{"id":143,"date":"2019-09-01T17:45:26","date_gmt":"2019-09-01T15:45:26","guid":{"rendered":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/news\/de-liege-a-coxyde-sur-les-pas-de-simenon\/"},"modified":"2023-12-15T20:06:54","modified_gmt":"2023-12-15T19:06:54","slug":"de-liege-a-coxyde-sur-les-pas-de-simenon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kd6-37.dev\/client\/wilfried\/de-liege-a-coxyde-sur-les-pas-de-simenon\/","title":{"rendered":"De Li\u00e8ge \u00e0 Coxyde, sur les pas de Georges Simenon"},"content":{"rendered":"<div class=\"page\" title=\"Page 1\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Un si\u00e8cle et un an apr\u00e8s la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale et presque cent cinquante jours apr\u00e8s le d\u00e9but d\u2019une crise politique qui sera longue, Wilfried a parcouru la Belgique d\u2019est en ouest. En suivant les pas de Georges Simenon et des d\u00e9cors qui l\u2019ont inspir\u00e9, car il fallait bien un guide pour cette grande travers\u00e9e, de Li\u00e8ge \u00e0 Coxyde, o\u00f9 se torsadent la m\u00e9moire des conflits arm\u00e9s, le regain de l\u2019extr\u00eame droite et les tourments de l\u2019\u00e2me belge. Au bout du voyage, face aux dunes, quelle impression restera-t-il, sinon celle d\u2019un pays bric-\u00e0-brac o\u00f9 toute certitude est mise au d\u00e9fi&#8239;? Sous ces latitudes humides, m\u00eame la boussole simenonienne \u2014&nbsp;comprendre, ne pas juger \u2014&nbsp;semble se d\u00e9r\u00e9gler.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 12\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p><strong>I. Lie\u0300ge<\/strong><\/p>\n<p>Les marchandises s\u2019amoncellent a\u0300 me\u0302me le sol, recouvrent des ba\u0302ches en plastique, ou bien s\u2019e\u0301talent un peu plus haut, a\u0300 la faveur de planches pose\u0301es sur des tre\u0301teaux. Il y a la\u0300 des martres empaille\u0301es, des clubs de golf, des rouleaux a\u0300 pa\u0302tisserie, des statuettes de\u0301robe\u0301es a\u0300 l\u2019ancien Congo, des portraits d\u2019ai\u0308eux en uniforme militaire, des bondieuseries varie\u0301es, des poupe\u0301es Barbie, des louches en argent, des lampes de mineur, des collections du <em>Journal de Tintin<\/em>, des sacs-bananes Eastpak&#8230; Comme chaque vendredi, c\u2019est brocante en Outremeuse, aux abords de la se\u0301ve\u0300re e\u0301glise Saint-Pholien, dont les briques noira\u0302tres semblent avoir absorbe\u0301 pendant des de\u0301cennies toute la pollution de l\u2019industrie lie\u0301geoise.<\/p>\n<p>Le bric-a\u0300-brac envahit le boulevard de la Constitution. Le chineur y trouvera de tout, a\u0300 condition de ne rien chercher. Le bibitif&nbsp;: un petit a\u0302ne en bois, tonnelet sur le dos pourvu d\u2019un fin robinet, a\u0300 poser sur la commode. La rarete\u0301&nbsp;: une lampe a\u0300 pe\u0301trole des chemins de fer allemands, fanal de fin de convoi reconnaissable a\u0300 ses triangles rouges et blancs peints sur l\u2019e\u0301mail noir. Le trophe\u0301e&nbsp;: des bois de cerf sur un socle d\u2019un vernis sombre, cafardeux. Le me\u0301nager&nbsp;: un lot de fers a\u0300 repasser qui ont toute l\u2019apparence de la modernite\u0301. Une fraction de ce de\u0301po\u0302t he\u0301te\u0301roclite s\u2019entasse dans des caisses de banane. On voit alors des baskets Le Coq Sportif voisiner avec des crucifix qu\u2019on devine, car seul un bras du crucifie\u0301 e\u0301merge du capharnau\u0308m.<br \/>\nToute l\u2019histoire de Lie\u0300ge se lit dans ce fatras. Les alluvions laisse\u0301s par les guerres et les vagues migratoires, le rebut de la socie\u0301te\u0301 de consommation et l\u2019e\u0301cume des he\u0301ritages e\u0301chouent ici, sur les e\u0301tals de Saint-Pholien. Au passant de faire le tri, entre tasses Oxo, chandelier a\u0300 sept branches, appareil a\u0300 raclette et obus lustre\u0301s, dont on ne sait s\u2019ils sont de 14 ou de 40. Au bout du boulevard, c\u2019est l\u2019institut Saint-Luc, une e\u0301cole d\u2019art et d\u2019architecture he\u0301berge\u0301e dans un ensemble de ba\u0302timents que les Lie\u0301geois connaissent sous le nom de \u00ab&#8239;caserne Fonck&#8239;\u00bb. Ce fut jadis une abbaye, et plusieurs mues plus tard, un cantonnement de l\u2019arme\u0301e belge. De\u0301militarise\u0301, le lieu garde la me\u0301moire d\u2019un orphelin, magasinier au Grand-Bazar de Lie\u0300ge. Juillet 1914&nbsp;: Antoine Fonck est mobilise\u0301, a\u0300 21 ans. La guerre est de\u0301clare\u0301e le 4 aou\u0302t. Ce matin-la\u0300, le jeune lancier est missionne\u0301 pour une reconnaissance a\u0300 cheval du co\u0302te\u0301 de Thimister. Il avise un groupe de uhlans. Rencontre fatale. Fonck est le premier mort d\u2019une guerre qui en fera plus de dix-huit millions.<\/p>\n<p>Le 16 aou\u0302t 1914, Lie\u0300ge tombe aux mains des Allemands. Georges Simenon a 11 ans quand il voit les troupes de l\u2019Empire se de\u0301verser en ville. Davantage que la guerre elle-me\u0302me, c\u2019est l\u2019occupation qui le marque&nbsp;: un climat, une atmosphe\u0300re. Ou\u0300 la dissimulation s\u2019e\u0301rige en re\u0300gle. Ou\u0300 l\u2019on discute a\u0300 la re\u0301cre\u0301ation \u00ab&#8239;d\u2019un camarade dont le pe\u0300re vend du beurre aux Allemands et d\u2019un autre dont la me\u0300re a e\u0301te\u0301 vue avec un officier de uhlans&#8239;\u00bb, comme le racontera plus tard Simenon. Au re\u0301veil, il arrive qu\u2019on de\u0301couvre sur les murs une affiche rouge, ou\u0300 s\u2019alignent les noms de nouveaux civils fusille\u0301s. C\u2019est le propre des pays occupe\u0301s de ne jamais savoir a\u0300 qui se fier.<\/p>\n<p>La paix revenue, Simenon ta\u0302te du journalisme. De\u0300s janvier 1919, il est engage\u0301 a\u0300 la <em>Gazette de Lie\u0300ge<\/em>, titre qu\u2019il qualifiera lui-me\u0302me \u00ab&#8239;<em>d\u2019extre\u0302me droite<\/em>&#8239;\u00bb. Sa carrie\u0300re est interrompue par le service militaire. Milicien, il est d\u2019abord stationne\u0301 a\u0300 Aix-la-Chapelle, puis a\u0300 Lie\u0300ge, de janvier a\u0300 de\u0301cembre 1922. A\u0300 la caserne Fonck. <span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">Paralle\u0300lement aux articles qu\u2019il re\u0301dige a\u0300 la chai\u0302ne, le jeune Simenon fre\u0301quente la Caque, un cercle lie\u0301geois d\u2019e\u0301tudiants et d\u2019artistes bohe\u0300mes. C\u2019est dans ce Lie\u0300ge underground du de\u0301but des anne\u0301es 1920 qu\u2019il rencontre Re\u0301gine Renchon, dite Tigy, sa premie\u0300re e\u0301pouse. Les jeunes gens portent la lavallie\u0300re, cultivent un romantisme e\u0301chevele\u0301, boivent au-dela\u0300 de la de\u0301cence. Parfois, la surenche\u0300re des expe\u0301rimentations nocturnes de\u0301ge\u0301ne\u0300re. A\u0300 force de se re\u0302ver en poe\u0300tes maudits, les membres de la Caque finissent par la faire advenir, la male\u0301diction. Le 24 mars, l\u2019un des leurs, le peintre Joseph Kleine, 24 ans, est retrouve\u0301 pendu au portail de l\u2019e\u0301glise Saint-Pholien. Le fait-divers inspirera a\u0300 Simenon, des anne\u0301es plus tard, l\u2019une des plus fameuses enque\u0302tes du commissaire Maigret,<em> Le Pendu de Saint-Pholien<\/em>.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"column\">\n<p>Ce the\u0301a\u0302tre d\u2019ope\u0301rations, un pre\u0302tre le connai\u0302t bien. Jean-Pierre Pire est le doyen de Lie\u0300ge. Il ce\u0301le\u0300bre la messe a\u0300 Saint-Pholien et a\u0300 Saint-Nicolas, l\u2019autre e\u0301glise d\u2019Outremeuse, dont Henriette Bru\u0308ll, la me\u0300re de Simenon, fut une paroissienne assidue jusqu\u2019a\u0300 sa mort en 1970. \u00ab&#8239;<em>A\u0300 l\u2019inte\u0301rieur ou au jardin&#8239;?<\/em>&#8239;\u00bb demande-t-il quand on arrive chez lui, rue Jean-d\u2019Outremeuse. On choisit le grand jardin, ou\u0300 les citronniers et les palmiers donnent un air tropical a\u0300 cet espace prote\u0301ge\u0301 au c\u0153ur d\u2019un quartier dense. Le pre\u0302tre connai\u0302t sa chance. \u00ab&#8239;<em>J\u2019ai dit a\u0300 mon e\u0301ve\u0302que&nbsp;: si un jour tu veux me de\u0301placer, tu dois avoir une bonne raison.<\/em>&#8239;\u00bb Il e\u0301voque spontane\u0301ment Simenon comme s\u2019il e\u0301tait l\u2019un de ses familiers, une vieille connaissance du quartier. \u00ab&#8239;<em>Maigret dit&nbsp;: moi, je ne juge pas, j\u2019essaye de comprendre. C\u0327a, c\u2019est tre\u0300s e\u0301vange\u0301lique.<\/em>&#8239;\u00bb Des Simenon qu\u2019il a lus, Jean-Pierre Pire retient en particulier<em> La neige e\u0301tait sale<\/em>, roman sombre dans un pays occupe\u0301, tiens, tiens, ou\u0300 tout n\u2019est que mascarade et crasse humaine. Et si le message biblique n\u2019en e\u0301tait pas si e\u0301loigne\u0301&#8239;? \u00ab<em> La Bible, ce ne sont pas des principes moraux, c\u2019est d\u2019abord une histoire a\u0300 laquelle on re\u0301fle\u0301chit. On a aseptise\u0301 la Bible, alors qu\u2019elle raconte des histoires aussi glauques que celles de Simenon. Le roi David est un impitoyable chef de guerre. Moi\u0308se est un meurtrier. Elie tue les prophe\u0300tes de Baal. Je vous passe les incestes et les violences sexuelles. On dit que le monde actuel est violent&#8230; Il a toujours e\u0301te\u0301 violent&#8239;! La Bible ne montre pas des he\u0301ros, elle montre des gens comme vous et moi, avec leurs petits travers, parfois grands \u2014&nbsp;violence, sexe, argent. Ce sont les personnages de Simenon. Je rends gra\u0302ce au Seigneur pour Simenon et pour tous les auteurs de la Bible&nbsp;: c\u2019est gra\u0302ce a\u0300 eux qu\u2019on ne se de\u0301courage jamais d\u2019aimer l\u2019e\u0302tre humain. Chez Simenon, malgre\u0301 toute la noirceur, il y a toujours une e\u0301chappe\u0301e, une petite fene\u0302tre.