\u00e8s 1918, le nationalisme flamand fut port\u00e9 par le Frontpartij, un assemblage de courants h\u00e9t\u00e9roclites. Sa tonalit\u00e9 \u00e0 Anvers \u00e9tait plut\u00f4t de gauche, avec son leader Herman Vos, qui refusera d\u2019adh\u00e9rer au VNV et rejoindra plus tard les socialistes.<\/em>&#8239;\u00bb Il est probable que les anciens \u00e9lecteurs anversois du Frontpartij ne se reconnaissaient pas dans le VNV et son programme aux relents fascisants, et se sont tourn\u00e9s vers d\u2019autres partis.<\/p>\n<h5><strong>Quand l&rsquo;Ardenne \u00e9tait un bastion d&rsquo;extr\u00eame droite<\/strong><\/h5>\n<p>Pour sa premi\u00e8re participation aux \u00e9lections, le mouvement Rex obtient 15,8&nbsp;% dans l\u2019arrondissement de Bruxelles, et quelques succ\u00e8s notables en Flandre&nbsp;: 11,8&nbsp;% dans l\u2019arrondissement d\u2019Audenarde&#8239;; 9,5&nbsp;% dans celui de Bruges. En Wallonie, il demeure faible dans les r\u00e9gions de Charleroi, Mons, Soignies ou Tournai.<\/p>\n<p>Si les rexistes prennent pied \u00e0 Namur et \u00e0 Li\u00e8ge, c\u2019est surtout en Ardenne que leur perc\u00e9e prend des proportions spectaculaires. L\u2019arc de cercle qui va de Dinant \u00e0 Verviers dessine l\u2019entr\u00e9e dans une r\u00e9alit\u00e9 politique \u00e0 part. \u00c0 l\u2019est et au sud du sillon trac\u00e9 par les vall\u00e9es de la Meuse et de la Vesdre, L\u00e9on Degrelle et ses acolytes jouent \u00e0 domicile.<\/p>\n<p>Une lecture plus fine des r\u00e9sultats canton par canton est \u00e9loquente. Presque partout, Rex \u00e9volue \u00e0 des niveaux nettement sup\u00e9rieurs \u00e0 sa moyenne nationale. L\u2019extr\u00eame droite d\u00e9passe les 30&nbsp;% \u00e0 Bastogne, Bouillon, Durbuy, Fauvillers, Houffalize, Vielsalm\u2026 En plusieurs lieux, le Parti catholique, qui semblait appel\u00e9 \u00e0 r\u00e9gner sur l\u2019Ardenne pour les si\u00e8cles des si\u00e8cles, est s\u00e8chement battu par Rex. C\u2019est notamment le cas \u00e0 Saint-Hubert (38&nbsp;%), \u00e0 Gedinne (39&nbsp;%) et \u00e0 Neufch\u00e2teau (41&nbsp;%). Les records sont atteints \u00e0 \u00c9rez\u00e9e (41&nbsp;%), dans la vall\u00e9e recul\u00e9e de l\u2019Aisne, et \u00e0 La Roche (48&nbsp;%), travers\u00e9e par l\u2019Ourthe.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h5>1991, la perc\u00e9e du Vlaams Blok dans les centres urbains<\/h5>\n<p><strong>Pour la premi\u00e8re fois depuis la Seconde Guerre mondiale, l\u2019extr\u00eame droite d\u00e9passe les 10&nbsp;% en Flandre. Une commotion pour le monde politique. Et le d\u00e9but d\u2019une lutte \u00e0 mort au sein du nationalisme flamand, entre la Volksunie et le Vlaams Blok.<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait un dimanche d\u2019automne froid et pluvieux. Mais c\u2019est pour d\u2019autres raisons que le\u00a0 24\u00a0 novembre 1991 restera dans les m\u00e9moires sous le nom de \u00ab&#8239;dimanche noir&#8239;\u00bb. Ce jour-l\u00e0, l\u2019extr\u00eame droite r\u00e9alise sa premi\u00e8re perc\u00e9e \u00e9lectorale depuis la Seconde Guerre mondiale&nbsp;: 10,3&nbsp;% des voix en Flandre. Le Vlaams Blok triple son score par rapport au scrutin de 1987, o\u00f9 il avait obtenu 3&nbsp;% des suffrages. Personne ne l\u2019avait vu venir. \u00ab<em> On dit que l\u2019\u00e9lecteur a toujours raison. Eh bien, dans ce cas, l\u2019\u00e9lecteur a tort<\/em>&#8239;\u00bb, s\u2019indigne Miet Smet (C V P), secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat \u00e0 l\u2019Environnement.<\/p>\n<p>La ville d\u2019Anvers est l\u2019\u00e9picentre de cette commotion&nbsp;: le Blok y atteint 25,5&nbsp;%. L\u2019implantation du parti appara\u00eet \u00e9galement tr\u00e8s forte dans toute la p\u00e9riph\u00e9rie anversoise, \u00e0 Lierre (15,6&nbsp;%), Beveren (12,7&nbsp;%), Brecht (12,1&nbsp;%), Boom (15,7&nbsp;%), Duffel (14,2&nbsp;%), Kapellen (17,8&nbsp;%), Kontich (15,9&nbsp;%), ou encore Zandhoven (15,5&nbsp;%). Il y a donc bien un ph\u00e9nom\u00e8ne sp\u00e9cifique-ment anversois.<\/p>\n<p>Malines fait figure de deuxi\u00e8me place forte&nbsp;: 21&nbsp;% des \u00e9lecteurs y ont vot\u00e9 pour le Blok. L\u2019extr\u00eame droite en 1991 est d\u2019abord une r\u00e9alit\u00e9 urbaine. Elle performe aussi \u00e0 Gand (13,1&nbsp;%). Et s\u2019enracine dans de nombreuses petites villes situ\u00e9es dans un triangle entre Gand, Anvers et Bruxelles&nbsp;: Alost (10,5&nbsp;%), Lokeren (15,4&nbsp;%), Tamise (15,6&nbsp;%), Saint-Nicolas (15,5&nbsp;%), Vilvorde (14&nbsp;%).<\/p>\n<p>Ces succ\u00e8s, toutefois, restent encore tr\u00e8s localis\u00e9s. Presque partout ailleurs, le Blok \u00e9volue nettement sous les 10&nbsp;%. Il est endigu\u00e9 \u00e0 Bruges (6,7&nbsp;%), Courtrai (6,1&nbsp;%), Louvain (7,8&nbsp;%).