{"id":1616,"date":"2022-12-21T11:22:31","date_gmt":"2022-12-21T10:22:31","guid":{"rendered":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/?p=1616"},"modified":"2023-12-05T15:04:19","modified_gmt":"2023-12-05T14:04:19","slug":"anne-provoost-la-wallonie-a-toujours-ete-un-quartier-de-notre-famille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/anne-provoost-la-wallonie-a-toujours-ete-un-quartier-de-notre-famille\/","title":{"rendered":"Anne Provoost&nbsp;: \u00ab&#8239;La Wallonie a toujours \u00e9t\u00e9 un quartier de notre famille&#8239;\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Sc\u00e9narios catastrophes, cauchemars, anticipation, notre cerveau nous pr\u00e9pare au pire. Face \u00e0 ses visions apocalyptiques, l\u2019\u00e9crivaine flamande Anne Provoost tisse des trames n\u00e9cessaires \u00e0 sa survie, entre psychologie des mouches, g\u00e9om\u00e9trie des plantes et cuiller\u00e9es de riz au d\u00e9sinfectant. Une imagination qu\u2019elle met au service de tous et toutes. Car, pour cette Anversoise \u00ab&#8239;bien n\u00e9e&#8239;\u00bb dans une famille \u00e9parpill\u00e9e des deux c\u00f4t\u00e9s de la fronti\u00e8re linguistique et o\u00f9 tout \u00e9tait possible, un tel privil\u00e8ge la rend redevable envers la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>De la fa\u00e7ade, tombe des lianes brunes et s\u00e8ches, ruines d&rsquo;un lierre qui est entr\u00e9 dans l&rsquo;hiver. \u00c0 quelques pas du zoo d&rsquo;Anvers, apr\u00e8s avoir crois\u00e9 des girafes de bronze, on entre derri\u00e8re d\u2019\u00e9pais rideaux de velours, dignes d\u2019un th\u00e9\u00e2tre de marionnettes, dans la jungle d\u2019Anne Provoost. Maison aux allures de cabinet de curiosit\u00e9s. Peintures anciennes, arm\u00e9e de J\u00e9sus de porcelaine tr\u00f4nant bras ouverts sur le manteau de la chemin\u00e9e du salon, figuiers, bananiers, cactus s\u2019\u00e9tirant vers la verri\u00e8re qui perce le plafond de la cuisine, bo\u00eete de biscuits en m\u00e9tal, portrait de chat trac\u00e9 au crayon, photos de famille, couverture imitation fourrure.<\/p>\n<p>\u00ab&#8239;<em>Bonjour<\/em>&#8239;\u00bb, chante l\u2019\u00e9crivaine, r rond, j chuchot\u00e9, l\u00e8vres \u00e9lastiques, regard amus\u00e9. Puis, sa langue se cramponne au fran\u00e7ais, ne veut pas l\u00e2cher cet idiome parl\u00e9 par ses anc\u00eatres, sa grand-m\u00e8re, enfant de l\u2019Yser envoy\u00e9e en colonie \u00e0 Paris pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, et par sa famille, ramifi\u00e9e jusqu\u2019en Normandie, jusqu\u2019au Hainaut et \u00e0 l\u2019Ardenne. L\u2019entretien devient un grand plongeon \u2014&nbsp;\u00ab&#8239;<em>J\u2019ai perdu la geunance de parler une autre langue que la mienne. Oh pardon, la g\u00eane&#8239;! La jeunesse, c\u2019est autre chose\u2026 \u00c7a aussi, je l\u2019ai perdue&#8239;!<\/em>&#8239;\u00bb \u2014, une recherche du mot juste, une conversation qui cherche son propre langage, un terrain d\u2019entente. Une d\u00e9couverte, entrecoup\u00e9e par le p\u00e9trissage du pain, la pr\u00e9paration de boissons chaudes, les jappements d\u2019une chienne affam\u00e9e et les va-et-vient d\u2019un fils pouss\u00e9 \u00e0 exercer son fran\u00e7ais, d\u2019un h\u00f4te gardien de zoo et d\u2019un mari activiste \u2014&nbsp;Manu Claeys, pr\u00e9sident d\u2019un mouvement citoyen anversois et auteur d\u2019ouvrages sur la d\u00e9mocratie et l\u2019environnement.