{"id":1550,"date":"2023-04-21T18:46:01","date_gmt":"2023-04-21T16:46:01","guid":{"rendered":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/?p=1550"},"modified":"2023-12-09T17:46:26","modified_gmt":"2023-12-09T16:46:26","slug":"forza-flandria-le-fantome-aux-100-visages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/forza-flandria-le-fantome-aux-100-visages\/","title":{"rendered":"Forza Flandria , le fant\u00f4me aux 100 visages"},"content":{"rendered":"<p><strong>Nom de code&nbsp;: Forza Flandria. Mais qu\u2019importe le flacon, pourvu qu\u2019on ait l\u2019ivresse, celle que procure le combat inlassable pour l\u2019autonomie de la Flandre. Depuis un si\u00e8cle, les man\u0153uvres se succ\u00e8dent, parfois au grand jour, souvent secr\u00e8tes. Avec le m\u00eame objectif&nbsp;: constituer un large regroupement politique en vue d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer la marche de la Flandre vers son destin. Des tentatives aux r\u00e9sultats mitig\u00e9s. Mais certains y songent de nouveau, alors que l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une alliance entre N-VA et Vlaams Belang est discut\u00e9e pour 2024. En vue&nbsp;: le dernier \u00e9pisode d\u2019un chass\u00e9-crois\u00e9 vertigineux dont le point de d\u00e9part et d\u2019aboutissement est presque toujours Anvers.<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est un spectre qui revient sans cesse hanter. Un si\u00e8cle que cela dure. Beaucoup l&rsquo;attendent, autant le craignent. D&rsquo;autres s&rsquo;en moquent. L&rsquo;a-t-on d\u00e9j\u00e0 vu&#8239;? Oui, de ci de l\u00e0, sous des formes \u00e9vasives, fluctuantes. Toujours insaisissables. Dix fois au moins, ses sectateurs ont cru en d\u00e9celer la forme aboutie, concr\u00e8te, apte \u00e0 modifier \u00e0 jamais le panorama des forces et des id\u00e9es en Flandre. Impressions \u00e0 chaque fois trompeuses. Mais alors que se profile le grand combat de 2024, avec des factions nationalistes post\u00e9es sur deux rives, s\u00e9par\u00e9es seulement par un cordon, l\u2019id\u00e9e s\u2019invite de nouveau dans les esprits.<\/p>\n<p>Ses sonorit\u00e9s sont un leurre. Forza Flandria&nbsp;: on dirait le sud. Pourquoi pas un stade napolitain aux fumig\u00e8nes \u00e9carlates&#8239;? Ou quelque palais florentin&#8239;? Erreur. Ses origines sont \u00e0 chercher entre l\u2019Yser et l\u2019Escaut. Italien de cuisine, auront d\u2019ailleurs remarqu\u00e9 les philologues&nbsp;: la traduction correcte serait Fiandre. Flandria ressortirait plut\u00f4t du latin tardif.<\/p>\n<p>Premi\u00e8re occurrence de l\u2019expression&#8239;? Avril 1994, dans la confidentielle revue <em>Nucleus<\/em>. L\u2019\u00e9ditorialiste Paul Belien commente la victoire \u00e9lectorale, en Italie, du businessman Silvio Berlusconi et de son parti Forza Italia. Il remarque que si Berlusconi est en mesure de prendre le pouvoir, c\u2019est du fait de son alliance avec Umberto Bossi et Gianfranco Fini. Le premier dirige les ind\u00e9pendantistes lombards et v\u00e9nitiens coalis\u00e9s au sein de la Lega Nord, le second est \u00e0 la t\u00eate des ex-fascistes repeints en n\u00e9olib\u00e9raux d\u2019Alleanza nazionale. \u00ab&#8239;Le ticket gagnant des \u00e9lections italiennes s\u2019appelle Berlusconi, Fini et Bossi. Conservateur, lib\u00e9ral et nationaliste&#8239;\u00bb, synth\u00e9tise Paul Belien. H\u00e9las, regrette-t-il, pareil ticket n\u2019existe pas en Flandre. \u00ab&#8239;L\u2019exemple de Berlusconi prouve que seule une large coalition conservatrice-lib\u00e9rale peut cr\u00e9er le glissement de terrain \u00e9lectoral qui brisera une fois pour toutes la social-d\u00e9mocratie. En Flandre aussi, il n\u2019y a qu\u2019une seule coalition susceptible d\u2019en finir avec l\u2019ancien r\u00e9gime&nbsp;: une alliance du VLD, du Vlaams Blok et du monde catholique conservateur.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019article de <em>Nucleus<\/em> n\u2019a gu\u00e8re de suite. L\u2019id\u00e9e percole n\u00e9anmoins. Avant de ressurgir en 2007, d\u00e9fendue notamment par Bruno Valkeniers. Fid\u00e8le au pedigree familial (son oncle Jef Valkeniers a \u00e9t\u00e9 d\u00e9put\u00e9 Volksunie), cet homme d\u2019affaires a milit\u00e9 dans ses jeunes ann\u00e9es au KVHV, le cercle des \u00e9tudiants flamingants et catholiques. Un temps affili\u00e9 au Vlaams Blok, il s\u2019est \u00e9loign\u00e9 de la politique pour se concentrer sur ses fonctions manag\u00e9riales dans des soci\u00e9t\u00e9s actives au port d\u2019Anvers. Il se verrait bien en Berlusconi \u00e0 la flamande. En 2008, il est \u00e9lu pr\u00e9sident du Vlaams Belang, le nouveau nom du Vlaams Blok condamn\u00e9 pour racisme en 2000. Valkeniers veut d\u00e9sencercler son parti, lui ouvrir les portes du pouvoir. Il r\u00e9active l\u2019ancien fantasme&nbsp;: un regroupement de toutes les forces antibelges et anti-gauche.<\/p>\n<p>Ses man\u0153uvres resteront \u00e0 l\u2019\u00e9tat gazeux. Forza Flandria n\u2019est qu\u2019un fant\u00f4me. \u00ab&#8239;<em>Mettez deux partis flamands ensemble, vous avez trois disputes, quatre exclusions, cinq dissidences. Le narcissisme des petites diff\u00e9rences, c\u2019est un peu la probl\u00e9matique de Forza Flandria<\/em>&#8239;\u00bb, se d\u00e9sole aujourd\u2019hui le d\u00e9put\u00e9 nationaliste Jean-Marie Dedecker, qui fut partie prenante de ces tractations.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h3>1936&nbsp;: La concentration rest\u00e9e lettre morte<\/h3>\n<p>Notion floue, au contenu variable, Forza Flandria se caract\u00e9rise n\u00e9anmoins par deux constantes&nbsp;: une porosit\u00e9 entre la droite et l&rsquo;extr\u00eame-droite&#8239;; un projet d\u2019alliance transpartisane dans une perspective nationaliste, ou au minimum autonomiste. L\u2019id\u00e9e existait avant m\u00eame que le vocable n\u2019apparaisse, comme le note l\u2019historien flamand Olivier Boehme. \u00ab&#8239;Forza Flandria, c\u2019est une expression b\u00e2tarde, une construction artificielle, mais c\u2019est une id\u00e9e aux racines tr\u00e8s anciennes. Ses origines remontent \u00e0 l\u2019entre-deux-guerres.