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>En apo\u0302tre inve\u0301te\u0301re\u0301 du dialogue, Jean-Pierre Pire regrette la tournure du sce\u0301nario poste\u0301lectoral. \u00ab&#8239;<em>Quand je vois le PS, vainqueur en Wallonie, et la N-VA, vainqueur en Flandre, incapables de se parler, je me dis&nbsp;: si on en arrive dans notre socie\u0301te\u0301 a\u0300 ne tenir qu\u2019a\u0300 ses propres ide\u0301es, c\u0327a devient dramatique. On me dira que leurs programmes sont diame\u0301tralement oppose\u0301s. C\u2019est vrai&#8239;! Mais c\u0327a ne doit jamais empe\u0302cher le dialogue.<\/em>&#8239;\u00bb Pour preuve, le cure\u0301 de Saint-Pholien mentionne cette amitie\u0301 insolite qu\u2019il entretient avec un franc-mac\u0327on. Entre eux, le lien est ne\u0301 a\u0300 la faveur d\u2019une panne de sonorisation, une veille de 15 aou\u0302t, jour de liesse en Outremeuse. Le pre\u0302tre a propose\u0301 sa sono a\u0300 l\u2019infortune\u0301, en le charriant au passage&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>L\u2019E\u0301glise vous offre une aide sur un plateau d\u2019argent, allez-vous la refuser&#8239;?<\/em>&#8239;\u00bb Depuis, a\u0300 chaque fe\u0302te paroissiale de Saint-Pholien, l\u2019ami franc-mac\u0327on est le superviseur attitre\u0301 du barbecue. \u00ab&#8239;<em>On n\u2019essaye pas de se convertir l\u2019un l\u2019autre, on vit une amitie\u0301. Il y a entre nous quelque chose <\/em><em style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align);\">de plus profond que nos divergences ide\u0301ologiques. On devient soi-me\u0302me en laissant entrer dans sa vie des personnes qui ne pensent pas comme soi, pas en s\u2019arc-boutant sur des programmes dont on ne de\u0301mord pas. Voila\u0300 ce que les dirigeants du PS et de la N-VA devraient faire&#8239;! Moi, cette situation de blocage politique, c\u0327a me fait profonde\u0301ment souffrir.<\/em><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">&#8239;\u00bb<br \/>\n<\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">Le lecteur des Be\u0301atitudes n\u2019est pas non plus ange\u0301lique. Il voit la mise\u0300re galopante, les habitants du quartier alpague\u0301s par des individus qui que\u0301mandent quinze ou vingt euros, le prix d\u2019une dose. A\u0300 co\u0302te\u0301 de cette de\u0301tresse visible, enfle une autre pauvrete\u0301, plus diffuse. \u00ab&#8239;<em>Les proble\u0300mes relationnels, qu\u2019ils soient raconte\u0301s par Molie\u0300re, Racine, Simenon ou Ame\u0301lie Nothomb, ils ont existe\u0301 de tout temps. Ce sont des histoires universelles d\u2019engrenages tragiques, qui peuvent inte\u0301grer la trahison, le meurtre, le suicide, le viol. Mais je me demande si la pauvrete\u0301 n\u2019a pas pris une nouvelle forme, qu\u2019on ne rencontrait pas vraiment quand Simenon e\u0301tait enfant. A\u0300 cette e\u0301poque, un paysan, un ouvrier, me\u0302me tre\u0300s pauvre, pouvait toujours <\/em><\/span><em style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align);\">se nourrir. Il y avait une culture. Aujourd\u2019hui, il y a toute une frange de la population qui semble inadapte\u0301e, qui ne sait plus se de\u0301brouiller, ne sait plus se tirer d\u2019affaire, et pas force\u0301ment par manque d\u2019argent. J\u2019ai connu les quartiers ouvriers de Lie\u0300ge. Nos me\u0300res cuisinaient bien, entretenaient bien leur maison. Maintenant, je vois des familles ou\u0300 il re\u0300gne une telle pauvrete\u0301 culturelle qu\u2019elles n\u2019arrivent plus a\u0300 faire de\u0301coller leurs enfants.<\/em><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">&#8239;\u00bb<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"column\">\n<p>En quittant le presbyte\u0300re, on jette un \u0153il au ve\u0301lo de course Peugeot adosse\u0301 au mur, dans l\u2019entre\u0301e. \u00ab&#8239;<em>Il a trente ans<\/em>&#8239;\u00bb, sous-titre le pre\u0302tre. La machine compte plusieurs pe\u0300lerinages a\u0300 son actif, notamment un long chemin de Bordeaux a\u0300 Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle continue de rouler, fide\u0300le compagne, pour mener le pre\u0302tre a\u0300 ses offices, lui qui de\u0301teste la voiture. Jusqu\u2019aux quartiers de Droixhe, de Cointe, de Sclessin, aux confins de son pe\u0301rime\u0300tre, l\u2019homme de Dieu pe\u0301dale, avec un sac a\u0300 dos pour unique bagage.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"column\">\n<figure class=\"blockquote-figure\">\n<blockquote>\n<p>J\u2019ai passe\u0301 ma vie a\u0300 partir, faute d\u2019une ancre probablement, car je ne suis d\u2019aucun pays.<\/blockquote><figcaption class=\"blockquote-footer\">Georges Simenon<\/figcaption><\/figure>\n<p>De part et d\u2019autre du boulevard, on ravitaille. Le snack Mozzaik sert des spe\u0301cialite\u0301s syriennes, chawarmas et falafels labellise\u0301s halal. En face, la taverne Le Vieux Sabot promet, sur sa devanture, du scotch au tonneau. Cinquante me\u0300tres plus loin, presque au pied de l\u2019e\u0301glise Saint-Pholien, une librairie d\u2019occasion s\u2019appelle \u00ab&#8239;A\u0300 l\u2019enseigne du commissaire Maigret&#8239;\u00bb. A\u0300 l\u2019inte\u0301rieur, les Conrad et les Yourcenar ve\u0301ne\u0301rables se serrent dans une ambiance de de\u0301votion pour la litte\u0301rature. On demande les Simenon. Le bouquiniste indique une armoire entie\u0300re, quatre e\u0301tages de volumes.<br \/>\nTout le quartier semble s\u2019inscrire sous le patronage de l\u2019illustre. La rue Pasteur a e\u0301te\u0301 renomme\u0301e en 1978 rue Simenon. L\u2019e\u0301crivain y a ve\u0301cu cinq anne\u0301es de son enfance. Le quartier ne comptait qu\u2019une seule voiture. Il re\u0301sonnait non du bruit des moteurs, mais des cris distinctifs de tous les me\u0301tiers ambulants. Le vitrier, le re\u0301mouleur, la marchande de poires cuites&#8230; Les Simenon ont ensuite de\u0301me\u0301nage\u0301 au 53, rue de la Loi, a\u0300 deux pas. Sur la fac\u0327ade de la maison, une plaque rappelle que la me\u0300re de Georges Simenon y sous-louait des chambres a\u0300 des e\u0301tudiants. Parmi eux, de nombreux juifs d\u2019Europe centrale. Cela n\u2019empe\u0302chera pas l\u2019e\u0301crivain de glisser dans ses premiers romans quantite\u0301 de ste\u0301re\u0301otypes a\u0300 la lisie\u0300re de l\u2019antise\u0301mitisme, voire au-dela\u0300. <span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">Le \u00ab&#8239;p\u2019tit Sim&#8239;\u00bb, comme l\u2019appelaient ses colle\u0300gues a\u0300 la <em>Gazette de Lie\u0300ge<\/em>, est devenu grand. On n\u2019e\u0301chappe nulle part a\u0300 son ombre, pas me\u0302me a\u0300 la chapelle de l\u2019ho\u0302pital de Bavie\u0300re, ou\u0300 il servait comme enfant de ch\u0153ur la messe de six heures, chaque matin. L\u2019ho\u0302pital a e\u0301te\u0301 de\u0301truit mais la chapelle demeure. Une vingtaine de fide\u0300les y viennent tous les dimanches a\u0300 <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">11&nbsp;h 30, pour l\u2019unique messe en latin encore ce\u0301le\u0301bre\u0301e a\u0300 Lie\u0300ge.<\/span><\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Pour rejoindre le centre-ville, il faut franchir la Meuse par le pont des Arches, qui donna son titre au premier roman de Simenon. On arrive rue Le\u0301opold. C\u2019est la\u0300, au deuxie\u0300me e\u0301tage du nume\u0301ro 26, qu\u2019est n\u00e9 l\u2019e\u0301crivain, le 12 fe\u0301vrier 1903.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 12\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">A\u0300 Lie\u0300ge, l\u2019ho\u0302tel de ville s\u2019appelle \u00ab&#8239;la Violette&#8239;\u00bb, on ne sait plus pourquoi. Sa cour arrie\u0300re donne sur la gare des bus. Sur un banc de granit, un Simenon statufie\u0301 de bronze regarde les pelleteuses et les marteaux-piqueurs&nbsp;: un peu de patience encore, et ce sont des trams qui passeront devant lui. La fac\u0327ade de la Violette donne, elle, sur la place du Marche\u0301, ou\u0300 le tout-Lie\u0300ge devise bruyamment aux terrasses. Sarah Schlitz, de\u0301pute\u0301e Ecolo, 32 ans, est du nombre. Pull scintillant aux vagues de jade, de turquoise et de marron, boutons a\u0300 l\u2019e\u0301paule. <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">Qui mieux qu\u2019elle pourrait te\u0301moigner des mutations politiques de la Cite\u0301 ardente&#8239;? Son grand-pe\u0300re, Henri Schlitz, e\u0301tait bourgmestre de Lie\u0300ge. Socialiste, pre\u0301cision superflue. Sarah est passe\u0301e du rouge au vert, habite Pierreuse, le quartier bohe\u0300me qui surplombe le palais <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">des princes-e\u0301ve\u0302ques. Elle n\u2019appartient pas vraiment a\u0300 la brigade des simenoniens inconditionnels. \u00ab&#8239;<em>Lie\u0300ge, c\u2019est une ville de gauche, un gros bassin antifasciste. Alors il y a une ge\u0302ne par rapport a\u0300 l\u2019antise\u0301mitisme de Simenon, me\u0302me s\u2019il s\u2019inscrivait dans l\u2019air du temps et s\u2019il s\u2019en est repenti par la suite. Le proble\u0300me avec Simenon, c\u2019est aussi que ce n\u2019est pas le plus grand fe\u0301ministe que la terre ait porte\u0301. Il est connu pour e\u0302tre l\u2019homme <\/em><\/span><em style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align);\">aux dix mille femmes. C\u0327a me met mal a\u0300 l\u2019aise. Je pense qu\u2019aujourd\u2019hui, il n\u2019aurait pas rec\u0327u le me\u0302me accueil.