<\/p>\n<p>Femme aux longs cheveux poivre et sel chiffonn\u00e9s dans les griffes d\u2019une pince en plastique, \u00e0 la grande bouche souriante, aux yeux p\u00e2les et gris, 58 ans, tenue d\u00e9contract\u00e9e, boots fourr\u00e9es et mitaines arc-en-ciel, Anne Provoost a \u00e9crit des dizaines d\u2019\u0153uvres, romans, essais, nouvelles, histoires pour enfants, dont certaines ont \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9es au th\u00e9\u00e2tre et \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Elle est membre de l\u2019Acad\u00e9mie royale de langue et litt\u00e9rature n\u00e9erlandaises. Elle a \u00e9t\u00e9 prim\u00e9e en Flandre, aux Pays-Bas, en France, en Autriche, aux \u00c9tats-Unis. Elle a particip\u00e9 au festival litt\u00e9raire PEN World Voices fond\u00e9 par Salman Rushdie (Les Versets sataniques) aux c\u00f4t\u00e9s de Toni Morrison (Beloved) et Margaret Atwood (La Servante \u00e9carlate) en 2006.<\/p>\n<p>Quelques dizaines de kilom\u00e8tres plus au sud, dans son propre pays, son nom r\u00e9sonne peu. Seules trois traductions s\u2019alignent sur les \u00e9tag\u00e8res des biblioth\u00e8ques belges francophones&nbsp;: Ma tante est un cachalot (1990), Le Pi\u00e8ge (1994), Regarder le soleil (2007). Des textes dans la langue de Verlaine qui ont peut-\u00eatre, selon elle, perdu le rythme, le clic et le clac, les nuances de couleurs et la pluie des mots siamois, palpables, tic-taquant du n\u00e9erlandais, mais qui gardent la profondeur, la noirceur des th\u00e8mes de l\u2019autrice.<\/p>\n<p>Entre inceste, extr\u00e9misme et n\u00e9onazisme, deuil, exil et fin de l\u2019enfance, Anne Provoost fait de la litt\u00e9rature l\u2019antichambre d\u2019un monde o\u00f9 le danger et les obstacles semblent constamment en suspens au-dessus de nos t\u00eates. \u00c0 la fois camp d\u2019entra\u00eenement et lieu d\u2019\u00e9vasion. Alors, dans cette conversation avec une \u00e9crivaine dot\u00e9e du syndrome de Cassandre, \u00e9cologique-ment engag\u00e9e et un brin catastrophiste, s\u2019invitent naturellement les maladies mortelles, la g\u00e9om\u00e9trie des plantes, la vie sociale des mouches, des histoires de dieux et de h\u00e9ros, la solidarit\u00e9 de la Belgique d\u2019en haut vis-\u00e0-vis de la Belgique d\u2019en bas, enjeu d\u2019un autre type de survie, celle d\u2019un pays.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi vivez-vous entour\u00e9e de plantes, dans la jungle de votre cuisine&#8239;?<\/strong><br \/>\nC\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une petite maladie depuis long-temps, mais elle a explos\u00e9 apr\u00e8s le covid. Avoir des plantes, c\u2019est essentiel. Je pense avoir lu quelque part que le cerveau de l\u2019\u00eatre humain se sent \u00e0 l\u2019aise avec les petits v que forment les branches. C\u2019est un rythme qui n\u2019est pas rythmique, c\u2019est quelque chose qui se r\u00e9p\u00e8te mais toujours dans d\u2019autres sch\u00e9mas. C\u2019est pour \u00e7a qu\u2019on aime beaucoup, par exemple, Amsterdam ou Paris&nbsp;: les maisons sont presque toujours les m\u00eames, mais toujours diff\u00e9rentes. C\u2019est normal, cela rassure notre cerveau, qui n\u2019aime pas quand tout est identique, uniforme \u2014&nbsp;\u00e7a, c\u2019est militariste \u2014, ni trop diff\u00e9rent, chaotique \u2014&nbsp;\u00e7a, c\u2019est la Belgique. C\u2019est une question d\u2019harmonie, d\u2019\u00e9quilibre. Cela nous envoie le message que \u00ab&#8239;la nature fait ce qu\u2019elle doit faire, il n\u2019y a pas de catastrophe&#8239;\u00bb. Cela nous apaise, ce qui \u00e9tait n\u00e9cessaire pour moi pendant la pand\u00e9mie.<\/p>\n<p><strong>Vous \u00e9tiez stress\u00e9e, inqui\u00e8te&#8239;?<\/strong><br \/>\nComme \u00e9crivaine, j\u2019ai beaucoup d\u2019imagination, je suis une vraie Cassandre dans la famille. Je suis convaincue que je connais l\u2019avenir. C\u2019est le Cassandra complex&nbsp;: dans la mythologie grecque, Cassandre avait le talent donn\u00e9 par les dieux de pr\u00e9dire l\u2019avenir, mais elle subissait aussi une mal\u00e9diction, personne ne la croyait. Il y a un beau mot en n\u00e9erlandais&nbsp;: doemdenken. C\u2019est un verbe que l\u2019on peut conjuguer&nbsp;: ik doemdenk, je doemdenkt\u2026 Il ne se traduit pas tr\u00e8s bien en fran\u00e7ais, c\u2019est la beaut\u00e9 du n\u00e9erlandais, on peut coller plusieurs mots ensemble.