&#8239;\u00bb Apr\u00e8s l\u2019armistice de 1918, na\u00eet l\u2019id\u00e9e d\u2019une vlaamsche concentratie, comme on l\u2019orthographie \u00e0 l\u2019\u00e9poque&nbsp;: une concentration des forces proflamandes. Mais qui inclure&#8239;? Les flamingants sont diss\u00e9min\u00e9s entre socialistes, lib\u00e9raux et sociaux-chr\u00e9tiens, aux id\u00e9ologies antagonistes. \u00ab&#8239;C\u2019est un r\u00eave qui va surtout vivre \u00e0 droite. Et il peut se r\u00e9sumer comme suit&nbsp;: on serait quand m\u00eame plus forts si on se mettait tous ensemble.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019accord de coop\u00e9ration entre le Katholieke Vlaamsche Volkspartij<sup>1<\/sup> et le Vlaamsch Nationaal Verbond est un tournant. Le texte est sign\u00e9 le 8 d\u00e9cembre 1936 par Gaston Eyskens au nom du KVV, par Hendrik Borginon et Hendrik Elias pour le VNV. Il revendique un \u00ab&#8239;statut de droit public pour la communaut\u00e9 flamande&#8239;\u00bb. R\u00e9trospectivement, on s\u2019\u00e9tonne de trouver le nom d\u2019Eyskens, par trois fois Premier ministre entre 1949 et 1973, associ\u00e9 au VNV s\u00e9paratiste, aux nombreux \u00e9l\u00e9ments pronazis. \u00ab&#8239;Gaston Eyskens \u00e9crira dans ses M\u00e9moires qu\u2019avec cet accord, il esp\u00e9rait int\u00e9grer l\u2019aile mod\u00e9r\u00e9e du VNV dans le syst\u00e8me d\u00e9mocratique. \u00c7a s\u2019est av\u00e9r\u00e9 illusoire. Et \u00e7a pr\u00e9figurait en un sens le d\u00e9bat actuel sur le cordon sanitaire&#8239;\u00bb, observe Olivier Boehme. L\u2019\u00e9pisode annonce aussi les futures divergences internes au Vlaams Blok&nbsp;: par ce mouvement vers le centre, l\u2019aile mod\u00e9r\u00e9e du VNV esp\u00e8re se rendre \u00ab&#8239;fr\u00e9quentable&#8239;\u00bb et exercer le pouvoir, contre l\u2019avis des secteurs les plus extr\u00eames du parti. Mais l\u2019accord de 1936 ne sera jamais appliqu\u00e9. \u00ab&#8239;Pourquoi&#8239;? Parce que le VNV \u00e9tait trop fasciste aussi bien pour l\u2019\u00c9glise que pour le Mouvement ouvrier chr\u00e9tien. Ce sont les \u00e9v\u00eaques et les syndicalistes qui ont ensemble fait chavirer l&rsquo;accord.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h3>1966&nbsp;: Naissance du nationalisme \u00e9conomique<\/h3>\n<p>C&rsquo;est une c\u00e9sure dont on ne mesurera l&rsquo;importance que bien plus tard. En 1966, le PIB par habitant de la Flandre d\u00e9passe pour la premi\u00e8re fois celui de la Wallonie. Au nord du pays, une id\u00e9e germe dans les milieux entrepreneuriaux&nbsp;: la Flandre doit fixer ses propres priorit\u00e9s, sans se laisser ralentir par les francophones. Vaast Leysen est l\u2019homme cl\u00e9 de ce monde-l\u00e0. Il a \u00e9tudi\u00e9 au Sint-Lievenscollege, une \u00e9cole anversoise connue pour la tonalit\u00e9 nationaliste de son enseignement. Elle a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par Lieven Gevaert, patron d\u2019un laboratoire photo qui deviendra la soci\u00e9t\u00e9 Agfa-Gevaert et premier pr\u00e9sident du Vlaams Economisch Verbond (VEV), principale organisation patronale flamande. Vaast Leysen, lui aussi, sera pr\u00e9sident du VEV, matrice de l\u2019actuel Voka. Et il est derri\u00e8re le Financieel-Economische Tijd (actuel De Tijd), le journal fond\u00e9 en 1968 \u00e0 l\u2019initiative du VEV.<\/p>\n<p>C\u2019est une d\u00e9cennie o\u00f9 la Flandre, forte de sa nouvelle prosp\u00e9rit\u00e9, s\u2019autonomise sur tous les plans&nbsp;: \u00e9conomique, m\u00e9diatique, politique. En 1968, le CVP-PSC se scinde en deux partis distincts. Chacun sa route. Trois ans plus t\u00f4t, un jeune avocat d\u2019affaires que l\u2019on d\u00e9signera bien-t\u00f4t comme le \u00ab&#8239;Kennedy flamand&#8239;\u00bb a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu pour la premi\u00e8re fois d\u00e9put\u00e9&nbsp;: Hugo Schiltz. Il porte les couleurs de la Volksunie, le parti nationa-liste flamand cr\u00e9\u00e9 en 1955, qui couvre un large spectre, du centre gauche \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite.<\/p>\n<p>Directeur de la banque anversoise Van Breda, embl\u00e8me de la Flandre qui gagne, Vaast Leysen se tient \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la politique partisane. De sensibilit\u00e9 flamingante, il organise dans les ann\u00e9es 1970 plusieurs rencontres secr\u00e8tes qui ont pour but de rapprocher le CVP et la Volksunie. Il entretient des contacts suivis avec les chr\u00e9tiens-d\u00e9mocrates L\u00e9o Tindemans et Wilfried Martens. Mais ses man\u0153uvres n\u2019aboutiront pas.<\/p>\n<p>\u00ab&#8239;<em>Ce que Leysen a sous-estim\u00e9, c\u2019est la ranc\u0153ur qui existe entre les catholiques flamingants, comme Wilfried Martens, et les nationalistes purs et durs<\/em>&#8239;\u00bb, analyse Rik Van Cauwelaert, ancien r\u00e9dacteur en chef du magazine Knack. Cette hostilit\u00e9 s\u00e9culaire, mille fois recuite, continue-rait d\u2019ailleurs de produire ses effets. \u00ab&#8239;<em>On le voit aujourd\u2019hui encore quand Bart De Wever parle du CD&amp;V. L\u2019animosit\u00e9 est palpable. Il a encore dit r\u00e9cemment que c\u2019est un parti qui devait dispara\u00eetre. C\u2019est une vieille querelle qui date de la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Le fait que certains flamingants ont collabor\u00e9 avec l\u2019occupant allemand, \u00e7a a envenim\u00e9 les relations dans le Mouvement flamand. En retour, les nationalistes ont commenc\u00e9 \u00e0 dire que les catholiques comme Frans Van Cauwelaert<sup>2<\/sup> \u00e9taient des<\/em> \u201c<em>minimalistes<\/em>\u201d, <em>adeptes des petits pas<\/em>.&#8239;\u00bb Divergences de m\u00e9thode et de style. Accointances sur l\u2019objectif&nbsp;: construire l\u2019autonomie flamande la plus large possible. Frans Van Cauwelaert lui-m\u00eame ne lan\u00e7a-t-il pas une formule qui a fait flor\u00e8s&#8239;? <em>Met Belgi\u00eb als het kan, zonder Belgi\u00eb als het moet<\/em>. Avec la Belgique si possible, sans la Belgique s&rsquo;il le faut.