<\/em><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">&#8239;\u00bb<\/span><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Lie\u0300ge, sous courant alternatif. Enfant, Georges Simenon e\u0301tait fascine\u0301 par le fre\u0300re de sa me\u0300re, militant anarchiste, l\u2019original de la famille. Plusieurs de ses romans sont peuple\u0301s d\u2019insoumis en rupture de ban, <span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">d\u2019activistes rebelles. Lors des e\u0301lections du 26 mai, a\u0300 Lie\u0300ge, le tierce\u0301 gagnant e\u0301tait tout a\u0300 gauche&nbsp;: 25&nbsp;% au PS, 21&nbsp;% a\u0300 Ecolo, 19&nbsp;% au PTB. <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">A\u0300 ces trois de\u0301clinaisons de la gauche officielle, il faudrait ajouter les rouge et noir, les antisyste\u0300me. \u00ab&#8239;<em>A\u0300 l\u2019automne 2018, un mouvement antifa a e\u0301merge\u0301 a\u0300 Lie\u0300ge de fac\u0327on spontane\u0301e, avec pas mal d\u2019anars dedans<\/em>, indique Sarah Schlitz. <em>A\u0300 la premie\u0300re re\u0301union, il y avait deux cent cinquante personnes, c\u2019e\u0301tait impressionnant. Re\u0301cemment, sur les quais de la Meuse, un nouveau squat s\u2019est ouvert, dans un ba\u0302timent industriel du quartier Saint-Le\u0301onard. Il est occupe\u0301 par une vingtaine de jeunes qui ont entre 18 et 25 ans. La rele\u0300ve est la\u0300.<\/em>&#8239;\u00bb<\/span><\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Elle connai\u0302t par c\u0153ur la gauche sur son autre versant, celui du pouvoir he\u0301ge\u0301monique. A\u0300 peine sortie de l\u2019adolescence, elle s\u2019est affilie\u0301e au parti \u2014&nbsp;ne demandez pas lequel. \u00ab&#8239;<em>De toute fac\u0327on, quand tu nais dans une famille socialiste, tu es socialiste, que tu aies la carte ou non. Les exte\u0301rieurs ont parfois du mal a\u0300 comprendre. C\u2019est un syste\u0300me. Tous mes oncles et tantes ont travaille\u0301 de pre\u0300s ou de loin dans la sphe\u0300re socialiste. Aujourd\u2019hui, c\u0327a continue avec certains de mes cousins<\/em>.&#8239;\u00bb Ce monde qu\u2019elle a de\u0301serte\u0301 n\u2019e\u0301tait pas exempt de convictions. Sarah a de\u0301file\u0301 au parc d\u2019Avroy le 1er mai, sous des arcades de fanions rouges. Dans son enfance, la pile de cre\u0302pes, a\u0300 la chandeleur, se de\u0301vorait en chantant l\u2019Internationale. \u00ab&#8239;<em>Adulte, je n\u2019ai pas trouve\u0301 un lieu ou\u0300 porter les valeurs qui m\u2019animaient. Je ne voulais pas e\u0302tre la caution jeune d\u2019un syste\u0300me qui refuse de se remettre en question. Le jour ou\u0300 ses dirigeants auront fait<\/em> <em>le nettoyage, le PS sera a\u0300 nouveau se\u0301duisant, pas avant. Quand je vois maintenant l\u2019affaire Publifin, je me dis&nbsp;: oh la\u0300 la\u0300, comme j\u2019ai eu raison de partir.<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>Le 18 juillet 1991, lorsqu\u2019Andre\u0301 Cools a e\u0301te\u0301 assassine\u0301 sur les hauteurs de la gare des Guillemins, le bourgmestre Henri Schlitz e\u0301tait en vacances. A\u0300 sa place, c\u2019est le plus jeune e\u0301chevin de Lie\u0300ge, Willy Demeyer, qui s\u2019est rendu sur les lieux du crime. La mort violente de l\u2019ancien pre\u0301sident du Parti socialiste ouvrait une pe\u0301riode de turbulences, dont l\u2019affaire Publifin n\u2019est au fond que l\u2019ultime se\u0301quence. Pour autant, on aurait tort de croire imminent l\u2019effondrement du pouvoir socialiste, pre\u0301vient Sarah Schlitz. Tout aussi tort de miser sur <span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">le discre\u0301dit de Willy Demeyer \u2014&nbsp;le novice de 1991 est a\u0300 son tour devenu bourgmestre. \u00ab&#8239;<em>Demeyer reste tre\u0300s, tre\u0300s fort. Il a une assise e\u0301lectorale hyper solide. Ses re\u0301seaux sont bien ancre\u0301s. Il a une le\u0301gitimite\u0301 e\u0301norme, aussi bien aupre\u0300s des autres partis qu\u2019a\u0300 l\u2019inte\u0301rieur du PS. Willy a un co\u0302te\u0301 nounours, mais c\u2019est un strate\u0300ge de compe\u0301tition, omnipre\u0301sent dans la vie lie\u0301geoise. Rien ne lui e\u0301chappe<\/em>.&#8239;\u00bb<\/span><\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Qu\u2019aurait pense\u0301 Simenon de l\u2019e\u0301nie\u0300me crise politique que vit la Belgique&#8239;? Pas grand-chose, probablement. La politique n\u2019e\u0301tait pas son affaire, le sort de la Belgique non plus. Il avait 19 ans au moment de prendre un aller simple pour Paris, le 10 de\u0301cembre 1922. Jamais ensuite il n\u2019a e\u0301te\u0301 tente\u0301 de revenir vivre au pays natal. \u00ab<em> J\u2019ai passe\u0301 ma vie a\u0300 partir, faute d\u2019une ancre probablement, car je ne suis d\u2019aucun pays<\/em>&#8239;\u00bb, dira-t-il peu avant sa mort, le 4 septembre 1989.<br \/>\n\u00ab&#8239;<em>Simenon est un e\u0301crivain, je dirais, apolitique de droite<\/em>, observe Laurent Demoulin, professeur de litte\u0301rature a\u0300 l\u2019universite\u0301 de Lie\u0300ge. <em>Il se veut apolitique, mais je crois qu\u2019on ne l\u2019est jamais. Il y a un Simenon social, mais pas socialiste. D\u2019ou\u0300 sa tendresse pour les petits commerc\u0327ants, les petits employe\u0301s, les agriculteurs, les mariniers, qu\u2019il distingue de la classe ouvrie\u0300re. Il a e\u0301galement une fascination, une sympathie anarchisante, pour ceux qui sont encore en-dessous, les exclus totaux. Quand on envisage les petites gens et les exclus en refusant la notion de classe, c\u0327a n\u2019entre pas dans le discours de gauche.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nLa dimension politique, dans l\u2019\u0153uvre de Simenon, serait a\u0300 chercher ailleurs que dans les re\u0301fe\u0301rences au choc des ide\u0301es. \u00ab<em> L\u2019homme ordinaire a une histoire riche et douloureuse, c\u2019est la grande lec\u0327on humaniste de Simenon, <\/em>analyse Laurent Demoulin<em>. Depuis que je lis Simenon, j\u2019en ai la confirmation tous les jours. On est dans le bus, on peut avoir l\u2019impression que les autres passagers sont tous des gens normaux, qu\u2019il ne leur arrive rien. Puis on e\u0301change quelques mots avec sa voisine et on apprend que son fils a e\u0301te\u0301 tue\u0301 dans un accident de voiture, ou bien que sa me\u0300re a e\u0301te\u0301 de\u0301porte\u0301e dans un camp de concentration, ou bien que son fre\u0300re libanais a ve\u0301cu la guerre a\u0300 Beyrouth. Je ne connais personne qui n\u2019a pas une histoire \u2014&nbsp;et pas une histoire dure. Aucun e\u0301crivain de sa ge\u0301ne\u0301ration ne l\u2019a si bien exprime\u0301 que Simenon. Les gens se reconnaissent dans ses livres pour c\u0327a&nbsp;: j\u2019ai une histoire, une histoire qui me\u0301rite d\u2019e\u0302tre raconte\u0301e. On pourrait dire que son \u0153uvre est en ce sens une lec\u0327on de tole\u0301rance, d\u2019ouverture au monde.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nComment rester tole\u0301rant face a\u0300 l\u2019intole\u0301rance&#8239;? La perce\u0301e, le 26 mai, de l\u2019extre\u0302me droite nationaliste en Flandre bouscule les certitudes. \u00ab&#8239;<em>J\u2019ai e\u0301te\u0301 boulverse\u0301 par le livre Les bourreaux volontaires de Hitler, de l\u2019auteur ame\u0301ricain Daniel Goldhagen. Il montre que les tortionnaires nazis e\u0301taient des me\u0301decins, des pe\u0300res de famille, des hommes d\u2019a\u0302ge mu\u0302r&#8230; Ils n\u2019e\u0301taient pas contraints. Un re\u0301gime peut donc obtenir de certaines personnes qu\u2019elles trouvent normal d\u2019assassiner de sang-froid des enfants, en e\u0301tant juste un peu de\u0301goute\u0301es des bouts de cervelle sur leurs bottes. Puis arrive un autre re\u0301gime qui nous fait changer du tout au tout et nous fait conside\u0301rer que la paix est le bien le plus pre\u0301cieux au monde. Cela signifie que nous sommes vraiment tre\u0300s fragiles dans nos convictions. Simenon est face a\u0300 ces gens fragiles, ordinaires, qui basculent.<\/em>&#8239;\u00bb<\/p>\n<p>Des gens fragiles, des vies qui basculent, Franc\u0327ois Pe\u0301rilleux en a vu. \u00ab&#8239;<em>J\u2019e\u0301tais responsable de la crim, ici au palais<\/em>&#8239;\u00bb, dit-il depuis une terrasse de la place du Marche\u0301, en de\u0301signant du doigt une fene\u0302tre au deuxie\u0300me e\u0301tage du palais des princes-e\u0301ve\u0302ques. Son ancien bureau. <span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">Le commissaire a pris sa retraite, rendu sa carte de flic et son arme <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">de service. \u00ab&#8239;<em>Comprendre, ne pas juger, je peux dire qu\u2019a\u0300 la crim, c\u2019est e\u0301crit en lettres de feu. Les petits jeunes qui arrivent, on leur inculque c\u0327a. La plus grande partie de notre boulot consiste a\u0300 monter un dossier pour que la personne soit punie pour ce qu\u2019elle a commis, pas plus, pas moins. Autrement dit, notre ro\u0302le, c\u2019est d\u2019abord de contextualiser. Le me\u0302me fait peut valoir un acquittement ou une peine se\u0301ve\u0300re. Toute la diffe\u0301rence, c\u2019est l\u2019environnement, le contexte.