<br \/>\nLa g\u00e9n\u00e9ration politique alors au pouvoir est encore impr\u00e9gn\u00e9e des \u00e9v\u00e9nements de la Seconde Guerre mondiale. Cela influe sur ses r\u00e9actions, comme le rel\u00e8vera plus tard Ivan De Vadder, journaliste \u00e0 la VRT. \u00ab&#8239;Je revis les ann\u00e9es de mon enfance, avec Degrelle et Rex&#8239;\u00bb, d\u00e9clare Hugo Schiltz, leader de la Volksunie. \u00ab&#8239;<em>Ce qu\u2019on vit est digne de l\u2019ann\u00e9e 1936, car c\u2019est une \u00e9lection et un vote contre la d\u00e9mocratie<\/em>&#8239;\u00bb, estime Louis Tobback, l\u2019un des dirigeants du SP, le parti socialiste flamand.<\/p>\n<p>Sur ses affiches, le Blok reprend la symbolique du coup de balai, employ\u00e9e en son temps par Degrelle. Journalistes et universitaires s\u2019interrogent&nbsp;: faut-il \u00e9tablir une continuit\u00e9 entre les scrutins de 1936 et de 1991&#8239;? En tout cas, les cartes \u00e9lectorales, \u00e0 six d\u00e9cennies d\u2019\u00e9cart, ne se superposent pas. Dans le Westhoek, qui avait vot\u00e9 en masse pour le VNV, les r\u00e9sultats du Blok sont m\u00e9diocres&nbsp;: 3,7&nbsp;% \u00e0 Dixmude&#8239;; 4,6&nbsp;% \u00e0 Furnes&#8239;; 3,6&nbsp;% \u00e0 Ypres.<\/p>\n<p>Traumatique pour de nombreux Belges, le 24 novembre 1991 l\u2019est aussi pour la Volksunie (VU), principale expression poli-tique du nationalisme flamand depuis les ann\u00e9es 1960. Cette derni\u00e8re est d\u00e9sormais surpass\u00e9e par les fr\u00e8res ennemis du Vlaams Blok. Situation d\u2019autant plus am\u00e8re que le Blok est n\u00e9 d\u2019une scission de la Volksunie. En 1978, le pacte d\u2019Egmont, un accord institutionnel n\u00e9goci\u00e9 par cinq partis, dont la Volksunie alors pr\u00e9sid\u00e9e par Hugo Schiltz, avait l\u00e9zard\u00e9 les milieux nationalistes. De nombreuses sections locales de la VU s\u2019\u00e9tai-ent rebell\u00e9es contre ce compromis jug\u00e9 trop favorable aux francophones. En rupture avec Schiltz, deux figures du parti, Karel Dillen et Lode Claes, s\u2019\u00e9taient coalis\u00e9es pour pr\u00e9sen-ter aux \u00e9lections de 1978 une liste dissidente intitul\u00e9e Vlaams Blok. Les ann\u00e9es d\u2019apr\u00e8s, le Blok s\u2019\u00e9tait structur\u00e9 en parti v\u00e9ritable, orientant l\u2019essentiel de sa propagande vers la lutte anti-immigration.<br \/>\nSoucieux de tirer un trait sur les heures noires de la collaboration avec le nazisme, les responsables de la Volksunie avaient voulu jouer \u00e0 plein le jeu de la d\u00e9mocratie et des institutions. Et voil\u00e0 que le retour d\u2019un nationalisme d\u2019extr\u00eame droite ravivait les vieux d\u00e9mons&#8239;!<\/p>\n<p>De ce dimanche tr\u00e8s noir, jamais la Volksunie ne se rel\u00e8vera. Le parti dispara\u00eetra dix ans plus tard. L\u2019ann\u00e9e 1991 appa-ra\u00eet avec le recul comme le d\u00e9but d\u2019une lutte \u00e0 mort entre deux versants du nationalisme flamand&nbsp;: l\u2019un d\u00e9mocratique, l\u2019autre <em>borderline<\/em>.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h6><\/h6>\n<h5>1994, une vague d\u2019\u00e9lus FN en Belgique francophone<\/h5>\n<h6><strong>L\u2019extr\u00eame droite s\u2019implante dans les quartiers populaires bruxellois et wallons. La tension est \u00e0 son comble \u00e0 Anderlecht et Molenbeek.<\/strong><\/h6>\n<p><strong>Bruxelles<\/strong><\/p>\n<p>Le Front national (FN) a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 en 1985 par un m\u00e9decin n\u00e9 \u00e0 Momignies, Daniel F\u00e9ret. Le logo fran\u00e7ais et le nom sont calqu\u00e9s sur le FN fran\u00e7ais de Jean-Marie Le Pen. En 1988, le parti obtient son premier \u00e9lu, un conseiller communal \u00e0 Molenbeek-Saint-Jean. Aux \u00e9lections europ\u00e9ennes du 12 juin 1994, il recueille 7,9&nbsp;% des voix en Belgique francophone. Daniel F\u00e9ret est \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 europ\u00e9en.<br \/>\nQuatre mois plus tard, les \u00e9lections communa-les du 9\u00a0octobre 1994 vont permettre \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite de s\u2019ancrer localement. Pas moins de quarante-six\u00a0\u00e9lus FN, auxquels s\u2019ajoutent encore quatre \u00e9lus Vlaams Blok, font irruption dans les dix-neuf communes bruxelloises. Seules trois communes de la R\u00e9gion sont \u00e9pargn\u00e9es&nbsp;: Saint-Josse-ten-Noode (o\u00f9 ni le FN ni le Blok n\u2019ont d\u00e9pos\u00e9 de liste), Woluwe-Saint-Pierre et Watermael-Boitsfort.