<\/p>\n<figure class=\"blockquote-figure\">\n<blockquote>\n<p>Le plan de Verhofstadt, c\u2019\u00e9tait d\u2019amalgamer au PVV les franges droites du CVP, de la Volksunie et \u00e9ventuellement certains \u00e9lus Vlaams Blok jug\u00e9s compatibles.<\/blockquote><figcaption class=\"blockquote-footer\">Eric Van de Casteele, professeur \u00e0 la haute \u00e9cole Artevelde<\/figcaption><\/figure>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h3>1991&nbsp;: Verhofstadt contre la \u00ab&#8239;maladie belge&#8239;\u00bb<\/h3>\n<p>C&rsquo;est \u00ab&#8239;la premi\u00e8re tentative s\u00e9rieuse&#8239;\u00bb de constituer un rassemblement de type Forza Flandria, \u00e0 en croire Eric Van de Casteele, professeur \u00e0 la haute-\u00e9cole Artevelde (Gand) et auteur d\u2019une biographie d\u2019Hugo Schiltz \u00e0 para\u00eetre. Les trac-tations s\u2019\u00e9talent sur plusieurs mois. \u00c0 la man\u0153uvre&nbsp;: Guy Verhofstadt, jeune et fringant pr\u00e9sident du PVV, le parti lib\u00e9ral n\u00e9erlandophone. Dans l\u2019opposition, il se profile comme un Flamand intraitable et d\u00e9nonce dans son Burgermanifest (Manifeste citoyen) la \u00ab&#8239;maladie belge&#8239;\u00bb. \u00ab&#8239;Son plan, d\u00e9taille Eric Van de Casteele, c\u2019\u00e9tait d\u2019amalgamer au PVV les franges droites du CVP, de la Volksunie et \u00e9ventuellement certains \u00e9lus Vlaams Blok jug\u00e9s compatibles, comme Gerolf Annemans. Le but \u00e9tait de briser le leadership du CVP.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Un certain Paul Belien, journaliste \u00e0 la Gazet van Antwerpen, chroniqueur de Nucleus et mari d\u2019Alexandra Colen, future d\u00e9put\u00e9e Vlaams Blok, joue en coulisses un r\u00f4le actif<sup>3<\/sup>. Le 20 f\u00e9vrier 1991, il re\u00e7oit la visite du professeur gantois Boudewijn Bouckaert, conseiller politique de Verhofstadt. Celui-ci met Belien au parfum de l\u2019op\u00e9ration d\u2019\u00e9largissement que mitonne son patron, et lui dit \u00eatre \u00e0 la recherche de catholiques conservateurs pr\u00eats \u00e0 se joindre \u00e0 l\u2019aventure. Cinq mois plus tard, Paul Belien signe un article provocateur dans <em>Nucleus<\/em>. Extrait&nbsp;: \u00ab&#8239;Les conservateurs en Flandre sont divis\u00e9s entre le CVP, le PVV, la Volksunie et le Vlaams Blok. On trouve dans chacune de ces formations des personnes qui se sentiraient parfaitement \u00e0 l\u2019aise au sein de la CDU allemande ou des Tories britanniques. Bien que les conservateurs soient majoritaires en Flandre, ils ne sont jamais en mesure de traduire politiquement leur supr\u00e9matie.&#8239;\u00bb Pour que celle-ci advienne, il faudrait \u00ab&#8239;une sorte de CDU flamande&#8239;\u00bb, estime Paul Belien.<\/p>\n<p>Verhofstadt lui-m\u00eame a confi\u00e9 \u00e0 Paul Belien et quelques proches ce qu\u2019il avait en t\u00eate&nbsp;: \u00ab&#8239;un parti captant 30 \u00e0 35&nbsp;% des voix, en phase avec le volksaard<sup>4<\/sup>, d\u00e9fenseur du libre march\u00e9 et capable de faire contrepoids \u00e0 Spitaels<sup>5<\/sup>\u00bb. Paul Belien est si interloqu\u00e9 qu\u2019il le mentionne dans son carnet&nbsp;: \u00ab&#8239;\u00c7a fait deux fois que j\u2019entends Verhofstadt parler de volksaard.&#8239;\u00bb Phras\u00e9ologie aux accents nationalistes\u2026 Belien consigne au jour le jour l\u2019\u00e9volution des tractations. \u00ab&#8239;Verhofstadt m\u2019a demand\u00e9 si Gerolf Annemans ne serait pas dispos\u00e9 \u00e0 s\u2019ajouter \u00e0 la liste des transfuges possibles&#8239;\u00bb, \u00e9crit-il dans ses notes. La requ\u00eate surprend \u00e0 un moment o\u00f9 le cordon sanitaire existe d\u00e9j\u00e0. En 1989, les repr\u00e9sentants des quatre principaux partis flamands (CVP, PVV, Agalev, Volksunie) ont en effet sign\u00e9 un engagement \u00e0 ne jamais s\u2019allier avec l\u2019extr\u00eame droite.<\/p>\n<p>Sur la suggestion de Verhofstadt, un groupe de r\u00e9flexion est form\u00e9 sous la pr\u00e9sidence de Lode Claes. Il s\u2019installe dans la biblioth\u00e8que de la Fondation universitaire, rue d\u2019Egmont \u00e0 Bruxelles, le 1er\u00a0octobre 1991. D\u2019o\u00f9 son nom&nbsp;: le 1-Oktobergroep. Lode Claes en th\u00e9orise le socle comme un triangle&nbsp;: \u00ab&#8239;Nous d\u00e9fendons le libre march\u00e9 sur un plan socio-\u00e9conomique&#8239;; les valeurs occidentales sur un plan philosophique&#8239;; l\u2019int\u00e9r\u00eat flamand sur un plan communautaire.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Personnage au parcours tortueux que ce Lode Claes. Condamn\u00e9 en 1944 \u00e0 quinze ans de prison pour faits de collaboration pendant la guerre, il a notamment travaill\u00e9 en cheville avec Hendrik Borginon, l\u2019un des leaders du VNV. Apr\u00e8s le recouvrement de ses droits politiques, Lode Claes devient s\u00e9nateur Volksunie. En d\u00e9saccord avec Hugo Schiltz, il quitte le parti et fonde le Vlaamse Volkspartij (VVP). Celui-ci se pr\u00e9sente aux \u00e9lections de 1978 en cartel avec le Vlaamse Nationale Partij (VNP), une autre dissidence de la Volksunie. VVP et VNP fusionnent sous une banni\u00e8re nouvelle&nbsp;: le Vlaams Blok. Non \u00e9lu en 1978, Lode Claes devient directeur de l\u2019hebdo-madaire Trends, un magist\u00e8re d\u2019influence.