<\/p>\n<p><strong>\u00ab&#8239;Doem&#8239;\u00bb, c\u2019est la catastrophe, le jugement dernier.<br \/>\n<\/strong>Cela veut dire que tu \u00ab&#8239;penses&#8239;\u00bb le futur toujours de mani\u00e8re catastrophiste. Au d\u00e9but du covid, je voyais toutes les ramifications de la pand\u00e9mie. Je ne faisais que \u00e7a. Je lisais tout l\u00e0-dessus. Je voulais absolument comprendre, comment le virus se multipliait, ce moment o\u00f9 on perd le contr\u00f4le. Mes enfants et mon mari me disaient&nbsp;: \u00ab&#8239;\u00c9coute, si c\u2019\u00e9tait vrai, on serait tous morts pendant la peste. Il doit y avoir des formules ou des m\u00e9canismes qui arr\u00eatent cette spinning wheel, ce rouet.&#8239;\u00bb Je ne suis jamais pessimiste, mais je vois les choses se d\u00e9velopper sous mes yeux de mani\u00e8re tr\u00e8s pratique. En cas de canicule et de s\u00e9cheresse, je me vois porter des seaux, chercher la citerne, pr\u00e9voir des r\u00e9cipients avec des bouchons pour ne pas perdre l\u2019eau si pr\u00e9cieuse, prendre mon v\u00e9lo-cargo, agencer les bidons dedans pour que \u00e7a ne p\u00e8se pas de trop, etc. Les gens autour de moi me disent qu\u2019il sera bien temps d\u2019y penser quand le probl\u00e8me se posera.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est une technique de survie pour vous&#8239;?<\/strong><br \/>\nEn n\u00e9erlandais, on dit bezweren. C\u2019est la superstition que les malheurs n\u2019arrivent qu\u2019aux gens qui n\u2019y sont pas pr\u00e9par\u00e9s et que si tu t\u2019y attends, \u00e7a ne t\u2019arrivera pas.<\/p>\n<p><strong>Conjurer le sort&#8239;! Vous \u00eates donc superstitieuse&#8239;?<\/strong><\/p>\n<p>Je sais ce que fait ma t\u00eate&nbsp;: ce sont des moyens de survie, un coping mechanism (m\u00e9canisme d\u2019adaptation, de survie, ndlr)\u2026 C\u2019est la m\u00eame chose avec la litt\u00e9rature ou les gens qui croient en Dieu&nbsp;: nos cerveaux ont besoin de \u00e7a pour rester debout dans un monde o\u00f9 on ne voit pas la sortie. Avant, on ne voyait pas la sortie parce qu\u2019il y avait des maladies contre lesquelles les m\u00e9decins ne pouvaient rien faire, des guerres. Maintenant, on peut contr\u00f4ler beaucoup plus, mais il y a de nouvelles choses qu\u2019on ne peut pas contr\u00f4ler&nbsp;: des pand\u00e9mies, des s\u00e9cheresses, des cataclysmes qu\u2019on ne conna\u00eet pas encore mais dont on sait qu\u2019ils vont venir, les famines, l\u2019inflation, les p\u00e9nuries\u2026 Ce sera tr\u00e8s d\u00e9stabilisant. Sans ces coping mechanisms, on sombre dans la d\u00e9pression. Or, c\u2019est la seule chose qu\u2019on ne peut pas faire. Dans ce cas, on est perdu&#8239;! Je ne dis pas qu\u2019on ne peut pas d\u00e9sesp\u00e9rer. \u00c7a, c\u2019est autre chose.<\/p>\n<p><strong>On peut d\u00e9sesp\u00e9rer&#8239;?<\/strong><br \/>\nD\u00e9sesp\u00e9rer est une \u00e9motion tr\u00e8s humaine. L\u2019emp\u00eacher, la d\u00e9conseiller serait dogmatique. Oui, je d\u00e9sesp\u00e8re et je le sais, mais je regarde mon d\u00e9sespoir et je me dis&nbsp;: \u00ab&#8239;OK, j\u2019ai d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 pendant deux jours et c\u2019est assez&#8239;! Maintenant, je me reprends. Ik herpak me. Je me ramasse.&#8239;\u00bb On ne dit pas \u00e7a, en fran\u00e7ais&#8239;?<\/p>\n<p><strong>Non, mais on devrait. C\u2019est une belle image&#8239;!<\/strong><br \/>\nLe fran\u00e7ais est tr\u00e8s abstrait. Parfois, quand je lis mes textes en fran\u00e7ais, je me dis que je n\u2019\u00e9cris pas comme \u00e7a, mais quand je retraduis, c\u2019est bien \u00e7a. Je ne reconnais pas mes mots. C\u2019est tellement loin du concret. Le fran\u00e7ais n\u2019est pas tangible. On ne peut pas le prendre en main, c\u2019est immat\u00e9riel&#8239;!