<\/p>\n<p>Le total des voix d\u2019extr\u00eame droite culmine \u00e0 Molenbeek-Saint-Jean (21,8&nbsp;%) et Anderlecht (17,7&nbsp;%). L\u2019extr\u00eame droite prosp\u00e8re sur la combi-naison explosive qui affecte les quartiers dens\u00e9ment peupl\u00e9s sur la rive gauche du canal&nbsp;: crise \u00e9conomique, ch\u00f4mage, d\u00e9linquance, vagues successives d\u2019immigration, tissu urbain d\u00e9grad\u00e9 et classes populaires \u00ab&#8239;blanches&#8239;\u00bb qui se sentent prisonni\u00e8res dans des quartiers o\u00f9 elles ont perdu leurs rep\u00e8res.<\/p>\n<p>Dans une interview au magazine <em>Imagine\u00a0<\/em>parue en 2018, le philosophe bruxellois Philippe Van Parijs, professeur \u00e0 l\u2019UCLouvain, relatera ce glissement dont il a \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin&nbsp;: \u00ab&#8239;Un de mes grands-oncles habitait \u00e0 Molenbeek, dans la maison o\u00f9 ma m\u00e8re est n\u00e9e. Il venait une fois par semaine chez nous pour que ma m\u00e8re repasse ses chemises. Au fil des semaines, mon grand-oncle parlait de plus en plus d\u2019un truc qui intriguait l\u2019enfant que j\u2019\u00e9tais, les <em>bruine gezichten<\/em> (visages basan\u00e9s). Manifestement, \u00e7a le g\u00eanait fort. Pensionn\u00e9 tr\u00e8s modeste et sans dipl\u00f4me, son principal loisir \u00e9tait d\u2019aller jouer \u00e0 la p\u00e9tanque sur le square. Mais la piste de p\u00e9tanque avait disparu, et \u00e0 la place, il y avait tous ces bruine gezichten qui jouaient au foot. Mon grand-oncle ne pouvait plus non plus s\u2019asseoir sur son banc habituel, car celui-ci \u00e9tait constamment occup\u00e9 par les bruine gezichten. Quant \u00e0 son magasin de cigares, il avait \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par une boucherie halal. La culture, c\u2019est ce qui structure l\u2019existence, ce qui lui donne son sens, et dans le cas de mon grand-oncle, celle-ci disparaissait par pans entiers. Vu ses moyens limit\u00e9s, il ne pouvait pas se payer un appartement dans un autre quartier de Bruxelles. Il \u00e9tait l\u00e0, condamn\u00e9. Je ne dis pas que c\u2019est la fin de l\u2019histoire, car le Molenbeek actuel pr\u00e9sente d\u2019innombrables facettes enthou-siasmantes. Mais il importe pour nous, bobos, de redoubler d\u2019efforts pour comprendre le point de vue de ces anciens habitants qui ont vu tous leurs rep\u00e8res d\u00e9truits.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><strong>Wallonie<\/strong><\/p>\n<p>Le 9 octobre 1994, le Front national fait \u00e9lire vingt-six conseillers communaux en Wallonie. Une autre formation d\u2019extr\u00eame droite, Agir, enl\u00e8ve huit si\u00e8ges. Ce parti, dont les initiales signifient Avant-garde d\u2019initiative r\u00e9gionaliste, est surtout pr\u00e9sent en province de Li\u00e8ge. En opposition avec la ligne belgicaine du FN, Agir m\u00eale positions x\u00e9nophobes et exaltation de l\u2019identit\u00e9 wallonne.<\/p>\n<p>La zone de p\u00e9n\u00e9tration du FN et d\u2019Agir est claire&nbsp;: il s\u2019agit des r\u00e9gions industrielles frap-p\u00e9es par le ch\u00f4mage de masse. Le total des voix d\u2019extr\u00eame droite d\u00e9passe ainsi les 10&nbsp;% dans huit communes wallonnes. C\u2019est le cas dans la vall\u00e9e de la Vesdre, min\u00e9e par le d\u00e9clin du textile, \u00e0 Dison (14,3&nbsp;%) et Verviers (12,9&nbsp;%). \u00c0 Charleroi (10,5&nbsp;%), o\u00f9 les charbonnages ont ferm\u00e9 depuis longtemps. \u00c0 Li\u00e8ge (11,2&nbsp;%), Herstal (10,1&nbsp;%) et Seraing (10&nbsp;%), o\u00f9 la crise de la sid\u00e9rurgie ne cesse de s\u2019aggraver. Ou encore dans la r\u00e9gion du Centre, \u00e0 La Louvi\u00e8re (14,4&nbsp;%) et Manage (10,2&nbsp;%), o\u00f9 les aci\u00e9ries Bo\u00ebl et la fa\u00efencerie Royal Boch vont de restructuration en restructuration.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<p><strong>1995, l\u2019extr\u00eame droite \u00e9tend sa pr\u00e9sence en Wallonie<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les zones industrielles en d\u00e9clin, frapp\u00e9es par le ch\u00f4mage de masse, sont le terrain de chasse favori du Front national. Il d\u00e9passe les 10&nbsp;% \u00e0 Charleroi et La Louvi\u00e8re.<\/strong><\/p>\n<p>Lors des \u00e9lections f\u00e9d\u00e9rales et r\u00e9giona les du 21\u00a0 mai 1995, le FN recueille un peu plus de 5&nbsp;% des suffrages en Wallonie. Il envoie deux d\u00e9put\u00e9s au parlement wallon. Il d\u00e9croche \u00e9galement deux si\u00e8ges \u00e0 la Chambre, l\u2019un obtenu dans la circonscription de Charleroi, l\u2019autre dans celle de Bruxelles.