<\/p>\n<p>\u00ab&#8239;Lode Claes \u00e9voluait dans le m\u00eame monde qu\u2019Hugo Schiltz, la couche sup\u00e9rieure de la population anversoise, tr\u00e8s cultiv\u00e9e, situe Rik Van Cauwelaert. Apr\u00e8s la guerre, il a travaill\u00e9 pour la banque Lambert. La direction le prend \u00e0 bord pour les contacts qu\u2019il a dans le monde entrepreneurial flamand. C\u2019est notamment gr\u00e2ce \u00e0 Lode Claes que les De Nolf ont pu construire la firme Roularta, \u00e9ditrice de Knack et de Trends, gr\u00e2ce \u00e0 des emprunts via la banque Lambert. Lode Claes est rest\u00e9 un ami de la famille De Nolf jusqu\u2019\u00e0 la fin de ses jours. Et ce qu\u2019il a fait pour Roularta, il l\u2019a fait aussi pour un tas d\u2019autres petites entreprises flamandes. Parall\u00e8lement, il demeurait un sympathisant des id\u00e9es d\u2019ordre nouveau\u2026 En mati\u00e8re d\u2019\u00e9conomie, c\u2019\u00e9tait un lib\u00e9ral comme Verhofstadt. C\u2019est assez logique que ce dernier ait pens\u00e9 \u00e0 lui au moment d\u2019\u00e9tendre le PVV.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Guy Verhofstadt, qui a d\u2019abord avanc\u00e9 en solo, finit par aviser de ses d\u00e9marches le bureau du PVV, qu\u2019il r\u00e9unit dans un restaurant de Woluwe-Saint-Lambert. Il distribue aux convives un document confidentiel, o\u00f9 les strat\u00e9gies d\u2019\u00e9largissement sont class\u00e9es en trois volets&nbsp;: socialistes, nationalistes flamands et catholiques conservateurs. \u00ab&#8239;Certains membres du bureau de parti sont horrifi\u00e9s lorsqu\u2019ils voient figurer dans le document le nom de Gerolf Annemans, d\u00e9put\u00e9 du Vlaams Blok&#8239;\u00bb, r\u00e9v\u00e9leront plus tard Olivier Mouton et Boudewijn Vanpeteghem, auteurs de Numero uno, une biographie de Verhofstadt parue en 2003.<\/p>\n<p>Les tentatives d&rsquo;approche du PVV vis-\u00e0-vis de la Volksunie patinent. D\u00e8s le 28 mars 1991, des d\u00e9l\u00e9gations des deux partis se sont r\u00e9unies au restaurant De Bouverie \u00e0 Gavere. Premier round sans lendemain. Les nationalistes flamands ne sont pas pr\u00eats \u00e0 se dissoudre dans un conglom\u00e9rat mal d\u00e9fini. Le traumatisme du \u00ab&#8239;dimanche noir&#8239;\u00bb change la donne. Aux \u00e9lections du 24 novembre 1991, la Volksunie passe sous les 10&nbsp;%, devanc\u00e9e par les fr\u00e8res ennemis du Vlaams Blok. Jaak Gabri\u00ebls, pr\u00e9sident du parti nationaliste, est sous le choc. Le 3 janvier 1992, il rencontre Verhofstadt et se dit pr\u00eat \u00e0 bouger. Quand l\u2019objet du rendez-vous est d\u00e9voil\u00e9, la Volksunie s\u2019entred\u00e9chire. Constatant qu\u2019il n\u2019est pas suivi, Jaak Gabri\u00ebls quitte la pr\u00e9sidence. En ao\u00fbt 1992, il rejoint le PVV, emmenant avec lui d\u2019autres personnalit\u00e9s nationalistes, comme Andr\u00e9 Geens et Bart Somers, et un peu plus tard Jef Valkeniers et Hugo Coveliers.<\/p>\n<p>Le grand show s\u2019\u00e9tale du 12 au 15 novembre 1992 \u00e0 Anvers. Lors de ce congr\u00e8s fondateur, le sigle PVV est abandonn\u00e9 pour laisser place au VLD, dont les initiales signifient \u00ab&#8239;flamand, lib\u00e9ral et d\u00e9mocrate&#8239;\u00bb. Mais le bagout de Verhofstadt masque mal un \u00e9chec&nbsp;: hormis quelques transfuges isol\u00e9s, il n\u2019a r\u00e9ussi \u00e0 rallier ni la Volksunie, ni la frange droite du CVP. Quant \u00e0 Lode Claes, il choisit finalement de ne pas adh\u00e9rer au VLD. Peut-\u00eatre pour ne pas y retrouver ces nationalistes mod\u00e9r\u00e9s, type Gabri\u00ebls, \u00e0 qui il a tourn\u00e9 le dos en quittant la Volksunie pour le Vlaams Blok en 1978\u2026 S\u2019il reste au balcon, Lode Claes n\u2019en soutient pas moins l\u2019op\u00e9ration. Et dans le magazine Trends, dont il pr\u00e9side toujours le comit\u00e9 de r\u00e9daction, l\u2019\u00e9ditorial salue \u00ab&#8239;une \u00e9poque nouvelle qui commence&#8239;\u00bb, pas moins.<\/p>\n<p>Pour le reste, plus de trente ans apr\u00e8s les faits, il reste difficile de savoir ce qui s\u2019est tram\u00e9 en coulisses. \u00ab&#8239;<em>Le gros poisson que Verhofstadt voulait, c\u2019\u00e9tait Hugo Schiltz, relate Rik Van Cauwelaert. Il savait que si Schiltz venait, le reste allait suivre. Hugo Schiltz lui-m\u00eame a h\u00e9sit\u00e9. Je me souviens qu\u2019au congr\u00e8s fondateur du VLD, la rumeur courait&nbsp;: Schiltz va venir\u2026 Schiltz n\u2019est pas venu<\/em>.&#8239;\u00bb Les raisons de cette absence&#8239;? \u00ab&#8239;<em>Schiltz ne voulait pas quitter son parti et il voyait qu\u2019une grande partie de ses troupes n\u2019\u00e9taient pas dispos\u00e9es \u00e0 s\u2019arrimer au VLD, avance Eric Van de Casteele. Il envisageait \u00e9ventuellement d\u2019int\u00e9grer la Volksunie dans un ensemble plus large, mais \u00e0 condition que ce soit une collaboration entre partis et non une collection d\u2019individus<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Gerolf Annemans, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 journaliste (notamment pour Trends) et chef de groupe du Vlaams Blok \u00e0 la Chambre, il poursuit aujourd\u2019hui sa carri\u00e8re au Parlement europ\u00e9en, tout comme Verhofstadt. \u00ab&#8239;<em>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, comme beaucoup de nationalistes, je me retrouvais assez bien dans son analyse<\/em>, commente-t-il. <em>Un jour, il m\u2019a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9, mais pour moi, sa proposition \u00e9tait inconcevable. Je venais d\u2019engranger une victoire \u00e9clatante avec le Vlaams Blok en 1991, je n\u2019avais aucune raison de changer de cr\u00e9merie<\/em>.&#8239;\u00bb<br \/>\n<!