<\/em>&#8239;\u00bb L\u2019ex-commissaire extrait de sa me\u0301moire une vieille affaire, celle d\u2019une femme dans la soixantaine, a\u0300 Herstal, <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">qui vivait avec son fils toxicomane, lui-me\u0302me pe\u0300re d\u2019un garc\u0327on de <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">3 ans. \u00ab&#8239;<em>Le gars aimait son fils, il s\u2019en occupait plus ou moins. Pas de maltraitance ave\u0301re\u0301e. Mais la femme e\u0301tait mortifie\u0301e a\u0300 l\u2019ide\u0301e que le petit allait souffrir de l\u2019addiction de son pe\u0300re. Et donc, dans son sommeil, elle va mettre un coussin sur la te\u0302te de son propre fils et le tuer avec un flingue. Boum&#8239;! Assassinat dans toute sa splendeur. Quel drame pour cette dame&#8239;! D\u2019ailleurs, elle s\u2019est longtemps casse\u0301 la te\u0302te pour savoir ce qu\u2019elle devait faire. Mais elle est dans une situation ou\u0300 elle ne trouve pas d\u2019issue. Elle pense que la seule solution pour prote\u0301ger le gamin et lui e\u0301viter de grandir avec un pe\u0300re toxico, c\u2019est de tuer ce dernier. Cet exemple montre bien que notre boulot, c\u2019est d\u2019aller au-dela\u0300 du fait, et me\u0302me tre\u0300s au-dela\u0300. Les jure\u0301s, a\u0300 l\u2019e\u0301poque, ont e\u0301te\u0301 relativement cle\u0301ments.<\/em>&#8239;\u00bb<\/span><\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Franc\u0327ois Pe\u0301rilleux e\u0301tait au banditisme au moment de l\u2019assassinat de Cools, en 1991. Lors du proce\u0300s, d\u2019octobre 2003 a\u0300 janvier 2004, il e\u0301tait commissaire divisionnaire. La fin des de\u0301bats avait coi\u0308ncide\u0301 avec le marche\u0301 de Noe\u0308l. Jure\u0301s, te\u0301moins, magistrats, avocats&#8230; Tout ce petit monde tournicotait autour des me\u0302mes e\u0301choppes. \u00ab&#8239;<em>Lie\u0300ge, c\u2019est Lie\u0300ge<\/em>&#8239;\u00bb, ramasse l\u2019ancien commissaire.<br \/>\nSon me\u0301tier l\u2019a vaccine\u0301 contre les illusions, de\u0300s la fin des anne\u0301es 1970, apre\u0300s une incursion chez ceux que Franc\u0327ois Pe\u0301rilleux appelle \u00ab&#8239;<em>les sang-bleus<\/em>&#8239;\u00bb, \u00ab<em> une sordide histoire d\u2019argent qui avait de\u0301ge\u0301ne\u0301re\u0301 en crime de sang<\/em>&#8239;\u00bb. \u00ab&#8239;<em>Plus jeune, je pensais que les puissants \u2014&nbsp;la politique, <\/em><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\"><em>la haute finance, la noblesse \u2014&nbsp;avaient des pre\u0301occupations en lien avec leur statut. Pas du tout&#8239;! Les histoires de baisouille ou de fric sont pile-poil les me\u0302mes que chez les cradingues.<\/em>&#8239;\u00bb D\u2019ou\u0300 le caracte\u0300re impe\u0301rissable <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">du <em>Confessionnal<\/em>, du <em>Passage de la ligne<\/em> ou <em>des Suicide\u0301s<\/em>, me\u0302me si les inspecteurs ne portent plus la pelisse, et qu\u2019on n\u2019envoie plus les pauvres filles chercher du charbon a\u0300 la cave. \u00ab&#8239;<em>Simenon de\u0301crit une socie\u0301te\u0301 qui n\u2019est plus du tout la no\u0302tre, mais le fonctionnement humain, lui, est e\u0301ternel. Le premier crime de l\u2019humanite\u0301 est connu, c\u2019est Cai\u0308n qui tue Abel. Pour une histoire a\u0300 la con, de jalousie foireuse. Quand Dieu lui demande \u201cton fre\u0300re, t\u2019en as fait quoi&#8239;?\u201d, il nie de manie\u0300re pathe\u0301tique. Du pur Simenon&#8239;!<\/em>&#8239;\u00bb<\/span><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 12\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p><strong>II. <span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">Neeroeteren<\/span><\/strong><\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 14\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>De la gare de Lie\u0300ge, on pique vers le nord. Herstal, Milmort, Tongres, Hasselt, ou\u0300 l\u2019on attrape une correspondance. Dans le train pour Genk, le contro\u0302leur s\u2019offre un re\u0301pit. Assis en deuxie\u0300me classe, il sort de sa boi\u0302te a\u0300 tartines le di\u0302ner du jour&nbsp;: pain gris et filet de dinde. La sce\u0300ne suffit a\u0300 faire remonter un souvenir. On se rappelle une amie fonctionnaire a\u0300 Bruxelles qui, en de\u0301pit de ses convictions e\u0301cologistes, ne se re\u0301solvait pas a\u0300 cesser d\u2019emballer son pique-nique dans du papier aluminium. \u00ab&#8239;<em>Une boi\u0302te a\u0300 tartines, c\u0327a fait flamand<\/em>&#8239;\u00bb, justifiait-elle. Jusqu\u2019ou\u0300 va se nicher la xe\u0301nophobie larve\u0301e dans ce dro\u0302le de pays qu\u2019est la Belgique.<\/p>\n<p>Arrive\u0301 en gare de Genk, il reste a\u0300 parcourir une vingtaine de kilome\u0300tres a\u0300 ve\u0301lo a\u0300 travers les sapinie\u0300res de Campine avant de parvenir a\u0300 destination. L\u2019adresse est d\u2019une simplicite\u0301 e\u0301loquente&nbsp;: Watering, 1. Commune de Dilsen-Stokkem. Le canal coule deux cents me\u0300tres a\u0300 l\u2019ouest. La Meuse, qui marque la frontie\u0300re avec les Pays-Bas, quatre kilome\u0300tres a\u0300 l\u2019est. Entre les deux eaux, une bande de terre sablonneuse maille\u0301e par un re\u0301seau d\u2019irrigations. Pour en saisir la densite\u0301, il faut ouvrir une carte&nbsp;: ce bout du Limbourg est strie\u0301 en tous sens de fines lignes bleues, les wateringues.<\/p>\n<p>C\u2019est une grosse maison en briques a\u0300 deux e\u0301tages, flanque\u0301e de de\u0301pendances. Tout est a\u0300 l\u2019abandon, envahi par les orties. Le ba\u0302timent, isole\u0301 dans la campagne, a e\u0301te\u0301 construit au milieu du XIXe sie\u0300cle, comme re\u0301sidence de fonction pour le mai\u0302tre des digues. En 1855, le ro\u0302le <span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">e\u0301chut a\u0300 Wilhelm Bru\u0308ll, le grand-pe\u0300re maternel de Georges Simenon, un Allemand qui avait immigre\u0301 en Belgique. Il l\u2019exerc\u0327a pendant dix-sept ans, avant de de\u0301me\u0301nager avec sa famille au village voisin de Neeroeteren, puis a\u0300 Anvers, avant de se fixer en re\u0301gion lie\u0301geoise. La maison resta, elle, dans le giron familial \u2014&nbsp;le beau-fre\u0300re de Wilhelm devenant a\u0300 sa suite chef des digues. Enfant, Simenon y a passe\u0301 des vacances de Noe\u0308l, pendant la guerre. Bien qu\u2019il n\u2019ait pas connu son grand-pe\u0300re <em>dijkmeester<\/em>, qui de\u0301tenait le pouvoir presque magique d\u2019inonder ou d\u2019asse\u0301cher les terres, sa mythologie personnelle en a e\u0301te\u0301 fortement marque\u0301e. \u00ab&#8239;De l\u2019eau, de la fac\u0327on dont elle sera re\u0301partie, dont elle s\u2019e\u0301coulera le long des e\u0301troits canaux, dont elle recouvrira la terre a\u0300 la saison voulue, de\u0301pend la prospe\u0301rite\u0301 ou la ruine de tous, a\u0300 des lieues a\u0300 la ronde&#8239;\u00bb, e\u0301crit-il dans son re\u0301cit autobiographique <em>Je me souviens.<\/em><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"column\">\n<blockquote>\n<div class=\"page\" title=\"Page 14\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Pour peu qu\u2019on s\u2019e\u0301loigne de l\u2019e\u0301glise de Neeroeteren, on ne voit que des ribambelles de maisons e\u0301parpille\u0301es le long des grands-routes. La Flandre plic-ploc. Le disparate a\u0300 son paroxysme.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/blockquote>\n<p>Un sie\u0300cle a passe\u0301. Le 26 mai 2019, avec 24,3&nbsp;% des voix, le Vlaams Belang est arrive\u0301 en te\u0302te a\u0300 Maaseik, la commune qui englobe Neeroeteren. Suivaient les se\u0301paratistes de la N-VA (21,9&nbsp;%), les libe\u0301raux de l\u2019Open VLD (17,2&nbsp;%) et les chre\u0301tiens-de\u0301mocrates du CD&amp;V (16&nbsp;%). Socialistes et e\u0301cologistes totalisaient ensemble 15&nbsp;% des suffrages.<br \/>\nPour le reste, c\u2019est toujours un lacis d\u2019irrigations et de wateringues, celui-la\u0300 me\u0302me qui inspira <em>La maison du canal<\/em>, l\u2019un des premiers \u00ab&#8239;romans durs&#8239;\u00bb de Simenon, comme il les appelait par opposition aux romans policiers. Une orpheline bruxelloise de 16 ans, Edme\u0301e, y est envoye\u0301e chez son oncle flamand, mai\u0302tre des digues a\u0300 Neeroeteren. Son arrive\u0301e introduit le trouble dans la maison, en particulier chez les cousins Jef et Fred, deux jeunes hommes bourrus, hercule\u0301ens. Il y a dans ce roman une onde qui rappelle la tension e\u0301rotique de <em>L\u2019e\u0301te\u0301 meurtrier<\/em>, avec Edme\u0301e dans le ro\u0302le d\u2019Isabelle Adjani, celui de l\u2019effronte\u0301e. Mais alors, un <em>E\u0301te\u0301 meurtrier<\/em> qui se de\u0301roulerait dans l\u2019humidite\u0301 et le froid. La mort surgit aux premie\u0300res pages, aux dernie\u0300res, au milieu du livre. Dans l\u2019intervalle des drames successifs, s\u2019e\u0301coule une vie monotone, d\u2019une rudesse d\u2019antan. Fred porte un bonnet en loutre. Jef tue des e\u0301cureuils.<\/p>\n<p>Corina Cools est <em>boswachter<\/em>, garde forestie\u0300re. Pour l\u2019agence re\u0301gionale flamande Nature et Fore\u0302t, elle veille sur trente-six hectares d\u2019espaces naturels dans le nord du Limbourg. Elle a lu <em>La maison du canal<\/em>. \u00ab&#8239;<em>Le passage des pe\u0301niches, l\u2019eau qui court a\u0300 travers les pre\u0301s, les bois environnants&#8230; Simenon a recre\u0301e\u0301 l\u2019exacte atmosphe\u0300re d\u2019ici. J\u2019en avais <\/em><em>des frissons. Les he\u0301ros du roman sont transis par le froid, quand il ge\u0300le a\u0300 pierre fendre. Vous devez imaginer cette maison au milieu des pre\u0301s, un vaste espace ouvert ou\u0300 un vent glacial s\u2019engouffre l\u2019hiver. Je comprends que c\u0327a ait marque\u0301 Simenon si, enfant, il est venu ici en de\u0301cembre<\/em>.