<br \/>\nConfirmant une tendance d\u00e9j\u00e0 observ\u00e9e lors du scrutin local d\u2019octobre 1994, l\u2019extr\u00eame droite s\u2019ancre surtout dans les r\u00e9gions industrielles en d\u00e9clin. C\u2019est dans les cantons de Charleroi (11,85&nbsp;%) et de La Louvi\u00e8re (10,4&nbsp;%) qu\u2019elle est la plus forte. Ses r\u00e9sultats sont \u00e9galement \u00e9lev\u00e9s dans le Borinage (9,1&nbsp;% \u00e0 Boussu, 9,8&nbsp;% \u00e0 Dour), dans la Basse-Sambre (9,1&nbsp;% \u00e0 Ch\u00e2telet, 8,1&nbsp;% \u00e0 Fosses-la-Ville), dans la r\u00e9gion du Centre (10,4&nbsp;% \u00e0 La Louvi\u00e8re, 8,8&nbsp;% au R\u0153ulx), dans la banli-eue li\u00e9geoise (8,2&nbsp;% \u00e0 Herstal, 8,1&nbsp;% \u00e0 Seraing), ainsi qu\u2019\u00e0 Mouscron (9,7&nbsp;%).<\/p>\n<p>Partout, l\u2019extr\u00eame droite \u00e9tend sa toile. Elle progresse dans les grandes villes wallonnes, \u00e0 Li\u00e8ge (8,8&nbsp;%), Mons (9,3&nbsp;%) et Namur (8,1&nbsp;%). Mais aussi dans les zones rurales situ\u00e9es au sud de Charleroi, \u00e0 Walcourt (8,4&nbsp;%) et Florennes (7,4&nbsp;%). Le Front national trouve manifestement un \u00e9cho aupr\u00e8s de cat\u00e9gories qu\u2019on d\u00e9signera, bien plus tard, comme le \u00ab&#8239;prol\u00e9tariat blanc&#8239;\u00bb ou les \u00ab&#8239;gilets jaunes&#8239;\u00bb.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h6>2019, Des dimanches toujours plus noirs<\/h6>\n<p><strong>Servi par la communication habile de son pr\u00e9sident Tom Van Grieken, le Vlaams Belang est d\u00e9sormais fortement implant\u00e9 partout en Flandre.<\/strong><\/p>\n<p>Au premier dimanche noir, ont succ\u00e9d\u00e9 bien d\u2019autres. Tout au long de la d\u00e9cennie 1990, de scrutin en scrutin, le Vlaams Blok n\u2019a cess\u00e9 de grimper. Si bien que les r\u00e9sultats qui avaient fait fr\u00e9mir en novembre 1991 paraissent, dix ans plus tard, presque banals, et m\u00eame enviables \u2014&nbsp;car en 1991, le VB se situait encore sous les 5&nbsp;% en de tr\u00e8s nombreux endroits de Flandre, un seuil que Filip Dewinter et ses troupes allaient bien vite all\u00e8grement d\u00e9passer \u00e0 peu pr\u00e8s partout.<\/p>\n<p>Un sommet est atteint lors des r\u00e9gionales de juin 2004&nbsp;: le Blok rafle 24,2&nbsp;% des voix. Il est la premi\u00e8re force politique au parle-ment flamand. Comment pourra-t-il \u00eatre emp\u00each\u00e9 d\u2019arriver un jour au pouvoir&#8239;? Pour l\u2019heure, le cordon sanitaire tient toujours \u2014&nbsp;presque un prodige.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9mergence d\u2019un nouveau ph\u00e9nom\u00e8ne politique, la N-VA de Bart De\u00a0Wever, va changer la donne. La N-VA s\u2019inscrit dans la continuit\u00e9 du nationalisme d\u00e9mocratique de la Volksunie, mais dans une version plus \u00e0 droite sur les th\u00e9matiques socio-\u00e9cono-miques, avec une approche plus restrictive de l\u2019immigration, et un agenda clairement ind\u00e9pendantiste. Face \u00e0 ce concurrent nouveau, le Vlaams Belang (ainsi rebap-tis\u00e9 apr\u00e8s la condamnation du parti pour racisme) ne trouve pas la parade. Et entame une d\u00e9crue qui semble irr\u00e9versible. \u00c0 peine p\u00e8se-t-il 5,9&nbsp;% aux r\u00e9gionales du 25\u00a0mai 2014.<\/p>\n<p>Pilot\u00e9 depuis 2014 par un nouveau pr\u00e9si-dent, le jeune Tom Van Grieken, le VB va pourtant se redresser. Jusqu\u2019\u00e0 sa victoire insolente lors des \u00e9lections f\u00e9d\u00e9rales et r\u00e9gi-onales du 26\u00a0mai 2019. Le Belang s\u2019impose comme deuxi\u00e8me parti flamand (18,5&nbsp;%), mena\u00e7ant l\u2019h\u00e9g\u00e9monie de la N-VA (24,8&nbsp;%).<\/p>\n<p>Le temps est r\u00e9volu o\u00f9, sur la carte \u00e9lectorale, les contrastes sautaient aux yeux. D\u00e9sormais le jaune-brun s\u2019\u00e9tend de fa\u00e7on presque uniforme, \u00e0 doses tr\u00e8s sombres, sur l\u2019ensemble de la Flandre. Le Belang semble en mesure de parler \u00e0 toutes les cat\u00e9gories professionnelles, \u00e0 toutes les tranches d\u2019\u00e2ge, \u00e0 tous les territoires.<\/p>\n<p>Des lieux qui apparaissaient \u00ab&#8239;pr\u00e9serv\u00e9s&#8239;\u00bb lors des premiers succ\u00e8s du Vlaams Blok ne le sont plus du tout. Dans plusieurs locali-t\u00e9s ouest-flamandes, dans l\u2019arri\u00e8re-littoral ou proches de la fronti\u00e8re fran\u00e7aise, le VB surpasse m\u00eame la N-VA. C\u2019est le cas \u00e0 Ypres (21&nbsp;%), Dixmude (23&nbsp;%), Gistel (22,4&nbsp;%), Messines (20,3&nbsp;%), Poperinge (20,3&nbsp;%), Wervik (22&nbsp;%). L\u2019ascendant du Belang sur la N-VA s\u2019observe aussi \u00e0 Roulers (23,8&nbsp;%), Izegem (24,9&nbsp;%) et Oostrozebeke (27,6&nbsp;%), au c\u0153ur de la \u00ab&#8239;Silicon Valley flamande&#8239;\u00bb, dans cette r\u00e9gion encore tr\u00e8s agricole il y a un demi-si\u00e8cle, qui compte d\u00e9sormais parmi les zones les plus prosp\u00e8res de toute l\u2019Europe.