<\/p>\n<p><strong>Seuls quelques-uns de vos \u00e9crits ont pass\u00e9 la fronti\u00e8re linguistique alors que beaucoup ont travers\u00e9 l\u2019Atlantique. Comment l\u2019expliquez-vous&#8239;?<br \/>\n<\/strong>On est emprisonn\u00e9 par notre langue, je pense, d\u2019autant plus avec ce probl\u00e8me de traduction. Il n\u2019existe pas d\u2019auteurs vraiment belges, aussi connus au nord qu\u2019au sud. Je crois que c\u2019est plus facile d\u2019\u00eatre un homme ou une femme politique ou un chanteur belge, qu\u2019un \u00e9crivain. La politique, la chanson, le sport touchent directement les personnes alors que, pour la litt\u00e9rature, il faut faire un grand d\u00e9tour.<\/p>\n<p><strong>Comment est venu l\u2019appel de l\u2019\u00e9criture&#8239;?<br \/>\n<\/strong>Oh, c\u2019est une vieille histoire, je ne veux pas emb\u00eater les gens avec \u00e7a.<\/p>\n<p><strong>J\u2019ai lu que vous aviez quatre ans et que vous dictiez des histoires \u00e0 votre maman. C\u2019est \u00e7a&#8239;?<br \/>\n<\/strong>Oui, oui\u2026<\/p>\n<p><strong>Et comment on garde \u00e7a \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte, alors&#8239;? Beaucoup d\u2019enfants inventent des chansons, des histoires, des po\u00e8mes. Comment avez-vous fait pour ne pas vous arr\u00eater&#8239;?<\/strong><br \/>\n\u00c7a, c\u2019est inexplicable. On ne sait pas pourquoi on fait des choses. Je peux inventer des histoires \u2014&nbsp;et je le fais tout le temps \u2014&nbsp;et je me rends compte que ce sont des mani\u00e8res d\u2019organiser ma vie. La v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est qu\u2019on le fait, qu\u2019on continue \u00e0 le faire et qu\u2019on y trouve de la joie. Et je ne comprends pas qu\u2019on puisse vivre autrement.<\/p>\n<p><strong>Est-ce que vous vous sentez diff\u00e9rente des autres&#8239;?<\/strong><br \/>\nNon, tout le monde le fait.<\/p>\n<p><strong>Sauf que vous agissez apr\u00e8s. Vous posez l\u2019acte d\u2019\u00e9criture.<\/strong><br \/>\nCe n\u2019est pas seulement une inclination que l\u2019on a, mais on doit aussi avoir le sentiment d\u2019\u00eatre dot\u00e9 de capacit\u00e9s dans la langue, d\u2019arriver \u00e0 mettre ses pens\u00e9es en mots. Plein de gens laissent tomber l\u00e0 parce qu\u2019ils ne croient pas en cette capacit\u00e9.\u00a0Je vois des gens qui ne sont pas particuli\u00e8rement dou\u00e9s pour \u00e9crire qui le font quand m\u00eame. Et \u00e7a leur donne un soulagement, les rend plus grands que la vie, larger than life. C\u2019est arrogant de penser que ce sont seulement les gens qui peuvent \u00e9crire qui peuvent \u00e9crire\u2026 Ah le fran\u00e7ais&#8239;! Les gens qui sont capables d\u2019\u00e9crire (kunnen) qui ont le droit d\u2019\u00e9crire (mogen). Ce n\u2019est pas une question de comp\u00e9tence, mais de conviction.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qui vous a donn\u00e9 cette conviction&#8239;?<\/strong><br \/>\nJe viens d\u2019une famille full of chances, tr\u00e8s stable, tr\u00e8s aimante, sans probl\u00e8mes, sans difficult\u00e9s. J\u2019avais des parents \u00e9mancipateurs qui trouvaient tr\u00e8s int\u00e9ressant que j\u2019\u00e9crive, qui trouvaient tr\u00e8s important que j\u2019aie des livres \u00e0 la maison. Ma m\u00e8re enseignait alors que la plupart des autres m\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e9taient femmes au foyer. Elle \u00e9tait assez f\u00e9ministe avant la lettre et trouvait important de donner les m\u00eames chances \u00e0 ses trois filles et \u00e0 son fils, aller \u00e0 la piscine, \u00e0 l\u2019acad\u00e9mie, apprendre la musique et le dessin.<\/p>\n<p><strong>Est-ce de cette enfance-l\u00e0 que vous tirez votre engagement, votre militantisme&#8239;?