&#8239;\u00bb<br \/>\nPlus personne n\u2019habitera la maison du canal. Elle a e\u0301te\u0301 ravage\u0301e en juin 2014 par un incendie criminel, alors qu\u2019elle avait e\u0301te\u0301 rachete\u0301e, quelques anne\u0301es plus to\u0302t, par l\u2019agence Nature et Fore\u0302t, qui projetait d\u2019en faire un centre pe\u0301dagogique. Ne subsistent que des murs fatigue\u0301s. Dans son lourd trousseau, Corina Cools en garde ne\u0301anmoins les cle\u0301s. Elle pousse les portes grinc\u0327antes de la maison, des e\u0301tables, de la grange. Pour un peu, on devinerait Edme\u0301e, Jef et Fred. Et le petit Georges. Un clocher surmonte l\u2019une des de\u0301pendances, a\u0300 la fac\u0327on d\u2019une chapelle. Nulle religiosite\u0301&nbsp;: les cloches indiquaient l\u2019heure des repas aux ouvriers et aux valets qui s\u2019activaient aux marges du domaine, tout une colonie de le\u0300ve-to\u0302t dans l\u2019orbite du chef des digues.<br \/>\nOn entend un clac-clac-clac. \u00ab&#8239;<em>Elle n\u2019est pas loin<\/em>&#8239;\u00bb, murmure Corina. On marche dans les hautes herbes. Clac-clac-clac, encore. C\u2019est le cri <span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">de la reinette verte, un petit amphibien, enseigne la<em> boswachter<\/em>. Mais l\u2019animal ne se laissera pas voir. Les salamandres, les limicoles, les he\u0301rons, les martres sont ici en leur royaume. Ve\u0302tue comme de juste d\u2019un pantalon kaki multipoches, Corina Cools nous fait monter a\u0300 bord de son 4 x 4 Suzuki. On roule a\u0300 travers des prairies bossele\u0301es, on longe des fosse\u0301s d\u2019irrigation, on traverse un bosquet, puis on de\u0301bouche sur le canal aux eaux baigne\u0301es par la lumie\u0300re mordore\u0301e d\u2019une fin d\u2019apre\u0300s-midi de septembre.<\/span><\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 14\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Au village de Neeroeteren, pour peu qu\u2019on s\u2019e\u0301loigne de l\u2019e\u0301glise, on ne voit que des ribambelles de maisons e\u0301parpille\u0301es le long des grands-routes. Des maisons de toutes les formes, de toutes les grosseurs, de tous les types de laideur, aux fac\u0327ades de toutes les couleurs, aux jardins entoure\u0301s de haies de toutes les hauteurs. La Flandre plic-ploc. Le disparate a\u0300 son paroxysme. En nous quittant, Corina Cools avait pre\u0301venu&nbsp;: \u00ab&#8239;<em>L\u2019urbanisme, par ici, c\u2019est une cacophonie.<\/em>&#8239;\u00bb Le contraste est spectaculaire avec les Pays-Bas voisins ou\u0300 les maisonnettes se blottissent les unes contre les autres, laissant l\u2019essentiel des paysages vierges de tout habitat humain. Pour de\u0301crire le processus en cours de l\u2019autre co\u0302te\u0301 de la Meuse, les Ne\u0301erlandais parlent de <em>verromeling<\/em>, ne\u0301ologisme dont la traduction serait \u00ab&#8239;brocantisation&#8239;\u00bb. De <em>rommelmarkt<\/em>, le marche\u0301 aux puces.<\/p>\n<p>Ce pays est-il autre chose qu\u2019un bric-a\u0300-brac toujours plus encombrant&#8239;? C\u0327a n\u2019empe\u0302cherait pas le tragique. Dans la se\u0301rie <span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">documentaire \u00ab&#8239;<em>Les enfants de la collaboration<\/em>&#8239;\u00bb, qui a fait e\u0301ve\u0301nement lors de sa diffusion cet e\u0301te\u0301 par la VRT, Anna Cuppens, une habitante de Neeroeteren ne\u0301e en 1937 te\u0301moignait d\u2019un passe\u0301 mal dige\u0301re\u0301. Son pe\u0300re, instituteur, e\u0301tait militant du VNV pronazi et <em>gauleiter<\/em> a\u0300 Neeroeteren. En septembre 1944, il a fui a\u0300 la ha\u0302te. La me\u0300re d\u2019Anna, reste\u0301e seule avec ses six enfants, s\u2019est terre\u0301e dans l\u2019arrie\u0300re-salle d\u2019un cafe\u0301. La maison familiale est me\u0301thodiquement saccage\u0301e, de la cuisine a\u0300 la chambre a\u0300 coucher, par des habitants gagne\u0301s par l\u2019ivresse de la Libe\u0301ration et la soif de vengeance. Vinrent ensuite des anne\u0301es d\u2019opprobre durant lesquelles les <em>zwarten<\/em> (noirs) et leurs enfants e\u0301taient montre\u0301s du doigt au village. Puis le ressentiment accumule\u0301 en secret, par petites grappes pre\u0302tes a\u0300 exploser.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 14\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<figure class=\"blockquote-figure\">\n<blockquote>\n<p>J\u2019aime le peuple, mais je de\u0301teste la foule<\/blockquote><figcaption class=\"blockquote-footer\">Georges Simenon<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 12\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 14\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 14\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>\u00ab&#8239;J\u2019aime le peuple, mais je de\u0301teste la foule&#8239;\u00bb, dira souvent Georges Simenon. Adolescent, il avait e\u0301te\u0301 e\u0301pouvante\u0301, lors de la libe\u0301ration de Lie\u0300ge apre\u0300s l\u2019armistice de 1918, par une sce\u0300ne qu\u2019il de\u0301crit dans <em>Pedigree<\/em>. \u00ab&#8239;Dans un coin sombre, une forme humaine se de\u0301bat contre une demi-douzaine d\u2019hommes. Ils sont en train de de\u0301shabiller une femme, de lui arracher ses ve\u0302tements jusqu\u2019au dernier. Elle est nue, a\u0300 genoux sur le trottoir visqueux, et un des agresseurs lui coupe a\u0300 grands coups de ciseaux les cheveux au ras du cra\u0302ne. [&#8230;] Elle fuit sous les hue\u0301es, livide et glace\u0301e dans le courant d\u2019air des rues.&#8239;\u00bb<br \/>\nLe chapitre de l\u2019e\u0301puration, apre\u0300s la Seconde Guerre mondiale, l\u2019e\u0301crivain en aura e\u0301te\u0301 un te\u0301moin, voire un acteur, plus direct encore. <span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">Christian, son fre\u0300re cadet, a e\u0301te\u0301 un militant fanatique de Rex, <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">le parti prohitle\u0301rien de Le\u0301on Degrelle. Les 17 et 18 aou\u0302t 1944, reve\u0302tu <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">de l\u2019uniforme noir a\u0300 parements blancs des SS, il a fait partie du commando charge\u0301 des repre\u0301sailles apre\u0300s l\u2019assassinat du bourgmestre collaborationniste de Charleroi par des re\u0301sistants. Bilan&nbsp;: vingt-sept civils arre\u0302te\u0301s et abattus sur-le-champ d\u2019une balle dans la nuque. Dans sa biographie monumentale de Georges Simenon, Pierre Assouline raconte comment l\u2019e\u0301crivain retrouvera son fre\u0300re sur un banc de la place des Vosges, a\u0300 Paris, en 1945. Christian vient alors d\u2019e\u0302tre condamne\u0301 a\u0300 mort par contumace par le conseil de guerre de Charleroi. Il ne sait que faire, ni ou\u0300 aller. Dans l\u2019urgence, Georges lui sugge\u0300re de s\u2019engager dans la Le\u0301gion e\u0301trange\u0300re et de s\u2019y faire oublier sous une nouvelle identite\u0301. Christian Simenon suit le conseil fraternel. Il meurt au combat trois ans plus tard en Indochine.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 12\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 14\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 14\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 15\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p><strong>III. Bruxelles\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Chez Simenon, Bruxelles est la ville-plateforme, celle d\u2019ou\u0300 partent les trains, qu\u2019on y monte ou qu\u2019on en descende. Les coupables se planquent dans la capitale belge quand ils se sentent traque\u0301s par la police franc\u0327aise, observent Michel Carly et Christian Libens, auteurs du livre <em>La Belgique de Simenon<\/em>. Telle serait, selon l\u2019e\u0301crivain, la vocation de Bruxelles&nbsp;: \u00ab&#8239;un labyrinthe de passage ou un refuge de fuyard&#8239;\u00bb, \u00ab&#8239;un asile rassurant ou une cache provisoire&#8239;\u00bb.<\/p>\n<p>Bruxelles, en 2019, c\u2019est aussi le ciment d\u2019un pays morcele\u0301, comme le remarque Vincent de Coorebyter, professeur de philosophie politique a\u0300 l\u2019ULB. Du leitmotiv simenonien \u2014&nbsp;comprendre, ne pas juger \u2014, il s\u2019accommode fort bien, a\u0300 condition d\u2019y apporter une retouche. \u00ab&#8239;<em>Je dirais pluto\u0302t comprendre avant de juger. Il faut essayer de comprendre sans<\/em> <em>de\u0301ja\u0300 juger, sans pre\u0301juge\u0301s, sans condamnation morale pre\u0301alable qui vient colorer l\u2019analyse des faits. C\u0327a n\u2019interdit pas de juger une fois qu\u2019on a fait cet effort de compre\u0301hension.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nMais comment comprendre, comment ne pas juger la nouvelle donne, cette extre\u0302me droite se\u0301paratiste de\u0301sormais dominante en Flandre&#8239;? \u00ab&#8239;<em>Je suis le premier a\u0300 soutenir qu\u2019un certain populisme de droite est d\u2019abord<\/em> <em>un cri de de\u0301tresse exprime\u0301 par des populations qui ont des raisons de se sentir de\u0301laisse\u0301es, menace\u0301es. Il ne faut cependant jamais oublier que le vote d\u2019extre\u0302me droite recouvre deux re\u0301alite\u0301s, deux terrains. D\u2019abord, des re\u0301gions pre\u0301carise\u0301es, ou\u0300 l\u2019explication sociale est sans doute prioritaire. Ensuite, des re\u0301gions plus prospe\u0300res, comme l\u2019Autriche ou la Flandre. Quand le Vlaams Belang rassemble 25&nbsp;% des sonde\u0301s en Flandre, on peut difficilement l\u2019analyser comme le cri d\u2019alarme d\u2019une population qui, devant des perspectives redoutables, utilise ce vote comme le seul moyen <\/em><em>a\u0300 sa disposition pour se faire entendre. Difficile de ne pas y voir un vote re\u0301ellement re\u0301actionnaire et xe\u0301nophobe. Mais j\u2019ajoute aussito\u0302t que mon avis se base sur des lectures, des analyses partielles. Il faudrait aller plus loin dans la connaissance du phe\u0301nome\u0300ne avant de se permettre de juger.