<\/p>\n<p>Les scores du Belang sont encore plus faramineux dans la vall\u00e9e de la Dendre, \u00e0 l\u2019ouest de Bruxelles&nbsp;: 33,5&nbsp;% \u00e0 Ninove&#8239;; 27,5&nbsp;% \u00e0 Grammont.<\/p>\n<p>Face \u00e0 la N-VA, le Vlaams Belang se d\u00e9marque par un discours qui associe l\u2019autorit\u00e9 et le social. \u00ab&#8239;<em>Le Vlaams Belang est devenu un parti qui inclut les ouvriers dans son \u00e9lectorat, analyse Olivier Boehme. Son programme contient des positions \u201cde gauche\u201d, comme la pension minimum \u00e0 1 500\u00a0euros par mois. La logique, c\u2019est&nbsp;: des avantages sociaux pour le groupe \u201cin\u201d, par opposition au groupe \u201cout\u201d \u2014&nbsp;migrants, demandeurs d\u2019asile, Wallons, etc.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><strong>Anvers, bastion de la droite et de l\u2019extr\u00eame droite nationalistes<\/strong><\/p>\n<p>La sp\u00e9cificit\u00e9 de l\u2019agglom\u00e9ration anversoise, c\u2019est la combinaison d\u2019une N-VA forte et d\u2019un Vlaams Belang fort. Alors qu\u2019ailleurs, par un effet de vases communicants, la N-VA baisse souvent quand le VB monte, et inversement.<br \/>\nCons\u00e9quence&nbsp;: dans de larges portions de la m\u00e9tropole portuaire, les deux formations nationalistes sont, ensemble, tr\u00e8s largement majoritaires. Elles totalisent 55,3&nbsp;% \u00e0 Beveren, 55,5&nbsp;% \u00e0 Sint-Gillis-Waas, 57,1&nbsp;% \u00e0 Brecht, et m\u00eame 60,1&nbsp;% \u00e0 Kapellen et 60,3&nbsp;% \u00e0 Zandhoven.<br \/>\nCe n\u2019est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne passager, loin de l\u00e0&nbsp;: lors des quatre derni\u00e8res \u00e9lections r\u00e9gi-onales (graphique ci-contre), le total des voix nationalistes \u00e9tait syst\u00e9matiquement plus \u00e9lev\u00e9 dans l\u2019arrondissement d\u2019Anvers que dans l\u2019en-semble de la Flandre.<br \/>\nLes principaux dirigeants de la\u00a0N-VA, Bart De Wever et Jan Jambon, sont anversois. Les leaders du Vlaams Belang, Tom Van Grieken, Filip Dewinter et Gerolf Annemans, sont \u00e9gale-ment anversois.<br \/>\n\u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 il \u00e9tait encore marginal ailleurs, le Vlaams Blok a tr\u00e8s vite r\u00e9ussi des scores notables dans la ville d\u2019Anvers. Pour sa premi\u00e8re participation aux \u00e9lections communa-les, en 1982, il franchit d\u2019embl\u00e9e le seuil des 5&nbsp;%. Et en 1988, \u00e0 son deuxi\u00e8me essai, il monte d\u00e9j\u00e0 \u00e0 17,7&nbsp;%.<br \/>\nPour comprendre, on peut se reporter \u00e0 la Nouvelle Encyclop\u00e9die du mouvement flamand. Trois \u00e9pais volumes parus en 1998. Men\u00e9 sous la direction de plusieurs universitaires renomm\u00e9s, ce travail de fourmi a mobilis\u00e9 des dizaines de chercheurs, parmi lesquels Bart De Wever, jeune assistant \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Louvain. Le jeune homme se contentait alors de d\u00e9crire l\u2019histoire. Bient\u00f4t, il allait l\u2019\u00e9crire.<br \/>\nIronie r\u00e9trospective de cet ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence&nbsp;: Bart De Wever, futur bourgmestre, y signe l\u2019article consacr\u00e9 \u00e0 la ville d\u2019Anvers. Il \u00e9crit que l\u2019\u00e9tat de la mouvance nationaliste n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re brillant dans l\u2019imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre. \u00ab&#8239;La r\u00e9pression a ray\u00e9 de la carte le nationalisme flamand organis\u00e9. Un grand nombre de nationalistes flamands vivaient dans une pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique et sociale.&#8239;\u00bb Mais, comme le note l\u2019auteur, \u00ab&#8239;dans la r\u00e9gion anversoise, le climat \u00e9tait plut\u00f4t moins mauvais qu\u2019ailleurs&#8239;\u00bb. Cela tient notamment au fait que l\u2019arrondissement d\u2019Anvers compte, proportionnellement \u00e0 sa population, un plus grand nombre de zwarten (\u00ab&#8239;noirs&#8239;\u00bb, le terme usit\u00e9 pour qualifier ceux qui ont collabor\u00e9 avec l\u2019occupant allemand en 1940\u20131945). De plus, selon Bart De Wever, de grandes entreprises anversoises, comme Gevaert, sont r\u00e9put\u00e9es pour embaucher des <em>zwarten<\/em>.<\/p>\n<p>Parmi les sept fondateurs de la Volksunie, en 1955, quatre proviennent d\u2019Anvers. Tout au long des ann\u00e9es 1960 et 1970, la ville sera pour le parti \u00ab&#8239;la place forte sur le plan \u00e9lectoral et organisationnel&#8239;\u00bb. Aux \u00e9lections de 1978, le Vlaams Blok n\u2019obtient qu\u2019un seul d\u00e9put\u00e9, \u00e0 Anvers. \u00ab&#8239;Pas un hasard. Le Vlaams Blok resta longtemps un ph\u00e9nom\u00e8ne quasi exclusivement anversois.