--nextpage--><\/p>\n<h3>1999&nbsp;: Front \u00e9largi autour de cinq r\u00e9solutions<\/h3>\n<p>Moment d\u00e9cisif. Le 3 mars 1999, le parlement flamand vote cinq r\u00e9solutions qui sont autant d\u2019exigences en vue d\u2019une r\u00e9forme de l\u2019\u00c9tat maximaliste. Avec le recul, deux \u00e9l\u00e9ments frappent. Primo&nbsp;: la radicalit\u00e9 du cahier revendicatif, qui inclut l\u2019autonomie fiscale pour la Flandre, la scission des soins de sant\u00e9, une kyrielle de transferts de comp\u00e9tences\u2026 Secundo&nbsp;: la tr\u00e8s large majorit\u00e9 avec laquelle les cinq r\u00e9solutions sont approuv\u00e9es. La Volksunie, mais aussi le CVP et le VLD, votent comme un seul homme l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du menu. Les d\u00e9put\u00e9s du SP.A en votent quatre sur cinq, s\u2019abstenant seulement sur la scission des soins de sant\u00e9. Cette derni\u00e8re r\u00e9solution (intitul\u00e9e \u00ab&#8239;des blocs de comp\u00e9tences homog\u00e8nes&#8239;\u00bb) re\u00e7oit 70 voix sur 106. Les quatre autres sont soutenues par 92 \u00e0 98 voix. Les \u00e9cologistes d\u2019Agalev s\u2019abstiennent mais ne votent pas contre. Et le Vlaams Blok&#8239;? Apr\u00e8s avoir annonc\u00e9 dans un premier temps qu\u2019il soutiendrait les r\u00e9solutions, il quitte l\u2019h\u00e9micycle au moment du vote&nbsp;: mani\u00e8re de dire qu\u2019il faut en finir avec la Belgique, et non l\u2019am\u00e9nager. Ce faisant, comme le note le journaliste Mark Deweerdt dans De Tijd, les \u00e9lus d\u2019extr\u00eame droite rendent un grand service \u00e0 leurs coll\u00e8gues&nbsp;: \u00ab&#8239;Pas de parfum x\u00e9nophobe sur ce large consensus. Les Wallons ne pourront pas pousser les autres partis flamands dans le maudit petit coin s\u00e9paratiste du Blok.&#8239;\u00bb Frappant aussi&nbsp;: le Premier ministre Jean-Luc Dehaene (CVP) a fait savoir qu\u2019il d\u00e9sapprouvait le principe de ces r\u00e9solutions, ce qui n\u2019a pas suffi \u00e0 calmer les ardeurs du parlement flamand.<\/p>\n<p>Quelques jours \u00e0 peine avant le vote, pourtant, l\u2019incertitude demeurait totale. Le degr\u00e9 d\u2019as-sentiment aux cinq r\u00e9solutions faisait l\u2019objet de toutes les conjonctures. Le ministre-pr\u00e9sident Luc Van den Brande (CVP) et le pr\u00e9sident du parlement Johan Sauwens (Volksunie) ont c\u00e9l\u00e9-br\u00e9 l\u2019issue des d\u00e9bats comme une apoth\u00e9ose.<br \/>\nC\u00f4t\u00e9 francophone, mais aussi parmi les \u00e9lus flamands qui si\u00e8gent au niveau f\u00e9d\u00e9ral, ce vote est v\u00e9cu comme une d\u00e9flagration. Si les r\u00e9formes de l\u2019\u00c9tat de 2001 et 2011 concr\u00e9tiseront par la suite une partie des cinq r\u00e9solutions, de nombreux points n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre. Ce qui montre combien \u00e9tait dense la liste des dol\u00e9ances vot\u00e9e en 1999. Et \u00e0 quel point la demande flamande d\u2019autonomie reste, pour une bonne part, inassouvie.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h3>2004&nbsp;: Un cartel pour le conf\u00e9d\u00e9ralisme<\/h3>\n<p>L&rsquo;avocat anversois Fons Borginon devient en janvier 2001 le pr\u00e9sident de la Volksunie. Son grand-p\u00e8re Hendrik Borginon, mobilis\u00e9 sur le front de l\u2019Yser en 1914-1918, faisait circuler des feuillets clandestins parmi les soldats flamands&#8239;; il signa en 1936, au nom du VNV, l\u2019un des signataires de l\u2019accord de coop\u00e9ration avec les catholiques du KVV. Fons prolonge la lign\u00e9e. Et d\u2019une certaine mani\u00e8re, il l\u2019ach\u00e8ve. En septembre 2001, la Volksunie \u00e9puis\u00e9e par les querelles intestines s\u2019autodissout. Fons Borginon \u00e9teint l\u2019interrupteur, puis s\u2019en va rejoindre le VLD, o\u00f9 il retrouve certains de ses anciens camarades nationalistes (Gabri\u00ebls, Somers, Coveliers\u2026). Le reste de la Volksunie essaime aux quatre vents, ses \u00e9lus trouvant asile qui au SP.A, qui au CD&amp;V, qui chez Groen.<\/p>\n<p>Une minorit\u00e9 de membres, les plus intransigeants, se regroupe au sein de la Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA). Article 1 des statuts&nbsp;: l\u2019ind\u00e9pendance de la Flandre. Premier test \u00e9lectoral en 2003, \u00e9chec cuisant&nbsp;: Geert Bourgeois est l\u2019unique d\u00e9put\u00e9 \u00e9lu. R\u00e9alistes, les dirigeants de la N-VA n\u00e9gocient un adosse-ment au CD&amp;V, nouveau sigle du CVP, avec un V qui ne signifie plus volks (populaire) mais Vlaams (flamand), tout un programme. Ce que Vaast Leysen n\u2019avait pu r\u00e9aliser trois d\u00e9cennies plus t\u00f4t se mat\u00e9rialise&nbsp;: voil\u00e0 les chr\u00e9tiens-d\u00e9mocrates et les nationalistes r\u00e9unis au sein du Vlaams cartel, le cartel flamand. Objectif d\u00e9clar\u00e9, assum\u00e9&nbsp;: faire basculer la Belgique dans le conservatisme.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h3>2005&nbsp;: La derni\u00e8re tentative d&rsquo;Hugo Schlitz<\/h3>\n<p>Personnage complexe. Hugo Schlitz \u00e9tait un authentique s\u00e9paratiste, favorable par principe \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance de la Flandre. Mais c\u2019\u00e9tait aussi un homme de dialogue, qui soutiendra plusieurs accords avec les partis francophones&nbsp;: le pacte d\u2019Egmont en 1979, \u00e0 la grande fureur de Lode Claes et de Karel Dillen qui s\u2019en iront fonder le Vlaams Blok&#8239;; la troisi\u00e8me r\u00e9forme de l\u2019\u00c9tat en 1988, \u00e0 la grande fureur de Jan Jambon, qui quittera alors la Volksunie et ne reviendra en politique qu\u2019apr\u00e8s la cr\u00e9ation de la N-VA&#8239;; les accords du Lambermont en 2001, \u00e0 la grande fureur de Bart De Wever et de quelques radicaux qui m\u00e8neront \u00e0 l\u2019implosion de la Volksunie.<\/p>\n<p>Complexe\u2026 Hugo Schiltz, leader historique de la Volksunie, fustigeait le caract\u00e8re \u00ab&#8239;totali-taire&#8239;\u00bb du nationalisme fa\u00e7on N-VA. Et ce m\u00eame Hugo Schiltz, dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, reprit contact avec un Gerolf Annemans pour-tant bien plus radical que De Wever et Jambon en vue de\u2026 De quoi au juste&#8239;? Eric Van de Casteele livre ses hypoth\u00e8ses&nbsp;: \u00ab&#8239;Schiltz lui-m\u00eame n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 partisan de Forza Flandria, mais en 2003, 2004, 2005, il enrageait devant le refus des francophones d\u2019engager une nouvelle r\u00e9forme de l\u2019\u00c9tat. De l\u00e0 partait son analyse. Il voyait que, c\u00f4t\u00e9 n\u00e9erlandophone, aucune force n\u2019\u00e9tait aussi puissante que le PS, et donc en mesure de forcer le PS \u00e0 n\u00e9gocier une r\u00e9forme de l\u2019\u00c9tat. Schiltz constatait que 25&nbsp;% des Flamands votaient Vlaams Belang et qu\u2019on ne pouvait rien en faire. C\u2019\u00e9taient des voix perdues pour mettre la pression sur le PS. \u00c7a le frustrait \u00e9norm\u00e9ment, et \u00e0 partir de cette frustration, il cherchait un moyen d\u2019agir.