<\/strong><br \/>\nOui, je pense que \u00e7a vient de la maison. Mais on ne sait jamais dire d\u2019o\u00f9 cela vient exactement. Pour moi, il faut aussi ajouter un mot&nbsp;: le privil\u00e8ge. Je me dis toujours que noblesse oblige. Pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, ceux qui ont sauv\u00e9 mes grands-parents \u00e9taient des gens tr\u00e8s riches, ce qui, dans le temps, \u00e9tait \u00e0 prendre au sens litt\u00e9ral, cela voulait dire qu\u2019ils avaient de l\u2019argent. Il n\u2019y avait pas de s\u00e9curit\u00e9 sociale, c\u2019\u00e9tait donc la noblesse qui \u00e9tait oblig\u00e9e. Maintenant, il y a des gens qui ont une richesse. Et cela ne veut pas dire la m\u00eame chose qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque. \u00catre riche, cela signifie avoir un toit, ne pas avoir froid, pouvoir manger, avoir du temps, avoir les pens\u00e9es libres, c\u2019est-\u00e0-dire que rien ne p\u00e8se sur les \u00e9paules. Je n\u2019ai pas des parents qui font tout le temps appel \u00e0 moi, pas une s\u0153ur porteuse de handicap qui aura besoin de moi quand mes parents ne seront plus l\u00e0, pas un fr\u00e8re avec qui je suis en conflit permanent, pas un ex-partenaire qui me fait peur. Ce privil\u00e8ge oblige. Les personnes qui ont cette richesse qui les rend diff\u00e9rentes sont oblig\u00e9es. Tout le monde est oblig\u00e9, mais celles-l\u00e0, un peu plus.<\/p>\n<p><strong>Vous vous sentez oblig\u00e9e&#8239;?<\/strong><br \/>\nOui, je me sens oblig\u00e9e. C\u2019est un \u00e9quilibre tr\u00e8s pr\u00e9caire, parce qu\u2019on trouve toujours des raisons de ne pas appartenir \u00e0 ce groupe de \u00ab&#8239;noblesse oblige&#8239;\u00bb. Parfois, quand je fais des lectures ou des interventions devant un public, je dis&nbsp;: \u00ab&#8239;C\u2019est vous, c\u2019est nous.&#8239;\u00bb \u00ab&#8239;Vous avez le temps de venir ce soir, vous avez l\u2019esprit assez libre pour payer, pour \u00eatre ici. Vous \u00eates concern\u00e9s, sinon vous ne seriez pas l\u00e0.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><strong>Est-ce que vous r\u00e9pondez \u00e0 cette obligation par l\u2019\u00e9criture&#8239;?<\/strong><br \/>\nOn peut avoir deux pr\u00e9suppositions avant de commencer \u00e0 \u00e9crire. La premi\u00e8re, c\u2019est de lib\u00e9rer quelque chose qui est l\u00e0, qui doit sortir. Je viens d\u2019\u00e9crire un recueil de po\u00e9sie, Krop (boule dans la gorge, go\u00eetre, jabot, ndlr). C\u2019est quelque chose qui doit sortir, sinon tu ne peux plus parler. Mais dans la litt\u00e9rature, en g\u00e9n\u00e9ral, je trouve que cela ne suffit pas. Si je devais \u00e9crire pour ensuite mettre mon manuscrit dans une bouteille et le jeter \u00e0 la mer, sans la certitude qu\u2019il soit trouv\u00e9 et lu par quelqu\u2019un, alors, je pr\u00e9f\u00e8re faire autre chose. Parce qu\u2019\u00e9crire demande trop d\u2019effort. Je pr\u00e9f\u00e8re parler toute seule dans ma t\u00eate. J\u2019ai \u00e9crit des milliers de livres dans ma t\u00eate&nbsp;: \u00e7a vient tr\u00e8s vite et c\u2019est tr\u00e8s facile. \u00c9crire demande de la force et de l\u2019endurance, de la transpiration. Je dois avoir l\u2019impression qu\u2019il y a un autre individu au bout du fil. Et c\u2019est la deuxi\u00e8me pr\u00e9supposition de la litt\u00e9rature pour moi&nbsp;: communiquer.<\/p>\n<p><strong>Que vous apporte l\u2019acte d\u2019\u00e9crire&#8239;?<\/strong><br \/>\nC\u2019est la meilleure chose qui existe pour s\u2019\u00e9manciper. C\u2019est pour \u00e7a que cela doit \u00eatre accessible au plus grand nombre. On est dans une bonne \u00e9poque&nbsp;: on ne croit plus en la g\u00e9nialit\u00e9 de l\u2019auteur. J\u2019aime bien cette id\u00e9e. Il y a beaucoup plus de personnes qui \u00e9crivent, cela offre plus de diversit\u00e9. La litt\u00e9rature se d\u00e9mocratise. Ce n\u2019est pas gai pour les established writers parce que cela fait plus de concurrence. Les gardiens de la litt\u00e9rature (les \u00e9diteurs, les critiques, etc.) ont un r\u00f4le important de contr\u00f4le de la qualit\u00e9. Mais je ne me consid\u00e8re pas comme une \u00e9litiste. Tout le monde est \u00e9crivain.