&#8239;\u00bb C\u2019est aussi \u00e0 partir d\u2019Anvers que s\u2019op\u00e8re la mue fondamentale du nationalisme flamand, analyse encore Bart De Wever. Gr\u00e2ce au d\u00e9veloppement des activit\u00e9s portuaires, un boom \u00e9conomique voit \u00e9merger une g\u00e9n\u00e9ration de managers n\u00e9erlandophones qui exigent \u00e0 la fois des r\u00e9formes \u00e9conomiques et une autono-mie accrue pour leur r\u00e9gion. Le journal local, la <em>Gazet van Antwerpen<\/em>, sert \u00e0 amplifier les revendications flamingantes. \u00ab&#8239;De nos jours, observe Bart De Wever, la <em>Gazet van Antwerpen<\/em> donne parfois l\u2019impression d\u2019une relation privil\u00e9gi\u00e9e avec le Vlaams Blok, notamment sur le plan des interviews et des exclusivit\u00e9s.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><strong>Malines, les ressorts d&rsquo;une d\u00e9crue<\/strong><\/p>\n<p>Malines est un cas \u00e0 part. L\u2019ascension du Vlaams Blok y fut plus specta-culaire qu\u2019ailleurs. Et son d\u00e9clin, tr\u00e8s net \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es\u00a02000, s\u2019inscrit \u00e0 contre-courant de la tendance observ\u00e9e dans le reste de la Flandre.<\/p>\n<p>Comme souvent, les facteurs explicatifs sont multiples. Mais on ne peut sous-estimer le r\u00f4le jou\u00e9 par un homme, Bart Somers. Celui-ci devient bourgmestre en 2001. Dans un climat d\u00e9l\u00e9t\u00e8re&nbsp;: aux \u00e9lections communales d\u2019octobre 2000, le Vlaams Blok s\u2019est impos\u00e9 comme la premi\u00e8re force \u00e0 Malines, avec 25,6&nbsp;% des voix.<br \/>\nDe l\u2019ancienne capitale des Pays-Bas (de 1480 \u00e0 1530), qui fut au Moyen \u00c2ge l\u2019une des cit\u00e9s les plus florissantes du nord de l\u2019Europe, il ne subsiste qu\u2019un faste d\u00e9labr\u00e9. \u00ab&#8239;<em>Tous les indicateurs \u00e9taient au rouge, racontera plus tard Bart Somers. S\u2019agissant du sentiment de fiert\u00e9 des habitants, nous avions le pire score des treize plus grandes villes flamandes. Malines \u00e9tait aussi la plus sale de toutes. Un tiers des magasins \u00e9taient vides. La classe moyenne fuyait, remplac\u00e9e par une population d\u00e9favoris\u00e9e qui \u00e9tait cantonn\u00e9e dans des cit\u00e9s-ghettos. Les anciens habitants nommaient deux coupables&nbsp;: le gouvernement et les \u00e9trangers. Le carburant id\u00e9al pour que l\u2019extr\u00eame droite prosp\u00e8re.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>D\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4tel de ville, Bart Somers se donne pour mission d\u2019enrayer la progression de l\u2019extr\u00eame droite. Pour y parvenir, il choisit de se placer sur son propre terrain&nbsp;: la lutte contre l\u2019ins\u00e9curit\u00e9. Les r\u00e9sultats ne se concr\u00e9tisent pas tout de suite. L\u2019extr\u00eame droite accentue encore son emprise lors des r\u00e9gionales de juin 2004. \u00c0 Malines, le VB r\u00e9alise un score monstre&nbsp;: 31,2&nbsp;% des suffrages. Plus encore qu\u2019Anvers, Malines est d\u00e9crite par la presse internationale comme \u00ab&#8239;la ville la plus noire de Flandre&#8239;\u00bb, le bastion absolu de la droite x\u00e9nophobe et s\u00e9paratiste.<\/p>\n<p>Le Belang se maintient encore au-dessus des 20&nbsp;% lors des rendez-vous \u00e9lectoraux de 2006 et 2007, nettement au-dessus de la moyenne flamande. Puis, la d\u00e9crue s\u2019op\u00e8re peu \u00e0 peu. Et la r\u00e9putation de la ville s\u2019inverse&nbsp;: alors que l\u2019extr\u00eame droite op\u00e8re aux \u00e9lections communa-les de 2018 des perc\u00e9es remarquables dans de nombreux lieux de Flandre, elle est contenue \u00e0 Malines sous les 10&nbsp;%. La tendance se confirme lors des f\u00e9d\u00e9rales et r\u00e9gionales de 2019&nbsp;: Malines fait d\u00e9sormais partie des villes de Flandre qui votent le moins pour l\u2019extr\u00eame droite.<br \/>\nInterview\u00e9 dans Wilfried au printemps\u00a02020, Bart Somers d\u00e9finissait sa formule en ces termes&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>On a r\u00e9ussi \u00e0 Malines \u00e0 trouver un bon \u00e9quilibre entre r\u00e9pression et pr\u00e9vention.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h6>Cette Flandre qui r\u00e9siste \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame droite<\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Non, toute la Flandre ne pl\u00e9biscite pas le Vlaams Belang. Zoom sur ces lieux qui, lors du rendez-vous \u00e9lectoral de 2019, \u00e9taient \u00e0 contre-courant de la tendance r\u00e9gionale.