&#8239;\u00bb<br \/>\nL\u2019avocat d\u2019affaires Paul Doevenspeck va jouer les go-between. Ancien associ\u00e9 d\u2019Hugo Schiltz au sein de leur cabinet anversois, il s\u2019est rapproch\u00e9 du Vlaams Belang. Il propose \u00e0 Schiltz d\u2019inviter Gerolf Annemans dans sa villa, pour un repas \u00e0 trois. \u00ab&#8239;On a parl\u00e9 du cordon sanitaire, se souvient Annemans. Hugo Schiltz \u00e9tait un intellectuel. Il refusait l\u2019id\u00e9e d\u2019affaiblir la Flandre avec ce cordon. Il cherchait un moyen d\u2019en finir mais ne savait pas comment s\u2019y prendre.&#8239;\u00bb Quand la rencontre s\u2019\u00e9bruitera, bien plus tard, d\u2019aucuns s\u2019interroge-ront sur l\u2019interpr\u00e9tation \u00e0 lui donner. Annemans lui-m\u00eame en relativise la port\u00e9e&nbsp;: \u00ab&#8239;Schiltz ne repr\u00e9sentait que lui. Il n\u2019\u00e9tait m\u00eame plus \u00e9lu. Ce n\u2019\u00e9taient pas des n\u00e9gociations structurelles. Moi, j\u2019avais tout de m\u00eame pr\u00e9venu le bureau de parti et j\u2019\u00e9tais mandat\u00e9 pour mener cette discussion, mais \u00e7a n\u2019allait pas plus loin.&#8239;\u00bb<br \/>\n\u00ab&#8239;Ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019une conversation libre, sans engagement, insiste Eric Van de Casteele. Hugo Schiltz voulait peut-\u00eatre explorer une piste, v\u00e9rifier si certains mod\u00e9r\u00e9s au Belang \u00e9taient dispo-s\u00e9s \u00e0 bouger, voir si un certain poids politique pouvait \u00eatre utilisable. Mais c\u2019\u00e9tait une illusion, et Schiltz en \u00e9tait conscient. Tout comme aujourd\u2019hui certains se demandent si Tom Van Grieken ou Barbara Pas pourraient rompre avec Filip Dewinter ou Dries Van Langenhove, les figures les plus extr\u00eames du parti. Mais cette rupture n\u2019arrivera pas&#8239;! Cela me semble inenvisageable, surtout dans un syst\u00e8me \u00e9lectoral proportionnel.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h3>2007&nbsp;: Chacun dans son ch\u00e2teau fort<\/h3>\n<p>\u00c9v\u00e8nement in\u00e9dit&nbsp;: aux \u00e9lections r\u00e9gionales de 2004, le Vlaams Belang devient le premier parti au parlement flamand, avec 32 si\u00e8ges, surpassant le CD&amp;V (29) et le VLD (25). La N-VA, par la gr\u00e2ce du cartel conclu avec les chr\u00e9tiens-d\u00e9mocrates, a obtenu six d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019extr\u00eame droite est \u00e0 son z\u00e9nith, mais un glissement s\u2019annonce. Les nouvelles stars de la cause flamande s\u2019appellent Jean-Marie Dedecker et Bart De Wever. Le premier, avec une Lijst Dedecker (LDD) \u00e0 sa gloire, dirige \u00e0 la fin des ann\u00e9es 2000 une petite arm\u00e9e&nbsp;: cinq d\u00e9put\u00e9s f\u00e9d\u00e9raux, huit d\u00e9put\u00e9s flamands. L\u2019ascension de Bart De Wever est concomitante. La N-VA atteint bient\u00f4t des sommets jamais vus&nbsp;: 28&nbsp;% des voix flamandes en 2010, 32&nbsp;% en 2014. Le CD&amp;V, ancien partenaire de cartel, mord la poussi\u00e8re. En parall\u00e8le, le Vlaams Belang ne cesse de d\u00e9cliner.<\/p>\n<p>La trajectoire de Jean-Marie Dedecker est \u00e0 elle seule un condens\u00e9 des oscillations flamandes. Celui-ci a grandi dans un vlaamse nest, comme on dit dans les milieux nationa-listes. Un nid flamand. Son fr\u00e8re a \u00e9t\u00e9 \u00e9chevin Volksunie \u00e0 Middelkerke. Au moment d\u2019entrer en politique, en 1999, l\u2019ancien judoka choisit le VLD, s\u00e9duit par le Burgermanifest de Verhofstadt. Sept ans plus tard, en rupture de ban chez les lib\u00e9raux, il n\u00e9gocie son transfert \u00e0 la N-VA, mais l\u2019aile gauche du CD&amp;V, alors en cartel avec les nationalistes, bloque son arriv\u00e9e. Dedecker n\u2019a plus d\u2019autre issue que le cavalier seul.<br \/>\nPour la premi\u00e8re fois depuis le \u00ab&#8239;dimanche noir&#8239;\u00bb de 1991, le Vlaams Belang est sur la d\u00e9fen-sive. Son pr\u00e9sident, Bruno Valkeniers, abat la carte de Forza Flandria. Le sc\u00e9nario&nbsp;: associer la N-VA, la LDD et le Vlaams Belang, sous une forme \u00e0 d\u00e9terminer. L\u2019argument marketing est rod\u00e9, mais ni De Wever ni Dedecker n\u2019y pr\u00eatent attention. Convaincus de se trouver dans une phase ascendante, ils n\u2019ont aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 tendre la main \u00e0 un Vlaams Belang qu\u2019ils croient moribond. \u00ab&#8239;En quelque sorte, je dois relativiser l\u2019importance de Forza Flandria, indique Gerolf Annemans. Quand on en parlait, c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t un spielerei, comme on dit en allemand. Un arti-fice, un gadget. On savait que \u00e7a n\u2019avait aucune chance de se r\u00e9aliser. Chaque parti \u00e9tait dans son ch\u00e2teau fort, incapable d\u2019en sortir. Mais comme spielerei, c\u2019\u00e9tait tr\u00e8s productif.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>De fait, l\u2019expression Forza Flandria est reprise en ch\u0153ur par les m\u00e9dias flamands. L\u2019hypoth\u00e8se agite les c\u00e9nacles nationalistes. Boudewijn Bouckaert, \u00e0 la barre du think tank lib\u00e9ral Nova Civitas, semble avoir fait de sa r\u00e9alisation le projet d\u2019une vie. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 lui qui avait initi\u00e9 la rencontre entre Guy Verhofstadt et Paul Belien en 1991. \u00c9lu d\u00e9put\u00e9 LDD en 2009, il multiplie les d\u00e9marches pour agr\u00e9ger ce qu\u2019il appelle les trois partis-V (pour Vlaanderen), en opposition aux partis-B (partisans de la Belgique).