<\/p>\n<p><strong>Quel est le contrat que vous passez avec votre lecteur&#8239;? Quelle promesse lui faites-vous en \u00e9crivant&#8239;?<\/strong><br \/>\nQue ce n\u2019est pas vrai&#8239;! Pour moi, c\u2019est le plus beau contrat qui existe entre les humains. C\u2019est incroyable qu\u2019on se laisse raconter des histoires et qu\u2019on se dise&nbsp;: \u00ab&#8239;A priori, c\u2019est invent\u00e9.&#8239;\u00bb Les animaux ne pourraient pas partager des choses invent\u00e9es. M\u00eame dans les cultures primitives, des raconteurs venaient des villages voisins et racontaient, sur la place du village, des histoires de dieux, de h\u00e9ros, la Bible, toutes ces histoires-l\u00e0. Les gens n\u2019ont pas toujours compris ce contrat et pensaient que c\u2019\u00e9tait vrai, tout en restant soup\u00e7onneux. Maintenant, on a \u00e9volu\u00e9 et on a compris que c\u2019est une chose qu\u2019on fait et qu\u2019on peut faire, tout le monde est d\u2019accord.<\/p>\n<p><strong>Vous \u00e9crivez actuellement un livre sur les enfants du Westhoek, de cette r\u00e9gion \u00e0 la fronti\u00e8re fran\u00e7aise, autour de l\u2019Yser, entre Ypres, La Panne et Middelkerke. Une fiction bas\u00e9e sur des faits r\u00e9els\u2026 Qui est votre grand-m\u00e8re dans ce roman historique&#8239;?<\/strong><br \/>\nC\u2019est une enfant qui doit partir de chez ses parents, \u00e0 cause d\u2019une guerre, vivre dans un pensionnat pendant quatre ans, sans un jour de vacances et avec une seule visite de sa s\u0153ur. Entre 11 000 et 21 000 enfants ont v\u00e9cu la m\u00eame chose \u00e0 l\u2019\u00e9poque, emmen\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, \u00e9loign\u00e9s de ce petit coin non conquis de la Belgique, o\u00f9 ils vivaient sous les bombardements et risquaient de mourir du typhus \u00e0 cause des soldats qui, de la merde des tranch\u00e9es, revenaient ensuite dans les fermes. Les enfants mouraient comme des mouches. Et les adultes ne pouvaient pas partir. Mes arri\u00e8re-grands-parents \u00e9taient seulement riches de leur terre&nbsp;: s\u2019ils \u00e9taient partis, toute la famille aurait souffert de la faim. Le gouvernement belge voulait absolument que les r\u00e9fugi\u00e9s passent la fronti\u00e8re. Mais \u00e0 certains moments, la France a ferm\u00e9 la fronti\u00e8re parce qu\u2019elle avait ses propres r\u00e9fugi\u00e9s, les \u00ab&#8239;bouches inutiles&#8239;\u00bb qu\u2019elle ne pouvait pas nourrir. Et puis, il y avait la population belge, celle de cette r\u00e9gion mais aussi tous les autres r\u00e9fugi\u00e9s du pays. Il y avait presque un million de personnes dans ce Westhoek.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est le livre sur lequel vous avez travaill\u00e9 le plus longtemps. Qu\u2019est-ce que cela fait d\u2019\u00eatre accompagn\u00e9e par la m\u00eame histoire pendant dix ans&#8239;?<\/strong><br \/>\nCe n\u2019est pas bien\u2026 Non.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi cette histoire vous demande-t-elle tant de temps&#8239;?<\/strong><br \/>\nParce qu\u2019elle est vraie. J\u2019ai commenc\u00e9 pendant que j\u2019\u00e9crivais un autre livre. J\u2019\u00e9tais fig\u00e9e par le doute. J\u2019ai tent\u00e9 plusieurs versions, que j\u2019ai jet\u00e9es. J\u2019ai essay\u00e9 diff\u00e9rents points de vue, moi, elle, lui, plusieurs familles, au pr\u00e9sent, au pass\u00e9\u2026 Je pensais au d\u00e9but que ce serait une nouvelle de nonante pages. Puis, j\u2019ai trouv\u00e9 les carnets des religieuses parties avec ma grand-m\u00e8re et j\u2019ai fait des reconstructions. M\u00eame si ma grand-m\u00e8re n\u2019est plus l\u00e0 pour me dire qu\u2019elle avait fait une balade ce jour-l\u00e0 dans les rues de Paris, je peux dire