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nLe style de Tom Van Grieken, le pre\u0301sident du Vlaams Belang, 32 ans, renseigne une ligne politique&nbsp;: l\u2019alliage de l\u2019esprit entrepreneurial et du vieux fond de sauce nationaliste. E\u0301le\u0301gance nette, dynamisme de\u0301monstratif et visage rase\u0301 de pre\u0300s. Tout concourt a\u0300 accre\u0301diter l\u2019image d\u2019une machine bien huile\u0301e, apte a\u0300 assurer la prospe\u0301rite\u0301 flamande. \u00ab&#8239;<em>Les dirigeants du Vlaams Belang pre\u0301sentent tous les signes de la re\u0301ussite sociale, d\u2019un certain brio. Ce sont des personnes qui auraient les moyens intellectuels de de\u0301monter les simplismes de leur propre discours. <\/em><em style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align);\">Les moyens aussi de saisir la complexite\u0301 du monde et de ne pas s\u2019en remettre a\u0300 un discours plein d\u2019agressivite\u0301 et de caricatures. Ces personnes-la\u0300 me semblent difficilement pardonnables.<\/em><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">&#8239;\u00bb<br \/>\n<\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">Plusieurs recherches indiquent que les e\u0301lecteurs les plus jeunes ont massivement contribue\u0301 au triomphe du Vlaams Belang le 26 mai. <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">\u00ab<em> On peut voir la jeunesse comme un double tableau<\/em>, analyse Vincent de Coorebyter. <em>Le proble\u0300me, c\u2019est que le premier est bien connu, alors que le second commence a\u0300 peine a\u0300 se laisser appre\u0301hender.<\/em>&#8239;\u00bb <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">Le premier tableau s\u2019amorce de\u0300s la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il se caracte\u0301rise par une pousse\u0301e de l\u2019individualisme, en particulier chez les jeunes, qui les rend beaucoup plus tole\u0301rants que leurs ai\u0302ne\u0301s. \u00ab&#8239;<em>C\u2019est e\u0301clatant dans les enque\u0302tes d\u2019opinion sur la pratique religieuse, a\u0300 l\u2019homosexualite\u0301, a\u0300 la PMA, aux tatouages, a\u0300 l\u2019adoption par des parents du me\u0302me sexe, aux identite\u0301s de genre floues, fluides, ouvertes. Sur l\u2019ensemble de ces sujets, les points de vue diffe\u0300rent radicalement <\/em><\/span><em style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align);\">d\u2019une tranche d\u2019a\u0302ge a\u0300 une autre. On pourrait donc croire que les <\/em><em style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align);\">jeunes sont force\u0301ment des individualistes ouverts, cool, antiracistes, acceptant le brassage et la diversite\u0301. Et c\u2019est fondamentalement vrai&#8239;! <\/em><em style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align);\">Sauf qu\u2019il y a un processus inverse qui se de\u0301veloppe en paralle\u0300le.<\/em><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">&#8239;\u00bb C\u2019est le deuxie\u0300me tableau, le plus e\u0301nigmatique&nbsp;: l\u2019expression bruyante d\u2019ide\u0301es radicalement conservatrices par une frange croissante de la jeunesse, et pas seulement, comme on pourrait le croire, celle issue de la ruralite\u0301 ou de la vieille classe ouvrie\u0300re. \u00ab&#8239;<em>Dans toutes les cate\u0301gories sociales, on voit des jeunes qui n\u2019admettent pas la multiculturalite\u0301, qui estiment que les frontie\u0300res sont devenues des passoires, qui contestent les lois libe\u0301rales en matie\u0300re bioe\u0301thique, ou qui jugent que le droit a\u0300 l\u2019avortement ne va pas de soi. On est la\u0300 face a\u0300 un nouveau public acquis a\u0300 des the\u0300ses conservatrices, et qui les exprime avec une radicalite\u0301, une agressivite\u0301 de\u0301routantes. Comme s\u2019il ne suffisait pas d\u2019e\u0302tre jeune, ouvert, branche\u0301, hyperconnecte\u0301 pour e\u0302tre immunise\u0301 contre les the\u0300ses d\u2019extre\u0302me droite. C\u2019est une surprise. On avait cru que ces ide\u0301es-la\u0300, d\u2019exclusion, de racisme, allaient s\u2019e\u0301teindre d\u2019elles-me\u0302mes avec l\u2019arrive\u0301e de nouvelles ge\u0301ne\u0301rations qui ont grandi avec Internet.<\/em>&#8239;\u00bb<\/span><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div class=\"page\" title=\"Page 15\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Telle serait, selon l\u2019e\u0301crivain, la vocation de Bruxelles&nbsp;: \u00ab&#8239;un labyrinthe de passage ou un refuge de fuyard&#8239;\u00bb, \u00ab&#8239;un asile rassurant ou une cache provisoire<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/blockquote>\n<div class=\"page\" title=\"Page 12\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 14\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 14\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 15\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p><strong>IV. Furnes<\/strong><\/p>\n<p>Le roman s\u2019ouvre sur un avertissement. \u00abJe ne connais pas Furnes. Je ne connais ni son bourgmestre ni ses habitants. Furnes n\u2019est pour moi que comme un motif musical. J\u2019espe\u0300re donc que personne ne voudra malgre\u0301 tout se reconnai\u0302tre dans l\u2019un ou l\u2019autre des personnages de mon histoire.&#8239;\u00bb<br \/>\nLe <em>bourgmestre de Furnes<\/em> n\u2019est pas un Simenon banal&nbsp;: c\u2019est le seul, avec <em>Le Pre\u0301sident<\/em> (1958), qui prend pour cadre le monde politique. Lorsque le livre parai\u0302t en 1939 aux e\u0301ditions Gallimard, l\u2019Europe vacille, le nazisme se de\u0301chai\u0302ne en Allemagne, la Belgique s\u2019appre\u0302te a\u0300 revivre la guerre et l\u2019occupation. Mais tout c\u0327a ne concerne pas Simenon&#8230; La politique a\u0300 sa mode se de\u0301roule dans une Furnes hors du temps. Joris Terlinck est le <em>baas<\/em>, le patron. Patron du conseil communal. Patron d\u2019une fabrique de cigares, la marque Vlaamsche Vlag, aux boi\u0302tes orne\u0301es du drapeau flamand et d\u2019un gros homme be\u0301at qui fume en esquissant un clin d\u2019\u0153il. Comme tout le monde a\u0300 Furnes, Terlinck est membre du Cercle catholique. Il appartient au Parti de\u0301mocrate. Son rival de toujours, Le\u0301onard Van Hamme, dirige la section locale du Parti conservateur flamand.<\/p>\n<p>\u00ab&#8239;Je ne connais pas Furnes&#8239;\u00bb, pre\u0301tend Simenon. A\u0300 voir. Pour qui de\u0301barque en ville, il est aise\u0301 d\u2019y retrouver l\u2019atmosphe\u0300re du roman. La gare, qui s\u2019e\u0301lance vers le ciel a\u0300 la fac\u0327on gothique, a e\u0301te\u0301 repeinte de frais, dans un <span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">jaune cre\u0301meux, comme un cha\u0302teau Disney. Dans le roman, le <em>baas<\/em> fre\u0301quentait avec assiduite\u0301 le cafe\u0301 Le Vieux Beffroi, sur la Grand-Place. Des murs de\u0301core\u0301s de blasons, une chemine\u0301e entoure\u0301e de bois sculpte\u0301. Les hommes y jouaient au whist. Autre temps, autre ambiance&nbsp;: aujourd\u2019hui, les visiteurs consomment des calamars frits et des croquettes de crevettes, ou bien des cre\u0302pes a\u0300 la terrasse de chez Verdonck, l\u2019institution locale. Pour le reste, les maisons de briques couleur sable n\u2019ont pas bouge\u0301. On entend toujours les cris des mouettes \u2014&nbsp;la mer est a\u0300 moins de quinze kilome\u0300tres. Le soir, quand chacun rentre chez soi, les murs ancestraux de Furnes retrouvent leur myste\u0300re e\u0301ternel.<br \/>\n<\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">Le vieil ho\u0302tel de ville, avec son perron glorieux, ses murs ou\u0300 se me\u0302lent le bleu royal et le dore\u0301, son opulence de\u0301catie, a e\u0301te\u0301 abandonne\u0301 par la vie politique en 2009. Le conseil communal se tient a\u0300 pre\u0301sent dans un ba\u0302timent moderne, tout en verre. Un autre changement <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">s\u2019est produit, que Simenon n\u2019aurait pu imaginer&nbsp;: dans ce Westhoek baigne\u0301 de conservatisme catholique, Peter Roose est devenu en 2012 <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">le premier bourgmestre socialiste que Furnes ait jamais connu. A\u0300 la surprise ge\u0301ne\u0301rale, il avait alors propose\u0301 au pre\u0301ce\u0301dent bourgmestre, le chre\u0301tien-de\u0301mocrate Jan Verfaillie, de nouer un pacte de majorite\u0301 avec lui. En octobre dernier, a\u0300 l\u2019issue des e\u0301lections communales, le SP.A et le CD&amp;V ont reconduit leur alliance. Le colle\u0300ge se re\u0301unit autour d\u2019une tre\u0300s grande table rectangulaire, le bourgmestre de Furnes pre\u0301side, tandis que l\u2019ancien bourgmestre de Furnes, re\u0301trograde\u0301 e\u0301chevin des finances, se tient juste en face, a\u0300 l\u2019autre extre\u0301mite\u0301. \u00ab&#8239;<em>Chaque semaine, je le vois droit dans les yeux<\/em>&#8239;\u00bb, savoure Peter Roose.<\/span><\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 15\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>En juillet 2015, a\u0300 l\u2019occasion de la nouvelle traduction ne\u0301erlandaise du roman, une exposition et une soire\u0301e Simenon ont e\u0301te\u0301 organise\u0301es a\u0300 Furnes. Peter Roose y e\u0301tait, mais a\u0300 la diffe\u0301rence de Terlinck, son pre\u0301de\u0301cesseur fictif, il ne fume pas le cigare. Quand bien me\u0302me, le drapeau flamand ostentatoire n\u2019est pas le genre de cet amateur de rock.