<\/p>\n<p>De l\u2019eau a depuis coul\u00e9 sous les ponts de l\u2019Escaut. Apr\u00e8s une travers\u00e9e du d\u00e9sert, Jean-Marie Dedecker est redevenu d\u00e9put\u00e9 f\u00e9d\u00e9ral en 2019, \u00e9lu sur une liste N-VA. Un grand drapeau flamand, avec un lion aux griffes noires, s\u2019\u00e9tend sur les murs de son bureau \u00e0 la Chambre. Le teint h\u00e2l\u00e9 par le soleil des Canaries, il jette un regard d\u00e9pit\u00e9 sur Forza Flandria, la baudruche d\u00e9gonfl\u00e9e&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>J\u2019ai moi-m\u00eame particip\u00e9 \u00e0 des rencontres, des clubs mais \u00e7a restait toujours trop th\u00e9orique, trop intellectuel\u2026 Le cordon sanitaire a aussi contribu\u00e9 \u00e0 tuer cette id\u00e9e. Je suis \u00e0 100&nbsp;% contre le cordon. \u00c7a exclut la supr\u00e9matie flamande<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h3>2019&nbsp;: Sept semaines de n\u00e9gociations<\/h3>\n<p>Sept semaines qui e\u00fbt \u00e9t\u00e9 empensable sous la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente. Arriv\u00e9s aux premi\u00e8res et deuxi\u00e8me places des \u00e9lections r\u00e9gionales, la N-VA (24%) et le Belang (18%) n\u00e9gocient tout l\u2019\u00e9t\u00e9 2019 la formation du gouvernement flamand. Peu importe au fond les arri\u00e8re-pens\u00e9es de Bart De Wever, le simple fait d\u2019associer l\u2019extr\u00eame droite \u00e0 des pourparlers aussi officiels tient de l\u2019inou\u00ef. Les activistes de la cause flamande, eux, exultent. Certains d\u2019entre eux, qui ont pass\u00e9 une vie de militant dans la marginalit\u00e9 et l\u2019opprobre, entrevoient enfin l\u2019occasion de faire payer leur arrogance aux trado\u2019s, comme on dit dans les cercles nationalistes. Dans une tribune publi\u00e9e par Knack en juin 2019, Chris Janssens, l\u2019un des trois n\u00e9gociateurs mandat\u00e9s par le VB, en appelle au principe unitaire du samen uit, samen thuis (ensemble dehors, ensemble dedans)&nbsp;: \u00ab&#8239;Se souvenant de l\u2019id\u00e9e de Forza Flandria, la N-VA et le Vlaams Belang devraient maintenant adresser, \u00e9paule contre \u00e9paule, un ultimatum \u00e0 l\u2019Open VLD et au CD&amp;V.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, ces sept semaines de n\u00e9gociations n\u2019\u00e9taient qu\u2019un tr\u00e8s long tour pr\u00e9liminaire. En bout de course, la N-VA finira bien par s\u2019allier aux chr\u00e9tiens-d\u00e9mocrates et aux lib\u00e9raux, laissant croupir le Belang dans l\u2019opposition pour une l\u00e9gislature suppl\u00e9mentaire. Mais une barri\u00e8re mentale a c\u00e9d\u00e9.<\/p>\n<p>Le cordon sanitaire est sous pression comme jamais il ne l\u2019a \u00e9t\u00e9 depuis son instauration en 1989. En attestent la multiplication des cas tangents \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale. Bart Laeremans est l\u2019un d\u2019eux. Lui aussi a \u00ab&#8239;le pedigree&#8239;\u00bb, selon l\u2019ex-pression consacr\u00e9e. Son grand-p\u00e8re fut s\u00e9nateur Volksunie avant de migrer au Vlaams Blok. Son p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 vice-pr\u00e9sident de la Volksunie&#8239;; son fr\u00e8re, d\u00e9put\u00e9 Vlaams Belang. Bart Laeremans lui-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 parlementaire VB de 1995 \u00e0 2014. En juin 2022, \u00e0 la faveur d\u2019un changement de majorit\u00e9, il devient bourgmestre de Grimbergen, dans une coalition avec la N-VA et le CD&amp;V. Un mini-Forza Flandria aux portes de Bruxelles&#8239;? \u00ab&#8239;C\u2019est le premier bourgmestre d\u2019extr\u00eame droite de ce pays depuis 1945&#8239;\u00bb, s\u2019insurge l\u2019opposition. Bart Laeremans r\u00e9torque qu\u2019il n\u2019est plus membre du Belang, que sa liste est purement locale. \u00ab&#8239;Je reste partisan d\u2019une Flandre ind\u00e9pendante. Mais je me suis distanci\u00e9 de mon ancien parti parce que je ne voulais plus \u00eatre associ\u00e9 aux provocations \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition de certains. Je serai le bourgmestre de tous les habitants de Grimbergen sans discrimi-nation. Je rejette le racisme.&#8239;\u00bb<br \/>\n\u00ab&#8239;L\u2019exemple de Grimbergen pourrait en inspirer d\u2019autres&#8239;\u00bb, avertit Jean-Marie Dedecker. Dans de nombreuses localit\u00e9s du pourtour anversois, \u00e0 Boom, \u00e0 Wilrijk, \u00e0 Lier\u2026 les bourgmestres N-VA seraient tr\u00e8s tent\u00e9s de pr\u00e9senter en 2024 des listes locales abritant en leur sein des <em>Belangers<\/em>.<\/p>\n<figure class=\"blockquote-figure\">\n<blockquote>\n<p>On voit une sorte de panique chez De Wever&#8230; Ses expressions \u00e9tranges trahissent le fait qu\u2019il n\u2019est pas immunis\u00e9 contre la tentation de l\u2019aventure.<\/blockquote><figcaption class=\"blockquote-footer\">Olivier Boehme, historien<\/figcaption><\/figure>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h3>2024&nbsp;: La bataille anversoise<\/h3>\n<p>Retour, encore et toujours, \u00e0 Anvers, noeud de toutes les intrigues et de tous les dilemmes nationalistes.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me \u00e9tage d&rsquo;un immeuble en bordure de ring. Assis derri\u00e8re son bureau au bois v\u00e9n\u00e9rable, une canette de Coca sur le sous-main en cuir craquel\u00e9, Hugo Coveliers n\u2019a gu\u00e8re chang\u00e9 depuis l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Verhofstadt l\u2019avait d\u00e9sign\u00e9 comme le candidat des lib\u00e9raux pour le mayorat d\u2019Anvers. Costume et gilet, lunettes rondes, et ce bouc caract\u00e9ristique qui lui mange tout le menton, et lui donne un air mi-inqui\u00e9tant mi-comique. Encore un parcours typique&nbsp;: d\u00e9put\u00e9 Volksunie, transfert au VLD, cheville ouvri\u00e8re du think tank Nova Civitas, fondation du micro-parti Vlott, et un dernier mandat au S\u00e9nat au sein du groupe Vlaams Belang. Malgr\u00e9 les zigzags, une coh\u00e9rence totale&nbsp;: la cause flamande du premier au dernier jour.