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Flandre-Orientale<\/strong><\/p>\n<p>Laethem-Saint-Martin est la commune la plus riche de Belgique&nbsp;: le revenu moyen y est 57&nbsp;% plus \u00e9lev\u00e9 que la moyenne belge. C\u2019est aussi l\u2019une de celles o\u00f9 l\u2019on vote le moins Vlaams Belang. Dans cette localit\u00e9 situ\u00e9e au sud-ouest de Gand, bord\u00e9e par la Lys et jadis pris\u00e9e des artistes, ce sont la N-VA et l\u2019Open VLD qui triomphent. Le Vlaams Belang arrive loin derri\u00e8re, avec 7,1&nbsp;%. \u00c0 De Pinte, commune voisine, le CD&amp;V m\u00e8ne la danse, devant la N-VA et l\u2019Open VLD. Le VB n\u2019y collecte que 8,3&nbsp;% des voix. Situ\u00e9e \u00e0 un jet de pierre, la ville de Gand d\u00e9tonne \u00e9galement par rapport au reste de la Flandre&nbsp;: Groen y est le premier parti (20,8&nbsp;%). En cinqui\u00e8me position, le VB (12,1&nbsp;%) est talonn\u00e9 par le PTB (11,3&nbsp;%).<\/p>\n<p><strong>Limbourg<\/strong><\/p>\n<p>Une curiosit\u00e9&#8239;! Herstappe, village hesbignon situ\u00e9 entre Tongres et Waremme, est la plus petite commune de Belgique&nbsp;: \u00e0 peine 77\u00a0habi-tants. Une poign\u00e9e de maisons et de fermes en briques rouges et tuiles orang\u00e9es, et des champs tout autour. De caract\u00e8re bilingue, accol\u00e9e \u00e0 la fronti\u00e8re linguistique, Herstappe est une commune \u00e0 facilit\u00e9s pour les francophones. Le Belang y a obtenu tr\u00e8s exactement cinq voix, soit 8,5&nbsp;% des suffrages.<\/p>\n<p><strong>Anvers<\/strong><\/p>\n<p>Score \u00e9crasant pour la N-VA \u00e0 Hove&nbsp;: 41&nbsp;%. La commune est la deuxi\u00e8me plus riche de Belgique. Le Vlaams Belang n\u2019y p\u00e8se que 8&nbsp;%. M\u00eame sociologie \u00e0 Edegem, dans la p\u00e9riph\u00e9-rie sud d\u2019Anvers, verte et a\u00e9r\u00e9e&nbsp;: 42,5&nbsp;% pour la N-VA&#8239;; 10,3&nbsp;% pour le VB.<\/p>\n<p><strong>Flandre-Occidentale<\/strong><\/p>\n<p>Coxyde est, en Flandre-Occidentale, la commune avec le moins bon r\u00e9sultat du Vlaams Belang&nbsp;: 10,6&nbsp;%. Deux fois moins que la moyenne provinciale. Le vent du large, propre \u00e0 a\u00e9rer les consciences, ne suffit pas \u00e0 expliquer un tel d\u00e9calage. Dans d\u2019autres communes du littoral (Bredene, La Panne, Nieuport), le VB affiche en effet des scores sup\u00e9rieurs \u00e0 20&nbsp;%.<br \/>\nDe nombreux francophones vivent \u00e0 Coxyde, huiti\u00e8me commune la plus riche de Belgique. C\u2019est aussi un bastion du nationalisme flamand historique. Sander Loones, d\u00e9put\u00e9 N-VA, y est conseiller communal. Son p\u00e8re, Jan Loones, en a \u00e9t\u00e9 \u00e9chevin Volksunie. Ses grands-parents, Honor\u00e9 Loones et Rosa Dewitte, ont tous les deux \u00e9t\u00e9 bourgmestres d\u2019Oostduinkerque, aujourd\u2019hui int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la commune de Coxyde. Avec 35&nbsp;%, la N-VA y \u00e9tait de loin le premier parti en 2019.<\/p>\n<p><strong>Rand<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019exception des six communes \u00e0 facilit\u00e9s, largement voire majoritairement francophones. Hoeilaart est, de toute la Flandre, celle qui vote le moins Vlaams Belang&nbsp;: 5,8&nbsp;%. L\u2019Open VLD y \u00e9tait le premier parti en 2019. L\u2019extr\u00eame droite est \u00e9galement faible dans les autres communes du Rand, \u00e0 Overijse (8,2&nbsp;%), Zaventem (6,3&nbsp;%) ou Tervuren (7,6&nbsp;%).<br \/>\nDans ces communes de la p\u00e9riph\u00e9rie bruxel-loise, plut\u00f4t favoris\u00e9es, deux facteurs jouent sans doute&nbsp;: la grande proportion d\u2019habitants francophones&#8239;; la proximit\u00e9 de Bruxelles et de sa diversit\u00e9. Le d\u00e9mographe fran\u00e7ais Herv\u00e9 Le Bras l\u2019a r\u00e9cemment soulign\u00e9 dans une interview au Monde&nbsp;: \u00ab&#8239;Si on descend au niveau communal, la corr\u00e9lation s\u2019inverse. Plus il y a d\u2019immigr\u00e9s, moins on vote pour l\u2019extr\u00eame droite [\u2026] Pour les personnes qui vivent au contact de l\u2019immigration, \u00eatre anti-immigr\u00e9s n\u2019a pas de sens, parce que les immigr\u00e9s sont extraordinairement pr\u00e9sents et divers. C\u2019est une cat\u00e9gorie qui est vide de sens.