<\/p>\n<p>A\u0300 Furnes, le 26 mai, la N-VA a obtenu 26&nbsp;% des voix et le Vlaams Belang 19&nbsp;%. La\u0300 me\u0302me ou\u0300, six mois plus to\u0302t, la liste d\u2019ouverture Veurne Plus, a\u0300 dominante socialiste, e\u0301tait arrive\u0301e en te\u0302te du scrutin communal, avec 33,4&nbsp;% des suffrages. \u00ab&#8239;<em>Cela ne veut pas dire que 19&nbsp;% des habitants soient de vrais racistes,<\/em> minimise Peter Roose.<em> Je crois qu\u2019ils ont voulu donner un message a\u0300 l\u2019ensemble du monde politique&nbsp;: arre\u0302tez les discussions, trouvez des solutions&#8239;! Nous sommes quatre mois plus tard et les partis n\u2019ont rien fait de ce message. Dommage.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\nLui aussi s\u2019e\u0301rige en apo\u0302tre du dialogue. \u00ab<em> Qui osera prendre la responsabilite\u0301 de faire passer l\u2019inte\u0301re\u0302t du pays avant l\u2019inte\u0301re\u0302t de son parti&#8239;? Di Rupo et De Wever doivent se parler, c\u2019est l\u2019e\u0301vidence, peu importe les exclusives e\u0301mises avant les e\u0301lections. Tout le monde a inte\u0301re\u0302t a\u0300 ce qu\u2019un gouvernement se forme. Emmanuel Macron essaye de faire bouger les structures de son pays, Angela Merkel aussi. En Belgique, on ne fait rien, ce pays est statique<\/em>.&#8239;\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 12\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 14\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 14\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 15\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 15\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Jan Verfaillie, a\u0300 la te\u0302te de la ville de 1998 a\u0300 2012, ancien de\u0301pute\u0301 CD&amp;V, a lu <em>Le bourgmestre de Furnes<\/em> a\u0300 l\u2019e\u0301cole secondaire. Il garde du <em>baas<\/em> l\u2019image d\u2019un homme \u00ab&#8239;<em>tre\u0300s e\u0301gocentrique, dictatorial, non-de\u0301mocratique<\/em>&#8239;\u00bb. Une figure d\u2019autocrate qui ne cadre pas avec la re\u0301alite\u0301 politique furnoise, proteste-t-il. Dans le roman, le conservateur Van Hamme et le de\u0301mocrate Terlinck <span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">se livrent une lutte sans merci. Apre\u0300s trente ans d\u2019opposition, le second finit par destituer le premier, mais aux dernie\u0300res pages, le rapport de forces bascule a\u0300 nouveau. Apre\u0300s le revers cuisant de 2012, d\u2019autres <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">que Jan Verfaillie auraient quitte\u0301 la politique, n\u2019auraient pas supporte\u0301 l\u2019affront d\u2019e\u0301voluer dans un ro\u0302le subalterne, sous le regard permanent de leur vainqueur. Mais Verfaillie endure. Parce qu\u2019il espe\u0300re comme Van Hamme une volte-face en sa faveur&#8239;? Espe\u0300re-t-il redevenir un jour bourgmestre&#8239;? \u00ab&#8239;<em>Keep on dreaming<\/em>&#8239;\u00bb, re\u0301pond-il en anglais.<br \/>\n<\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">Jan Verfaillie me\u0301dite sur le destin de la Flandre et de la Wallonie, <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">\u00ab&#8239;<em>en train de suivre des voies totalement diffe\u0301rentes<\/em>&#8239;\u00bb. \u00ab&#8239;<em>La Flandre <\/em><\/span><em style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align);\">est de centre droit, la Wallonie de centre gauche, et me\u0302me de gauche. Re\u0301fle\u0301chissons a\u0300 ce qu\u2019on peut encore faire ensemble, mais sans aller jusqu\u2019a\u0300 la scission du pays. Personne n\u2019en veut.<\/em><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">&#8239;\u00bb Le confe\u0301de\u0301ralisme&#8239;? \u00ab&#8239;<em>En soi, je n\u2019en suis pas partisan. Le mode\u0300le comporte autant d\u2019avantages que d\u2019inconve\u0301nients, mais vu la donne actuelle, c\u2019est une e\u0301volution ine\u0301vitable. Si pas maintenant, c\u0327a se fera en 2024.<\/em>&#8239;\u00bb On demande ce qui alors resterait a\u0300 l\u2019e\u0301chelon belge. \u00ab<em> C\u2019est naturellement toute la question&#8230;<\/em>&#8239;\u00bb <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">Il cite la de\u0301fense nationale et les affaires e\u0301trange\u0300res. C\u2019est tout&#8239;? Oui, c\u2019est tout. \u00ab&#8239;<em>Il y a des e\u0301le\u0301ments qui vont en tout cas disparai\u0302tre du pot national, comme la se\u0301curite\u0301 sociale<\/em>&#8239;\u00bb, insiste-t-il, au cas ou\u0300 on aurait mal compris. Ses divergences avec la N-VA&#8239;? \u00ab&#8239;<em>Au CD&amp;V, nous sommes plus sociaux, plus attentifs aux gens laisse\u0301s sur le bord du chemin, et puis nous de\u0301fendons une toute autre approche de la migration. On doit bien su\u0302r se montrer strict, mais pas imiter Salvini. Theo Francken porte une responsabilite\u0301 lourde dans la victoire du Vlaams Belang. Toujours stigmatiser certaines cate\u0301gories de la population, ce n\u2019est pas bien.<\/em>&#8239;\u00bb<\/span><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 16\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<figure class=\"blockquote-figure\">\n<blockquote>\n<p>Le confe\u0301de\u0301ralisme comporte autant d\u2019avantages que d\u2019inconve\u0301nients, mais vu la donne actuelle, c\u2019est une e\u0301volution ine\u0301vitable. Si pas maintenant, c\u0327a se fera en 2024.<\/blockquote><figcaption class=\"blockquote-footer\">Jan Verfaillie (CD&amp;V), ancien bourgmestre de Furnes et d\u00e9put\u00e9<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 12\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 14\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 14\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 15\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 15\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 16\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Entre 1914 et 1918, Furnes e\u0301tait la capitale officieuse de la Belgique, <span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">l\u2019unique ville importante non occupe\u0301e par les Allemands, dans un lambeau de pays reste\u0301 libre. Le roi Albert Ier a ve\u0301cu plusieurs mois dans l\u2019ho\u0302tel de ville de\u0301crit par Simenon, avant de de\u0301me\u0301nager vers le village proche de Houtem. Curieusement, les Allemands n\u2019ont pas cherche\u0301 a\u0300 e\u0301liminer le roi des Belges, alors que l\u2019ho\u0302tel de ville de Furnes, a\u0300 peine en retrait du front, e\u0301tait une cible tre\u0300s facile pour l\u2019artillerie. \u00ab<em> Je crois que c\u2019est lie\u0301 a\u0300 une sorte de code d\u2019honneur, une galanterie d\u2019ancien re\u0301gime,<\/em> sugge\u0300re Piet Chielens, le coordinateur du muse\u0301e In Flanders Fields, dans la ville voisine d\u2019Ypres. <em>Le keizer n\u2019aurait pas trouve\u0301 dro\u0302le que son petit-neveu soit tue\u0301 par un obus allemand.<\/em>&#8239;\u00bb<br \/>\n<\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">Par testament, le pe\u0300re de Piet Chielens a indique\u0301 que sa riche bibliothe\u0300que devrait, a\u0300 son de\u0301ce\u0300s, e\u0302tre partage\u0301e a\u0300 parts e\u0301gales entre ses trois fils. La collection des Maigret, dans une e\u0301dition en franc\u0327ais avec couverture bleue, est revenue au coordinateur du muse\u0301e In Flanders <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">Fields. Pas besoin, selon lui, de longue enque\u0302te pour de\u0301terminer les <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">causes de la crise politique actuelle&#8230; La Belgique que nous connaissons, insiste-t-il, est le produit direct d\u2019une guerre acheve\u0301e il y a un sie\u0300cle et un an. \u00ab&#8239;<em>On ne peut pas comprendre le re\u0301sultat des dernie\u0300res e\u0301lections sans connai\u0302tre l\u2019histoire de la Premie\u0300re guerre mondiale. Le Wallon n\u2019est pas moins raciste que le Flamand, mais si c\u0327a ne s\u2019exprime pas a\u0300 travers les votes, je crois que c\u0327a de\u0301coule d\u2019une dynamique enclenche\u0301e dans les anne\u0301es 1920, comme conse\u0301quence directe de la Premie\u0300re Guerre mondiale.<\/em>&#8239;\u00bb Apre\u0300s l\u2019armistice, le mythe des fantassins flamands morts parce qu\u2019ils ne comprenaient pas les ordres donne\u0301s en franc\u0327ais par leurs officiers <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">se propage. Les douleurs endure\u0301es pendant cinq ans donnent corps <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">a\u0300 la propagande nationaliste, selon laquelle la Belgique n\u2019existe qu\u2019au de\u0301triment des habitants de sa partie nord. \u00ab&#8239;<em>Les morts vont ainsi e\u0302tre enro\u0302le\u0301s au service d\u2019un ide\u0301al politique. La souffrance des soldats flamands va e\u0302tre re\u0301e\u0301crite comme e\u0301tant la souffrance d\u2019une nation. Les soldats tombe\u0301s au combat ne sont plus des victimes de la guerre, mais des victimes de leur ide\u0301al flamand. Pur non-sens&#8239;! Car ces hommes sont bien morts <\/em><\/span><em style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align);\">a\u0300 cause de la guerre, personne ne peut le nier. Pourtant, le Mouvement flamand va massivement exploiter cette fable, devenue un prodigieux levier politique. Jusqu\u2019en 1914, la conscience flamande e\u0301tait tre\u0300s limite\u0301e, c\u2019e\u0301tait un mouvement d\u2019instituteurs et de petits cure\u0301s. Ce n\u2019est qu\u2019apre\u0300s 1918 qu\u2019elle peut se transformer en mouvement de masse, par le biais d\u2019une \u201cne\u0301cropolitique\u201d, l\u2019utilisation des morts comme martyrs de la cause flamande.