qu\u2019elle l\u2019a fait, puisque c\u2019est \u00e9crit dans les carnets. Je suis romanci\u00e8re, j\u2019\u00e9cris des fictions. M\u00eame si je ne peux pas le prouver, \u00e7a devient vrai pour moi, pour l\u2019histoire. Et je fais cela \u00e0 tous les niveaux. Si je lis dans les carnets des s\u0153urs que septante enfants ont eu la grippe espagnole, je peux \u00e9crire qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas malade, mais je peux aussi choisir de construire une sc\u00e8ne o\u00f9 elle a bel et bien la grippe. Je suis libre&#8239;! Parce que ce que je fais, c\u2019est extrapoler. Et avec cette extrapolation, je suis entr\u00e9e dans les familles du Westhoek, j\u2019ai racont\u00e9 mon histoire, j\u2019ai projet\u00e9 des photos et les gens, qui jusqu\u2019alors me disaient ne rien savoir de cette histoire, se sont souvenus. On a la m\u00e9moire et on a la rem\u00e9moire. C\u2019est comme \u00e7a que certains m\u2019ont dit \u00ab&#8239;c\u2019est pour \u00e7a que ma grand-m\u00e8re parle si bien le fran\u00e7ais&#8239;\u00bb ou bien qu\u2019elle \u00ab&#8239;ne pouvait pas supporter l\u2019odeur du rouge, de l\u2019\u00e9osine&#8239;\u00bb. En France, dans ces colonies, les religieuses avaient peur de perdre leurs enfants \u00e0 cause des maladies qui pouvaient rapidement causer des \u00e9pid\u00e9mies. Elles avaient donc mis de l\u2019\u00e9osine dans le riz, pensant que cela allait d\u00e9sinfecter leurs intestins, et avaient forc\u00e9 les enfants \u00e0 le manger. C\u2019est pour \u00e7a que mon livre se gonfle de d\u00e9tails qu\u2019on ne peut pas imaginer. Maintenant, j\u2019ai mille pages, c\u2019est une catastrophe. C\u2019est trop&#8239;!<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce que ce roman apportera de plus qu\u2019un livre d\u2019histoire&#8239;?<\/strong><br \/>\nJe n\u2019ai pas le choix, je ne suis pas historienne. Ce qui m\u2019appelle, c\u2019est la fiction, qui offre quelque chose de moins cognitif et de plus \u00e9motionnel. C\u2019est comme si on \u00e9tait l\u00e0. C\u2019est l\u2019\u00e9motion qui prend le pas sur la raison. J\u2019\u00e9cris pour les anc\u00eatres des enfants de l\u2019Yser, soit pour, disons, 50 000 personnes dans le Westhoek et je connais ces gens parce que je viens de l\u00e0. Je sais qu\u2019ils n\u2019aiment pas si tu ajoutes un sac de sel. Je dois donc l\u2019\u00e9crire d\u2019une telle fa\u00e7on qu\u2019ils n\u2019aient pas l\u2019impression que cette histoire a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite par une femme tr\u00e8s sophistiqu\u00e9e quelque part \u00e0 Anvers. Je dois rester tr\u00e8s s\u00e8che, je ne peux pas \u00eatre lyrique du tout.<\/p>\n<p><strong>Comment percevez-vous la Wallonie, vu d\u2019Anvers&#8239;?<\/strong><br \/>\nMon p\u00e8re et ses parents ont v\u00e9cu dans les environs d\u2019\u00c9caussinnes. Son petit fr\u00e8re est rest\u00e9 en Wallonie, il habitait \u00e0 Charleroi. J\u2019ai toujours eu des oncles et des tantes wallons, \u00e0 \u00c9caussinnes mais aussi \u00e0 Paliseul, en Ardenne. La Wallonie a toujours \u00e9t\u00e9 un quartier de notre famille. Bien s\u00fbr, quand on \u00e9tait plus jeunes, c\u2019\u00e9tait la guerre entre les petits-enfants de Flandre et de Wallonie. Les seuls mots qu\u2019on connaissait, c\u2019\u00e9tait \u00ab&#8239;sales Flamands&#8239;\u00bb et \u00ab&#8239;sales Wallons&#8239;\u00bb, mais on a toujours su que c\u2019\u00e9tait pas s\u00e9rieux, que c\u2019\u00e9tait un jeu. En grandissant, on a commenc\u00e9 \u00e0 se comprendre. Les enfants wallons comprenaient bien le n\u00e9erlandais, parce que leurs parents le parlaient \u00e0 la maison, mais ils ne voulaient pas ou n\u2019osaient pas le parler. On a d\u00e9couvert, nous Flamands, que c\u2019\u00e9tait assez facile pour nous de leur parler en fran\u00e7ais et on a trouv\u00e9 des fa\u00e7ons de faire