<br \/>\nAutant dire que Coveliers conna\u00eet par c\u0153ur la fa\u00e7on de penser nationaliste, dans ses multiples tonalit\u00e9s. Alors il d\u00e9roule l\u2019\u00e9quation. \u00ab&#8239;<em>Pourquoi la N-VA ne veut-elle pas s\u2019allier au Belang&#8239;? Parce que De Wever veut conqu\u00e9rir le pouvoir f\u00e9d\u00e9ral en 2024, pour provoquer une r\u00e9forme de l\u2019\u00c9tat ou bien engager des r\u00e9formes \u00e9conomiques. Et \u00e7a implique de se rendre acceptable par les francophones. Il sait naturellement que s\u2019il forme un gouvernement flamand avec le Belang, \u00e7a le met hors jeu aux yeux du PS<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me, c\u2019est que 2024 ne s\u2019arr\u00eatera pas en mai. Cinq mois \u00e0 peine apr\u00e8s le scrutin r\u00e9gional et f\u00e9d\u00e9ral, suivront en octobre les \u00e9lec-tions communales. En lice pour un troisi\u00e8me mandat de bourgmestre, Bart De Wever jouera gros. A fortiori si les scores de la N-VA ne sont pas mirobolants en mai. La perte du mayorat d\u2019Anvers prendrait alors des airs de catastrophe. Or, calcule Coveliers, \u00ab&#8239;imaginons que le Belang fasse 25&nbsp;% en mai, \u00e7a veut dire qu\u2019il sera au moins \u00e0 30 ou 35&nbsp;% \u00e0 Anvers, o\u00f9 ses scores sont toujours sup\u00e9rieurs&#8239;\u00bb. Comment De Wever pourra-t-il justifier \u00e0 un tiers des \u00e9lecteurs anversois qu\u2019il leur tourne le dos, alors qu\u2019il convoitera leurs voix cinq mois plus tard&#8239;? \u00ab&#8239;Posons qu\u2019en mai 2024, on a le Vlaams Belang en t\u00eate et la N-VA juste un peu plus petite, qu\u2019\u00e0 eux deux ils aient une majorit\u00e9 de si\u00e8ges au parlement flamand, et que Bart choisisse malgr\u00e9 tout de gouverner avec le CD&amp;V ou Vooruit. S\u2019il fait \u00e7a, il sera sanctionn\u00e9 au niveau local, et il peut oublier le mayorat \u00e0 Anvers. C\u2019est un dilemme qui est difficilement soluble.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9chappatoire para\u00eet d\u00e9j\u00e0 toute trac\u00e9e. Bart De Wever pourrait garder le plus longtemps possible toutes les options ouvertes, quitte \u00e0 laisser pourrir les n\u00e9gociations gouvernemen-tales jusqu\u2019\u00e0 l\u2019automne. Un choix, cependant, devra bien \u00eatre pos\u00e9, t\u00f4t ou tard. Au risque de d\u00e9clencher une crise profonde \u00e0 la N-VA, comme celles qui avaient \u00e9branl\u00e9 la Volksunie en 1979, 1988 et 2001&#8239;? \u00ab&#8239;La grande victoire de Bart De Wever la d\u00e9cennie pass\u00e9e, c\u2019est qu\u2019il a presque vid\u00e9 le Vlaams Belang&#8239;\u00bb, analyse Olivier Boehme. En 2014, l\u2019extr\u00eame droite \u00e9tait redes-cendue \u00e0 un niveau riquiqui&nbsp;: moins de 6&nbsp;% des voix. \u00ab&#8239;Naturellement, c\u2019est une victoire \u00e0 court terme, mais une dette \u00e0 long terme. Ces \u00e9lecteurs venus du Belang ont des attentes\u2026 Cela m\u00e8ne \u00e0 des tensions internes \u00e0 la N-VA. Certains pensent que, pour continuer \u00e0 engranger les victoires, il faut satisfaire ces \u00e9lecteurs dans leurs attentes par rapport \u00e0 l\u2019immigration. D\u2019autres estiment que non, sous peine de ressembler au Vlaams Belang.&#8239;\u00bb Qu\u2019en pense Bart De Wever lui-m\u00eame&#8239;? \u00ab&#8239;Il est historien. Il sait qu\u2019un accord avec le Belang signifiera la fin de sa cr\u00e9dibilit\u00e9 politique.&#8239;\u00bb Ses derni\u00e8res d\u00e9clarations jettent pourtant le trouble. Sciemment&#8239;? Dans une interview au Tijd, le pr\u00e9sident de la N-VA a indiqu\u00e9 qu\u2019une situation de blocage institutionnel \u00e9tait in\u00e9vitable, et que la Belgique vivrait en 2024 ou 2029 son \u00ab&#8239;moment Weimar&#8239;\u00bb, allusion crypt\u00e9e \u00e0 la r\u00e9publique de Weimar en place en Allemagne de 1918 \u00e0 1933, r\u00e9gime instable auquel le coup d\u2019\u00c9tat des nazis mettra fin. \u00ab&#8239;Ce n\u2019est pas seulement une comparaison insens\u00e9e sur le plan historique\u2026 Une telle formule, dans la bouche de Bart De Wever, est performative. Il appelle clairement au chaos en 2024. Pour r\u00e9aliser le conf\u00e9d\u00e9ralisme co\u00fbte que co\u00fbte. On voit une sorte de panique chez lui\u2026 Ses expressions \u00e9tranges trahissent le fait qu\u2019il n\u2019est pas immunis\u00e9 contre la tentation de l\u2019aventure. Mais je ne suis pas dans sa t\u00eate, naturellement.&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Pour s\u2019extirper de sa position d\u00e9licate, Bart De Wever a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises sa solu-tion&nbsp;: changer de mode de scrutin, en passant du syst\u00e8me proportionnel au syst\u00e8me majoritaire. Tiens, tiens, une vieille id\u00e9e. Tr\u00e8s \u00e0 la mode au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, quand des \u00e9minences grises phosphoraient sur l\u2019\u00e9mergence d\u2019un grand parti lib\u00e9ral-conservateur flamand. \u00ab&#8239;Bart De Wever a pour mod\u00e8le la coalition allemande CDU-CSU, remarque Eric Van de Casteele. Et un syst\u00e8me majoritaire favoriserait l\u2019\u00e9mergence d\u2019un grand bloc de ce genre.&#8239;\u00bb Dans ce sch\u00e9ma, les fractions les plus extr\u00e9mistes du Belang seraient r\u00e9duites \u00e0 la marginalit\u00e9, tandis que les autres devraient bon gr\u00e9, mal gr\u00e9 rentrer dans le rang. Le CD&amp;V et l\u2019Open VLD, ou du moins leurs ailes droites, n\u2019auraient eux non plus d\u2019autre choix que de se fondre dans le nouvel ensemble, dont Bart De Wever serait bien s\u00fbr le leader incontest\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c9ternel r\u00e9apparition du fant\u00f4me. Qui, pour l\u2019heure, ressemble plut\u00f4t \u00e0 une pirouette. Un <em>spielerei<\/em>, dirait-on outre-Rhin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nom de code&nbsp;: Forza Flandria. Mais qu\u2019importe le flacon, pourvu qu\u2019on ait l\u2019ivresse, celle que procure le combat inlassable pour l\u2019autonomie de la Flandre. Depuis un si\u00e8cle, les man\u0153uvres se succ\u00e8dent, parfois au grand jour, souvent secr\u00e8tes. 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