<\/em><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">&#8239;\u00bb<\/span><\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 16\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Que les e\u0301lecteurs flamands aient ple\u0301biscite\u0301 en mai 2019 deux partis <span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">se\u0301paratistes serait donc dans le droit fil d\u2019un armistice mal dige\u0301re\u0301. <\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">\u00ab&#8239;<em>N-VA et Vlaams Belang jouent sur la me\u0302me corde, celle d\u2019une Flandre frustre\u0301e dans ses aspirations, qui agit comme un effet miroir du sentiment d\u2019infe\u0301riorite\u0301 e\u0301prouve\u0301 il y a cent ans. La Flandre est l\u2019une des re\u0301gions les plus riches d\u2019Europe, on pourrait croire que ses habitants n\u2019ont gue\u0300re <\/em><\/span><em style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align);\">de raison d\u2019e\u0302tre frustre\u0301s. Si ce sentiment perdure, en de\u0301pit de la re\u0301alite\u0301 objective, c\u2019est en raison d\u2019un complexe d\u2019infe\u0301riorite\u0301 ancre\u0301 dans la tradition du flamingantisme depuis 1918. Ce sentiment tre\u0300s pre\u0301sent d\u2019e\u0302tre traite\u0301s comme des citoyens de seconde zone, transmis de ge\u0301ne\u0301ration en ge\u0301ne\u0301ration, par une sorte de loyaute\u0301 familiale, a facilement pu trouver <\/em><em style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align);\">un prolongement dans les frustrations e\u0301prouve\u0301es par les citoyens face a\u0300 <\/em><em style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align);\">la mondialisation et a\u0300 la nouvelle e\u0301conomie qui fragilise les positions sociales. Je pense qu\u2019il y avait la\u0300 en Flandre une sorte de moule pre\u0302t a\u0300 l\u2019emploi, un potentiel qui ne demandait qu\u2019a\u0300 s\u2019exprimer, et dont le Vlaams Belang et la N-VA ont su tirer parti.<\/em><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">&#8239;\u00bb<br \/>\n<\/span><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">Les premie\u0300res semaines de l\u2019anne\u0301e 2019 laissaient pourtant pre\u0301sager une autre issue. \u00ab<em> Quand j\u2019ai vu les premie\u0300res marches pour le climat, je pensais que c\u0327a allait entrai\u0302ner des conse\u0301quences se\u0301rieuses<\/em>, avoue Piet Chielens. <em>De\u0300s qu\u2019on s\u2019est rapproche\u0301 des e\u0301lections, j\u2019ai vu les solutions populistes occuper tout l\u2019espace, et en fin de compte, en Flandre, ce sont les partis qui nient le proble\u0300me climatique qui ont gagne\u0301.<\/em>&#8239;\u00bb Faut-il en de\u0301duire que les francophones et les ne\u0301erlandophones soient voue\u0301s a\u0300 des destins antagonistes&#8239;? Esprit aussi familier des ale\u0301as de l\u2019histoire, Piet Chielens pre\u0301fe\u0300re de\u0301placer la perspective. \u00ab&#8239;<em>Quand on veut classer les Belges en deux cate\u0301gories, on se re\u0301fe\u0300re toujours a\u0300 la frontie\u0300re linguistique, mais <\/em><\/span><em style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align);\">l\u2019Escaut, de Tournai jusqu\u2019a\u0300 Anvers, est une ligne de de\u0301marcation tout aussi importante. Entre les re\u0301gions situe\u0301es de part et d\u2019autre du fleuve, il y a d\u2019e\u0301normes diffe\u0301rences, bien plus anciennes que toutes les autres ce\u0301sures qui existent dans ce pays. Pour moi, la Belgique existe non pas depuis presque deux cents ans, mais depuis six cents ans. C\u2019est-a\u0300-dire depuis l\u2019e\u0301poque bourguignonne. La re\u0301alite\u0301 belge est depuis cette e\u0301poque-la\u0300 un fait inde\u0301niable. La diffe\u0301rence linguistique n\u2019est qu\u2019un e\u0301le\u0301ment secondaire. Ce n\u2019est qu\u2019au XIXe sie\u0300cle, sous l\u2019effet du romantisme, que la langue a e\u0301te\u0301 conside\u0301re\u0301e comme le principal trait unificateur de l\u2019identite\u0301 d\u2019un peuple. Auparavant, la langue e\u0301tait bien su\u0302r une composante de la culture, mais pas son e\u0301le\u0301ment de\u0301terminant<\/em><span style=\"color: var(--bs-body-color); font-family: var(--bs-body-font-family); font-size: var(--bs-body-font-size); text-align: var(--bs-body-text-align); background-color: var(--bs-body-bg);\">.&#8239;\u00bb<\/span><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 12\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 14\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 14\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 15\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 15\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 16\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 16\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p><strong>V. Coxyde<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est un bout de Belgique ou\u0300 les maisons portent des noms. Elles s\u2019appellent <em>Le triton, Les tre\u0300fles, Surcouf, Duinezicht, Ma petite Paulette<\/em>&#8230; L\u2019e\u0301glise s\u2019appelle <em>Ster der zee<\/em> \u2014&nbsp;une e\u0301toile de mer pour guider les a\u0302mes. Mais la Belgique n\u2019a pas le pied marin, c\u0327a se saurait. Le roulis, ses habitants l\u2019e\u0301prouvent au fond du tram, assis sur la banquette qui fait toute la largeur, d\u2019ou\u0300 l\u2019on voit les rails de\u0301filer a\u0300 reculons. C\u0327a tangue, c\u0327a tangue. Voyage houleux.<br \/>\nSur la digue, les go-karts en lourd me\u0301tal sont aligne\u0301s comme a\u0300 la parade, avec leurs couleurs criardes, jaune, mauve, vert pomme, orange. Mais les enfants sont rentre\u0301s a\u0300 l\u2019e\u0301cole. Alors on prome\u0300ne son chien, on roule son tabac. On reste assis sur un banc, parfois une heure entie\u0300re, en plissant les yeux face au soleil qui projette entre les nuages ondule\u0301s sa lumie\u0300re blancha\u0302tre d\u2019e\u0301te\u0301 finissant.<br \/>\nDans les rues adjacentes, le vent s\u2019engouffre et provoque un sifflement de blizzard en rasant les balustrades des appartements.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div class=\"page\" title=\"Page 16\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>S\u2019il y a bien un trait qui unit les Belges du nord, du sud et du centre, c\u2019est l\u2019attachement au confort prive\u0301.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/blockquote>\n<div class=\"page\" title=\"Page 12\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 13\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 14\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 14\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 15\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 15\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 16\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 16\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Le bourgmestre de Furnes, celui du roman, a grandi a\u0300 Coxyde. Pauvre parmi les pauvres. Jusqu\u2019a\u0300 sa mort, son pe\u0300re a pe\u0302che\u0301 la crevette a\u0300 cheval, a\u0300 mare\u0301e basse. Sa vieille me\u0300re, marchande de crevettes, habite une chaumie\u0300re mise\u0301reuse. Des me\u0301tiers de rien. Simenon de\u0301crit le biotope dans lequel Joris Terlinck a passe\u0301 son enfance. \u00ab&#8239;Au bout du village, la\u0300 ou\u0300 on de\u0301couvrait de\u0301ja\u0300 les dunes et l\u2019eau verte de la mer, des petites maisons s\u2019alignaient, sans e\u0301tage, chacune pre\u0301ce\u0301de\u0301e d\u2019une barrie\u0300re. Les barrie\u0300res e\u0301taient peintes en bleu, en blanc, en vert. Celle de sa me\u0300re e\u0301tait vert pa\u0302le.&#8239;\u00bb<br \/>\nA\u0300 l\u2019e\u0301poque du roman, fin des anne\u0301es 1930, le littoral n\u2019e\u0301tait pas encore jonche\u0301 de buildings, de ve\u0301randas. Toutefois, le hideux bric-a\u0300-brac s\u2019annonc\u0327ait. \u00ab&#8239;Dans les dunes, jaillissaient d\u2019autres constructions, des toits rouges et biscornus, les villas, les cite\u0301s artificielles qui se remplissaient l\u2019e\u0301te\u0301 de gens venus d\u2019ailleurs et dont l\u2019hiver les rues trop larges sont vides comme des canaux de\u0301saffecte\u0301s.&#8239;\u00bb La fie\u0300vre de la construction a depuis de\u0301cuple\u0301. Les agences immobilie\u0300res pullulent dans les rues de Coxyde. Le ba\u0302timent, comme business, comme activite\u0301 du cru, a e\u0301vince\u0301 la pe\u0302che aux crevettes, que quelques obstine\u0301s s\u2019e\u0301vertuent a\u0300 maintenir.<br \/>\nSerait-ce pour avoir eu l\u2019outrecuidance de sugge\u0301rer un \u00ab&#8239;stop au be\u0301ton&#8239;\u00bb que des ide\u0301alistes, a\u0300 moins que ce ne soient des re\u0301alistes, ont \u00ab&#8239;fait le jeu&#8239;\u00bb, comme on dit, du Vlaams Belang&#8239;? Le vote se\u0301paratiste comme garantie du droit aux quatre-fac\u0327ades <em>ad vitam<\/em>&#8230; Cruelle ironie, car s\u2019il y a bien un trait qui unit les Belges du nord, du sud et du centre, c\u2019est l\u2019attachement au confort prive\u0301. Quant au risque d\u2019une extre\u0302me droite qui persisterait a\u0300 engranger les succe\u0300s, le Belge ne se fait pas de mouron. Une brique dans le ventre pluto\u0302t que la peur au ventre. Et le bric-a\u0300-brac a\u0300 jamais. \u2014<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un si\u00e8cle et un an apr\u00e8s la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale et presque cent cinquante jours apr\u00e8s le d\u00e9but d\u2019une crise politique qui sera longue, Wilfried a parcouru la Belgique d\u2019est en ouest. 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