des \u00e9changes, assez minimes, mais on le faisait. Maintenant que nous sommes adultes et que nous nous voyons malheureusement aux enterrements, on s\u2019int\u00e9resse davantage les uns aux autres. On comprend qu\u2019on a manqu\u00e9 quelque chose, qu\u2019on \u00e9tait dans des mondes diff\u00e9rents, et cela s\u2019est transform\u00e9 en une sorte de regret. Pourquoi avons-nous v\u00e9cu dans un monde o\u00f9 on nous a appris \u00e0 dresser une fronti\u00e8re&#8239;? La mentalit\u00e9 est exactement la m\u00eame, on se comprend super bien, on sent qu\u2019on est Belges ensemble.<\/p>\n<p><strong>Vous avez donc des souvenirs d\u2019enfance dans les paysages vallonn\u00e9s et bois\u00e9s de Wallonie\u2026<\/strong><br \/>\nC\u2019est l\u2019autre lien que j\u2019ai personnellement avec le sud, et qui me fait paniquer \u00e0 chaque fois que quelqu\u2019un parle de scinder le pays en deux&nbsp;: l\u2019Ardenne&#8239;! Je trouve que, dans notre pays, on n\u2019a rien de plus pr\u00e9cieux. Et je pense que beaucoup s\u2019en sont rendu compte pendant le covid. M\u00eame plus pr\u00e8s de nous, quand on visite des villes comme Li\u00e8ge ou Namur, on se sent comme un voyageur. C\u2019est exotique. Quand je vous disais que le chaos, c\u2019\u00e9tait la Belgique, on le voit dans ces villes. Je le dis sans fiert\u00e9 et je ne pense pas que ce soit chouette pour les gens qui vivent l\u00e0. J\u2019aimerais que toutes ces vieilles maisons du XIXe si\u00e8cle soient restaur\u00e9es comme ici, dans mon quartier d\u2019Anvers. Quand je suis arriv\u00e9e \u00e0 Borgerhout il y a trente ans, c\u2019\u00e9tait la m\u00eame chose&nbsp;: des b\u00e2timents vides, des fen\u00eatres ferm\u00e9es par des planches de bois\u2026 J\u2019ai beaucoup d\u2019amis qui veulent acheter en Wallonie parce que c\u2019est moins cher. Je ne dis pas que le c\u00f4t\u00e9 organis\u00e9, c\u2019est la perfection. Je trouve \u00e7a bien de pouvoir naviguer entre les deux, c\u2019est une richesse. C\u2019est dommage pour les Wallons qui ont beaucoup moins que nous, on le voit, les gens sont moins riches. Pour moi, c\u2019est int\u00e9ressant de le voir, pour savoir comment \u00e9tablir une solidarit\u00e9 plus juste en tant que concitoyens. Avec mon mari, on croit profond\u00e9ment en un syst\u00e8me bas\u00e9 sur la solidarit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Noblesse oblige, encore une fois\u2026 Vous ne comprenez donc pas les s\u00e9paratistes&#8239;?<\/strong><br \/>\nC\u2019est un peu facile de penser qu\u2019on peut r\u00e9soudre des probl\u00e8mes qu\u2019on aura toujours en scindant le pays en deux. Maintenant, c\u2019est l\u2019entente qui est le plus important. Avec les unusual suspects, avec les gens dont on dit qu\u2019ils ne sont pas nos amis naturels. C\u2019est une le\u00e7on \u00e0 tirer pour le futur&nbsp;: on devra chercher des plateformes pour s\u2019entendre avec ceux avec qui on n\u2019est pas d\u2019accord. Imaginez, vos petits-enfants vous posent la question \u00ab&#8239;Qu\u2019est-ce vous avez fait quand il fallait r\u00e9soudre les probl\u00e8mes plan\u00e9taires&#8239;?&#8239;\u00bb et vous r\u00e9pondez&nbsp;: \u00ab&#8239;Ici, en Belgique, on s\u2019est r\u00e9organis\u00e9 parce que \u00e7a ne marchait pas, on ne pouvait rien faire ensemble.&#8239;\u00bb C\u2019est de la rh\u00e9torique, on perd du temps. Est-ce que ce ne serait pas mieux de ne pas compliquer les choses davantage et de r\u00e9soudre les manquements afin de s\u2019attaquer aux grands probl\u00e8mes du monde&#8239;? L\u2019inflation, la transition \u00e9cologique, le ch\u00f4mage, les trans-ports publics\u2026 Commen\u00e7ons avec \u00e7a&#8239;!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sc\u00e9narios catastrophes, cauchemars, anticipation, notre cerveau nous pr\u00e9pare au pire. 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