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><strong>Brabant flamand<\/strong><\/p>\n<p>Lors des \u00e9lections de 2019, ce fut la partie de Flandre qui a le mieux r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l\u2019offensive de l\u2019extr\u00eame droite. Les communes comprises entre Bruxelles et Louvain ont relativement peu vot\u00e9 Vlaams Belang. Mais l\u2019interpr\u00e9tation de ce r\u00e9sultat n\u2019est pas simple. Car dans cette partie du Brabant flamand, la N-VA a d\u00fb son salut \u00e0 sa star locale, Theo Francken, figure de l\u2019aile droite du parti, et tenant d\u2019une ligne dure sur les questions migratoires. \u00ab&#8239;Je lis vos textes, parfois je m\u2019en inspire. Sur ce terrain, vous avez \u00e9norm\u00e9ment conscientis\u00e9, c\u2019est m\u00e9ritoire&#8239;\u00bb, d\u00e9clarait Francken le 22\u00a0novembre 2018, dans un d\u00e9bat avec Tom Van Grieken (des propos ensuite relay\u00e9s par L\u2019\u00c9cho).<br \/>\nIl arrive donc, parfois, que l\u2019\u00e9lecteur pr\u00e9f-\u00e8re la copie \u00e0 l\u2019original. Avec pour r\u00e9sultat une N-VA toute puissante (35,6&nbsp;%) et un Belang qui mord la poussi\u00e8re \u00e0 Lubbeek (9,9&nbsp;%), fief de Theo Francken, ainsi qu\u2019\u00e0 Oud-Heverlee (7,5&nbsp;%), Bierbeek (8,74&nbsp;%) ou encore Herent (9,9&nbsp;%). Dans la ville voisine de Louvain, c\u2019est Groen qui arrive en premi\u00e8re position (24&nbsp;%)&#8239;; le VB n\u2019y repr\u00e9sente que 7&nbsp;% des \u00e9lecteurs.<\/p>\n<h6>En Wallonie, une droite radicale morcel\u00e9e mais un vivier toujours pr\u00e9sent<\/h6>\n<p>En Wallonie, l\u2019offre politique \u00e0 la droite de la droite est \u00e9miet-t\u00e9e. Lors des \u00e9lections de mai 2019, sept listes (PP, Lidem, Agir, La Droite, V laams Belang, Nation, Les Belges d&rsquo;abord) \u00e9taient en concurrence dans cet espace. Sans qu&rsquo;il soit toujours ais\u00e9 de les qualifier. Droite nationale&#8239;? Droite radicale&#8239;? Droite dure&#8239;? Extr\u00eame droite&#8239;? Identitaires&#8239;? Ultraconservateurs&#8239;? N\u00e9ofascistes&#8239;?<\/p>\n<p>Des diff\u00e9rences substantielles apparaissaient entre ces listes, mais des \u00e9l\u00e9ments communs apparaissaient&nbsp;: un discours hostile \u00e0 l\u2019immigration, la mise en avant de l\u2019ordre et de la s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>Les Lib\u00e9raux d\u00e9mocrates (Lidem), un parti fond\u00e9 par Alain Destexhe, ancien s\u00e9nateur MR, entendent occuper un cr\u00e9neau vacant en Belgique francophone&nbsp;: une ligne lib\u00e9rale-conservatrice. Destexhe affirme que son parti est le pendant francophone de la N-VA.<\/p>\n<p>Lanc\u00e9 par l\u2019avocat Mischa\u00ebl Modrikamen, le Parti populaire (PP) s\u2019est de plus en plus radicalis\u00e9, comme l\u2019observait J\u00e9r\u00f4me Jamin, professeur de sciences politiques \u00e0 l\u2019ULi\u00e8ge, dans une interview \u00e0 La Libre en 2019. \u00ab&#8239;<em>Lors de la campagne pour les \u00e9lections communales du 14 octobre 2018, le PP a diffus\u00e9 des vid\u00e9os o\u00f9 son leader Mischa\u00ebl Modrikamen associe les r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 des djihadistes, \u00e0 des voleurs, \u00e0 des agresseurs. Par la multiplication de ces vid\u00e9os et par les agressions verbales formul\u00e9es par le chef, le PP a connu un basculement vers l\u2019extr\u00eame droite.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nLe Vlaams Belang se pr\u00e9sentait aussi, en 2019, dans les cinq provinces wallonnes \u2014&nbsp;aussi \u00e9trange que cela puisse para\u00eetre pour un parti s\u00e9paratiste flamand. Il a notamment recueilli 1,13&nbsp;% des voix dans le Hainaut.<br \/>\nSi le morcellement de la droite dure ne lui a pas permis de peser sur le scrutin, son poids cumul\u00e9 est loin d\u2019\u00eatre insignifiant. Il y a manifestement un vivier en Wallonie pour une offre de ce type. Rien que dans le Hainaut, les six listes de droite radicale qui \u00e9taient en lice ont recueilli 58 315 voix, soit 8&nbsp;%. Cette donne n\u2019est sans doute pas sans incidence sur le choix strat\u00e9gique de Georges-Louis Bouchez, le pr\u00e9sident montois du MR, de droitiser son discours, afin d\u2019occuper tout l\u2019espace \u00e0 droite et emp\u00eacher l\u2019\u00e9mergence d\u2019un nouvel acteur qui le d\u00e9borderait.<br \/>\nComme en 1994 et 1995, ce sont en Wallonie les anciennes zones industriel-les (<em>voir les r\u00e9sultats \u00e0 Charleroi, Ch\u00e2telet, Seraing et Verviers<\/em>) qui apparaissent le plus perm\u00e9ables aux partis de la droite dure.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De 1936 \u00e0 nos jours, l\u2019histoire politique belge a \u00e9t\u00e9, par vagues, secou\u00e9e par les succ\u00e8s plus ou moins grands de l\u2019extr\u00eame droite. Celle-ci a pris, au fil des d\u00e9cennies, des apparences tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Entre villes et campagnes, Flandre et Wallonie, centre et p\u00e9riph\u00e9rie, son ancrage territorial a beaucoup fluctu\u00e9. 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